‹ Marie-ThereseChapitre 11 sur 40 · DE 1. ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

DE 1. ALLEMAGNE

Le prince de Conti vient de jouer les Gille sur les bords du Rhin : il y a une complication de procédés honteux dans sa conduite qui le perdn it réputation. »

C'est en ces termes, exprimant plus d'irritation encore que de surprise, que Frédéric, apprenant la retraite de Conti au delà du Rhin, annonça à son ministre Podewïls sa résolution, cette Fou arrêtée, de ne plus rien attendre ui des généraux ni des ministres français, et de se retirer d'un jeu où, laissé seul par son partenaire, il H repentait amèrement de s'être engagé. Mais la conclusion de la lettre n'était pas celte i|in- le timide l'odewils eût présumée, car, en lui donnant les instructions nécessaires pour reuoucr et hâter les négociations toujours ouvertes à Hanovre, il lui envoyait H même lemps un mémoire raisonné résumant les griefs qu'il avait ù reprocher à son voisin Auguste; et il lui aunonçait l'intention, aus-

sitôt cette déclaration publiée, d'entrer en armes au premier jour sur le territoire saxon. Podewils resta consterné : cette fois, comme dans tant d'occasions précédentes, il ne comprenait rien aux brusques résolutions de son maître. Entrer en Saxe, n'était-ce pas tourner le dos à toutes les espérances de paix? n'était-ce pas déchaîner la Russie dont la garantie protectrice était toujours promise à Auguste? n'étaitce pas mettre plus que jamais ce prince lui-même sous la dépendance de l'Autriche et assurer son vote encore douteux à l'élection du grand-duc? En un mot, en jetant dans le brasier déjà enflammé un surcroît de matières combustibles, n allait-on pas rouvrir une nouvelle série d'agitations en Allemagne? « Vous n'y entendez rien, répondit Frédéric sans s'émouvoir à ces observations; vous êtes, comme toujours, une poule mouillée : rien de si mou et de si flasque que vous. Voulez-vous donc que je me livre pieds et poings liés à mes ennemis? Si le roi d'Angleterre et son ministre se prêtent à une négociation, pensez-vous que ce soit par prédilection pour nous? Point du

i: va.- i".i no

DE L ALLEMA

[■ beat

pi ils croiront a Prusse. PIhh nous donnerons de marques de vigueur, pinson sentira a Hanovre le besoin indispensable qu'ils ont de moi. cl leur liaison avec, les Saxons les obligera a l'aire tous les efTorls imaginables pour moyenner la paix... Joignez les clameurs des Saxons quand nous entrerons chez eux, et vous verrez que ce sera un motif >\<- plus pour Eure la paix. J'ai bien prévu que vous feriez mouvoir voire épouvantait de la Moscovie; mais la Saxe sera sûrement cuite lorsqu'on «apprendra à Saint-Pétersbourg que les hostilités ont commencé... Soyez persuadé que ce coup-la va nous donner la paix. »

lai qu'une fois sa résolution prise, ce merveilleux génie retrouvait le calme et la perspicacité qui paraissaient lui manquer souvent dans le trouble de ses délibérations. C'était le coup d'aûl et le sang-froid du grand capitaine |iii, l'instant d'agir venu, ne fait jamais défaut, l'il s'agisse de livrer bataille ou de faire rejto. Du moment qu'il avait compris la nécesuté de oéder, même à tout prix, il sentait aussi qu'il fallait plus que jamais payer d'audace

pour qu'on n'abusât pas tout de suite contre lui de cet aveu d'impuissance, et que menacer tout

le monde d'un coup de tête, c'était encore le seul moyen de ne pas payer trop chèrement sa soumission. En un mot, pour obtenir là paix à des conditions tolérables, il fallait, non la demander, mais l'exiger, et se donner même l'air de l'imposer.

Dans cette pensée, il n'hésita pas à proposer à l'Angleterre, comme les seules conditions de paix qu'il pût écouter, un programme trop élevé pour qu'il espérât lui-même, au fond de l'âme, le faire admettre. Il demandait qu'on lui assurât la conservation de la Silésie, sous la triple garantie de l'Angleterre, des Provinces-Unies et de l'Empire, et l'extension de cette conquête par l'annexion de trois forteresses prises en Bohême. Si cet accroissement paraissait impossible à obtenir, il se contenterait du payement d'un million de livres sterling pour l'indemniser de ses frais de guerre. Et, en attendant que cet ultimatum fût accepté, son premier lieutenant, le prince d'Anhalt, commandant le corps d'armée qui campait aux portes de la Saxe,

ÉVAnCATtON DE l' A LI.EJIA G NE . 103

le hras levé (comme i! ilit lui-même dans son histoire) et prêt à frapper le coup décisif. — " Je croyais meilleur, répondît humblement l'odewils en recevant ces instructions, de ne rien livrer au hasard, C'est mon système; Votre Majesté trouve le sien préférable, cela suffit : vogue la galère ' ! »

Je n'oserais pourtant répondre de l'accueil qu'auraient reçu à Hanovre ces propositions il la fois hautaines et comminatoires, si elles ne s'étaient trouvées appuyées par un concours de circonstances qui donnèrent à réfléchir au roi d'Angleterre et le contraignirent enfin, bon gré mal gré, de faire trêve à ses ressentiments de famille et à ses sympathies germaniques.

