CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
la négociation du traité et répondre à des calomnies nouvelles qu'Elisabeth laissait ou faisait propager avec celles qui ne trompaient plus personne. Marie en était profondément offensée, et si l'indignation lui a dicté la lettre trouvée dans ses papiers, qui n'a pas été envoyée, et qu'Elisabeth n'a pas connue, on peut bien lui pardonner d'avoir aussi répandu son âme, en répétant sur le compte de la reine-vierge une partie de ce que l'on disait.
Ce qui le prouve, c'est que les négociations continuaient. Marie acceptait tout ce qu'Elisabeth avait précédemment exigé. Il n'y avait donc pas d'obstacle à la paix, mais lorsqu'on pouvait croire tout fini, tout était à recommencer, l'inconsistance d'Elisabeth et sa mauvaise foi se jouant avec la même facilité des engagements et des promesses.
Patrick de Gray proposait^ alors à Elisabeth de lui livrer tous les secrets de la reine d'Ecosse et des catholiques, si elle consentait à chasser de ses Etats tous les rebelles qui s'y étaient réfugiés. En même temps, il accusait le comte d'Arran et affirmait que, malgré ses intrigues, l'union de l'Ecosse et de l'Angleterre s'effectuerait.
Elisabeth s'empressad'éloigner de l'Ecosse et puis de chasser d'Angleterre les bannis qu'elle avait reçus. Il lui fallait un prétexte pour rompre avec Marie. Un prétendu complot papiste le lui fournit. Une association formée sous l'inspiration de Leiscester pour la protection d'Elisabeth, déclarait inhabile à lui succéder toute personne poursuivie pour des actes pouvant entraîner la peine de mort. C'était une arme contre Marie.
Elle demanda à entrer dans l'association, et, sur le refus qui lui fut fait, à signer l'engagement. Elle redoubla d'efforts pour mettre fin à ces malentendus volontaires et arriver à un accommodement. Elle écrivit d'une manière pressante et avec l'accent d'une tristesse profonde. Sa bonne volonté se brisa contre l'obstination de la haine.
Tout à coup Elisabeth ordonna de la transporter de Wingfield à Tutbury. C'était en hiver ; elle était malade et incapable de marcher. Elle résista d'abord et partit le 13 janvier 1585. Toutes les précautions étaient prises sur le passage pour empêcher une évasion impossible et une tentative de délivrance peu probable. Mais Elisabeth ne dédaignait pas de jouer la terreur comme elle jouait la sincérité.
Les souffrances physiques n'étaient pas pour Marie les plus
Marie Stunrt.
cruelles. On avait cherché à la séparer entièrement de son fils, et on n'yavaitque trop réussi. Il rompit avec elle d'une manière blessante. Marie en fut profondément affectée, et, avec l'emportement de sa nature, elle laissa voir à Elisabeth ce qui accablait son cœur. Ces confidences ne touchaient pas la reine d'Angleterre ; elles ne pouvaient que lui donner des avantages sur son imprudente prisonnière.
Frappée comme reine et comme mère, elle s'adressa au roi de France. Henri III répondit, mais ses vagues promesses n'étaient pas plus^rassurantes que l'indifférence affectée et le silence obstiné d'Elisabeth.
Au mois de juin, Sadler fut remplacé à Tutbury par Amyas Paulet que sa dureté rendait pius propre à ce rôle de geôlier. Il n'y avait pas eu un seul des gardiens de Marie qui n'eût été touché par sa bonté, sa résignation, son esprit et sa grâce. Pauletréponditmieux aux vuesd'Elisabeth. Il retrancha encore au peu de liberté qu'on lui avait laissé, et il ne lui permit pas même de distribuer aux pauvres les aumônes que son ingénieuse charité rendait possibles, et qui étaient douces à son cœur.
Au moment où Castelnau allait rentrer en France, elle le supplia, en lui dépeignant l'état intérieur de Tutbury, où l'humidité était telle qu'on ne pouvait y mettre un meuble qui dans quatre jours ne fût couvert de moisissure, d'obtenir pour elle un changement de résidence. Elle fut envoyée à Chartley, mais elle perdit sous le rapport de ses relations, ce qu'elle gagna du côté de la salubrité (20 janvier 1586).
Marie sollicitait des secours, elle demandait la liberté, mais elle ne conspirait pas contre la vie de son ennemie. Il fallait des conspirations à Elisabeth pour la compromettre,et fournir un de ces prétextes qu'elle cherchait depuis longtemps. Les espions y travaillèrent avec succès, et Marie depuis quelque temps, gênée dans toutes ses correspondances, trouva tout à coup une facilité qui la sollicitait à tout tenter, car tout se faisait selon sa volonté.
Morgan et Paget qui avaient à se plaindre de la reine d'Angleterre, cherchaient une occasion de se venger et de servir Marie. Ils ne tardèrent pas à devenir la proie des espions mis en relation avec eux pour porter des lettres à Marie. Gifford se présenta à Châteauneuf, ambassadeur de France, qui avait remplacé Castelnau, et lui dit qu'il était venu en Angleterre pour délivrer la reine. Châteauneuf le