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jouira pas longtemps. >> — Et un aulrc émis- -.iiiv de l'.lf'rmonL, rendanl compte des inforrualiaoi qu'il avait recueillies, ajoutait : — «On toujours pour le pauvre hydropique, qui i-ndra bon tant qu'il pourra;. ..en vérité, c'est un spectre, et le pauvre homme en fait mille fois plus qu'il ne peut. 11 veut, sans doute, remplir la maxime ancienne : Oportet imperatorem siontnn mort, et il finira par là. On le gardera présentement tant qu'il aura un battement ; iivs quoi il pourrait se faire, si Votre Altesse rénissime était sur le las, qu'on eût recours 1 alla, ■ — Et il terminait en faisant observer que, tout en sachaut gré à Lowendahl de sa complaisance, il ne fallait pourtant se lier à lui que médiocrement, vu son intimité avec Maurice, ■ car j'ai toujours l'idée qu'il veut se servir de la patte du chat pour tirer les marrons du feu, et il est toujours barbouillé avec le Sarmate' ». Pendant qu'on se disputait ainsi l'héritage du grand général mourant, comme s'il eût déjà été dans son triomphe, le héros lui-même,
■ Papiers de Coodi. — Lettres adreiséea au comte de Bout, i ni l juin 17(5. (Ministère de la guerre.)
que faisait -il? Hélas! il était occupé, lui aussi, à réclamer avec ardeur la succession d'un de ses meilleurs et plus fidèles amis. H est vrai que celle-là au moins était ouverte. C'était celle du vieux maréchal de Broglie, qui, toujours en exil dans son nouveau duché depuis sa malheureuse campagne de Bavière, venait d'être frappé pour la seconde fois d'un coup d'apoplexie, le lendemain même de la bataille de Fontenoy. Avant de rendre l'âme, le vieux soldat trouva encore la force d'envoyer au roi, de sa main paralysée et tremblante, l'expression de sa joie patriotique. Il lui recommandait en même temps, en termes touchants, la situation de sa famille, dont la fortune n'avait jamais été considérable et qui restait après lui dans une condition très gênée. Son vœu était que le gouvernement de Strasbourg, dont il avait conservé le titre, malgré sa disgrâce, fût accordé en survivance à son fils aîné, le nouveau duc de Broglie, qui, à vingt-sept ans, avait déjà le grade de brigadier et servait avec éclat dans l'armée de Conti.
En mourant, il exprima le désir que sa lettre
iv \r. U à N i.i N
IL 1. ALLEMA
U) roi el tl demande qu'elle renfermait fussent confiées au maréchal de Saxe. II se rappelait (el le lecteur peut-être aussi se souviendra) que, pendant toute la campagne de Bavière, Maurice avait été le confident et le conseiller du vieux maréchal, et, comme il aimait à l'appeler lui-même, son bras droit. C'était même (tout porte à le croire), à l'inspiration de cet e de camp, déjà placé très haut dans l'estime
ublique, qu'était due l'inspiration du dernier tOta de celle campagne, celui qui avait attiré r le général la défaveur royale. Brog-lie pen-
tit donc que Maurice, dans tout l'éclat de sa gloire, se rappellerait ces jours d'épreuve, et il n'hésitait pas à le prier de servir de père à ses enfants. A peine était-il expiré que l'abbé, son frère, venant de recevoir son dernier soupir, transmettait ce vœu à Maurice avec un billet dont le ton seul attestait leurs anciennes relations d'amitié : — « Le maréchal de Broglie est mort aujourd'hui, à deux heures après-midi, dans la confiance que vous aiderez sa veuve
l ses enfants. Il esl (emps, agissez, mon cher
'ère; il ne faut pas vous en dire davantage.
J'ai l'honneur d'être avec beaucoup de respect, monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur '. »
Quelque diligence que fit l'abbé, quand son courrier arriva au camp, la nouvelle de l'agonie, sinon de la mort, du maréchal de Broglie circulait déjà, et, comme on était en train de chercher des récompenses dignes du service que Maurice venait de rendre à l'Etat, l'idée de disposer en sa faveur de la place importante qui allait se trouver vacante était venue à plus d'un esprit. Maurice, qui était informé de ce projet, y avait volontiers donné son adhésion ; aussi, dès qu'il eut pris connaissance de la demande que lui recommandait son ami mourant, sa pensée fut de se faire confirmer tout de suite l'espérance qu'on lui avait donnée, afin que, le fait étant accompli, il n'eût point (c'est son expression) à tromper la confiance dont le maréchal de Broglie l'avait honoré. Mais, à sa grande surprise,
1. Le maréchal de Broglie au roi : Broglie, 20 mai 1145. — L'abbé de Broglie au maréchal de Saxe, Broglie, 22 mai 1745. (Ministère de la guerre. — Correspondances diverses.) — Papiers de famille.
