‹ Marie-ThereseChapitre 28 sur 40 · CAMPAGNE DE FRÉIIÉ II I C EN SAXE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE FRÉIIÉ II I C EN SAXE

à'tme jeunesse orageuse, était allé s'établira Berlin, pour y devenir chambellan du roi de Prusse, dont il devait demeurer, jusqu'à la mort, le plus humble, le plus soumis el souvent le plus maltraité des serviteurs. Était-ce celle parenté el la nature des relations et des sentiments qui devaient en résulter, qui valurent à d'Éguilles la confiance de d'Argenson? Je ue sais, mais toujours est-ïl que le jeune magistrat dut partir, chargé d'aller trouver Charles-Edouard pour s'enquérir de l'étal des forces de l'insurrection el de la nature comme de l'importance du secours qui pouvait en assurer le succès. Ce n'était qu'au prince seul qu'il devait révéler sa mission ; pour loul autre, même pour l'entourage le plus intime, il ne devail élre qu'un généreux volontaire, on quête de prouesses pour se distinguer, et venant s'attacher pour l'amour do la vaillance à la fortune d'un héros '.

I. Miuistere Jes affaires étransère*. — Correspondance relativeauz prétendants, vol. Sluartr, 29 septembre 1115. — Le récit de la mission <lu marquis d'ÉguilleB el sa correspondance inédite viennent d'être publiés par 11. Paul Cottin. n volume inléressaul, Inlitulé : l'a protégé de Bachaa-

De pareils secrets sont rarement gardés : la présence sur les côtes d'Ecosse de deux bâtiments sous pavillon français, débarquant des armes et des munitions, et portant à leur bord un personnage de distinction dont la qualité était enveloppée de mystère, n'aurait pu être longtemps ignorée. Un incident vint rendre tout déguisement inutile. La petite escadre fut assaillie en mer par une forte tempête et portée sous le vent d'une croisière anglaise; pour échapper, il fallut se hâter de venir mouiller dans un petit port attenant à la ville de Montrose, qui se trouva être du petit nombre de celles qui n'avaient pas encore pris parti pour le prétendant. D'Eguilles alors, payant d'audace, fit débarquer les quarante-deux hommes qui composaient l'équipage de ses deux bâtiments et, se mettant à leur tète, entra à main armée dans la ville. La population, entraînée par son ardeur communicative, se déclara en

mont. Ces pièces sont tirées de la bibliothèque de l'Arêeual. A'oir aussi, dans Y Annale de l'Ecole des sciences politiques du 15 avril 1887, le travail fait sur le même sujet par M. Germaio Lefèvre-PontalisJ

PI PRBDBI1C KN

fflS

a faveur, et les magistrats royaux n'essayèrent même qu'un simulacre de résistance. Mais un

Iel éclat suffisait pour déchirer tous les voiles : 'était la certitude que la France allait celle i)is se mettre décidément de la partie.

On eut bientôt la confirmation du fait, par n aveu en quelque sorte officiel. En vertu 'un ancien traité, la Hollande était tenue, en cas que la succession protestante fût menacée en Angleterre, de fournir pour sa défense un secours de trois bataillons, formant un effectif d'environ six mille hommes. Le cabinet anglais, à la surprise générale, fit savoir aux étals généraux que le temps était venu de remplir leur engagement. La réclamation pouvait paraître étrangement rigoureuse dans un moment où, pour résister aux menaces d'une invasion française, la Hollande ne disposait pas de forces superflues ; mais la singularité s'expliqua quand on apprit que, pour l'envoi qu'ils avaient à faire, les étals généraux désignaient les bataillons mêmes qui, assiégés l'été précédenl dans Tournay et dans Dendermondo, en étaient sortis par capitulation, avec

promesse de ne plus porter les armes contre la France. C'était donc, tout simplement, un artifice convenu d'avance entre les deux puissances alliées pour faire servir, par un détour, à la défense commune, les soldats que leur serment condamnait à l'inaction.

Dès que cette résolution fut connue, le chargé d'affaires de France, La Ville, se hâta de protester contre ce qu'il regardait, non sans quelque raison, comme une violation indirecte de la foi jurée. Les Hollandais répliquèrent qu'une bande de rebelles écossais ne faisait nullement partie des troupes françaises, et n'avait pu être comprise dans la défense prévue. Une polémique très vive s'ensuivit, dans laquelle d'Argenson, généreusement courroucé contre une subtilité déloyale, déploya une vigueur inaccoutumée.

