I1ÈTE 1>E FRANC
son coup d'oeil p
dit
nétrant n'eût pas a l'instant deviné le dessein de son adversaire, — s'il se fût borné, comme tout autre l'aurait fail. a presser le pris pour échapper à la poursuite, — il fût tombé dans le piège. Une résolution, d'une extrême audace, le lira de péril. 11 faut vraiment se donner le plaisir de la lui laisser raconter lui-même.
« Il était, dit-il, aussi téméraire pour moi de me retirer devant l'armée autrichienne par des passages étroits que de la combattre. Vu la supériorité de son nombre, le prince de Lorraine s'était Huilé que je choisirais le parti de la retraite; c'est sur quoi il avaîl compté et sur quoi sa disposition était faite. Il voulait engager avec moi une affaire d'arrière-garde, dans laquelle! il était sûr que mou armée aurait péri. Je considérais le danger des diU'érents partis que j'avais à prendre; mais, comme il n'y avait pas de temps à perdre en réflexions inutiles, sans balancer plus longtemps, je résolus d'attaquer les Autrichiens, malgré le nombre et malgré le poste avantageux qu'ils occupaient, aimant mieux être écrasé les armes a la main
que de céder le terrain dans un moment critique, qui aurait fait dégénérer ma retraite en une fuite ignominieuse. Il est toujours dangereux de manœuvrer en présence d'un ennemi qui a déjà formé sa bataille. Mon armée avait à faire un quart de conversion par la droite pour changer entièrement son front et en présenter un qui fût parallèle à celui des Autrichiens. Cette manœuvre délicate se fit avec un ordre et une célérité inconcevables, avec cette différence des deux armées que celle des ennemis avait trois lignes de profondeur et que la mienne n'en avait qu'une. Le terrain qui me restait m'obligeait de me déployer sous le feu de deux batteries de canon, chacune de quatorze pièces, qui tiraient en écharpe : les ennemis jetèrent même nombre de grenades royales dans ma cavalerie; mais rien ne décontenança les soldats, aucun cavalier ne quitta son rang, et malgré toute la diligence qu'on put employer, mes troupes soutinrent la canonnade pendant une grosse demi-heure \ »
1. Frédéric, Histoire de mon temps, eu. vu. — Je cite ce pas-np." d'après le premier texte resté inédit, connue je l'ai
il île cet admirable changement de front, si bien opéré sur place el plus tard si bien décrit, fut plus grand qu'on ne pouvait s'y attendre. A peine la manœuvre était-elle accomplie, que la cavalerie prussienne fut lancée à fond de train sur la gauche dos lignes autrichiennes, qui no se trouvèrent nullement préparées à ce retour imprévu. Le terrain ou elles avaient fait halte était trop étroit pour leur permettre de se déployer, el de plus adossé à un fossé profond; le premier choc en les faisan) reculer les y précipita, la première ligne poussant la seconde, qui, à sou tour, culbuta sur la troisième. Ce fut une vraie déroute. Par une opération alors analogue a celle qu'il avait déjà faite avec succès à Friedbcig, Frédéric, tranquille de ce coté, reporta en hâte toutes ses forces sur la droite, retrouvant ainsi sur ce point, sinon l'avantage, au moins l'égalité
rapporté, jusqu'en 1879. Le second texte, qui tigtire dans loulei lea Œuvre» de Frédéric, eat un peu différent. Je préfère on généra], quand la eliose est possible, citer ie premier in au u oc rit, rédigé a une époque plua rapprochée des faits et donnant, par là même, micui l'idée de l'eut d'esprit de l'auteur dans nette première époque de sa vie.
±*4 ZAJ:Z-rZtl£*E ÂHrEBATBICE.
La ans. la surprise et la eonfuâc& iraH *sm efet. et tout céda devant la ssvute impêcMÛé q»e Frédéric, présent de sa po*«ae~ savait imprimer aux mouvements
A la Tériftê. comme fl poussait les fuyards I~«pé* daas les refais jusqu'au village de Sohr, on vint l'avertir qae son camp était envahi et livré an filiale. Cétaient les détachements de la cavalerie hongroise, destinés, dans le plan du prince de Lorraine, à inquiéter la retraite des Prussiens, qui, ne les voyant pas venir, avaient pénétré dans les campements occupés par eux la nuit précédente. Trouvant les tentes prussiennes sans défense, ils passaient leur temps à les mettre à sac et faisaient main basse sur les provisions ou bagages de toute sorte qu'on v avait laissés. — « Tant mieux, dit Frédéric
sans s'émouvoir: s'ils pillent,ilsnenous dérangeront pas. »» — Et, effectivement, si au lieu de perdre le temps à ces prises inutiles, ces maraudeurs avaient poussé une charge sur la queue de l'armée prussienne engagée au même moment en sens opposé, on ne sait quel désordre
MÈTK |>E FRANCFORT. 245
op serait résulté. Le goût de rapines et de violences habituel à toutes les troupes indisciplinées HQVI Frédéric de ce dernier péril, et il put compléter tranquillement son triomphe. Seulement, quand il rentra le soir dans sa propre tente, il la trouva toute dévastée : deux de ses secrétaires intimes étaient emmenés prisonniers, tous ses papiers et tous ses effets étaient enlevés, à ce point qu'il eut peine à se procurer de quoi changer lui-même de linge. Quand il demanda à souper, il n'y avait plus rien à lui servir. — <■ Comment s'embarrasser de telles bagatelles, dît-il, lorsque l'esprit est occupé dans ces moments décisifs à ces plus grands intérêts du soutien de l'Etat et de la gloire de la nation 1 ? >>
Il avait raison de penser et de parler ainsi ; pourtant ces bagatelles, qu'un général occupé de vaincre fait bien de dédaigner, produisent souvent sur l'imagination populaire une impression qui ne correspond pas à leur impnrince. Aussi, quel que fût l'éclat de la victoire
2lf> MAHIE-THÉKÈSE IMPÉRATRICE.
