‹ Marie-ThereseChapitre 12 sur 40 · ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

ALLEMAGNE

n s]".n<lil jour pour jour une marche eu avant du maréchal de Saie sur l'Escaut et sur la Meuse, Devant le vainqueur de Fonlenoy, les eitéfl tu plus fortes tombaient comme par enchantement et le roi y cuirait en triomphe, tviii souvent avec acclamation par la population assez mécontente de la manière dont les Autrichiens l'avaient défendue ou plutôt abandonnée, Si il y l i-nail sa cour comme à Versailles. Après Tournay.c'élaitUruges que Lmvendahl enlevait de tiuil par une surpriso qui rappelait la prouesse de Maurice lui-même devant Prague.

Ajirès Qand, Oudeoardeet Dendermonde. Puis l' l'iail te tour d'Ostende, qui opposait un peu plus de résistance, mais dont le sort n'était plus douteux. Nieuporl ne devait pas larder à suivre, el à chaque lois c'était un combat heureux contre les débris de l'armée anglaise. — " Les Anglais uni encore eu cette fois du pire, écrirait, après l'un de ces engagements, Maurice, guéri el presque ressuscité par celle série île triomphes : ils oui perdu quinze mille hommes, qui esl plus de la moitié de leur»

troupes; ils ne répareront pas aisément leurs

perles. M. le prince de Coati, qui ne besogne pas de même sur le Rhin, en est, je crois, un peu jaloux. » — Comme il était bien pour quelque chose dans l'impuissance à laquelle Conti s'était trouvé réduit, il y avait dans cette comparaison plus de malice que de générosité ! .

La perte d'Ostende et de Nieuport, déjà presque consommée, menaçait l'Angleterre de conséquences d'une extrême gravité ; car ces deux villes maritimes étaient les seuls points par lesquels une escadre britannique pût se maintenir en rapport avec les troupes détachées sur les territoires des Pays-Bas, et une fois ces deux voies fermées, il ne restait plus à un Anglais quelconque, roi, ministre ou général, de relations régulières et promptes avec le continent qu'en empruntant le territoire de la Hollande. Mais la Ilollande elle-même, combien de temps resterait-elle ouverte? Si l'émoi, en effet, était grand à Londres, qu'était-ce à Amsterdam ou à La Haye, où on entendait en quelque sorte le canon français frapper aux

1. Maurice à sa sœur, 29 juillet 1745. (Archives de Strasbourg.)

portes? Là, chaque courrier de Flandre était attendu avec angoisse et reçu avec effroi; et, comme dans Ions les pays oîi l'élément populaire domine, c'étaient des alternatives «rabattement, d'effroi et d'irritation qui rendaient toute politique suivie et toute prévision du lendemain impossible : d'autant plus que, comme je l'ui déjà rappelé, au trouble apporté par les bruits du dehors, se mêlaient les orages causés par les luttes intérieures des partis. Tandis que les partisans de la maison de Nassau, maîtres de la populace dea grandes cités, prêchaient toujours la résistance à outrance et demandaient , pour la mieux soutenir, la concentration de tous les pouvoirs militaires et civils entre les mains d'un prince et d'un général, les républicains, au contraire, étaient presque aussi effrayés de Mite perspective que de celle de la conquête. Ils soupiraient tout bas après une paix qui les délivrerait de ces deux fantômes, et ouvraient parfois discrètement l'oreille aux exhortations de philosophie morale que d'Aigciison ne cessait de leur faire parvenir, dans un langage plein

d'onction, par de longues dépèches écrites de sa main. Ces jours-là, ils trouvaient, suivant l'expression du bon Van Hoey, que le mariage avec l'Angleterre faisait une vie de ménage bien difficile, et que le proverbe a raison de dire que qui a compagnon a maître. Que ces inspirations pacifiques vinssent à prévaloir, qu'à la suite d'une émeute comprimée ou d'une panique causée par une marche en avant de Maurice de Saxe, on vit ces timides bourgeois pressés de se jeter aux pieds de Louis XV, en faussant compagnie à leurs alliés, qu'adviendrait-il alors des restes de l'armée anglaise enfermée et comme bloquée sur une terre ennemie? Quel serait le sort du roi lui-même, qui s obstinait, malgré les avis répétés de ses ministres, à prolonger son séjour à Hanovre, quand il ne pourrait plus communiquer avec son royaume qu'à travers les parages orageux de la mer du Nord 1 ?

