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partie de leur attention al de leurs vœux

Et, ce qui rendait plus languissant et encore moins efficace le concours apporté par les deux puissance g un résultat qui ne les intéressait l'en apparence, c'est que leurs sentiments mutuels leur étaient parfaitement connus, elque chacune lisait clairement dans le fond de l'àme de l'autre. Il n'était pas, dans un des centres politiques d'Allemagne ou d'Europe, un seul agent français qui ne soupçonnât les négociations, ■ peine cachées, entretenues par Frédéric avec l'Autriche par l'intermédiaire de l'Angleterre, et ne s'attendit à apprendre d'un jour à l'autre qu'une paix particulière était conclue par lui au prix de l'abandon de son allié. D'Argcnson restait presque seul à compter encore sur la adalite* de son allié, et encore, quand on lui Tti.ni des preuves trop évidentes du conil ne trouvait, pour s'obstiner dans sa

de l'Autriche en mangeant les plus fertiles contrées de ses meilleures provinces. La vérité est que, voulant éviter toute démarche qui lui aurait fermé le retour vers une voie pacifique, il marquait pour ainsi dire le pas, regardant alternativement des deux côtés de l'horizon pour voir ce qui lui arriverait, soit d'Angleterre, en fait de propositions d'accommodement, soit de France, en fait de secours pécuniaires ou militaires. — « Allez tout de suite à Hanovre, écrivait-il à son ministre à Londres, Andrié (en lui reprochant avec vivacité d'avoir laissé partir le roi George sans l'accompagner); sachez au juste l'impression que la victoire complète que, grâces à Dieu, j ai remportée sur les Autrichiens, fera sur le roi d'Angleterre et sur son ministre, ce qu'ils pensent de faire et s'il n'y a pas moyen de tourner les négociations de manière que les Anglais viennent eux-mêmes proposer un accommodement avec la reine de Hongrie d'une façon plus convenable qu'on ne Ta fait jusqu'ici. » — « Ne craignez pas, écrivait-il le même jour à Podewils (grand partisan, on le sait, du raccommodement avec l'Angleterre), que je me pré-

! ■ 1 1 , ■ daBt mes résolutions, Je poursuis à i grand objet, qui est de déloger les ulrichiensdeKiinij^nilz.oii ils ont un magasin ■es important... Cela faîl, je suis au terme de UM "j" TLiiiiiis. Je gagne, par celte position, le nps de pousser mes opérations el de parvenir i la paix... Je ne fais la guerre que pour parvenir à la paix, el vous pouvez être persuada ne je *uis trop philosophe pour suivre l'impéuosilédcmes passions dans des objets de celte nportance, dont dépend le saint de l'Etal... » - Et, quelques jours après : — » Je vise toujours à la paix; si nous pouvons l'avoir par les Dglais, ce sera la voie la plus comte pour (ortir d'embarras. . . Demain, l'avanl-gurde marche à Kiitiiggrîitz ; c'est là mon nec plus ultra. Ne n-oyez pas qui' j'' ferai les sntliscs que les Autrichiens souhaitent de me voir faire. Je m'en garderai bien; il ne s'agit, en attendant, que de voir ce que fera notre politique. Je crois que nous avons amolli le cœur endurci ne Pharaon, et qu'à présent il sera plus souple et plus Irailable. •> Mais, en même temps, il donnait ordre à

Chambiïer de reprendre, avec le ministère français, la conversation que la bataille de Fontenoy avait interrompue, et d'insister plus que jamais sur les exigences qu'il avait mises en avant et qui consistaient, comme je l'ai dit, dans ces trois points : octroi d'un subside pécuniaire pour subvenir à l'état épuisé de ses finances; déclaration d'hostilité ouverte à la Saxe, si elle continuait à prendre parti contre la Prusse; enfin, pour rendre cette déclaration sérieuse et suivie d'effet, marche résolue du prince de Conti en Allemagne. — « Nous allons voir ce qui en sera, disait-il en renouvelant ainsi ses demandes. Si le prince de Conti fait des sottises, la France sera la première à s'en repentir; j'attends' l'événement pour en juger 1 . »

Sa résolution d'attendre et de voir venir fut pourtant mise à quelque épreuve; car l'événement, pendant ces premières heures au moins, ne lui apporta, ni d'un côté ni de l'autre, la

\. Histoire de mon temps, chap. xni. — Valori, Mémoires, t. 1", p. 237-238. — Frédéric à Audrié, 18 juin; à Podewilp, 10 18 juin 1745. — Pol. Corr. y l. IV, p. 189 & 1%; — à Chaïubrier, 15 juin 1745. (Ministère des affaires étrangères.) — Droyseo.t. Il, p. 501, 505.