qu'il avait si hardiment enlevée et malgré le nombre des prisonniers, des canons et des drapeaux restés en son pouvoir, le fait d'un souverain dépouillé de ses propres vêtements dans sa propre tente, et forcé de laisser aux mains de ses ennemis ses confidents les plus intimes, était en lui-même trop étrange pour ne pas faire naître, dans l'esprit de ceux qui n'étaient pas au courant des détails de l'incident, quelque doute sur la réalité même du succès.
L'incertitude devint plus grande encore quand on vit, peu de jours après, le vainqueur, au lieu de poursuivre son avantage, continuer sa marche en arrière, évacuer même la Bohême et rentrer en Silésie comme pour y prendre ses quartiers d'hiver. C'était une mesure de prudence très sagement adoptée pour éviter le retour de surprises pareilles à celle dont il avait failli être victime. Mais une retraite ne parait jamais la conséquence naturelle d une victoire; aussi ne faut-il pas s'étonner si, le résultat de la journée de Sohr étant tout de suite contesté, l'écho n'en arriva que très affaibli dans les contrées méridionales d'Aile-
niLii: DE FJUÎTCFOBT. 2-1"
que Marie-Thérèse parcourait, à la ib&qq date, pour se rendre à Francfort, au milieu îles acclamations joyeuses des popu-
Itfio».
Là, si ce n'était pas la victoire, c'était une marche pacifique qui ne ressemblait pas moins à un triomphe. Plus la princesse approchait de la ville impériale, plus l'accueil était enthousiaste et l'élan des cœurs unanime. On eût dit que c'était l'Allemagne entière qui, ressuscitée, unie et délivrée, faisait son apparition dans la personne de l'héroïque souveraine.
Avant d'entrer à Francfort, elle devait rejoindre son époux au camp on il était encore et passer avec lui la revue de ses troupes. Le rendez-vous était auprès d'Heîdelberg, sur le territoire de l'électeur palatin, le seul du collège princier qui se fùl uni à la Prusse pour faire t au moment du vote. Le jeune souverain
ail exprimé très haut le désir qu'aucun de
218 X lEUE-THEBEiE IXPËBAT R l'.E.
ses sujets ne prit part à une démonstration militaire faite par une armée qui occupait indûment se< États. Il ne fat pas écouté, et le jour de la revue il errait presque seul dans Manheim.la population en masse s'étant portée à Heidelberg. Nulle trace, dans cette foule empressée, ni des divisions religieuses, ni des rivalités locales : sujets des diverses principautés voisines, catholiques et protestants de toutes les communions, marchaient la main dans la main. « Le voisinage de la reine de Hongrie, écrit Tilly (le résident de France à Manheim), a augmenté la frénésie de tout le monde pour cette princesse, qui a passé ellemême toute son armée en revue, non pas à cheval et habillée à la hongroise comme on l'avait dit (les médecins s'y étaient opposés à cause de sa grossesse), mais dans une petite chaise découverte, le grand-duc à cheval à côté (relie, lui nommant le nom des officiers et des régiments. Elle a dîné sous la tente, comblant de politesses tout le monde, faisant partout des présents considérables : on ne parle que de cette princesse. » Et, deux jours après, le même
correspondant ajoute : » MM. d'Aix-la-Chapelle craignant que l'électeur ne voulût pas laisser passer sur ses ferres leurs vieilles reliques (la couronne de Charle magne et les autres attributs de la souveraineté attendus à Francfort pour le sacre), les ont fait porter secrètement par les voilures publiques, et les députés les ont suivis aussi secrètement, ce qu'ils n'auraient jamais fait si indécemment si ce n'était pour le couronnement de cette princesse, qui est aujourd'hui l'idole de l'Allemagne '. »
Le 4 octobre, jour de la Saint-François, était la date fixée pour la cérémonie. Mais la veille un hruit étrange se répandit et causa une surprise générale. Personne n'avait douté que Marie-Thérèse ne figurât dans la solennité à côté du nouvel empereur et ne fut couronnée avec lui ; l'espoir de la contempler était même pour la foule le principal attrait de la fête. Ou apprit tout à coup quelle refusait d'être associée au couronnement, et qu'aucune insistance
1, Tilly a d'Argentoo. 21) septembre, > octobre 1745. Xonripondance de Manheim. — Ministère des altaire^
(même les plus pressantes, faites par l'Empereur lui-même) n'avait pu triompher de sa résistance. Elle donnait pour motif l'état de sa santé, qui ne lui permettrait peut-être pas do braver jusqu'au bout la fatigue de rester longtemps agenouillée. Mais ce prétexte ne trompait personne, car elle n'avait pas l'habitude de ménager une constitution très forte et que les épreuves répétées de la maternité n'avaient pas ébranlée. On se perdit en conjectures, et aujourd'hui encore, les historiens se plaisent à commenter diversement cette résolution singulière. Ils inclinent presque tous à penser qu'ayant reçu à Prague et àPresbourg les insignes d'une souveraineté qui n'appartenait qu'à elle, elle trouvait au-dessous de sa dignité de n'arriver cette fois qu'au second rang, comme femme de l'Empereur plutôt que comme Impératrice, pour être associée à une dignité dont elle n'aurait que le titre. On ajoute même que, comme reine de Hongrie et de Bohème, elle avait vu placer la couronne sur sa tète ; à Francfort, ce serait le manteau impérial seulement qu'on jetterait sur ses épaules, et elle ne pouvait se résigner
BB il; kNCPOB i
:.ïl
1 changement d'étiquette qui attestait une infériorité de situation.
