CHAPITRE DIX-HUITIÈME. I
vie de Leicester, dont la maladie était peut-être feinte, pour se résoudre à lui pardonner le rôle qu'il avait joué dans cette affaire.
Un projet d'évasion fut proposé alors à Marie. Elle devait prendre les vêtements d'une de ses femmes et sortir du château. Elle trouverait des chevaux et une escorte qui la mettraient bientôt à l'abri de toute poursuite. Le comte de Northumberland conduisait cette entreprise. Marie ne voulut s'y prêter qu'avec l'agrément de Norfolk. Il déclara qu'il s'y opposerait, parce qu'il redoutait de trouver des rivaux chez tous ceux qui auraient servi la reine.
La situation du duc à la cour était très pénible. Il se retira dans son château de Kenninghall (23 septembre), et cette retraite qui arrêta une prise d'armes sauva, pour le moment, la vie de Marie, dont l'exécution était décidée à la moindre manifestation
Il écrivit à Elisabeth pour s'excuser, et déclarer qu'il n'avait songé à épouser Marie qu'avec son agrément. Elisabeth lui ordonna de rentrer à la cour. Il obéit à contre-cœur, et malgré les conseils de Fénelon. 11 fut arrêté à Barnham, aux portes de Londres. Ses serviteurs et plusieurs seigneurs furent emprisonnés et interrogés. Il résulta de l'instruction du procès que le projet de mariage était de Murray, ce qui aurait compromis sa situation auprès d'Elisabeth, s'il n'avait trouvé le moyen de garder ses bonnes grâces par un de ces moyens qui ne lui coûtaient rien. Pour se disculper, il livra les lettres confidentielles de Norfolk. On voulut exiger celles que Marie avait reçues. Elle déclara qu'elles étaient en Ecosse et qu'on ne les aurait pas. La colère d'Elisabeth ne connut plus de bornes. Norfolk répondait sagement et déclarait n'avoir voulu de mariage que d'après le conseil des ministres de la reine. Elle le fit conduire à la Tour de Londres. Les trois griefs invoqués contre lui étaient : les lettres de Murray, ses relations avec les princes étrangers et son départ de la cour.
Marie fut profondément affectée de ces mesures ^ Elle trouva le moyen de faire dire au duc qu'elle travaillerait à sa délivrance. Mais il lui demanda de ne rien faire, sa vie ne courant aucun risque, et tout ce que l'on tenterait en sa faveur pouvant lui devenir fatal II adressa la même prière à la noblesse des comtés du Nord, qui était restée presque tout entière catholique, et par conséquent dévouée à Marie, et
iSo MARIE STUART.
qui venait d'être soumise pour sa foi à des tracasseries et à des persécutions d'où devait sortir la révolte.
Les comtes de Northumberland et de Westmoreland avaient été invités à se rendre à la cour. Ils se rappelèrent Norfolk et s'enfermèrent dans leurs châteaux. La prise d'armes fut, dès lors, résolue. Le 14 novembre, les insurgés s'emparèrent de Durham, y firent célébrer la messe, et envoyèrent huit cents hommes pour enlever la reine. Mais c'était trop tard. Elle avait été transportée à Tutbury. L'insurrection mal conduite, travaillée par des divisions et vigoureusement attaquée, fut bientôt réduite, et Elisabeth, qui avait eu peur, fut atroce dans ses vengeances.
La situation de Marie en fut aggravée,, et Elisabeth qui voulait se débarrasser d'elle, mais qui craignait la honte, proposa au régent de la lui livrer. Murray avait accepté, et toutes les conditions étaient réglées. L'évêque de Ross en fut heureusement prévenu, et grâce à sa vigoureuse intervention et au concours de Fénelon qui, au nom de la France, défendit énergiquement Marie, le projet fut abandonné.
Mais Murray qui s'était fait livrer le comte de Northumberland, réfugié chez un traître, demandait en échange la reine captive. Il promettait de défendre la cause de l'Angleterre et de servir fidèlement Elisabeth. Knox appuyait cette demande. C'était pour Elisabeth la plus rapide et la plus sûre des solutions. Mais au moment où le marché allait être conclu, Murray tombait victime d'une vengeance personnelle.
Cette mort releva les espérances des partisans de la reine, et Norfolk put poursuivre son projet de mariage.
Les instances de Philippe II et de Charles IX, longtemps vaines auprès du gouvernement anglais, f obtinrent enfin (ier octobre 1570) une apparence de succès. Elisabeth envoya à Chatsworth Cecil et sir Walter Midmay, ennemis l'un et l'autre de la reine. L'évêque de Ross devait se joindre à eux. Elle écrivit à Marie une lettre hautaine, et ses deux mandataires ne négligèrent rien de ce qui pouvait vaincre la malheureuse captive. Ils lui proposèrent douze articles dont le plus important et le plus difficile était la remise du jeune prince à la reine d'Angleterre. Toutes ces conditions furent acceptées, quoi qu'il en coûtât à la raison et au cœur de Marie. « Je n'ai nen pu sauver que ma conscience et mon honneur, » écrivait-eile au pape saint Pie V. Mais que n'auraitelle pas fait pour recouvrer la liberté ?