‹ Marie StuartChapitre 95 sur 107 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME. I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME. I

reçut froidement, mais Gifford lui ayant remis une lettre chiffrée qui venait de Chartley, il cessa de se défier, lorsque surtout Marie l'eût assuré qu'il n'avait rien à craindre du messager.

Les communications avec Chartley étaient habilement ménagées et Gifford ne paraissait pas. Il se servait de l'intermédiaired'un brasseurdontlestonneaux portaientet rapportaient un étui de bois dans lequel se trouvait la correspondance. Tout ce qui avait paru impossible devenait facile. Il eût fallu être bien ennemi de soi-même pour ne pas profiter de tous ces avantages.

Gifford s'empara d'un gentilhomme catholique du comté de Derby, nommé Babington, et exploitant son dévouement à la reine, il lui persuada qu'on pouvait, sans faire tort à sa conscience, tuer la reine d'Angleterre. Puis il passa en France, où les chances d'une invasion furent discutées. Il y eut dès lors deux projets parallèles, dont l'un, celui que Marie désirait depuis longtemps voir tenter, c'est-à-dire l'invasion pour sa délivrance, était seul connu d'elle.

Tous les fils de la conspiration étaient dès longtemps entre les mains des agents d'Elisabeth. La confusion qui règne dans les documents prouve combien iis avaient intérêt à ne pas laisser surprendre leur action. Ils étaient l'âme de tout. Ils avaient conçu, développé, organisé la conspiration, mais ils en rejetaient la responsabilité sur ceux à qui elle devait en apparence servir. Marie soupçonnait qu'on lui cachait quelque chose etseslettres portaient la trace d'une inquiétude,qui,loin de l'accuser, montre sa bonne foi.

Lorsque Walsingham crut les choses assez avancées pour que le complot amenât une condamnation pour ceux qui y avaient pris part, et ceux qui l'avaient connu, il fit arrêter un des agents et prévint Elisabeth. On annonça aussitôt qu'un horrible complot avait été découvert, que le but des papistes en armes dans les provinces était d'assassiner la reine, de brûlerLondrcs et de se joindre àdix milleFrançais qui allaient débarquer. Les maisons des Français furent pillées et des employés de l'ambassade arrêtés. Tous les conjurés dont on avait d'avance le nom, furent jetés en prison. Les espions qui les avaient enrôlés et dirigés, étaient réfugiés en France, où ils trouvaient de la sympathie et du secours.

Marie était restée étrangère au projet qui avait si profondément agité l'Angleterre; mais on ne désespérait pas de

l'y mêler. Sous prétexte d'une promenade à cheval, on la fit sortir le 8 août, de Chartley, pour aller chasser dans le parc de Tixall. A moitié chemin, une troupe de cavaliers l'entoura et l'amena prisonnière dans le château à cause de sa participation à un complot contre la reine d'Angleterre. Ses deux secrétaires furent conduits à Londres.

Des fouilles furent faites à Chartley, dans ses armoires, ses meubles et les pièces occupées par elle ou par ses serviteurs. On examina tout ce qui lui appartenait, et aucun de ses papiers n'échappaà cette rigoureuse inquisition. Et cepen-

Chàteau de Fotheringay.

dant Elisabeth la fît renouveler, peu de jours après, mais on ne trouva pas un mot qui pût servir de prétexte à l'accusation d'avoir conspiré contre la reine d'Angleterre.

Le 25 août,on la retira de Tixall et on la ramena à Chartley, où le désordre de ses meubles, de son linge, de ses joyaux et de ses papiers lui révéla le motif deson éloignement momentané. Pour mettre le sceau à ces procédés que rien ne justifiait, son gardien Paulet vint, quelques jours après, lui enlever l'argent qui lui restait, sous prétexte qu'il pourrait servir à corrompre les sujets de la reine. Paulet fut récompensé de cet acte qu'il accomplit brutalement par une lettre d'Elisabeth l'engageant de plus à conseiller le repentir à Marie.

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