‹ Marie-ThereseChapitre 27 sur 40 · FIN DE LA SECONDE LUTTE DE FRÉDÉRIC II · texte numérisé non relu

FIN DE LA SECONDE LUTTE DE FRÉDÉRIC II

Péril et alarmes du gouvernement anglais. — Succès de Charles-Edouard en Ecosse. Le cabinet français prend ouvertement parti pour le prétendant. — Rupture de la France avec la Hollande. — Les troupes anglaises doivent être rappelées des Pays-Bas. — Nouvel effort tenté par l'envoyé anglais & Vienne pour décider Marie-Thérèse à traiter avec la Prusse, afin d'être en mesure de défendre ses provinces flamandes. — Refus obstiné de Marie-Thérèse.

Plan formé par elle, de concert avec la Saxe, d'attaquer les provinces héréditaires de la Prusse, par une campagne d'biver. — Concentration de ses troupes & cet effet sur la frontière de Saxe. — Intervention promise par la Russie. — Une indiscrétion du comte de Brûhl fait connaître le plan à Frédéric. — Il tâche d'empêcher l'intervention de la Russie, < t demande aide a la France. — Hésitation de

la Russie qui fût changer le plan de campagne. — Frédéric attend l'armée autrichienne sur la frontière de Saxe et la (ait reculer sans combat. — Il propose la paix à Auguste III. — Auguste m quitte Dresde arec sa famille et se réfugie à Prague.

Embarras du marquis de Vaulgrenant, envoyé français a Dresde. — Il attend un envoyé autrichien, le comte d'Harrach qui lui avait été annoncé pour reprendre la négociation proposée par Marie-Thérèse et qui n'arrive pas.— Instructions cod fuses et contradictoires envoyées à ce sujet par le cabinet français. — Mauvaise volonté persistante de d'Argenson.

— Bataille livrée et gagnée parles Prussiens sous les murs de Dresde. — Arrivée de l'envoyé autrichien le soir même de la bataille. — Son entretien la nuit avec Vaulgrenant; il offre décéder Ypres, Beaumont, peut-être même Tournay, si la France veut abandonner la Prusse. — Vaulgrenant ne se croit pas autorisé à conclure. — D'Harrach quitte Dresde.

Entrée de Frédéric & Dresde. — Habileté de &a conduite. — Paix conclue avec Auguste III. — Marie-Thérèse se décide à céder. — Le comte d'Harrach revient à Dresde pour traiter cette fois avec Frédéric. — Frédéric ne demande que le rétablissement des conditions du traité de Breslau.

— Réponse de Louis XV à la demande de secours Je Frédéric. — Réplique hautaine de Frédéric. — Il rentre «n triomphe à Berlin.

Effet de la paix de Dresde. — La France ne s'offense pas d'être abandonnée une seconde fois par son allié. — Entretien de d'Argenson avec le ministre de Prusse. - Changement survenu dans les dispositions mutuelles des grandes puissances d'Europe. — La Prusse se rapproche de l'Angleterre, et l'Autriche tond a se rapprocher de la France.

Pendant qui' lu roi de Prusse faisait retour dans su mpHaJe »Tee l'eapoir d'y prendre un peu de repos, l'impéral ri ce-reine rentrait également dans la sienne, mais pour y jouir moins paisiblement de sa nouvelle grandeur. A la porie de son palais de Schmnbrunn, elle trouvait le minisire anglais montant en quelque sorte la garde pour l'attendre, et muni de nouvelles instructions de son gouvernement, plus impérieuses et plus menaçantes encore que les précédentes. 11 avait ordre d'adresser à la prinl't'ssc, dés son arîvée, une dernière sommation pour obtenir, ou plutôt pour arracher d'elle son adhésion à l'acte préparé en son nom et à son insu, et où sa signature manquait encore. En cas do nouveau refus ou de nouveaux délais, c'était la suppression, cette fois définitive, de (nul concours pécuniaire ou militaire de la pari de l'Angleterre, el la rupture consommée tvie les deux puissances maritimes.

Il paraîtra sans doute assez étrange de voir le cabinet britannique tenter une fois de plus auprès de Marie-Thérèse, dont la fermeté, pour ne pas dire l'obstination était connue, une démarche qui venait d'être si récemment, à deux reprises, repoussée avec dédain. On ne voit pas trop de quelle espérance le triste Robinson pouvait se flatter en revenant sitôt à la charge; aussi ne peut-on s'expliquer cette insistance que comme l'effort désespéré d'un gouvernement placé dans le plus cruel des embarras, et se rattachant à tous les moyens de salut : de même qu'un nageur, qui sent que le flot le gagne, saisit toutes les branches qu'il trouve à sa portée, sans regarder si elles sont assez fortes pour le soutenir, et si ce n'est pas son étreinte même qui les fera rompre.