1. Van Hoey à d'Argenson, 4 juin. — La Ville à d'Argenson, 18, 25 juin, 16 juillet. — D'Argeuson à La Ville, 15, 22 juillet 1745. (Corresiwndancc de Hollande, — Ministère des affaires étrangères.)

Ces alarmes, au forai assez fondées et exploitées chaque jour à Londres par la presse, étaient grossies encore par des rumeurs dont le sujet semble plus chimérique, mais qui n'en étaient peut-être que plus facilement accueillies. Un répandu! le bruit qu'une llotle française était déjà réunie entre Brest el liocliefort, prête à embarquer un corps d'armée qui viendrait prendre terre au premier jour sur le sol de l'Angleterre» On sait avec quelle vivacité s'empare, à certains moments, des imaginations de nos voisins, celle crainte de l'invasion française, contre laquelle il semble pourtant que la nature les ail suffisamment garantis, el bien qu'une expérience séculaire doive les rassurer. Il semble même qu'ils venaient d'éprouver combien ce péril était peu à craindre, puisque iiue idée de ce genre, un instant accueillie l'année précédente par le gouvernement français, avait élé découragée par la seule présence de quelques bâtiments anglais devant Dunfcerque. Mais ce sont comme des accès de fièvre intermittente, qui, coupés une fois, n'en reviennent qu'avec plus de force après quelque

intervalle, et, quand l'alarme est donnée, elle devient d autant plus aisément générale qu'en temps ordinaire, la sécurité étant plus grande, nulle précaution suffisante n'est prise contre une éventualité si peu probable. Le vaste territoire de la Grande-Bretagne apparaît alors comme un grand corps désarmé prêt à être percé de part en part. Dans le cas présent, on comptait avec effroi les vides faits dans les rangs de la petite armée royale par les détachements envoyés en Flandre et par l'absence de ses meilleurs officiers; on regardait avec inquétude les ouvrages défensifs des côtes dégarnies et presque démantelées par l'effet du temps et de la négligence; on s'indignait de l'éloignement et de l'indifférence apparente du roi, et on voyait déjà la capitale plus facilement emportée encore que Prague ou que Gand par une surprise nocturne ou un coup do main.

La mer môme, disait-on, était ouverte à l'envahisseur, la plus forte des escadres britanniques étant occupée à poursuivre la marine française dans l'Atlantique. Il est vrai qu'elle venait d'y remporter un brillant succès en se

[ DE L AI.LKMA'.N

ndant maîtresse de l'île du Cap-Breton et de la ville de Louisbourg, qui défendaient l'entrée du Canada el en menaçant ainsi la plus belle de nos possessions du nouveau monde. Le miuislAM faisait grand bruit de ce fait d'armes, bien fait, pensait-il, pour consoler les vaincus de Kontenoy, que Neptune (suivant un mot de il U-i'iisoii lui-même) semblait vouloir venger de Jupiter. Mais a quoi bon. répondait l'opposition, cette gloire lointaine et stérile, si la Franco, légèrement blessée à l'une de ses extrémités, n'en gardait pas moins les hras libres pour porter le fer et le feu nu cœur de son ennemie ".'