LLBII >i,\L

satisfaction qu'il attendait. D'une part, ni Fontenoy ui Frâdberg n'avaient encoro assez amolli le cœur ilu Pharaon britannique pour le disposer h entrer avec sincérité dans la voie des .■n'oiiiiiiioi.k'mi.îiils. Le ministre anglais IlarriogtOD, qui accompagnait son roi sur le conliii.nl . Mail bien, toujours au fond de lame. disposé a ouvrir l'oreille aux bonnes paroles des envoyés de Frédéric; mais, une fois qu'il avait louché le sol allemand. George oubliait complètement qu'il était roi d'Angleterre et passait ■ joug de son ministère haiiovrien. dont le ilief, le haron de Miinclihauseti (le même qui avait présidé a l'arrestation de Belle-Isle), était tout dévoué ii la cause autrichienne. Marie-Thér&M, par son entremise, ne cessait d'enlretenir sous main I Inimitié de l'oncle contre un in'\ en qu'il a'avail jamais aimé et dont la gloire, chaque joui' croissante, ne faisait que L'irriter de plus en plus ; elle lui laissait même entrevoir qu'une fois ce voisin et ce parent attesté mis h terre moyennant un dernier effort pendait de lui de rendre plus heureux ■ne les autre*), il trouverait dans ses dépouilles

de quoi agrandir son élcctorat. Ni Audrié, qui rejoignit George à Hanovre, ni le jeune Podewils, qui quitta La Haye pour venir le relrouver, ne purent tirer de lui une parole significative 1 .

A Paris, les ouvertures de Frédéric eurent encore moins de succès. Chambrier n'avait pas mal jugé quand il prévoyait qu exaltée par sa victoire et se croyant revenue aux jours de Louis XIV, la cour de France se montrerait moins abordable que jamais, et il ne fut pas longtemps sans avoir à signaler dans les réponses qui lui furent faites ce ton de hauteur et à 9 enflure qu'il avait prévu. Ce ne fut pas, à la vérité, chez d'Argenson, toujours disposé à bien prendre ce qui venait de Berlin; mais Louis XV était très justement fier de la part qu'il avait eue à la journée du H mai; il se regardait désormais comme l'égal en gloire d'un confrère auquel il s'était toujours cru supérieur par l'éclat de son rang. Il trouvait un peu court

I. Pol. Com, t. IV, p. 191, 197, 199. — Droysen, t. II, p. 517, .*il8. — Die Enylische Friedens MittlunginJahre 1745, par Ernest Borkhowski. Berlin, 1884, p. 78.

et un peu sec le compliment de deux lignes mis par Frédéric en post-scriptum de l'annonce de sa propre victoire. Puis Frédéric n'avait-il pas dit tout haut, a plusieurs reprises, sur ce ton gouailleur qu'on lui connaissait, que les événements de Flandre étaient sans doute 1res beaux; mais que, quant à lui et pour le succès de la cause commune, il y attachait aussi peu d'importance qu'il ce qui se passait au Monomotapa, à Pékin ou sur le Scamandre ? Enfin, se raillant un peu des adulations dont Louis XV était l'objet, il tenait à faire voir que, les méritant peut-être mieux, il avait le bon goût de ne pas les rechercher. — « Voltaire, écrivait-il, veut faire un poème sur ma journée du i, qui fait un grand tintamarre dans le monde; priez le jMiîi' de n'en rira taire. Je préfère, s'il veut me fair..- plaisir, qu'il m'euvoie un chaut de

On ne manquait pas de redire ces bons mots

à Versailles, car Frédéric parlait et riait toujours si haut que tous les échos des coinméi i-i - d'Europe en retentissaient. — « Le roi de France, écrit Chambrier, est un peu fâché

que Votre Majesté tourne en ridicule sa guerre de Flandre : le gain de la bataille de Fontenoy lui a rendu les oreilles délicates ; on m'a parlé de tout cela le cœur un peu gros. » — Et d'Argenson lui-même, malgré sa résolution de ne jamais douter de l'amitié prussienne, était troublé de ces incartades. — « Quelle tète, écrivaitil, que ce roi de Prusse ! Ceux qui l'ont vu le jour de la bataille disent qu'on ne vit jamais de si grand prince, si modeste et si sage, et puis le lendemain ce n'étaient que mauvais discours et fanfaronnades. » — Il espérait pourtant être venu à bout de tempérer la mauvaise impression faite sur l'esprit du roi. — « Le roi en est revenu, disait-il à Chambrier; il ne tiendra qu'au roi de Prusse d'avoir toujours son amitié. » — Mais la mauvaise humeur royale ne s'en retrouva pas moins tout entière quand on vint au chapitre très délicat des subsides que le roi de Prusse réclamait. Ce fut une opposition générale dans le conseil. Le contrôleur Orry, surtout, qui connaissait l'état épuisé du trésor de France, et entendait chaque jour le gémissement des populations surchargées d'impôts, —