Son irritation fut d'autant plus grande qu'il avait tout fait, on Ta vu, pour ramener les états généraux à des senliments pacifiques, jusqu'à leur proposer d'être les hôtes d'un congrès et les garants d'un armistice. Cette manière de répondre à ses avances par un parjure l'exaspéra, et la Hollande étant un théâtre où on pouvait

g;<e de fhédkhii:

parler en public, il fit ouvertement appel à la presse pour défendre la cause de la bonne foi et de la justice. Plus d'un mémoire expédie par lui parut dans les gazettes, entre autres une adresse confiée à la plume éloquente de Voltaire et qui figure encore dans ses œuvres. En définitive, la Hollande tint bon, et le chargé d'affaires de France dut quitter La Haye, laissant a un simple secrétaire le soin de la correspondance. L'Angleterre eut donc les auxiliaires qu'elle attendait, mais il resta avéré, par les paroles mêmes que d'Argenson avait mises dans la bouche de son agent et l'ardeur qu'il avait portée dans ses protestations, que Charles- Edouard était traité par Louis XV comme une puissance alliée, et ceux qui se présenteraient pour combattre contre lui devaient désormais s'attendre à retrouver en face d'eux les aimes et le drapeau de la France.

Devant le danger, celte fois réel et menaçant, l'émotion, déjà très vive quand il n'était qu'imaginaire, fut naturellement portée au comble.

Pour le gouvernement britannique, la perplexité était grande. La première chose à faire, en effet,

i88 MARIE-THÉRÈSE IMPÉRATRICE.

dans une telle extrémité, c'était de rappeler à soi (jusqu'au dernier homme sll le fallait) ci qui restait de troupes anglaises portant les armes sur le continent. Hais quel remède h éroïque ! Évacuer ainsi complètement les Pays- Bas, au risque de laisser le champ libre à Maurice de Saxe, pour pénétrer, peut-être sans résistance, jusqu'au cœur de la Hollande, c'était abandonner toutes les traditions que la politique de l'Angleterre avait suivies depuis Elisabeth, et ruiner peut-être sans retour son crédit en Europe ! Douloureuse alternative dont l'Autriche seule, je l'ai déjà fait comprendre, pouvait tirer son alliée en venant pourvoir elle-même, comme c'était sa lâche naturelle, à la défense de ses possessions llamandes. Mais il était toujours clair qu'elle ne pourrait s'acquitter de ce devoir laut que, par son obstination à lutter contre Frédéric, la moitié de ses forces serait occupée en Silésie et en Bohême. De là la nécessité d'insister encore auprès de Marie-Thérèse pour obtenir d'elle, par menaces ou par prières, au nom de la reconnaissance et du péril de la cause commune, qu'en acceptant la paix en Allemague,

telle que la convention de Hanovre la rétablissait, elle se mil en mesure de pouvoir ramener toutes ses forces sur le Rhin et sur l'Escaut.

Quant au public anglais, dans le trouble où il était plongé, il ne portait peut-être pas ses vues sî loin; une seule chose le louchait: la succession protestante menacée et le retour du papisme triomphant. Devant l'imminence d'un tel péril, tous les intérêts plus éloignés étaient oubliés. A tout prix surtout, il fallait terminer relie guerre d'Allemagne, qui, d'ailleurs, depuis niu| ans qu'elle durait, coulait bien cher, et profilait plus à l'électorat de George qu'a son royaume. Puisque la convention de Hanovre donnait le moyen de s'en retirer, qu'on se hàtAt donc de la mettre en œuvre et, bon gré mal gré, de l'imposer à Marie-Thérèse.

