CHAPITRE DIX-HUITIÈME. l
entendant cette sentence, il dit simplement : « C'est là le jugement d'un traître, mais je mourrai aussi fidèle à la reine qu'aucun sujet du royaume... Dieu sait que je suis innocent, quoi que l'on ait avancé contre moi. »
Il écrivit ensuite à la reine d'une manière peu digne, lui demanda de pardonner à ses jeunes enfants, et pria Burleigh de leur servir de père. Ignorait-il sa conduite à son égard, ou voulait-il éveiller en lui le remords ?
Le samedi, 9 février, Elisabeth avait signé l'ordre d'exécution pour le lundi suivant. Elle le révoqua. Norfolk lui demanda de l'ajourner à six mois, promettant de renoncer à la « dame Écossaise ». Marie, au contraire.écrivit à Elisabeth de la manière le plus touchante et lui demandait une réconciliation qui aurait, garanti la grâce du duc.
Burleigh pressa Elisabeth d'en finir, et les prédicateurs l'excitaient tousles jours contrele duc etlareine.Elle eut quelques paroles de pitié, puis elle céda aux conseils de ses ministres, ordonna l'exécution et l'ajourna encore. Les chambres réunies lui ayant demandé de faire mourir Marie Stuart, de déclarer traître quiconque soutiendrait ses droits à la couronne d'Angleterre et d'abandonner Norfolk au bourreau, elle repoussa les deux premières demandes, et le 21 mai, elle signa pour la cinquième fois l'ordre d'exécution.
Le 2 juin, de bonne heure, il fut conduit au lieu du supplice, déclara n'avoir commis d'autre crime que de s'être tu, affirma sa fidélité à la Réforme et se livra au bourreau qui lui abattit la tête d'un seul coup.
La mort du comte de Northumberland suivit de près celle de Norfolk. Livré par Morton à Elisabeth, il fut condamné après un simulacre de jugement, et exécuté le 22 août 1 572*
Les ministres insistaient auprès d'Elisabeth pour que Marie subît le sort de ses partisans. Elisabeth désirait la mort de sa rivale, mais l'ordre de l'exécution lui répugnait. Après des instances nouvellesfondées sur ce fait que la veille de la Saint- Barthélémy elle avait été plus gaie qu'à l'ordinaire, ce qui prouvait évidemment qu'elle connaissait le projet, elle confia à Killigrew, neveu de Burleigh, le soin de reprendre les négociations engagées avec Murray et Lennox. Il s'agissait pour elle de faire mourir Marie par la main de ses Ecossais.
Killigrew, après s'être assuré du concours de Knox, vit le comte de Mar et Morton. Les conditions du pacte sanglant furent longuement débattues, chacun voulant tirer de la mort
de la reine le plus grand profit et y courir le moins de risques. Le comte de Mar parut quelque temps hésitant. On aurait pu supposer que c'était par scrupule et par un reste d'affection pour celle dont il avait dirigé l'éducation et qui l'avait comblé des témoignages de sa reconnaissante affection. Il n'en était rien. Il voulait seulement obtenir de meilleures conditions.
Les ministres formulèrent ainsi leurs dernières demandes :
La reine d'Angleterre prendrait le jeune prince sous sa protection ;
La sentence portée contre Marie nepréjudicierait pas aux droits de son fils ;
Une ligue défensive serait conclue entre l'Ecosse et l'Angleterre ;
Trois mille hommes escorteraient Marie et assisteraient à son exécution ;
r La reine d'Angleterre paierait tout ce qui était dû à l'armée Ecossaise.
On débattait ces conditions, lorsque le comte de Mar mourut subitement à Dalkeith, à la suite d'un dîner que lui avait donné Morton. Morton lui succéda comme régent et se montra prêt à seconder la politique de la reine d'Angleterre qui avait besoin de serviteurs dévoués en Ecosse. Il était de ceux qui ne reculent devant rien lorsque l'ambition parle.
Son pouvoir fut ébranlé par ses propres excès, et la faveur du jeune Stuartdont Jacques fit son compagnon et son ami, lui porta son dernier coup. Marie, dans l'ignorance où elle était de ce qui se passait dans son royaume, ne savait ce qu'elle devait en attendre, on en redouter. Elle redoubla d'instances auprès d'Elisabeth pour entrer en accommodement avec elle, et chargea Castelnau qui s'y prêta volontiers, d'en négocier les bases. Elisabeth, après avoir paru favorable, répondit qu'elle ne voulait point entrer en négociations avec celle qui, sur son douaire, avait fourni de l'argent aux bannis d'Angleterre.