ÉVACUATION fiE T. AM.EMAl; ais qui ni' se refllSUl jamais :i u

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quanti il Vagissait ie plaira au maître, — sûr relie fois d'être appuyé dans sa résistance, se montra d'une économie intraitable. Il se refusait absolument à croire que le roi île Prusse eùl ri'i'lh'iiient besoin île secours, et rappelant qu'il i \anté souvent, au début de la guerre, de la bourse *i bîeo garnie ijue lui avait laissée le

*uu roi son père : — n Quand on avait fait le] héritage, disait il, devait-on demander charité? »

Bien n'était plus vrai cependant : le fonda paternel élail mangé, el le sol ingrat, les populatioDfl 1res peu riches du Brandebourg ne Fournissaient pas de quoi le remplacer. L'aveu qu'il fallait faire de celte indigence n'étail pas ce qui coulait le moins au conquérant de la mi- el qui devait lui rendre le refus moins iible. Quand le ministre de France dut lui nsmellre les réponses maussades el les lins i-rccevoir négatives de son gouvernent : — ■ Mon cher Valori, lui dit-il, vous t quels sonl mes principes sur l'article des a. Vous devez conclure que mon besoin

est extrême, puisque je me suis résolu à en demander. Je ne vous cacherai point que, malgré ma victoire, ce secours ne m'est point devenu moins nécessaire. Vous voyez dans quel état est ma cavalerie ; je n'ai pas un écu pour la remonter ; je n'ai pas de ressources à espérer de mes peuples. Croyez que c'est à contre-cœur et avec bien de la peine que j'expose mon indigence, après avoir voulu toujours passer pour au-dessus de mes affaires.

Mais il faut avouer qu'il n'y a que la France, l'Espagne et la Hollande qui soient en état de soutenir une guerre qui se prolonge. Pour nous, cela est au-dessus de nos forces. Cette dernière campagne m'a coûté d'extraordinaire, je vous le jure sur l'honneur, sept millions d'écus; c'est à peu près le fond du sac. » — « Je lui ai trouvé, remarqua Valori, un air humilié qui m'a fait comprendre qu'effectivement ses besoins étaient tels qu'il me les avait dépeints 1 . »

1. Chamhrier à Frédéric, 4-6 juin 1745. — D'Argenson à Vauréal, ambassadeur en Espagne. — Valori à d'Argensoo, 6 juillet 1745. (Correspondances de Prusse et d Espagne. — Ministère des affaires étrangères.)

ÉVACUATION DE l'a LLRM AGSE.

" le second objet des réclamations du roi de Prusse, l'altitude nettement hostile à prendre envers la Saxe, le ministère français se montra au premier moment mieux disposé, et le nouvel envoyé de France à Dresde, Vaulgrenant, rftJUl l'ordre de menacer Auguste III e( son minislre favori, le comte de Briîlil, de l'inimitié de la France, s'ils persistaient à appuyer l'Autriche dans se* tentalivs agressives sur le territoire prussien. Seulement la menace arrivait un peu tard, quand tout un corps d'armée, parti de Saxe, figurait déjà dans les troupes autriehioDJiSfl en qualité d'auxiliaire, el après que Marie-Thérèse avait eu l'art de s'attacher le roi el surtout la reine de Pologne par un nouveau traité qui complétait celui de Varsovie : une des stipulations de ce traité opérait un partage anticipé des provinces méridionales de Prusse, dont une part devait venir agrandir l'électorat saxon. L'appât de cette perspective de vengeance et de conquête était si puissant sur ce couple débile et haineux que même l'échec de Frierlberg ne réussissait pas à l'en détacher. 11 est vrai que Marie-Thérèse, veillant à préser-