On sait avec quelle conviction d'une sincérité parfois naïve, l'Angleterre, persuadée qu'elle représente le droil incarné, considère facilement toul ce qui contrarie ses desseins ou ses désirs comme une contravention à la morale et a la justice, Marie-Thérèse, défendant na-

'i' ses droits héréditaires, quand l'Angle-

terre trouvait intérêt à les faire prévaloir, avait été portée aux nues; Marie-Thérèse, hésitant à contresigner une convention où l'intérêt anglais trouvait son avantage, perdit à l'instant le prestige de sa popularité. Peu s'en fallut que sa résistance ne lui fût imputée à trahison, et qu'on ne vîtplus en elle qu'une dévote fanatique, heureuse, au fond de l'âme, de voir remonter sur le trône de l'Angleterre un prince catholique. Frédéric, au contraire, redevenait le défenseur du protestantisme, intéressé qu'il était à maintenir un ordre de succession auquel luimême pouvait être appelé. Ce fut au point que, quand la bataille de Sohr fut connue, on applaudit, dans les tavernes de Londres, à la victoire prussienne, comme si les rôles eussent déjà été changés et que le vainqueur ne fût plus nominalement l'ennemi, et le vaincu l'allié de l'Angleterre.

(( La reine de Hongrie, écrit Horace Walpole. par sa bigoterie, se réjouit de tout ce qui devrait contrarier ses vœux... Je ne puis dire combien je suis heureux de la nouvelle que nous avons reçue, il y a deux jours, que le roi de Prusse a

battu le prince Charles, qui l'avait attaqué juste au moment où uous venions d'obtenir la paix pour lui... Quelle odieuse maison que celle d'Autriche! » — « La reine de Hongrie, écrit le ministre l'elham h l'envoyé anglais en Hollande, a certainement perdu l'affection du peuple, et je ne puis dire qu'elle ne l'ait pas mérité. On ne voitpas quand on finira de crier : ■ Soutenons la maison d'Autriche! » et cette maison néglige entièrement l'intérêt général en vue duquel tout honnête homme lui accordait son affection. » Le sentiment public, en un mot, devint tel que, quand le roi ouvrît le parlement le 16 octobre, tout ce qu'il put faire pour ne pas provoquer une expression trop compromettante du vœu national, ce fut, dans le discours qu'il prononça, de no parler que des dangers intérieurs, sans la moindre allusion aux affaires du dehors '.

C'est l'écho de ce mélange d'alarmes et de

t. Corretponttunce <te La Touche, agent secret à Londres. :■■ des «flaires éjrangères, 26 octobre 17M). — Horace Wal|iole a Eloraee Mann, i octobre I745i — Coxe, "<■ PHhami. cit. i\, t. 1" p. 282.

colère que Robinson était chargé de porter aux oreilles de l'Impératrice, en forçant une fois de plus l'entrée de son conseil. Si, pour s'encourager à reprendre sur nouveaux frais cette tâche ingrate, Robinson avait nourri quelque vague espoir de trouver l'orgueil autrichien abattu par le résultat malheureux de la journée de Sohr, il ne tarda pas à être détrompé. — « Je vis tout de suite, écrit-il, que l'air de Francfort n'avait pas contribué à rafraîchir la chaleur des impressions qui régnent ici. » — Effectivement, dans l'entourage même de l'Impératrice, ministres et courtisans, exaltés par la promenade triomphale qu'ils venaient de faire dans tout le midi de l'Allemagne, étaient aussi montés qu'elle. La commission dont Robinson était chargé n'était un mystère pour personne ; on lui demandait, sur un ton provocant, si l'Angleterre avait donc pris son parti de substituer la maison de Brandebourg à celle d'Autriche, et si on allait voir la seconde édition du traité d'Utrecht, par lequel la reine Anne, faussant compagnie à Charles VI, l'avait laissé en télé à tête avec la France. — « Mais.

delrumpez-vous, ajoutait-on, ce n'est pas la Prusse que vous séparerez de la France. FJ*«I nous qui saurons bien nous séparer de vous. >• — Le seul qui, dans ce milieu si animé, parut garder un peu sou sang-froid, c'était le nouvel Empereur, qui, quoique 1res ennemi de la Prusse, l'était au fond encore plus de la France et plus soucieux de reprendre la Lorraine que la Silésie. Aussi ne fut-ce qu'auprès de lui que llnbiuson trouva un accueil qui lui permit de se faire entendre jusqu'au boul, « le prince s'ex primant, dit-il, dans les tenues les plus doux et même les plus tendres sur le compte du roi d'Angleterre ». Mais lai-même ne se faisait pas l'illusion de croire qu'un titre changeât la réalité, et que sa dignité nominale ajoutât rien à son autorité réelle '.