Itien dans les sentiments connus de la princesse n'autorise à lui prêter ce mesquin calcul nV vanité. J'inclinerais au contraire h faire une supposition tout opposée. Sans doute son affection conjugale, bien que toujours aussi vive, avait, avec les années, un peu changé de nature : elle n'avait plus sur les talents militaires et politiques de l'homme qu'elle aimait les illusions que, dans l'inexpérience de la jeunesse, lui avait fait concevoir l'ardeur d'une passion naissante. Le malheur, la nécessité et l'habitude du commandement lui avaient révélé combien était faible l'appui placé à ses côtés, et appris à ne plus compter que sur elle-même Mais précisément parce qu'elle voyait maintenant plus clair dans le jugement que tout le DMHUta portait autour d'elle, parce qu'elle savait que la où elle serait on ne regarderait qu'elle, — elle serait tout et François ne serait rien, — il lui répugnait de constater par celte éclipse certaine une infériorité qu'elle n'avait aucun plaisir a reconnaître. Elle pouvait craindre
d'enlever ainsi aux yeux des populations allemandes tout prestige au chef qu'elle avait enfin réussi à leur donner. Ce jour tant attendu devait être celui de son mari et non le sien. Ce serait méconnaître l'originalité d'un noble caractère que de ne pas comprendre le rôle qu'a joué, à toutes les époques de cette vie royale, le mélange des affections domestiques aux calculs de la raison d'Etat, et la part que la femme* plus tard la mère, a toujours prise aux résolutions de la souveraine '.
Malgré cette absence que chacun commentait et regrettait tout bas, la cérémonie eut lieu suivant toutes les formalités antiques, mais avec un éclat inaccoutumé. — « Ce matin, à onze heures, dit le résident La Noue, le prince est sorti de son palais, précédé, après les livrées et les gentilshommes, des comtes de l'Empire à pied et nu-tète, des ambassadeurs, des électeurs séculiers à cheval, habillés à l'espagnole et couverts, du maréchal héréditaire de l'Empire marchant devant lui aussi à cheval avec Tépée nue,
\. D'Arneth, t. 111. p. 105 et suiv., 429 et 430; — Erizzo. ambassadeur de Venise, 6 novembre 1745.
et il s'est rendu a la principale église. Il montait un cheval noir et s'avançait sons un dais à fond jaune avec l'aigle éployée de l'Empire... une couronne fermée en tête, et revêtu d'un manteau de velours pourpre doublé d'hennin? , le collier de la Toison d'or au cou. » La couronne qu'il portait en entrant à l'église était celle du royaume de Jérusalem, dont la maison de Lorraine se disait, je ne sais à quel titre, héritière; au moment où il dut la changer contre le diadème impérial, l'archevêque de Mayence, qui officiait, demanda à haute voix, suivant uu usage consacré, s'il n'y avait pas dans l'assistance quelqu'un qui portât le nom de Dalberg : c'était le droit de celle noble maison de. recevoir la première accolade de l'Empereur. Un membre de la famille présent s'avança, armé de pied en cap et le casque en lêle, et l'Empereur, le touchant avec l'épée de Charlemagne, l'arma chevalier de sa propre main.
En sortant, l'Empereur se rendit à l'hôtel de ville, où Marie-Thérèse, après avoir assisté sans éprouver aucune lassitude (quoi qu'elle
en eût dit) à toute la solennité, l'avait déjà devancé. Dès qu'elle l'aperçut, elle s'avança à sa rencontre le visage enflammé, les yeux brillants, agitant son mouchoir et mêlant sa voix aux clameurs de la foule. On eût dit qu'en le voyant paraître dans ce brillant appareil que rehaussaient sa haute stature et son port élégant, elle retrouvait tout le feu de ses premières amours. Ceux qui l'approchaient ont même raconté qu'avant d'applaudir, elle avait eu soin d'ôler ses gants, afin qu'on entendit plus distinctement le son de ses mains frappant Tune contre l'autre. Elle assista ensuite au festin qui suivit, sans qu'elle eût l'air de songer davantage aux ménagements qu'exigeait son état 1 .