80 MAiilE-îllÉRÈSE IBlPÉft Af RICË.

ver ses alliés de toute tentation de découragement, avait eu soin, le lendemain de la bataille perdue, d'envoyer à la reine, sa cousine, un messager porteur de ces paroles éloquentes par lesquelles elle excellait à remonter les courages : — « Quoique le mal ne soit pas petit, disait-elle, on Ta cru plus grand qu'il ne Test, suivant la relation que je viens d'en recevoir, qui m'a appris, à ma grande satisfaction, la bravoure avec laquelle les troupes saxonnes se sont distinguées. La cause est trop juste pour ne pas se confier en Dieu qu'à la fin elle triomphera. Pour manifester sa toute-puissance, Dieu a jusqu'ici dirigé toutes les choses, en sorte que les événements les plus heureux ont suivi les plus grands revers. »

Elle lui annonçait en môme temps l'envoi de nouveaux renforts qui rendraient son armée, en quelques semaines, autant ou même plus forte qu'elle n'avait été en pénétrant dan3 la Silésie. Ce langage plein de confiance réussit si bien à la faire renaître que, quand Vaulgrenant vint s'acquitter de son message comminatoire, au lieu d'avoir affaire à des esprits troublés par

la mauvaise fortune, il trouva dans le cabine! saxon la sécurité la plus complète. Le thème couramment adopté était que l'avantage remporté par le roi de Prusse était plus que médiocre el ne compromettait en rien l'avenir.

Il eut beau grossir sa voix, il ne parvint pas ;i faire peur, ni même à se faire prendre au térionx '.

Ce qui contribuait d'ailleurs plus que toute chose à rendre ses menaces vaines, c'est qu'il avait lui-même l'ordre d'en tempérer l'effet, en continuant à presser Auguste d'accepter la candidature au trône impérial en concurrence

i. DÀrnclh, I. IV, p. 38, (0, 81, 82, i20. — D'Argenson à Vaulgrenant et Vaulgrenant a d'Ardu son, juin 17ij, passim, .Corretpondance de Saxe. — Miniilriv di'S iillair>'s /traagères.| — Le traité par lequel Marie-Thérèse el Auguste III se partageaient d'avance les duchés méridionaux de (a Prusse avait et* signé à Leipzig le 18 mal 1145. Il venait donc à peine d'Jtre ratifié au moment de la bataille de Friedberg. Ce document, qui resta alors inconnu, a reçu depuis lors une grande publicité dans une circonstance rameuse; il figure au nombre de» pièces que Frédéric, envahissant la Saxe, au début de la guerre de Sept, ans, prit par force dans le" archives de Dresde, et lit connaître û toute l'Europe dans un mémoire où il résumait tous ses griefs contre la cour de Saie. Un second traitO du 23 août 17*5 devait développer celai-la.

avec le prétendant autrichien. C'était à coup sûr un étrange entêtement que de persister à transformer en rival de Marie-Thérèse le prince même qui se rangeait ouvertement dans son alliance, et dont les troupes servaient sous ses drapeaux. Mais cette chimère, qui prêtait à rire et causait beaucoup d'impatience à Frédéric, était toujours chère au ministère et surtout au ministre français, qui ne pouvait se décider à en faire le sacrifice. D'Argenson en était véritablement épris; ce qui le séduisait, c'était la preuve de grandeur d'âme que donnerait le roi de Prusse vainqueur en tendant la main à son ennemi vaincu pour lui offrir une couronne. — « Cela serait beau, généreux et digne d'un grand prince », écrivait-il à Valori. — Auguste III n'avait aucune raison de compter sur la générosité de Frédéric, et encore moins d'envie de s'y fier. Mais le vœu exprimé par la France lui offrait un moyen de se faire ménager par elle ; aussi se gardait-il de lui ôter absolument toute espérance. Dans ses entretiens avec Vaulgrenant, il avait toujours soin d'établir qu'eu s'alliant avec l'Autriche pour

I Vieil  i tOH m. L u.i.km.m.m: «:i

il l'ambition de son voisin de Prusse, il avail réservé la liberté île son vole électoral, i|u'il élail mailre il'en disposer à sou gré, et d'accepter mémo l'empire pour lui-même, s'il jugeait que le salul île l'Allemagne fut intéressé a son élévation. Htail-ce tout à fait un jeu, et ce langage ne renfermait-il pas une part de sincérité? Auguste ne gardait-il pas, en effet, une arrière-pensée de se réserver une chance personnelle, pour le cas où l'élection d'un étranger comme François de Lorraine serait reconnue (ainsi que beaucoup de juristes allemands le soutenaient) contraire aux constitutions de l'Empire et aux prescriptions de la Bulle d'Or.' Qui pourrait le dire? Qui peut jamais savoir ce qui se cache de détour et de duplicité au fond d'une anie peureuse? Mais, eu attendant, ce faux-fuyant lui permettait ■ L' h maintenir avec le ministre français m le terrain d'une négociation indéfiniment prolongée. Tant qu'il n'avait pas opposé aux instances do la France une réponse décidément négative, Vaulgrenant ne quittait pas Dresde, le ministre de Saxe 6 Versailles ne recevait

pas ses passeports, et la déclaration de guerre sollicitée par Frédéric, toujours promise, toujours annoncée, était renvoyée du jour au lendemain '.