Quand les imaginations populaires sont eu mouvement, il n'y a point de fait si insîgniliaul en apparence qui ne donne lieu à des commentaires inatteudus. L'opinion une fois accréditée que le ministère de Louis XV préparait un coup d'audace, des gens se disant bien informés assurèrent qu'on n'attendait pour l'exécuter que le retour eu France d'un personnage illustre, à qui

. Çorreipondance d'Horace Walpole mille! niJ,

six mois de séjour forcé en Angleterre avaient permis d'étudier l'état intérieur du pays, de se rendre compte par là même de ses faiblesses, et qui en partait au même moment pour y reparaître bientôt, muni de ces renseignements précieux, à la tête de l'armée conquérante. Cet hôte dangereux, prêt à devenir un revenant redoutable, n'était autre (on l'aura déjà nommé) que le maréchal de Belle-Isle, à qui, après de longues contestations, il fallait bien rendre sa liberté.

On peut se rappeler qu'à peine arrivé en Angleterre, Belle-Isle avait réclamé sa délivrance en vertu d'un cartel d'échange dont les puissances belligérantes étaient convenues depuis le commencement de la guerre, et qui permettait à tout officier prisonnier de se libérer moyennant le payement d'une rançon dont la quotité devait être fixée en proportion de son grade. On avait (je l'ai dit encore) refusé de faire droit à sa revendication, sous prétexte que, n'ayant pas été fait captif les armes à la main, il n'était pas proprement prisonnier de guerre. Le roi de France tenant à ne pas perdre les

I riCOATIQH DB i.'\i.i .niii.vR. 1(5

services d'un homme comme Belle-Isle. aulanl que le rai d'Angleterre s'applaudissait do l'en avoir privé, de loups mémoires Furent échangés entre les deux cours ennemies, et la question, portée successivement devant un conseil de gneree cl devant les juristes, avocals de la couronne britannique, n'eùl peut-être jamais été" résolae si la victoire du marée lia! de Saxe n'eût fourni un moyen sommaire de la trancher. La France déclara nettement qu'elle n'appliquerait la faveur du cartel d'échange à aucun des nombreux prisonniers faits sur le champ de bataille de Fontenoy, si on continuait à refuser d'eu laisser bénélkier Bellc-Isle, Force fut bien alors de s'rxéculer, pour ne pas laisser Irop de familles anglaises privées de leur chef ou de leurs membres les plus chers. .Mais un peu honteux de paraître avoir cherché une mauvaise rliiiiine et de ne s'en départir que par contrainte, le cabinet anglais déclara à son tour qu'il rendrait l'illustre captif à sa patrie par égard pour son rang élevé, et parce que l'Angleterre ne craignait aucun de ses ennemis, IB09 recevoir de lui aucune rançon : générosité

qu'à son tour le cabinet français se refusa à accepter.

Les ministres anglais, d ailleurs, le duc de Newcastle et son frère Pelham, le duc de Grafton, le comte d'Harrington, étaient tous des seigneurs ou des gentilshommes appartenant à la confraternité aristocratique qui régnait alors d'un bout de l'Europe à l'autre. La guerre ellemême n'interrompait pas, dans ce monde d'élite, les bonnes relations héréditaires d'amitié et même de famille. Il leur en avait coûté d'avoir à se montrer si maussade pour un homme de si bel air et de si grand monde que Belle-Isle ; aussi, pour effacer cette impression fâcheuse, se mirent-ils en devoir, avant son départ, de le combler de politesses. On le pressa de venir de Windsor à Londres, où il n'avait pas eu permission de mettre le pied tant qu'il était en surveillance; il y fut invité, choyé dans les meilleures maisons de la cour et de la Cité. Ce fut pendant quelques jours la personne à la mode que tout le monde voulait voir, et, comme on disait déjà alors, le lion de la saison. — « Nous sommes venus dîner à Pultney, écrivait-

