Horace Walpole à Horace Manu, 26 juillet, 1 er août
Itien dans la correspondance de Belle-Isle, t ri- s sobre do détails (peut-être par délicatesse) sur l'état politique de l'Angleterre, ne confirme les propos que Walpole lui prèle. Rien, non plus, n'autorise a croire que l'idée de conquérir l'Angleterre se soit jamais substituée, même pendant les loisirs de sa captivité, aux autres rêves d'ambition et de gloire dont son imagination était toujours possédée. Aussi les soupçons dont il était l'objet seraient-ils bientôt tombés, si les craintes d'invasion qui les avaient fait naître n'avaient reçu d'une coïncidence inattendue une confirmation qui parut sans réplique. Belle-Isle n'était pas encore embarqué à Douvres qu'on apprenait que le jeune Sluart, fils du prétendant, dont l'arrivée avait été annoncée a plus d'une reprise l'année précèdent, était bien réellement celte fois débarqué dans un petit port obscur de la cote d'Ecosse. II arrivait seul, à la vérité, n'ayant trouvé pour franchir le détroit, lui el huit gentilshommes de sa suite, qu'un navire de commerce français Haie* en course. Mais personne ne put croire qu'il eut hasarde un pareil coup de tèle, s'il
n'eût été sûr qu'une escadre française arrivait derrière lui pour le rejoindre et tenter une diversion formidable sur quelque autre point du territoire britannique. S'il présentait avec cette témérité sa tête aux balles de la première sentinelle anglaise qu'il rencontrerait, c'est qu'il espérait bien ne pas paraître à Edimbourg avant que Londres eût capitulé.
Rien n'était moins fondé, et c'est, au contraire, parce qu'après une année de sollicitations et d'efforts, il n'avait pu obtenir du ministère français aucun secours effectif ou même aucune promesse positive, que le jeune audacieux, las d'attendre et de délibérer, se jetait en avant, à corps perdu, espérant qu'une fois engagé on ne pourrait le délaisser sans déshonneur. L'idée de tenter en Angleterre une contre-révolution dynastique, tour à tour admise, puis abandonnée pendant toute l'année 1744, avait bien été agitée de nouveau, pendant la campagne actuelle, dans le conseil de Louis XV, mais sans y avoir jamais prévalu; le projet, toujours chaudement appuyé par le cardinal de Tencin (protecteur né de la
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cause des Stuarls donl il avait représenté à Home les intérêts), rencontrait dans d'Argen- MM un contradicteur. Deux raisons d'un grand poids à ses yeux décidaient ce ministre à s'y opposer. D'une part, il craignait de mécontenter Frédéric, intéressé par ses alliances de famille et par les sympathies de ses coreligionnaires en Allemagne au main lien de la succession protestante en Angleterre, à latjindle il pouvait même, le cas échéant, être appela lui-même. De l'autre, ayant peut-être un instinct plus juste que ses collègues des idées de droit politique qui commençaient à se répandre eu Europe, l'homme d'Etat philosophe doutait qu'il f Lit possible et mémo légitime d'imposer par la force à une nation un gouvernement qu'elle répugnait £1 accepter.
A aucun prix, il ne voulait consentir à appuyer les prétentions de l'héritier des Sluarts avant que les espérances donl ses partisans le dallaient eussent reçu des faits cl du mouvement spontané des populations au moins un commencement de conlirmalion. Tout au plus consenlail-il jusque-là à quelque envoi secret d'argent
et d'armes. — « Mais les troupes, répétait-il avec constance aux émissaires qui venaient le trouver, on n'en aura que quand la révolution sera commencée; les donner avant, c'est ce que le roi regarde comme absolument contraire à ses principes; cette révolution doit se faire par elle-même : de semblables événements ne réussissent que par la volonté des peuples, et leurs voisins en guerre avec eux y nuiraient au lieu d'y servir. » — Et le père de Charles - Edouard , le prétendant lui-même, celui qui s'intitulait roi d'Angleterre, ayant écrit de Rome au roi pour le presser de venir en aide à son fils, d'Argenson hésita longtemps à laisser Louis XV même lui accuser réception de sa lettre. — « Croyez-vous, disait-il à son commis Ledran, qu'il convienne que le roi réponde ou ne réponde rien au pauvre roi Jacques? Un mot de consolation serait digne du bon cœur du roi. »
Désespérant d'entraîner son collègue, ïencin finit, avec cette hardiesse qui appartient souvent h ceux qui n'ont pas l'expérience du péril, par engager le jeune prince à courir tout seul
ÉVAC