Cette obstination à se leurrer d'un frivole espoir eut encore, pour la cause des alliés en Allemagne, une conséquence plus grave : elle empêcha complètement Conti de faire la démonstration que tout le monde attendait et dont l'effet eût été d'enlever l'élection de haute lutte. Toutes les fois, en effet, qu'Auguste avait l'occasion, par lui-même ou par son favori Brùhl, de laisser entrevoir au ministre de France qu'il ne serait pas absolument éloigné de suivre ses conseils, il se pressait d'ajouter qu'il n'accepterait jamais une grandeur personnelle que si elle lui était déférée par le vœu libre et spontané des princes électeurs. Dse refusait d'avance à toute complicité même indirecte dans une tentative quelconque de contrainte et de coercion. Vicaire intérimaire de l'Empire, il ne por-

1. Correspondance de Saxe, juin 1745, passim. — D'Argeuson à Valori, 15 juin 1745. (Correspondance de Prusse. — Ministère des affaires étrangères.)

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Ipraît pas lui-même atteinte à l'indépendance >le sa pairie, et le meilleur moyen, même pour la France, de faire accepter son choix, c'était de se disculper d'avance de toute idée d'entreprise sur la liberté du corps germanique. Ces paroles généreuses trouvaient en d'Argenson un auditeur disposé d'avance par la tournure naturelle de son esprit à entrer dans de telles vues; car, se confiant volontiers, on le sait, à l'action de sa bonne foi et de sa sincérité dans les affaires humaines, il répugnait à l'emploi de la force et doutait de son milité. Il ne lit doflfi point difficulté d'envoyer à Coati un projet de déclaration qui devait être publié dès que la diète songerait à se réunir. Ce manifeste portail en substance que le roi de France, ne voulant gêner en rien l'élection impériale, ne laissait ses troupes dans l'empire qu'atin d'empêcher la reine de Hongrie d'user de violence pour forcer les délibérations de la diète électorale, et que Sa Majesté, ne voulant point employer ses armes pour retarder l'ouverture de la diète, croyait devoir laisser â ses amis dans l'Empire et aux intéressés le soin de pourvoir à

rélection par les moyens convenables conformes aux constitutions de l'Empire.

Et, dans une note de sa main, envoyée pour commenter ce projet d'instruction, il ne faisait pas difficulté d'ajouter que la présence de larmée française en Allemagne avait pour but d'agir sur les esprits plutôt métaphysiçuement que physiquement, en les ramenant par l'opinion plus que par la crainte. Conti, à qui, au fond, cette attitude [convenait (car il craignait toujours de s'avancer, ne sachant ce qu'il avait ni devant ni derrière lui), ne se fit pas faute de publier d'avance et même d'étendre les assurances qu'on lui commandait de donner. Son inaction, affectée d'ailleurs, en était le meilleur commentaire 1 .

Ces déclarations répétées causèrent, même parmi les ennemis de la France, un étonnement général. Les petits princes de l'Empire n'étaient pas accoutumés à être traités avec tant d'égards. Peut-être même, toujours prêts, comme ils

i. D'Argeneon à Conti, 29 mai. — Conti & d'Argenson, 10 juin. - Noto de d'Argenson, 25 juin 1745. [Correspondance d'Allemagne. — Ministère des affaires étrangères.)

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1 1 i.tii'iit an fond, a suivra Ufortune, aimaientils qu'on les i.l^j;:i.i;-oi'il de toute responsabilité en pesant sur leur Faiblesse el en leur forçant ouvertement la main. L'Autriche, d'ailleurs, y mettait moins de scrupule, et ils avaient tout lieu de penser qu'en refusant d'user Je tout moyen île contrainte, la Franco ne faisait qu'eu laisser l'usage li Marie-Thérèse, qui n'hésiterait pas à s'en servir. Mais, chez les li' la France, à qui les dernières victoires venaient de rendre courage, ce fut une véritable consternation. — « Les bras me tom-

bent, n écrivait à Conti lui-mèmele malheureux : i < y , qui restait encore en Bavière dans la plus fausse situation du monde, essayant d'empêcher le jeune électeur de compléter sa défection en prenant activement parti contre nous : — h J'avoue que je ne sais pas autre chose que de jeter mon bonnet par-dessus les moulins... Que peut-on espérer de celle espèce ie déclaration que Votre Altesse Sérénissimo devra faire de ne gêner en rien l'élection?... N eut-il pas été plus simple de garder (in silence qui aurait au moins tenu les esprits eu suspens?