Aussi, le langage des serviteurs faisant pressentir ce qu'on devait attendre de leur nallresse, Robinson se borna-t-il a demander

1. If.iliiii-.'ii .1 Marri ijgloii 30 octobre 1745. I perceiveil nat Uie air or Francfort hail very liltle contribuleil La Ihr >oling ot lili reflecliorif... [Correspondance de Vienne, — Heeord Office. 1

la permission de remettre un mémoire écrit.

— « J'aurais craint, dit-il, que, dans le cours d'une discussion, un éclat de colère ne fit échapper de la bouche de l'Impératrice un non fatal, et qu'ainsi l'Europe fût perdue par un monosyllabe trop vite prononcé. » — Moyennant ces précautions, l'audience, se bornant à la remise d'un document, fut assez courte et assez paisible. L'Impératrice sembla seulement se donner le malicieux plaisir de faire voir au ministre anglais qu'elle en savait, sur les relations de sa cour avec le roi de Prusse, plus long que lui-même ne pouvait lui en apprendre : car, dès qu'il eut exposé en quelques mots la nature déjà suffisamment connue de la communication qu'il apportait : — « Le roi do Prusse, dit-elle, vous a-t-il promis de donner des troupes pour combattre la France? « — Et Robinson étant obligé de convenir que les engagements de Frédéric n'allaient pas jusque-là : — ■« Ce serait pourtant, reprit-elle, le meilleur gage qu'il pourrait vous donner de sa sincérité. »

— « Et elle se mit alors, ajoute Robinson, à me donner connaissance de la teneur d'une

mai

KHËdèkm: EN sam-:

itic lettre écrite parle roi de Prusse A son ministre II La Haye, où il lui faisait savoir que les intentions des Anglais étaient sûrement de tirer de lui un envoi de troupes, mais qu'il se donnerai) bien de garde de leur prêter jamais on moI homme. « — Etobinson dut éprouver, SB voyant la princesse si bien instruite, une surprise que nous ne partagerons pas; nul doute, en effet, que la pièce qu'elle tenait a la main ne fut une de celles que les pandours avaient saisies dans le û&mp prussien, à Sohr, et qu'on avait réussi a tirer, bien qu'en si uvais état, do leurs mains.

L'Anglais ne perdit pourtant pas contenance : Patience, reprit-il, un pas mené à l'autre ; brouillons-le seulement une fois à fond (thorougkly) avec la France, et le reste pourra suivre. » — Puis il so permit de rappeler que, dans l'entretien précédent, l'Impératrice elle-même lui avait promis qu'en octobre on ferait ce qu'on voudrait. — « Je n'ai pas dît cela, reprit-elle vivement ; j'ai dit qu'en octobre on verrait ce qu'il y aurait à faire. — Eh bïenl c'est tout vu, Madame : voir et con-

sentir doivent être aujourd'hui la même chose '. La réponse arriva sans tarder, telle qu'on pouvait l'attendre : négative cette fois encore sur tous les points. Pas plus en octobre qu'en août et en septembre, l'Impératrice ne voulait se laisser parler d'une paix plâtrée. Ce refus, transmis en termes impérieux et brefs à Robinson, était accompagné de deux autres communications qui en aggravaient encore le caractère, et dont on l'autorisait à informer son gouvernement. On lui remettait en main le texte même des engagements qui obligeaient l'Autriche à porter secours à la Saxe en cas d'agression du roi de Prusse, engagements renouvelés en termes plus exprès que jamais, h la date même où avait paru le manifeste menaçant de Frédéric contre Auguste et son ministre 5 . Pui*.

1. Robinson a Harrington. 30, 31 octobre 1743. — One fatal no bursting eut tbrough the impérial vivacity, during the altercation of a long audience migbt, 1 apprehend, be irrévocable and Europe lost fort one hasty monosyllable. » Correspondance de Vienne. — Record Office.)

2. La pièce relative aux engagements de l'Autriche «t tle la Saxe est un véritable traité servant d'addition et de complément au traité de Varsovie du 23 mai ; il porte la dat* du 26 août, par conséquent du lendemain du traité «le Hanovre.