Ce fut au milieu des émotions de cette journée qu'on dut lui apprendre l'échec que le prince de Lorraine venait de subir en Bohême. Le mat eut été plus grand encore que, tout entière à la joie et à l'orgueil, elle en eût res-
2. La Noue a d'Argenson, 4 octobre 1745. (Correspondance d'Allemagne. — Ministère des affaires étrangères.) — Erizzo, ambassadeur de Venise, 2 et 9 octobre 1745; — H'Arnetb, t. III, p. 10S.
DE FRANCFOIt
i de trouble. Mais c
s comme le messager qui apportait la nouvelle arrivait également nanti de ce qu'on avait pu sauver des effets et des papiers saisis sous la lente de Frédéric, ces indices matériels, qui semblaient ceux d'une victoire plutôt que d'une défaite, l'aidèrent à se faire une illusion qu'elle s'empressa de répandre autour d'elle. Il fut aussitôt convenu dans son vnlourage que l'engagement de Solir avait tourné en définitive à la gloire et à l'avantage •h- l'Autriche; et il fut même question de faire chauler un Te Deum. Ce fut François qui, se pénétrant de l'esprit de sa nouvelle dignité, fil remarquer que Francfort était une ville impériale et non autrichienne, et que, l'Empire étant encore neutre, il ne convenait pas à son chef de faire célébrer la victoire d'un des membres du corps germanique sur un autre. L'Impéra- Iriu dut donc se contenter du plaisir de parcourir une correspondance qui, n'étant pas faite pour passer sous ses yeux, ne pouvait manquer de l'intéresser.
Les pièces enlevées aux secrétaires de Frédéric étaient eu mauvais état, lacérées, macu-
lées, difficiles à lire; les pillards qui les avaient prises attachaient peu de prix à des paperasses dont ils n'auraient pas su faire usage. En rassemblant cependant les lambeaux épars et en les étudiant de près, on y fit de curieuses découvertes. La correspondance de Frédéric avec les ministres anglais apprit à Marie-Thérèse avec quel sans-gêne le cabinet de son bon allié George disposait d'elle et de ses provinces, et se vantait de la faire céder, quelque condition qu'on lui imposât, en lui refusant les subsides pour lui couper les vivres. — « En m'en parlant, disait le ministre de Bavière au résident Blondel, elle pleurait encore de colère. » — On vit aussi que Frédéric, dans ce dialogue édifiant, n'en prenait pas lui-même moins à son aise avec son allié de France. Il v avait, entre autres, une instruction envovée à son ministre en Hollande, afin de lui apprendre à masquer la convention de Hanovre, si l'abbé de La Ville en avait le soupçon, qui parut un chef-d œuvre inappréciable d'astuce et d'effronterie 1 .
1. Blondel à d'Argenson, 19 octobre 1743 : « La reiue, ditil, a trouva dans la cassette qui a été prise au roi de Prusse
1)1 ÉTÉ DE FRANCFORT. 2.)i
Frédéric avail donc été très mal informé de l'étendue de sa perto, puisqu'il assure dans ses Mémoire» qui' ses secrétaires, avant de se laisser prendre, avaient mis tous ses papiers en sûreté; et il fui plus mal inspiré encore, s'il est vrai, comme il le raconte également, qu'il choisit précisément le moment de la présence de l'Impératrice à Francfort pour lui faire « lâcher quelques paroles de paix » par des émissaires chargés de sonder le terrain, et de voir quel
Ket avait produit sur elle la journée de Sohr. iclion du 3(1, plusieurs papiers de correspond auce d'Angleterre avec ce prince par laquelle elle a lieu de se convaincre que l'Angleterre ne »e fait aucun scrupule de la sacrifier. Il (le ministre de Bavière' m'a assuré que la reine de Hongrie lui on avait parlé les larmes a l'oeil. ■■ — Chaviguy à d'Argcnton, 2 novembre 1715 : — x Parmi tes pièces enlevées au roi île Prusse que Bortenstein a montrées, il y a une minute d'une longue lettre que ce prince aurait écrite ù son résident >.■!] H !>! lundi- i*l. Jaiiii i.npirlk- il l'a uni il infini il .ivec Ii'.-.wht» de force sur le langage qu'il devait tenir h l'abbé de La VUh pour masquer lu négociation de Hanovre. * (Correipondoncet d'Allemagne et de Bavière. — Ministère des affaires élraug-Vres.) — Charles de Lorraine b l'Empereur, i octobre : • Si ces papiers, par uialbeur, u'élaienl pas tombés entre les mains de bussards, nous en aurions bien davantage; mais la plus grande partie a été perdue. Comme von» le «ave* bien, les LouznrJs se soucient très peu des papiers ; ils les ont pillés et déchires, n (D'Araetb, t. IU, p. 43* ; — Bttao, ambassadeur de Venise, 27 novembre 11*5.)