il h la maréchale sa femme (avec qui on ne l'avait guère jusque-là laissé correspondre), où l'on m'a donné une fêle complote. La maison est siluée sur le bord de la Tamise; M. Vaneck (e'étaïl le nom du propriétaire), qui est extrêmement considéré dans la Cité de Londres, avait engagé, avec la permission de la régence, les ■ililiiinen d'envoyer leurs trois plus magnifiques barques, remplies, deux de tous les principaux Ii.iIhI.lnIs de la Cité et l'autre, de dames, avec tous leurs pavillons el quantité d'instruments, qui vinrent passer et repasser sous la terrasse on j'étais, et s'y arrêtèrent ensuite pour faire toute sorte de politesses. Je fis donner magnifiquement, comme il convenait, pourboire à tous les matelots. Il y en avait plus de soixante en uniforme avec leurs officiers, ce qui fut suivi de plusieurs acclamations réitérées à la manière anglaise... Aujourd'hui, j'ai été voir une belle maison de la duchesse de Marlborough, et, de là, le parc cl le jardin de RichcmonL, maison royale. Un m'y a donné une fêle. J'ai trouvé en chemin M. le duc de Newcastle, qui venait à cheval au grand galop m'embrasser et me dire

118 MARIE-THEBÊSE IMPÉRATRICE.

adieu. II a descendu de cheval et moi de carrosse, et nous nous sommes fait toute sorte d'amitiés. C'est réellement l'homme le plus poli et le plus obligeant que je connaisse. »

Grâce à cet aimable accueil, Belle-Isle put visiter à son aise tous les monuments de Londres, se montrant, en homme de goût, sensible surtout à la beauté des magnifiques villas des environs, si différentes, par les agréments du site et des jardins et la commodité des aménagements intérieurs, des froides et fastueuses demeures de la noblesse française. En revanche, on ne se lassait pas d'admirer ses manières aussi aisées que nobles et son grand air d'élégance. Partout où il passait, on accourait comme au spectacle ; les dames surtout étaient véritablement éprises de ce beau cavalier, qui, de son côté (dit quelque part le secrétaire qui tenait son Journal), les gracieusait fort. Cette bienveillance générale fut entretenue jusqu'à la fin de son séjour, qui dura toute une semaine, par de grandes largesses que Belle-Isle, tout en gémissant de la cherté de toutes les denrées à Londres

ri h plaignant d'èirc icorehé partout, prodigua sans compter. Il avait à cœur, dil-il, de faire honneur au nom français et aussi de Bt (on nie laissera bien mentionner ce petit trait de caractère qui fait sourire le tort que lui avaient causé d'anciens ambassadeur*, et eu particulier son vieil ennemi, le défunt marflohnl de Broglie, qui, ayant résidé à Londres vingt ans auparavant en celle qualilé, m' passai) pas pour avoir fait assez grandement les ebosea '.

Il venait h peine de partir pourtant, voilure sur la roule de Douvres avec une mite nombreuse, dans deux carrosses à six chevaux, ri ■fréta dans chaque bourgade par une foule curieuse de le contempler, qu'à la réllexïon l'impression changea : des critiques s'avisèrent qu'on s'élail montré peut-être trop prodigue envers lui de confidences compromettantes. On lui avait toul expliqué, lotit raconté, lout luissé voir : quelle idée emportait-il et ailait-il donner

\. Lettres Ae Uelle.lela pendant m captivité. — Journal tenu pur foa secrétaire. {Corrtipoiniuriett diverti*. 17 tS. — Ministère de la «urne.)

chez lui de la force de résistance de l'Angleterre? — « Quelle est notre situation? écrivait Horace Walpole (le témoin est un peu suspect, j'en conviens, en raison de son hostilité contre ceux qui avaient déplacé son père, mais il vivait cependant dans un monde politique assez élevé pour ne pas ajouter foi à de trop grossiers commérages). Jugez-en par la conversation du maréchal de Belle-Isle : il a dit, il y a peu de jours, qu'il nous croyait si peu en état de nous défendre, qu'avec cinq mille goujats de l'armée française, il se ferait fort de conquérir l'Angleterre, et c'est le moment qu'on choisit pour le relâcher... Ne dirait-on pas, ajoute-t-il, qu'il est venu à Londres marquer d'un fil écarlate les fenêtres de ses amis, afin de les reconnaître quand les Français viendront prendre possession du pays?... En vérité, je crois que, quand dix mille Français seront à une marche de Londres, on louera des fenêtres à Cheapside et à Charing-Cross pour les voir passer 1 . »

Page 1