‹ Marie StuartChapitre 98 sur 107 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

ces accusations. Il s'appuya sur la confession de Babington et de ses complices et sur des lettres de Marie qui n'avaient aucun rapport avec le projet d'assassinat.

Marie n'eut pas de peine à réfuter d'aussi mauvaises raisons, et comme on s'était appuyé sur les témoignages de ses secrétaires, elle répondit que s'ils étaient présents, ils la déchargeraient de tous blâmes, et que si ses papiers ne lui avaient pas été enlevés elle ne demanderait pas d'autre justification, bien sûre d'avoir raison de la calomnie.

On insista. «Qu'on me montre mon écriture», dit-elle. On lui présenta des déchiffrements. « Rien n'est plus facile, répondit-elle, que de contrefaire des chiffres et des caractères, » et s'adressant à Walsingham, elle lui reprocha de l'avoir entourée d'espions pour surprendre ses secrets et lui créer des dangers. Elle renouvela sa protestation d'innocence.

Le lendemain dans une nouvelle séance, elle déclara ne pouvoir reconnaître comme émanant d'elle les lettres dont on lui présentait des copies. Elles pouvaient avoir été inventées, faussées, interpolées et ne prouvaient par conséquent rien. « Je suis innocente, Dieu le sait, s'écria-t-elle. Mes seuls crimes sont ma naissance, les injures que l'on m'a faites, et la religion que je professe. Ma naissance j'en suis fière; les injures, je sais les pardonner ; quant à ma religion, elle a été mon espérance et ma consolation dans mes afflictions et je suis prête à la sceller de mon sang. Je serais heureuse d'acheter à ce prix le soulagement des catholiques opprimés. »

Elle demanda ensuite qu'on lui donnât un avocat ou que l'on crût à sa parole de reine. Burleigh parla contre elle avec un acharnement incroyable, sans pouvoir produire aucune preuve. Alors Marie montrant un anneau : « Regardez, ditelle, ce gage d'amour et d'affection que j'ai reçu de votre maîtresse. C'est pleine de confiance dans ce gage que je suis venue parmi vous. Vous savez tous comment sa parole a été tenue.» Et elle demanda à comparaître devant le parlement, en présence de la reine.

Il n'était pas possible que ses juges fussent insensibles à la raison et à la pitié. Aucune de ces preuves imaginées par la mauvaise foi ne resta debout devant sa simple et ferme réfutation. L'hostilité la plus violente dut être ébranlée par tant de douceur, de dignité et d'Infortune. Elisabeth ellemême était troublée. Elle avait interdit de rendre la sentence

avant qu'elle eût pu prendre connaissance de tous les débats. Elle reculait devant son œuvre d'iniquité.

La cour ajournée se réunit le 25 octobre, à Westminster dans la chambre étoilée. On renouvela devant elle les accusations déjà produites, on interrogea deux secrétaires de Marie, Nau et Curte. Marie n'était pas là pour les contredire, les ramener à la vérité,empêcher défausser leurs déclarations, ou prendre acte de ce qu'ils disaient en sa faveur. A Fotheringay, où elle était présente, on ne produisait pas de témoins. A Westminster où elle était absente, on les entendait. C'était le moyen infaillible d'obtenir une condamnation exigée par la haine, accordée par la lâcheté. Aussi les commissaires, après que l'on eut résumé le procès devant eux, déclarèrent-ils à l'unanimité moins une voix, celle de Zouch qui repoussa l'assassinat, que Marie, fille de Jacques V, communément appelée reine d'Ecosse, et prétendant avoir des droits à la couronne d'Angleterre, avait conçu plusieurs choses tendant à la mort de la reine. On ajoutait que la condamnation de Marie ne porterait aucune atteinte aux droits de son fils.

Le parlement fut aussitôt réuni pour sanctionner cet arrêt. Il n'y manqua pas. Les deux chambres approuvèrent la sentence et en demandèrent la prompte exécution. Elisabeth parut reculer,et demanda s'il n'y avait pas un moyen d'écouter la pitié. Le parlement répondit, selon son désir, qu'il n'en voyait pas.

Le 19 novembre.lordBuckhurst fit connaître àMarie l'arrêt, la ratification et la demande de ne pas surseoir. Marie ne s'émut pas et répondit avec son inaltérable douceur qu'elle remerciait Dieu qui lui faisait la grâce d'être considérée comme un instrument utile au rétablissement de la vraie foi au royaume d'Ecosse. Elle protesta encore de son innocence.

Le lendemain, Paulet fit abattre le dais, symbole de sa souveraineté, s'assit et se couvrit devant elle, lui disant qu'elle serait désormais une femme morte, sans dignité royale. Elle supporta, sans se plaindre, cette humiliation.

Marie croyant sa mort prochaine, écrivit au Pape, affirmant qu'elle mourait dans la foi catholique, lui recommandant son fils et transmettant au roi d'Espagne ses droits à la couronne d'Angleterre, s'il s'obstinait dans l'erreur. Elle remercia Mendoza et le roi d'Espagne de leur intérêt, dit au duc de Guise de louer Dieu de ce qui lui arrivait, car elle était inu-

Page 1