ùaûtgt, d'ailleurs, était loin d'être, on le suit, comme Frédéric et Louis XV, un souverain absolu, maître de diriger comme il l'entendait la politique de son royaume. Il avait h compter avec des ministres dont le choix lui

it souvent imposé par les majorités parle-

. Frédéric k PmlewiU, 21), 28 el 31 juillet, 2, 4 noût; à Andrit*. 5 »oût HO. [Pol. Cotr,, t. IV, p. 223, 2-10, 2ii, 247, 2i9. 251. — Droytm, t. Il, p. 52*, 532.)

mentaires, et qui restaient exposés eux-mêmes aux critiques d'une opposition hostile et d'une presse ardente et libre. Un coup d'œii rapidement jeté sur l'état de l'opinion en Angleterre, et sur l'impression que produisaient à l'intérieur les événements du dehors, ne sera donc pas inutile pour bien apprécier les causes diverses qui aidèrent à ce moment Frédéric à triompher des répugnances de son oncle.

La première de ces causes et la principale, ce fut l'effet produit par la continuité des succès du maréchal de Saxe en Flandre, dont le retentissement, presque nul en Allemagne, comme on vient de le voir, était au contraire très grand à Londres et commençait à causer une émotion avec laquelle il fallait bien que le roi luimême se déridât h compter. La conquête des Pays-Bas par la France touchait au vif l'orgueil anglais : c'était tout le fruit perdu des succès de Guillaume d'Orange et de Marlborough.

Devant cette perspective redoutable et déjà presque réalisée, les ministres de George durent lui représenter et Unirent par lui faire comprendre que le seul moyen de reprendre le

ÉVACUATION DE l' ALLEMAGNE. 103

terrain déj;i perdu et d'éviter un succès plus complet était d'affaiblir on au moins d'inquiéter Louis XV dans le cours de ses triomphos, en détachant de lui un île ses alités, et d'obtenir de Marie-Thérèse qu'eu pacifiant l'Allemagne elle consacrai toutes ses forces à la défense de s*'s possessions flamandes : un intérêt national de premier ordre ne souffrait donc pas qu'on format plus longtemps l'oreille aux ouvertures du roi de Crusse. Ainsi c'étaient les vicloires de lu Franre qui allaient plaider en faveur de Frédéric, et le maréchal de Saxe qui devenait, MUM le savoir, son meilleur avocat.

Le fin politique avait-il lui-même prévu et calculé, en haussant subitement le ton de sa négociation, l'effet de celte coïncidence? C'est possible et même probable, quoiqu'il se soit toujours bien gardé, *'l pour cause, d'eu convenir, car c'eùl été reconnaître que ces vicloires des armes françaises, — dont il parlait si dédaigneusement, et dont le bruit, semblait importuner ses oreilles, — sî elles ne venaient pas directement en aide à ses opérations militaires, lui rendaient au moins quelque service

en préparant en sa faveur, sur le terrain diplomatique, une diversion utile ; et il eût eu mauvaise grâce à constater qu'il comptait profiter des avantages remportés par la France pour obtenir, en se séparant d'elle, de meilleures conditions de ses ennemis.

Celait le fait cependant ; et ce n'est pas le résultat le moins étrange de la différence croissante que j'ai signalée et qui se prononçait chaque jour davantage entre la brillante situation conquise par la France sur l'un des deux théâtres où elle soutenait la lutte, et le rôle ingrat et humilié que, sur l'autre, elle se résignait à jouer. Coutraste, en effet, le plus singulier peut-être qu'ait jamais présenté l'histoire militaire d'un peuple et d'une époque. Ici, c'était la déroute et presque la honte, là, la gloire dans tout son éclat : tandis que l'une des armées françaises se laissait chasser d'Allemagne, en Hollande, celle que commandait Louis XV s avançait plus loin que n'avait jamais pénétré, aux jours de sa plus grande prospérité, son glorieux bisaïeul. 11 semblait qu'à chaque marche en arrière du prince de Conti sur le Rhin cor-

Page 1