ASNB DE PRB DE Rit

un lui faisait part des n

i mesures déjà prises pour remplir cette promesse, à savoir : le rappel d'une partie des troupes autrichiennes stationnant encore sur te Rhin et aux environs de Francfort, et qui allaient, sous les ordres du ■■'■ firiiri. h avers.'!- la Hohême, 'pour se rapprocher de la frontière saxonne. En même temps, h- prince de Lorraine, se meltani en mouvement du côté opposé avec son corps d'armée, entrerail sur le territoire même de rélectornl par la province de Lusace. On ne pouvait déclarer au cahinet anglais, sous une forme plus catégorique et ressemblant plus a un défi, la résolution de faire directement et immédiatement le contraire de ce qu'il demandait 1 . En transmettant ces pièces, Robinson ne put - empêcher de faire remarquer que leur conh' nu donnait, beaucoup il réfléchir. D'où venaient Det excès, ce redoublement même de confiance chez l'Impératrice? Que sig-nifiaie.nl ces mouve-

t. Le lecteur n'iiublirri pus, il. m» tout Ir. r*cll qui * ; i :ui-r<', tue In plus grnucip partie 'le In province de Limre, iriutileaii-ot umextr h la PrusM, faisait •lors ptrUp île rUeetond rie Bi»,

ments militaires inattendus, à cette saison de Tannée? Aurait-on par hasard l'inteution de faire de la Saxe le théâtre d'une campagne d'hiver? Puis comment expliquer cet empressement à dégarnir la ligne du Rhin, quand une armée française, toujours campée sur la rive gauche du fleuve, pouvait, si elle ne voyait plus rien devant elle, être tentée de reparaître sur la droite? Était-ce imprudence? N'était-ce pas plutôt l'indice d'un traité déjà conclu ou au moins négocié avec la France, qui préservait de ce côté de toute inquiétude ? Tous les soupçons étaient permis 1 .

Disons tout de suite que presque tous étaient fondés. La résistance de Marie-Thérèse, en effet, ne partait pas, cette fois, d'une vaine obstination de femme, s'acbarnant contre vents et marée dans une entreprise impossible. C'était au contraire la suite d'un plan tout à fait nouveau et très pratique, combiné avec un mélange

1. Post'scriptum «1»» la dépêche de Kobin9on à Harrington. 31 octobre 1713. — Il dit formellement : « I must... buinblv leave to your superior judgment, whether tbere is not equally to be found in the said paper oue indication if uot of niaking up with France, at least of tbeir holding oui...

âUFAflSE DE PBÉDÉBIC EN BAXE. 29»

labîlelé cl d'énergie qui aurait fait honneur au coup d'œil d'un véritable homme de guerre, et qui attestait en môme Icmps la puissance de conception d'un esprit vraiment politique. Le fond de cl- dessoin, encore mystérieux, consistait à laisser de cùlé la SUésîc, abordée déjà deux fois sans succès, et à aller, au contraire, en traversant rapidement la Saxe, chercher Frédéric dans ses foyers, porter le fer et le feu dans les provinces héréditaires de la maison de Brandebourg cl marcher droit sur Berlin. L'intention élait bien de procéder immédiatement à une opération si hardie, malgré l'état avancé de la saison et contrairement à toutes les habitudes du temps, afin d'enlever le succès par surprise. C'était la ce que signifiait ce mouvement combiné du général Grùn et du prince de Lorraine, qui, entrant en Saxe par deux points opposés, et traversant l'un et l'autre l'électoral dans toute sa largeur, devaient franchir au même moment la frontière prussienne, puis converser sur Berlin, l'un en prenant à gauche par Halle ri .Masdcbourg, et l'autre à droite par Francfort-sur-rOder, après avoir ramassé

sur leur rouie toutes les troupes d'Auguste 111 '• Tel était le projet audacieux concerté par Marie-Thérèse, à Francfort, avec le ministre d'Auguste III, le comte Saul, l'agent saxon qui, comme on Ta vu, lui servait aussi d'intermédiaire pour suivre sa négociation avec la Franco. A dire vrai, cette négociation elle-même, ainsi que deux autres poursuivies au même moment sur des théâtres différents, n'étaient, dans la pensée de l'Impératrice, que des moyens d'apporter l'appui d'une habile action diplomatique à la grande action militaire qu'elle méditait.