Effectivement, pendant les dernières semaines qui venaient de s'écouler, la situation du gouvernement anglais, déjà très alarmante au moment où avait été signée la convention de Hanovre, s'était singulièrement aggravée.

Jamais, depuis son avènement, la dynastie de Brunswick n avait été mise à pareille

épreuve. La rébellion d'Ecosse continuait à se propager avec une effrayante rapidité, el Charles-Edouard, dans sa marche sur Edimbourg, ne rencontrait aucun obstacle sérieux. Les troupes anglaises, commandées par un très médiocre général (sir John Cope) et intimidées par l'hostilité visible dos populations, hésitaient et reculaient au moment d'engager la lutte. Le 17 septembre, l'héritier Stuarts était reçu en triomphe dans la capitale el prenait possession, au nom de son père, du royaume de ses aïeux. Trois jours après, celait lui qui venait relancer les Anglais dans la retraite qu'ils avaient choisie. Un brouillard épais, tel que l'automne en amené souvent dans celte contrée brumeuse, favorisa l'attaque des Ecossais, qui, connaissant tous les accidents du terrain, vinrent facilement à bout d'adversaires réduits à combattre à l'aveugle et dans l'obscurité. Cope dut se retirer en pleine déroute. La victoire de Preston-I'ans livrait à Edouard l'Ecosse entière el lui ouvrail l'entrée de l'Angleterre.

Là, sans doulc, il n'avait plus à compter sur

la faveur populaire, et il devait s'attendre, de la part de F esprit britannique et protestant, à une résistance plus énergique. H était même douteux qu'il pût conduire bien loin, sur la route de Londres, ses braves highlanders, troupe aussi indisciplinée que fougueuse, très forte dans ses montagnes et sur son terrain, dépaysée et mal à Taise dès qu'on l'en faisait sortir. Mais ces premiers succès lui permettaient d'attendre el même de réclamer du dehors un concours plus efficace. Cette invasion française, dont le public anglais s'était inquiété, je l'ai dit, quand on y songeait à peine à Paris, (et dont, en réalité, aucun gouvernement anglais n'aura rien à craindre tant qu'il sera maître de tous ses ports et de toutes ses côtes), devenait une éventualité beaucoup moins difficile à réaliser quand une armée de débarquement pouvait trouver dans l'Ecosse, déjà soulevée, un accueil tout préparé d'avance et une base d'opérations. La témérité du jeune prince venait d'ailleurs en aide, dune façon imprévue et des plus heureuses, à la lutte que la France avait à soutenir sur lo continent. II devenait donc plus

CAMPAONE PE FRl'lliLHH- KS <AXR. HH

intéressant, pour le cahinet de Louis XV, d'entretenir celle diversion, et la reconnaissance faisait presque un devoir de ne pas laisser succomber cet auxiliaire inattendu; aussi le projet d'envoyer en Ecosse un secours elTectif, — idée que le cardinal de Tencin était, la veille encore, presque seul à recommander à ses collègues, — prit devant cet appel de la fortune une consistance lotit à fait sérieuse, et compta à Versailles des partisans parmi ceux qui s'y étaient jusque-là dédaigneusement refusés.

Puis, l'imagination française, si facile à exalter, et qui exerçait alors à la cour autant d'empire qu'aujourd'hui dans nos Chambres el dans la presse, était singulièrement séduite par le i arai'Li're romanesque d'un exploit qui rappelait les beaux temps de la chevalerie. D'Argenson, dont la nature généreuse mélail volontiers le sentiment à la politique, ne fui pas le dernier à partager cet entraînement. Il avait résisté, je l'ai dil, à la pensée d'imposer par la force, à une nation libre, un gouvernement qu'elle aurait repoussé; mais une fois sa conscience philosophique mise en repos par l'élan spontané

qui semblait ramener l'Ecosse sous la main de ses anciens rois, il cédait volontiers à cet attrait d'aventures et de nouveautés, qui n'était pas le côté le moins original de son esprit, et au désir d'associer son nom au souvenir dune entreprise héroïque.

Aussi, quinze jours après la prise d'Edimbourg, deux bâtiments partaient-ils déjà de Dunkerque, chargés d'armes, de poudre et d'argent, et comptant, au nombre de leurs passagers, un agent secret, choisi par le ministre lui-même parmi ses amis personnels.

C'était un jeune président de chambre du parlement d'Aix, le marquis d'Eguilles, qui faisait partie d'un petit cénacle littéraire dont d'Argenson était un des habitués. Quel est le lecteur des œuvres de Voltaire qui ne connaît les noms de MM. de Pont de Veyle et d'Argental, ces correspondants familiers, dévoués, presque dévols du grand poète? D'Eguilles était leur ami, élevé sous leurs yeux. Il était, de plus, le frère de ce marquis d'Argens, célèbre dans tous les écrits du temps, et qui, obligé de quitter la France par suite des écarts

Page 1