CHAPITRE DIX-NEUVIÈME. I
continue guères dadvantage, et n'auront mes ennemys beaucoup de temps, pour assouvir leurs cruaultez sur moy. Il ne me reste que l'ame, laquelle il n'est en vostre puissance de captiver. Donnez-lui donc lieu de respirer un peu plus librement, son salut que seul elle cherche aujourd'hui plus que nulle grandeur de ce monde....
«Deux choses enfin ai-jeprincipallement à requérir: l'une que proche comme je suis de partir de ce monde, je puisse avoir près de moi, pour ma consolation, quelque honorable homme d'Eglise affin de me ramentevoir journellement le chemin que j'ay à parachever et m'instruire à le parfaire selon ma religion, où je suis fermement résolue de vivre et mourir... Que je fusse en cette extrémité privée de telle licence, vous ne le pouvés justement faire...
«Donnés-moyce contentement avant que mourir.quevoyant toutes choses remises entre nous, mon âme, délivrée de ce corps, ne soyt contrainte d'espandre ses gémissements vers Dieu pour le tort que vous aurez souffert nous estre faict icybas ; ains, au contraire, en paix et concorde avec vous, desportant hors de ceste captivité, s'achemine vers luy. »
Le cœur d'Elisabeth resta insensible.
Beale et Shreswbury furent envoyés à Sheffield pour répondre aux plaintes de Marie, à qui Elisabeth venait de reprocher avec autant de dureté que d'injustice la mort de Darnley.Ils n'aboutirent qu'à faire renouveler les propositions précédentes, mais s'ils n'avaient pu obtenir, comme ils en avaient reçu la mission, aucun éclaircissement sur les projets de la prisonnière, ils avaient ravivé ses douleurs et c'était quelque chose pour Elisabeth.
En même temps, elle faisait sonder les dispositions de Jacques. Ce jeune prince, mobile dans ses impressions, se montra soit par calcul, soit sincèrement, insensible pour les malheurs de sa mère, et peu bienveillant dans les appréciations de sa conduite. Il ne voulait pas être inférieur à sa mère, ni surtout favoriser directement eu indirectement le papisme. Assurée de ces dispositions peu conciliantes, Elisabeth fit reprendre les négociations avec Marie. On se lasse à raconter ces perpétuelles fluctuations, et on ne peut que s'indigner en présence de cette mauvaise foi qui poursuit les négociations uniquement avec la volonté d'en faire sortir des difficultés nouvelles pour ceux qui ont eu la naïve confiance de croire en elle.
IÇjO MARIE STUART.
Au mois de juin 1583, elle se fit envoyer par les lords qui à Ruthven avaient arrêté le roi, une députation qu'elle reçut avec les plus grands égards ; mais comme il aurait fallu de l'argent pour les déterminer à une action conforme à ses intentions, il n'en résulta rien. L'avarice était chez elle à la hauteur de la duplicité.
Le 27 juin, Jacques retiré au château de Falkland où il avait convoqué la noblesse, en fit fermer les portes, annonça qu'il reprenait sa liberté et que le premier usage qu'il en ferait serait de poursuivre les coupables, excepté ceux qui se soumettraient : il rendit le pouvoir au comte d'Arran. Elisabeth, que ce coup atteignait, essaya de dissimuler, et écrivit d'une manière équivoque au roi qui lui répondit avec une égale dissimulation, et ne perdit pas un moment pour tirer tout le parti possible de l'acte vigoureux qu'il venait de faire.
Elisabeth, après avoir vainement essayé d'amener Marie à de nouvelles négociations par lesquelles elle voulait gagner du temps et attendre une occasion favorable, fit partir pour l'Ecosse Walsingham, dont l'habileté était sa dernière ressource. Jacques lui fit attendre longtemps une audience et lui déclara qu'il entendait être le maître chez lui. Ce fut encore une tentative avortée.