Plusieurs choses, en effet, étaient à redouter dans l'exécution de ce grand coup de main:

plus d'une mauvaise chance était à prévoir et à prévenir. On pouvait craindre en premier lieu (jue, malgré toutes les précautions prises pour dissimuler d'abord et hâter ensuite le passage des troupes autrichiennes à travers la Saxe, Frédéric, dont la vigilance était rarement prise à défaut, ne fut averti assez à temps de leur présence pour venir à leur rencontre, ou les

I. Frédéric, Histoire de mon temps, chap. xiv. — Droyscn. t. 11. p. .V?!-!n8. — Arnotli, t. III, p. 130.

'■uirii.M DE i- iikIikhn; BN SAXE. SOI

ncer même chez son voisin, an lieu de [es attendre chez lui. (I ne ferait ainsi que mettre à exécution ce dessein d'envahir lui-même la Saxe, si souvent annoncé pendant l'été, et auquel il n'avait renoncé que dans la confiance inspirée par sa victoire de Sohr. La Saxe alors, au lieu de servir simplement de passade aux troupes autrichiennes pour se rendre en Prusse, deviendrait, au grand désespoir d'Auguste III, le théâtre d'une lutte sanglante. i l'autre part, du coté de la France, Frédéric pouvait obtenir, sinon un secours immédiat, au moins une diversion utile : supposé que le prince de Conti. voyant se dissiper par le délahemenl du corps du général Grûn Fagglo- Tation de forces qui l'avait fait reculer, reprit rage, repassât le Rhin et vint menacer quelque point des possessions méridionales île l'Autriche. C'était peu vraisemblable, étant nné l'état connu de l'opinion française à ard des expéditions allemandes: mais entin lait possible, et, pour ne rien négliger, il y it de ce côté une précaution à prendre. Enfin talion qu'éprouverait l'Angleterre à voir

chei

cou

son indocile alliée se refuser à ses instances et braver ses menaces, suite à peu près inévitable de l'attitude provocante/jue l'Autriche et la Saxe allaient prendre en commun, avait ses périls qu'il fallait conjurer. La conséquence pouvait être d'établir promplement, entre les puissances maritimes et la Prusse une alliance beaucoup plus intime que celle que la convention de Hanovre venait de stipuler. Le cabinet anglais, quels que fussent ses embarras intérieurs, avait encore à sa disposition des ressources pécuniaires qui pouvaient fournir un utile supplément au trésor épuisé de Frédéric, et lui permettre, même vaincu, même menacé et poursuivi dans Berlin, de continuer la lutte et de donner à la fortune le temps de se retourner.

Marie-Thérèse avait tout prévu et pourvu à tout. Contre le premier et le plus grave de ces périls, elle avait eu soin de se prémunir, en faisant apparaître à l'horizon cette intervention de la Russie, tenue, depuis le commencement de la guerre, comme une épée sur la tête de Frédéric, et qui avait le don de troubler le

i:àMI'A<;nk DE FRÉUÉBIC EN SAXE. 333

sommeil de ses ministres. Les instances de l'envoyé autrichien à Saint-Pétersbourg venaient i/nlin de déterminer l'inconstante tsarine à faire un pas décisif, et Frédéric, à peine de retour a Berlin, allait recevoir d'elle la déclaration tant de fois attendue que, pour peu que la moindre atteinte fût portée il la personne d'AugusIe ou a l'intégrité de ses Etats, un corps de douze mille Russes élait prêt à marcher à sa défense. Devant cette injonction menaçante, Frédéric y réfléchirait sans doute avant de prendre une initiative qui l'exposerait au péril d'être placé entre deux feux, et le territoire saxon se trouverait ainsi rendu inviolable, par la garantie russe, Lont le temps nécessaire pour que Orùn et le prince de Lorraine pussent venir discrètement y chercher le point d'appui et le point de départ de l'attaque qu'ils comptaient porter au cœur même de la monarchie prussienne '.

La négociation en cours avec la France (quel u'en dût élre lu succès) avait un effet analogue,

.. m, p. nu- m.

jfc4 lUir:itH>E IMI'EKATfcli.K.