Il est aisé de deviner quel accueil ces porteurs de paroles reçurent et quel rapport ils durent lui en faire. « Celte princesse fit paraître, dit encore Frédéric, qu'elle laisserait plutôt son cotillon que la Silésie. »
Le ministre bavarois, de qui Blond el recevait de première main ces détails intimes, ne manquait pas de faire remarquer que ce serait le moment pour les souverains de France et d'Autriche, également trahis et insultés, de mettre en commun leurs injures pour en tirer vengeance. Ce n'était pas la bonne volonté, on Ta vu, qui manquait à Blondel pour entrer dans cette pensée, pas plus qu'aux autres agents français présents à Francfort, qui tous avaient écrit dans un sens conforme à leur ministre.
Mais n'ayant reçu de lui aucune réponse, et Blondel même avant été assez sèchement averti de ne se mêler que de ce qui le regardait, ils n'avaient garde d'ouvrir l'oreille à ces insinuations, et, pour ne pas les entendre, ils s'enfermaient chez eux. — « Je vis ici comme un proscrit, écrivait Saint-Severin, n'osant parler à personne et sentant que je suis de trop. » —
diète ne FRANCFORT. 2511
Personne ne se trouvait donc sur place pour avertir prompte me nt à Versailles Je l'état d'esprit (le Marie-Thérèse, et cependant elle désirait elle-même si vivement entrer en relation directe avec Louis XV, qu'elle pensa, dit-on, un moment a demander pour le comte Cholek, son ministre à Munich (qui se plaignait de souffrances de poitrine) la permission d'aller passer l'hiver à Montpellier, dans l'espoir qu'en traversant Paris il trouverait quelqu'un avec qui s'aboucher; maïs ce diplomate, encore jeune et novice, recula devant la pensée d'être chargé à lui seul d'unf tâche si délicate. Faute de mieux, il fallut donc se contenter de l'intermédiaire plus lent que d'Argenson avait préféré. Ce fut le comte Saul, ministre de Saxe à Vienne, qui vint porter la parole, non pas directement au nom de la France, mais au nom du roi de Pologne, choisi par Louis XV pour médiateur '.*
I. Blondel p\ Btlnt-SeTerin a d'Argenson, octobre I7i5, paisïm. {'orreifiondancei d'Allemagne e( de Mayence.) — LsttM pftrtkotiir* Je t.a Noue h d'Argenson, ( novembre t7tS, C'est dans cette lettre qu'est mentionné le projet de voyage du temte Cbotek a Montpellier; d'Argensou met en noie : — « SI Chololi avait cru qlln lu uegocialiou dit «in-
Une négociation engagée par une voie si détournée n'avait pas chance de marcher promptement. Quand ce n'eût été que la perte de temps nécessaire pour faire passer par Dresde tout ce qu'il aurait été si simple d'envoyer en droiture à Paris, ce délai, dans une heure critique où chaque instant était précieux, suffisait pour tout compromettre. Mais de plus la mission dont Saul se trouvait chargé pour la France n'était ni la seule ni même la plus pressante qu'il eût à remplir. Il avait, en outre, à combiner avec l'impératrice le projet d'une attaque nouvelle qu'il proposait de diriger contre Frédéric, dans des conditions différentes des précédentes (que je devrai exposer tout à l'heure), et à régler le rôle que chacun des combattants aurait à y jouer. Tant de préoccupations diverses ne permettaient à Saul de donner à la négociation française qu'une partie de son attention et de son temps. Du moment, d'ailleurs, que l'affaire se traitait ainsi par procureur, Marie-Thérèse, de sou côté, ne pouvait s'en occuper elle seule
cère et non illusoire, il eût accepté cette occasion d'honneur et de protlt. »
ni elle-même. Tout fut donc : renvoyé à l'examen de son vieux ministre Itarlenstcin, Dourri dans les préjugés anlifrançais et qui, bien que comprenant l'intérêt de céder quelque chose aux circonstances, procéda avec les préjugés, la méfiance, les lenteurs, les formalités de toute sorte habituelles à la chancellerie autrichienne.
IOn fut (out de suile en désaccord sur les conditions de l'alliance projetée. La France demandait, comme le prix de son concours, un établissement pour l'infant d'Espagne en Italie, une garantie assurée à son protégé, l'électeur palatin, et pour elle-même les places flamandes d'Ypres. de Fumes, de Tournuy et de Nicuport, actuellement entre ses mains. Celait peut-être aucoup exiger, mais Itarlenstcin répondit on ■(•Fusant à peu près tout, sauf l'espérance d'une Li-l a faire à l'infant, pourvu que ce ne fut pas ,us dépens du roi de Sardaigne. On était donc isez loin de compte : pas beaucoup plus, cepenant.Hiic dans une négociation ordinaire, où il est assez d'usage que l'uu, au début, demande plus qu'il n'espère obtenir, et l'autre accorde moins qu'il n'est résigné d'avance à concéder.
Mais c'étaient justement ces marchandages, ces allées et venues si fâcheuses dans les circonstances présentes auxquelles une transaction directe, confiée à des gens d'énergie et de résolution, aurait eu le mérite de couper court.