J'en demeure là de crainte de m'émanciper trop... La cour de Vienne aura ses coudées franches, elle disposera à son gré des cercles qui n'eussent osé remuer, tandis que nous aurions fait bonne contenance; le grand-duc sera Empereur, et il ne le sera pas plus tôt qu'il entraînera l'Empire et le fera déclarer. A quoi serviront les prodiges à\x roi de Prusse en Silésie?... Quel parti peut-il prendre, sinon de faire sa paix, et il ne faut pas douter que la cour de Vienne et ses alliés ne lui fassent un pont d'or... Je n'ai pas peine à pénétrer l'esprit qui dirige notre politique : nos bureaux sont maîtres dû fond comme de la forme ; leurs préjugés nous persécutent au dedans pendant que l'opinion nous détruit au dehors ! . »

Chavigny n'en disait pas assez : ce n'étaient pas les bureaux du ministère seulement, devenus en effet plus que froids sur la suite à donner à l'élection de Francfort, c'étaient tous les ministres français, les généraux et le roi lui-

1. Chavigny au prince de Conti, 15 juin 1745. (Correspondance d'Allemagne. — Ministère de» affaires étrangères.)

EVACUATION BB L ALLfCM Ali.N B, 8!)

i|iii entraient volontiers à la suite de d 'Argenson dans ses vues de neutralité géuéreuse et d'impartialité électorale. Non qu'ils fussent aussi disposés que lui à donner aux moyens moraux la préférence sur les moyens matériels, mais parce que, uniquement occupés de la Flandre, l'Allemagne leur était à charge, et qu'ils De demandaient pas mieux que de se laisser convaincre par tous les arguments qui les dispensaient de faire sur ce terrain ingrat un effort sérieux. Le plus empressé à prêcher cette abstention à Francfort, ce dut être le maréchal de Saxe, qui, uue fois maître de Tourna}*, n'avait nulle envie d'en rester là, et s'était mis au contraire tout de suite à l'œuvre pour achever la conquête de la province. — « Ce ne serait qu'un jeu, » disait-il au roi ; et le prince, ayant pris goût à ses promenades triomphales, ne demandait pas mieux que de continuer de les faire en sa compagnie. Mais comme ces combats, bien que peu meurtriers, ne laissaient pas qae d'affaiblir l'armée conquérante, quelques renforts étaient nécessaires pour combler les vides, et on ne pouvait prendre que sur le

Rhin. Ordre fut donc envoyé à Conti de laisser partir pour la Flandre un détachement de vingt mille hommes. Si ce n'était pas un commencement de retraite, c'était du moins une renonciation évidente à toute action agressive de quelque importance.

Frédéric ne s'y trompa pas ; il attendait d'heure en heure, avec plus d'impatience que d'espoir, la nouvelle des mouvements militaires quil avait sollicités, et, voyant entrer sous sa tente Valori, qui ne quittait plus l'armée, — « Eh bien, lui dit-il, le prince de Conti a-t-il enfin rencontré et battu les ennemis? » Quand il sut qu'au contraire le général français venait de se laisser enlever tout moyen d'agir :« Voilà qui est fait, dit-il, je n'attends plus rien de ce côté-là et je n'ai plus que de mauvais pronostics à faire... Je prévois que le prince de Conti repassera le Rhin et que l'élection du grandduc se fera malgré le roi votre maître, ainsi que l'association des cercles et de la plupart des princes d'Allemagne, et qu'ils porteront la guerre en France... Voilà ce que va opérer ce beau et inutile détachement?... Je n'en reviens

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pas, poursuivit-H ; au nom de Dieu, à quoi c=l-il lion? vous aviez devant vous une armée battue, Je parierais qu'elle ne reparaîtra pas de toute la campagne. Qu'aviez-vous besoin 4a es HOOOrs? La campagne du roi est faite, et glorieusement. Il fallait, au contraire, détacher de la Flandre, s'il était possible, après la prise de Tonrnay, pour l'Allemagne. C'est lk qu'il faut être le maître, et par cela seul que le roi voire Délire peut en imposer à ses ennemis i ! MCOUriz ses alliés. Mais je vois de reste à quoi je dois ni'atlendro : le Rhin repassé, il n'v aura plus de ressource. »