RISONNIÈRE depuis treize ans, Marie n'avait plus aucun espoir de recouvrer la liberté. Affaiblie, malade,souvent hors d'état de se mouvoir, elle aspirait cependant toujours à ressaisir sa couronne, non pour elle-même, mais pour la partager avec son fils. Elle eut même un moment la pensée de lui transmettre tous ses droits, et le 10 octobre 1 58 1, elle écrivait à Elisabeth : « Après m'estre ainsy despouillée, il ne restera à mes ennemis qu'un corps maladifet languissant pour exercer leurs cruaultés et vengeances, sans en pouvoir tirer, pour le regard de l'État et des affaires, aulcun advantage. » Pour enlever à Marie le concours de la France, Elisabeth reprit les négociations relatives à son mariage avec le duc d'Anjou. Le contrat fut signé. Le prince reçut, au jour anniversaire de sa naissance, une bague que la reine lui mit au doigt. Il plut par ses attentions et sa grâce, mais Elisabeth finit par lui déclarer qu'elle croyait de son devoir de sacrifier son bonheur personnel à la tranquillité publique. Elle le retint quelque temps et, à son départ, elle lui fournit l'argent nécessaire pour occuper l'Espagne dans les Pays-Bas. Elle ne se montrait pas moins inconséquente pour ce qui la regardait elle-même, que pour les causes politiques.
Elle revint à la pensée de faire mourir Marie, y renonça malgré ses ministres, parut accepter le projet d'associer le jeune prince à la couronne d'Ecosse, et envoya Beale à Sheffield auprès de sa prisonnière pour le combattre.il obtint que rien ne serait conclu entre la mère et le fils sans l'agrément de la reine d'Angleterre.
Ce qui inquiétait le plus Elisabeth, c'est que le jeune prince était plein d'ambition et qu'il aspirait à se faire déclarer héritier de la couronne d'Angleterre. Elle sema la division autour de lui et souleva le clergé réformé, en lui montrant le roi disposé à rétablir le catholicisme. Le duc de Lennoxet le comte d'Arran, qui avaient la confiance de Jacques, virent se réunir contre eux presque toute la noblesse écossaise.
l88 MARIE STUART.
Walsingham, envoyé d'Angleterre, signala aux mécontents les projets que l'on avait contre eux. Ils se hâtèrent d'agir pour n'être point prévenus.
Le roi qui était allé chasser aux environs de Perth, accepta une invitation du comte de Gowrie, dans son château de Ruthven. Il y fut retenu prisonnier. Le comte d'Arran accourut auprès de lui pour le défendre, et partagea son sort. Lennox ne sut rien faire pour les délivrer.
Elisabeth se hâta d'envoyer en Ecosse Georges Careyafin de tirer parti de ces événements. Il accusa Lennox auprès du roi qui le défendit résolument. Mais ces bonnes dispositions ne furent pas de longue durée, et Lennox, enfermé à Dumbarton, reçut de celui dont il avait eu si longtemps la confiance et l'amitié, l'ordre de quitter l'Ecosse. Il partit de Dumbarton, le 16 décembre 1582, et alla mourir l'année suivante à Paris.
Marie était alors si gravement malade, que les médecins désespérèrent de sa vie. Elle n'abandonnait pas cependant ce qu'elle regardait comme un devoir, et ne cessait de solliciter l'Espagne, la France et le Pape. On voulut lui interdire ses correspondances. Elle s'en plaignit à Elisabeth dans une lettre touchante où eile rappelle tout ce qui a été fait contre elle et tout ce qu'elle a souffert. « Desseings, practiques, actions et procédures,» ses sujets <£ corrompus, practiquez et suscitez à se rebeller », trahison de Throckmorton pendant qu'elle était à Lochleven, abandon dans sa lutte, après sa délivrance, malgré l'appel fait à sa bonne sœur par une bague en diamant autrefois reçue d'elle, les plus vils criminels toujours écoutés et la vérité constamment opprimée, les prisons et leurs souffrances, l'interdiction de communiquer avec son fils, une surveillance humiliante exercée autour d'elle, l'éloignement de ses plus fidèles serviteurs, tout cela est rappelé avec une éloquence sobre et puissante.
« Je vous suplie, ajoute-t-elle, et en l'honneur de la douloureuse passion de nostre Sauveur et Rédempteur JÉSUS- Christ, je vous suplie encoresun coup, me permettre de me retirer hors de ce royaulme en quelque lieu de repos, pour chercher quelque soulagement à mon pauvre corps, tant travaillé de continuelles douleurs, et avec la liberté de ma conscience, préparer mon âme à Dieu qui l'appelle journellement....
« Votre prison, sans aucun droict et juste fondement, a jà destruict mon corps, duquel vous aurez bientôt la fin, s'il y