Aussi n'y eut-il pas lieu d'être surpris si la réponse à peu près négative de Bartenstein aux demandes de la France arrivait à peine à Dresde pour de là être transmise à Versailles, au moment où, les fêtes du couronnement étant terminées, le couple impérial quittait Francfort pour rentrer dans ses Etats et dans sa capitale \ L'impératrice mettait pourtant encore tant de prix à se venger de l'Angleterre en se faisant écouter de la France qu'elle entretint de cet espoir plusieurs des petits princes qui vinrent la saluer avant son départ ou sur son passage. — « L'électeur de Cologne m'a dit, écrit Aunillon, qu'il était persuadé que la reine de llon-
1. Yaulgreuant à d'Argenson, octobre i~\o f passim. — La réponse faite par l'Autriche aux propositions dout Saul était porteur n'est mentionnée dans cette correspondance qu'a la date «lu UO octobre. Toutes les lettres précédentes se plaiguenl de la lenteur de la procédure suivie à Francfort. (Voir d'Àrnetb. t. 111, p. 131.
Il I
IHI-IIÎ HE FlIANeFORT. "2li.l
grie n'était pas éloignée de faire sa paix avec
la France, mente aux dépens d'une partie des
'ays-Bas, qu'il pouvait me le dire el qu'elle
était expliquée. » L'électeur de Trêves
ît moins aflirmatif et jurait qu'on ue lui
it rien dit, mais il laissait tout entendre.
Préparez-vous à quelque chose d'exlraordi-
ire, dîsait-il au résident ; je ue doute pas que
eine ne fasse volontiers sa paix aveu le roi :
il n'y a plus entre les deux maisons do France
d'Autriche aucun motif d'inimitié. — Mais
roi, répondit Itenaud, ne veut pas traiter
-■ans ses alliés. — Ah! en ce cas, reprit eu
riant 1 électeur, c'est rendre la paix bien
iflicile '. »
iais plus le désir de Marie-Thérèse se maniavec vivacité, plus semblait croître la ugnance de d'Arçensou à y répondre. La loire des Prussiens à Sohr le remplit de . el il la laissa voir à Chambrier avec une sion d'autant plus remarquable que le
Auuilloii e( llrnaiiil a tl'Argeneon, 21-JI octobre 1T45. rm)>nnd>tners de Cotognt et de Trêves. — Ministère des ■i élraugfcres.)
264 MARIE-TQÉRÈSE IMPÉRATRICE.
ministre prussien (bien qu'imparfaitement au courant des divisions du conseil) apercevait clairement chez d'autres ministres des sentiments tout contraires. Ce qui semblait plaire le plus à d'Argenson dans cet heureux incident, c'est qu'il y voyait une raison de remettre en question, sinon l'existence même, au moins la portée et l'exécution de la convention de Hanovre. « Si le "roi de Prusse, écrivait-il, a traité avec les Autrichiens, au moins il ne les ménage guère, et la convention prétendue tient maintenant du roman plus que de l'histoire. » — Mais, répondaient à l'unisson Gonti, Vaulgrenant et même Chavigny, cet événement ne prouve rien, ou prouverait le contraire. Puisque le roi de Prusse s'est laissé attaquer et s'est borné à se défendre, c'est donc qu'il espérait et qu'il doit aujourd'hui plus que jamais espérer encore que la reine de Hongrie va adhérer à ce qu'on lui propose ? — « Non, répondait d'Argenson, il faut croire le mal le plus tard qu'on peut de la part d'un allié qu'on a ménagé avec tant de soin. Puis le roi de Prusse est d'un caractère si incertain qu'il ne persévère-
IHIÏTE DE FRANCFORT. 263
rait peut-être pas plus dans la défection que dans ses engagements '. » Vaulgrenant, étonné de ce scepticisme persistant qu'il ne pouvait pas partager, maïs qu'il n'osait pas trop ouvertement contredire, n'en comprenait que mieux combien le ministère tenait peu au succès de la négocialion dont on l'avait chargé. — <■ Dans le doute, écrivail-il, si nos conditions sont acceptées, pnis-je encore faire usage de mou pouvoir? »
Pour sortir pourtant de celle incertitude qu'il était seul à éprouver encore, d'Argenson imagina un moyen assez heureux de mettre Frédéric dans l'alternative ou de dissiper ou de confirmer avec éclat tous les soupçons. Il lui proposa de renouveler puhliquement, de concert avec l'électeur palatin, une protestation contre l'élection de Francfort, mais sous une forma plus solennelle que la première, visant plus directement la personne de l'élu, et à laquelle le roi de France s'associerait en qua-
I. Chawlirier à Frédéric, 15 octobre; — d'Argonsou à Yauigreuanl. 14 octobre; — à Chavira;-, 20 octobre; — Vnulgrenant a d'Argeuaûu, :i et 13 octobre; — Couti A d'Argeuson, 10 octobre. ;(Vn'f(»jnJ'i«« <t'Atlimni}np, de Sari'
,., ,;,■ ii„, -i, ■?-.■. — Ministère des affaire* étrangère!.)
lité de garant de la paix de Westphalie et de protecteur des libertés germaniques. Le coup n'était pas mal joué pour réduire son allié suspect au pied du mur et couper court à tous les ambages ; mais c'était à la condition qu'on fût résolu d'avance, en cas de refus ou même d'ambiguïté dans la réponse, à prendre soimême acte de la liberté d'action rendue par là à la France ; c'était aussi h la condition qu'on tînt en réserve pour ce cas si probable une négociation déjà très avancée avec l'Autriche, pouvant aboutir sans délai à une conclusion effective et qui aurait eu ainsi le caractère d'une prompte et juste représaille l .