Et, comme Valori cherchait à lui persuader ei à se persuade» toi-même que tout n'était pas perdu, et que Conti gardait encore de quoi faire un heureux effort: — « Mon ami, dit-il, l'espérance est une monnaie dont vous cherchez à me payer depuis longtemps el qui ne me met pu du tout à l'aise ; je n'en veus plus, il me faut des faits, a — (le mot de monnaie, répété avec insistance, fil penser à Valori que ce ii 6UÙI peut-être pas là seulement une métaphore : — « Aussi je crois, disait-il en rendant

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je* 3C1» «ùicaxfc* àms -f ■ « i otfgé, endéfilôcfr». if 5~«i if»M Ere à 11 discrétion, peutftr* i ]a ^iiirl^ Wimûfve. BiDoUé ainsi entre 4?«x parti*. &r«t ascan se se présentait 4ait5 i*-* c.i-aâS-res wafcnnes à ses vœux, ne réunissant 13 pc<nt oà fl lavait voulu ni i stimuler li Fraac*. ni i séduire l'Angleterre, son irritation et son anxiété étaient extrêmes, et ses ministres lui entendaient dire : — U profondeur! ô abîmes! l'esprit humain ni tons les politiques de l'univers ne peuvent vous pénétrer ni nous éclairer! »

!. Valori * d'A/genson, 21 juin 1745. [Corrrspondanct dr /'*»/♦»*. — Mioistiredes affaires étrangères.

Je le regarde avec terreur, disait son secrétaire particulier Eichel, son front chargé de nuage» et ses yeux dont les regards annon-

»nt des orages '. »

Le dénouement, qu'il n'était que trop aisé de prévoir, vint bientôt mettre en ternie à ses incertitudes. Marie-Thérèse, en eiïct, informée de l'alfaiblissemenl de l'armée de t'onti, encouragée d'ailleurs par l'attitude expectante et indécise de ses deux adversaires, donna l'ordre au corpsd'armée qu'elle avait encore en Bavière de se porter à la rencontre de celui qui revel. de Flandre, et dontle duc d'Arenberg avait lé le commandement au comte Batlhiani. La

I. Pel. Corr., t. IV, p. 235. - DrojMD, l. Il, p. 880 et suir. La prrure qu'a ce moment Frédéric hésitait encore à se (épurer dttÏMnmMnt de l'alliance française, c'est que, dans le cours de ce même mois de juillet, il consentit encore à tenter, par complaisance pour le ministre fraudai?, un suprême p-ffort aupr** d'Auguste III. afin de le détacher de l'Autriche en lui promettant uu agrandissement eu Bohême pour son llwliml.il itlgiliK Impériale pour lui-même et la succession au trûne de Pologne pour son second fils. Je ne mentionne pat cette proposition dans ce récit, parce qu'elle n'aboutit J aucun résultat et que je doute que Frédéric y eût jamais attaché nno importance lérleuse. — Vaulnrenaut et Valori a d'Argensou, juin et juillet, pamim. [Contipondunct dt Saxe ri tir Pruttr. — Miuiitére des affaires étrangères. '

jonction des deux généraux autrichiens s'opéra en avant de Francfort, sous les yeux mêmes de Conti, qui ne se crut pas en force pour s'y opposer. Puis, quand il se vit en face de ces deux troupes qui, réunies, comptaient plus de cinquante mille hommes, il eut encore moins le courage de leur tenir tête. La peur le prit, soit d'être délogé des positions qu'il occupait entre le Mein et le Rhin, soit d'être tourné et de voir couper ses communications avec le fleuve, et il se décida à le repasser. Il eut beau dire et proclamer que ce mouvement rétrograde n'était qu'une manœuvre stratégique destinée à mieux appuyer et à concentrer ses forces, et promettre qu'au premier jour on le verrait reparaître sur l'autre rive, personne ne s'y méprit : c'était l'abandon ; et tout le prestige reconquis par deux victoires fut à l'instant évanoui.

Francfort ouvert aux armées autrichiennes, c'était le diadème impérial mis sur le front de Marie-Thérèse.