Le complot formé pour la délivrance de la reine et le rétablissement du catholicisme en Ecosse, n'était pas abandonné. Marie le savait, mais comme elle se trouvait à la disposition de son ennemie, elle ne voulait ni ne pouvait y être directement mêlée.
Castelnau fut envoyé comme négociateur en Ecosse, par Henri III. Reçu par Elisabeth à Londres, il lui exposa le but conciliateur de sa mission, fut assez maltraité et répondit avec une fermeté qui changea aussitôt les dispositions et le langage de la reine.
Les espions entretenus dans toutes les cours et auprès de tous les hommes importants avaient fait connaître à Elisabeth quelque chose du complot qui avait pour but l'emanissement de l'Angleterre par des armes catholiques. Il y rut aussitôt des arrestations et des supplices. L'ambassadeur d'Espagne Mendoza fut menacé. Il se retrancha derrière ses droits, demanda ses passe-ports et partit bien décidé à pousser son souverain à la guerre.
Afin d' enlever un appui à ces projets, Walsingham suscita un complot pour s'emparer du roi d'Ecosse Le comte d'Arran
Walsingham.
prévenu fit arrêter le comte de Gowrie que le pardon du roi aurait dû rendre moins disposé à la révolte. Le roi fit appel à ses fidèles, fut vite entouré de douze mille hommes et marcha sur les rebelles qui ne l'attendirent pas.
Il y avait de graves présomptions, mais non des preuves contre le comte de Gowrie. Arran lui persuada de s'avouer coupable et d'implorer la clémence du roi. On se servit contre lui de cet aveu, et, par un parjure, on amena sa condamnation. Il fut aussitôt exécuté.
Découragée du côté de l'Ecosse. Elisabeth se tourna vers Philippe II, qui lui répondit en félicitant Mendoza de sa conduite et vers Henri III, qui se montra mieux disposé. Son ambassadeur, Castelnau, crut pouvoir profiter des avances d'Elisabeth pour lui demander la liberté de la reine d'Ecosse. Ses efforts furent vains. Il était peu soutenu par sa cour, et Elisabeth n'avait aucun désir de laisser échapper sa proie. Jacques fit exposer par Seaton sa situation critique au roi de France et lui demanda de l'argent et des secours contre Elisabeth. Henri III promit, mais pour plus tard. Jacques n'avait pas le temps d'attendre, et il offrit à l'Angleterre l'alliance que la France refusait.
Il avait été pendant quelque temps en excellentes relations avec sa mère et en avait reçu de l'argent. Mais comme il s'en servait pour ses favoris au lieu de le consacrer aux besoins de son gouvernement, Marie cessa ses envois. Jacques était pauvre.il s'irrita de ce refus et s'adressa à Elisabeth.
Cette reine irrésolue et astucieuse, dont l'intrigue faisait la vie, négociait à la fois avec les lords révoltés, Marie, le comte d'Arran et Henri III, se flattant de tromper tout le monde. Castelnau sollicitait la cour de France de se défier d'Elisabeth et de rester fidèle à une alliance qui remontait à huit cents ans. Il fut rappelé, et il partit avec le regret de n'avoir pu obtenir ce qu'il regardait comme la partie la plus essentielle et la plus honorable de sa mission : la délivrance de la reine.
Cette pauvre reine était alors atteinte de douleurs rhumatismales et d'hydropisie. Shrewsbury venait d'être remplacé (novembre 1584) par Sadler et Sotners. Ils la transportèrent de Sheffieid à Wingfield. Elle se montra heureuse de ce changement et étonna ses gardiens par sa gaieté d'esprit, son enjouement et sa sérénité. En ce moment. Elisabeth recevait comme ambassadeur du roi Patrick de Gray.
Il avait été fort avant dans les secrets de Marie et était devenu le favori de son fils. Il était donc permis d'espérer que son ambassade aurait enfin quelque résultat pour la prisonnière. Il n'en fut pas ainsi. Nau avait été envoyé pour suivre