La proposition trouva Frédéric dans une humeur qui, bien que naturelle à son caractère, lui «Hait devenue depuis quelque temps étrangère. Après de longs mois d'angoisse et de perplexité, se voyant échappé, par deux actes d'une témérité heureuse, à des périls dans lesquels il avait cru succomber, il reprenait dans sa fortune et dans son étoile une confiance
1. Frédéric à Valori, 9 octobre; — a Po<l«»wil*, 10 octobre 1742. — i/'o/. <V,/v., t. IV, p. 303.
DIÈTE DE FHA
absolue. Les ratifications anglaises lui étant arrivées pou dejoun après la bataille deSohr, il se croyait maintenant pleinement mailre du terrain. — « La reine Thérèse, ilisait-il, en passera par où le roi George voudra. » — Si oe n'était pas loui 2a Buito, ce serait dana quelques semaines ou quelques mois, quand l'or anglais faisant défaut, la disette commencerait à se faire sentir. D'ici lit, comme on entrait dans la saison d'hiver, on avait, pensait-il, le temps d'attendre et au besoin do se retourner. Quelques rumeurs étaient bien arrivées à ses oreilles de négociations tentées entre l'Anlriche et la France, mais il n'y attachait aucune importance, délaient, disait-il, de « petites indigmlét saxonnes, des chipolages du cardinal de Tendu » qui ne méritaient pas un instant d'attention ; une alliance de la France et de l'Autriche serait un bouleversement total pour lequel rien n'était préparé. Peut-être d'ailleurs, sachant à qui il avait affaire, jugeaitil, non sans raison, qu'un pareil changement de [r<mt demandait, pour être exécuté surplace, une promptitude de coup d'œil et de résolution
dont personne, dans le conseil de Louis XV, n'était doué. En tout cas, il espérait qu'il en serait quitte pour se rapprocher immédiatement de l'Angle terre, qui lui ouvrirait alors largement les cordons de sa bourse. En attendant, il s acheminait gaiement vers Berlin pour y goûter quelques temps de repos, mettant en usage la philosophie pratique du proverbe italien : Chi ha tempo ha vita. Il ne songeait même plus au châtiment exemplaire dont il avait à tant de reprises menacé la Saxe. La paix, à ses yeux, était désormais « immanquable ». — «Je vous suis obligé, écrivait-il à Podewils, de m'avoir commandé en Russie une pelisse de renard. Nous aurons à l'avenir plus besoin de la peau du renard que de celle du lion '.»
Un homme si sûr de son fait n était pas en disposition de ménager personne. — « Valori, dit-il à Podewils en recevant la demande de d'Argenson, m'a fait les propositions les plus ridicules qu'il soit possible d'imaginer. Il s'agit de détrôner avec l'électeur palatin le grand-
1. Frédéric à Podewilt, à Audré, à Rothembourg, octol>r<» 1815. — [PoL Corr., t. IV, p. 301 etsuiv.)
lieu garde que je m'embarque de ma vie avec d'aussi ingrats amis el d'aussi misera - Mes politiques. >■ Mais, suivant son usage, sa réponse, au lieu d'être simplement négative, fut donnée dans la forme d'une acceptation conditionnelle, accompagnée d'une condition dérisoire qui frisait l'impertinence. Il chargea Chambrier de faire savoir à d'Argenson qu'il Était prêt à rédiger avec lui toutes les prolestalions qu'il voudrait, pourvu qu'il fût stïr que la France les appuierait immédiatement par l'envoi de cent mille Français au delà du Rhin, eu marche vers la Saxe; il demanda de plus qu'on mit à la disposition du ministre de France en Russie une somme suffisante pour gagner les ministres de la tsarine et les empêcher de prendre parti pour l'Autriche. Cette fois, d'Argenson, ne pouvant plus se méprendre, éprouva un accès véritablement plaisaut d'irritation et de désespoir. — « Le roi de Prusse, écrit-il dans une note autographe, ne nous demande jamais aucun conseil de conduite, mais des choses rudes, dépensières et impraticables. Donnez-moi 16 millions en quinze jours ; que le prince de
Conti ait cent mille hommes sur le Rhin à la fin du mois... Envoyez-moi une armée en Saxe...
Gagnez-moi la cour de Russie bien vite. »
Chambrier, à sa première audience, reçut en plein visage, mais sans trop s'en émouvoir, ces éclats d'une colère trop tardive et trop plaintvie pour être bien e (Trayante. — « Quel besoin, lui dit vivement d'Argenson, le roi de Prusse, s'il est victorieux, a-t-il de nos troupes en Saxe? Comment les ferai-je passer? Par quel chemin? Puis-je les faire voler comme des oiseaux?