Je crois, en vérité, qu'il n'y avait que d'Argenson qui voulût en douter ou du moins eu faire encore le semblant, car on se demande si

iim'aiii.n i.k l'Allemagne. H5

■Uiil série ti su- monl qu'il écrivait à son repréniant a Francfort ceg surprenantes paroles ; II parait que le roi de Pologne, ayant toujours regardé le séjour do l'armée de France prêt l' 1 Francfort comme un obstacle au succès des vues qu'il a formées dès le commencement pour la couronne impériale, va présentement se déclarer candidat. » — Etait-ce sans sourire aussi qu'il ajoutait: « Il nous avait toujours donné le conseil de ne pas paraîtra vouloir intimider les électeurs. Nous allons voir ce qu'il y avaii de vrai. Les bons patriotes allemands ne peuvent plus hésiter entre le roi de Pologne >'l le grand-duc, qui va regarder l'empire comme sa conquête. « — En tout cas, si sou illusion ■'tait lîaeère, elle c'était pas partagée a côté de lui, même dans sa piaf intime confidence : — Vu us allez donc, monseigneur, lui écrivait Voltaire, faire le siège d'Oudenaide? mais on dit que tout va mal en Allemagne et que vous allez rapnMT le Rhin. Si cela est, vous avez quitté le solide pour le brillant ; et ce n'était pas la [leïne de donner l'exclusion au grand-duc pour Il voir Empereur dans trois mois. Mais ce n'est

pas mon affaire et je n'ai qu a vous chanter \ » Effectivement, à peine la nouvelle de la jonction des deux généraux autrichiens étaitelle parvenue à Vienne, et avant même qu'on y connût la retraite des Français qui en était l'infaillible conséquence, le grand-duc demandait à venir prendre le commandement des deux armées réunies ; Marie-Thérèse, bien que n'ayant plus confiance depuis longtemps dans ses talents militaires, et n'aimant pas à les mettre à l'épreuve, ne chercha pas à le retenir, sûre qu'il n'avait plus que des lauriers à recueillir. Elle-même faisait déjà tous ses préparatifs pour le suivre dès que l'élection serait connue, indiquait ses étapes sur la route qu'elle prendrait et désignait les dames qui devraient l'accompagner.

Reçu par ses troupes avec enthousiasme, le grand-duc se rendit droit à Mayence pour s'entendre, sur la convocation immédiate de la

i. Pot. Corr., 8, 20, 27, 31 juillet 1745, t IV, p. 209, 221, 237, 244, — D'Argenson à Saint-Se vérin, ministre à Francfort. 2 août 1745. (Correspondance d'Allemagne et de Bavière. — Ministère des affaires étrangères.) — Voltaire à d'Argenson. [Comespondance générale, 8 juillet 1745.)

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! électorale, avec l'archevêque, è qui, en

qaaliU de chancelier de l'Empire, appartenait li' ilndl de la présider, il y fui accueilli avec les honueurs et y parut dans l'attitude d'un souverain. — " Le grftad-àac est arrivé, écrivait le résident de France, il est entré à cheval avec une taitadecenl personnes, au bruîl de lariilii'iii' ri dei acclamations du peuple. L'électeur l'a reçu â la porte de la cour et s'est tout de suite enfermé uue demi-heure avec lui. On a été après à La Favorite (maison de campagne de l'électeur), où on a dîné. La table était de trente couverts. Le grand-duc donna une tabatière d'or aux chambellans, et à chacun des deux pages qui ont servi à table, une montre d'or. )> — De petits princes qui étaient présents, le landgrave de Ilesse-Darmsladl entre autres, pueèrenl devant lui eu s'inclinant pour lui baiser la main. Dans les rues qu'il traversait, les habitants mettaient à leur chapc;itK une brauche verte, couleur de la livrée de la maison d'Autriche.

A Londres, l'évacuation de l'Allemagne par née française parut un événement si clôcî-

sif et si surprenant qu'on ne pouvait l'expliquer qu'en supposant la perte d'une grande bataille, dont l'annonce et même le détail furent affichés dans toutes les tavernes de la cité. A Berlin, ce fut le signal de la plus vive irritation et d'un véritable déchaînement contre la France. — « Tout le monde veut quitter la France, écrivait le chargé d'affaires qui tenait la place de Valori, puisqu'elle ne pense plus qu'à elle. Si le maître pensait comme tout le monde, nous serions bientôt plantés là. » — Le maître pensant absolument comme ses serviteurs, le résultat ne devait pas se faire attendre 1 .

1. D'Arnetu, t. III, p. 75, 101, 102. — Blondel à d'Argenhoii : 10 juillet 1745. {Correspondance de May en ce.) — Loiseà d'Argeiiflon, 10 juillet 1745. {Correspondance de Prusse.) — Latouclie, agent secret en Angleterre, a La Ville, 10 juillet 1745. (Correspondance d* Angleterre.) — Saiiit-Severiû à d'ArgeiiHon, 15 juillet 1745. (Correspondance d'Allemagne. — M lui stère des affaires étrangères.)

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