<eiui de prévenir toute chance de retour offensif de la part de l'année de Conti. Non que ce fut là le bol unique, ni même principal, que l'Impératrice se fui proposé en engageant ces pourparlers, et qu'elle n'eût d'autre pensée que d'endonnir le cabinet français par de fausses espérances. On a tu, an contraire, que rien n'était plus sérieux et même plus ardent que son désir d'échapper par une alliance nouvelle aux sacriBces exigés d'elle par l'impérieuse amitié •le l'Angleterre. Mais, en attendant cette délivrance qu'elle était prête à payer même d'un prix assez élevé , c'était encore un avantage plus modeste et nullement à dédaigner «le pouvoir imposer a l'allié, encore nominal, «!•• Frédéric, des ménagements qui. dans la cri*» 1 prête à éclater, ne laisseraient rien de i-rave a • raindre de sa part. Or. il était clair que, tant qif i.»n espérerait pouvoir négocier à Versailles, on n'enverrait pas à l'armée de Conti l'ordre de reprendre les hostilités sur le Rhin. Aussi, loin de se laisser décourager par le résultat imparfait de la transaction si languissamment conduite h Francfort par Bartenstein. l'Impératrice

CAXPAGNK ni; riii;nÉiui: kn she. 300 s.> décidait-elle à envoyer à Dresde pour reprendre 'a conversation avec la France — ■ pour la mener à fin, s'il était possible, et, en loul cas, pour la prolonger et l'entretenir, — un des fonctionnai ru s les plus importants de sa cour, le comte d'Harracli, grand chancelier de Bohème, aYec les pouvoirs les plus étendus. Le choix seul du négociateur devait inspirer confiance dans le caractère sérieux de la mission dont it était chargé; car d'IIarrach appartenait à cette partie lidèlc de la noblesse de llohéme dont le chefs avaient si cruellement soufft'i'l dans leurs affections, dans leurs personnes et dans leurs biens pendant les deux épreuves successives que l'ambition de Frédéric avait imposées à leur patrie. C'était un ennemi intéressé à faire réussir tout ce qui pourrait déplaire ou nuire a l'auteur de tant de maux.

kvec l'Angleterre, la situation était plus délicate; là, il n'y avait évidemment aucun moyeu de prévenir le ressentiment d'un cabinet auquel on lançait un défi en plein visage. Mais Marie-Thérèse n'ignorait pas avec quelle

306 MARIE-TUÉRÈSE IMPÉRATRICE.

répugnance le roi avait subi les conventions dont il avait fallu, en quelque sorte, lui arracher la signature, et des révélations récemment sorties des archives de Hanovre nous apprennent qu'elle s'en souvenait assez pour espérer encore d'en tirer parti. Par l'intermédiaire du ministère hanovrien, qui lui élait toujours dévoué, elle faisait avertir George qu'elle préparait un coup de partie décisif, qui, en mettant à néant la puissance de Frédéric, le délivrerait lui-même des obligations auxquelles il avait souscrit avec tant de regrets. L'odieux traité qu'on vous impose, lui disait en son nom son secret porteur de paroles, vous force à nourrir dans l'Empire un serpent qui vous dévorera. Qu'on me laisse faire, qu'on me laisse le temps et la liberté d'agir, et je vous promets de vous en affranchir. Et George, bien que très intimidé par l'état de l'opinion anglaise, et craignant à tout moment d'élre pris en faute par l'clhanï ou par Uarrington, trouvait moyen de lui faire répondre tout bas que, pourvu qu'on ne le compromît pas par des paroles imprudentes, il promettait de faire son possible afin

hH7i,0M de ratùimc en saxe. 307

e déjouer les mauvaises intentions [ueble mten ■ ■mri„\ (le ses ministres'.

On voit avec quel art. éïttil préparé, par les oins de Marie- Thérèse, l'orage qui, suivant l'expression dp l'historien Droyscn, allait fondre à ('improviste sur la tête de Frédéric a celle heure suprême où, échappé à tant de périls, il ■oyait déjà tenir une paix victorieuse dans ses lains. Quelques jours do plus, et, tiré brusquaient de celte confiance un peu aveugle, il liait se réveiller en face du plus grand péril u'il eùl encore couru : assailli par deux arlées sur la frontière la moins bien gardée de on royaume, et menacé d'en voir apparaître ne troisième sur ses derrières; laissé en même ups, par l'abandon de la France, absolument teul devant l'Allemagne et devant l'Europe.

ucun incident de celle longue lulte ne fait

Page 1