Souffrez, monsieur, que je vous dise qu'un allié doit proposer et non exiger, mesurer ses desseins à la possibilité des choses, ne pas affecter d'ignorer ce que tout le monde connaît, et communiquer ses propres desseins au lieu de se borner à diriger ceux des autres... Et, parmi tant de questions, comment la principale échapperait-elle? Vous me dites bien que le roi de Prusse ne manquera pas au roi, et que la bataille de Sohr vient d'en donner la preuve. Mais cela répond-il atout? cela dissipe-t-il tous les nuages ? Qu'est-ce que cette notoriété publique qui assure qu'il y a un traité signé, le
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t, entre le roi de Prusse et l'Angleterre?... Des copies en courent partout, et le seul éclaircissement que vous nous donniez sur ce fait, depuis deux mois qu'on le soupçonne, ce sont i|i-s inductions tirées de vos bonnes intentions personnelles. >•
Chambrier, qui n'avait effectivement ni la possibilité de tout nier, ni l'autorisation de tout confesser, se retira en lialbutîant île vagues excuses. Mais, dans un post-scriptum joîut à la dépêche où il rendait compte de cet entrelien, il avertissait son maître que, sauf d'Argenson, tous les ministres tenaient son arrangement av.'C l'Angleterre pour avéré, et, loin de s'en inquiéter, paraissaient eu prendre leur parti et dire qu'on Ferait bien les affaires sans lui. Le cardinal de Tencin, en particulier, répétait que la bonne foi, comme toutes les autres vertus, avait ses bornes au delà desquelles elle n'était plus que faiblesse et duperie '.
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Frédéric comprit alors qu'un plus long déguisement était inutile, et que, surtout, sur un esprit droit et honnête comme celui de d'Argenson, une apparente franchise serait de meilleur effet. Podewils eut donc la permission (qu'il avait déjà sollicitée plusieurs fois) de convenir avec Valori de la réalité de la convention de Hanovre, et de lui en communiquer, sinon le texte, au moins les dispositions principales. L'aveu fut naturellement précédé des récriminations habituelles sur l'abandon dont la France avait payé les services qu'on lui avait rendus, et sur l'extrémité à laquelle le roi de Prusse s'était vu réduit par la retraite de l'armée de Conti, et le refus des subsides qu'il avait réclamés dans une nécessité pressante. Hors d'état de poursuivre la lutte à lui seul, avec un trosor épuisé et une armée affaiblie, il avait bien ilù penser h lui-môme et à ses peuples, mais sans oublier pourtant son allié. Rien, d'ailleurs, dans le projet de convention, n'était de nature à porter ombrage à la France, puisque tout se bornait au maintien entre les mains de la Prusse de cette conquête de Silésie dont la
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France, dans un intérêt personnel bien entendu, devait toujours désirer que la possession restai enlevée a ses rivaux. — n Ne vous y trompez pas, disait le ministre prussien, si nous avions voulu promettre quelque chose contre vous, nous aurions pu obtenir davantage ; mais le roi a été inébranlable sur cet article. ■< — C'était donc un pas fait vers La paix générale dans les conditions que la France elle-même pouvait souhaiter, et rieu n'étant couclu, tout étant encore en projet et restant en suspcus, il lui suffisait, si elle voulait être comprise dans l'arrangement, de s'unir avec deux signataires de la convention pour venir à bout des résistances de la cour de Vienne. Et quant au secret qui avait été nécessaire pour aboutir, la France avait-elle droit de s'en plaindre, quand elle avait donné l'exemple en provoquant à la Haye, sans prévenir personne, la réunion d'un congrès général ?
Devant cette étonnante argumentation, Valori parait être resté à peu près muet. Mais, en transmettant le récit fidèle qu'il venait d'enteudre, il ne pouvait s'empêcher de demander
si, à quelque prix que ce fût, il ne fallait pas s'estimer heureux d'être défait d'un allié si incommode. — « Je me borne à ce terme, disait-il, pour ne point entrer dans les autres qualifications qu'il n'a que trop méritées *. »
Effectivement, était-ce la peine de répondre? Il n'était que trop aisé de démontrer que le moyen d'avancer la paix générale n'était pas d'assurer à l'un des belligérauts, par l'abandon de l'autre, un avantage dont il devait certainement être tenté d'abuser. Il était moins difficile encore de repousser toute assimilation entre une convention faite à deux, à huis clos et dans l'ombre, et la demande d'un congrès où tous, publiquement appelés, auraient eu droit de se faire entendre. Mais les événements, en se précipitant, allaient couper court à une discussion superflue, et l'avantage élait assuré d avance à celui des trois acteurs de ce drame qui saurait les faire tourner à son profit, en usant à la fois de plus de résolution et de moins de scrupule. Je n ai pas besoin de dire qui était celui-là.
i. Yalori a d'Argenson, 26-30 octobre 1745. {Correspondance de Prusse, ministère des affaires étrangères.