ACCAT10N HE I. ALI.MM.si, .\
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son grand mécontentement, il se Irouva que l'affaire n'allait pas loute seule et qu'une grave objection s'opposait à ce qu'il fût désigné ur un gouvernement : il était protestant ; un uverneur avait un serment religieux à prêter en entrant en fonctions et des attributions de justice à rendre aussi, au uora de Dieu, ce qui, ns les idées du temps, ne pouvait convenir à hérétique. Cette difficulté inattendue lui sa beaucoup d'impatience, et il s'en expliqua ec le comte d'Argenson d'une manière très re et même avec une certaine éloquence : — On m'a dit hier, écrit-il, que des obstacles urmontables se rencontrent pour que je pus sic) jouir de pareilles grâces, et j'en suis très aflligé. J'ai toujours regardé le gouvernement d'AJsacc comme une retraite convenable, et même la seule que je pusse désirer pour l'état qu'elle me donnerait ; mais je crois bien que je me suis trop flatté quand j'ai présumé que la mr pousserait ses bontés et sa confiance jusqu'il ce point-là... Je pense, et je crois voira quoi m'en tenir, par rapport il mon établissement en France ; comme attaché à la gloire du roi, je
.'t<J MARIE-THÉRÈSE IMPÉRATRICE.
prendrai la liberté de vous faire observer, monsieur, pour le bien du service de Sa Majesté, que les grâces militaires qu'on accorde dans les autres monarchies aux personnes d'un certain ordre sont toujours brillantes; les chétives républiques même font des efforts pour les acquérir. . . leur reconnaissance est éclatante, et elles prodiguent pour cela les honneurs et les richesses, et ce qui peut flatter ceux qui ont de l'élévation. Lorsqu'on ôte ce point de vue aux hommes vertueux et qu'ils ne peuvent l'acquérir que par la bassesse, tout est dit... » Quant au maréchal de Broglie et à sa famille, la seule allusion qui est faite à leur demande dans cette lettre est celle-ci : — « Ce qui m'arrive là-dessus pourra servir de consolation à madame de Broglie, au cas que vous ne lui accordiez pas de grâces pour ses enfants. » — Peut-être la veuve de son ami attendait-elle de son intervention quelque consolation plus sensible que celle d'être associée au traitement dont il croyait avoir à se plaindre ".
1. Le maréchal «le Saxe au comte d'Argenson, 20 mai 1745. [Correspondances diverses. — Ministère de la guerre.)
ÉVACUATION HE L ULEMAGMi. .11
Quoi qu'il en soit, il avait le droit de tout demander et, sans élever si haut la voix, il niait sur de tout obtenir. Il eut, ou du moins on lui promit, non seulement le gouvernement de Strasbourg, mais celui de l'Alsace tout entière, et, i|u;int aux enfants du maréchal de Broglie, ils durent se contenter d'une pension de 1000 écus chacun, sur la cassette royale. C'était lépée à la main et sur les champs de bataille que le nouveau duc de Broglie devait reconquérir plus lard la survivance de sou père.
Maurice rendit compte du succès de cette petite négociation à sa sœur la princesse de Holstein, dans des termes qui font voir qu'il avait exactement supputé les avantages de toute Otton attachés à l'honneur qu'il sollicitait, et que l'arithmétique lui était plus familière que l'orthographe : — « Je ne vous entretiendrai pas, lui disait-il, delà victoire que j'ai remportée le 1 1 de ce mois sur les alliés avec l'armée de Sa Majesté Très Chrétienne qui était présente, el qui a été des plus complètes. Les Anglais y
I été étrillés comme des chiens courtauds;
filin ;i doré neuf heures et, quoique je sois
mourant , j'ai soutenu cette journée avec vigueur. Le roi m'a marqué sa reconnaissance; il m'a donné le commandement d'Alsace qui vaut 120 000 livres; 40 000 livres de rente en fonds de terre : les grands honneurs du Louvre comme aux princes lorrains; j'ai avec cela, de mes pensions et régiments, 140 000 livres: ainsi, je jouis des grâces de la cour, environ 300 000 livres, ce qui peut s'évaluer sur le pied de 30 000 ducats de Saxe avec les agréments, tels que le gouvernement d'Alsace, qui fait l'état d'un souverain 1 . »
On me reprochera peut-être, et j'ai en vérité moi-même quelque honte de m'arrèter à ces misères qui se mêlent à toutes les renommées, à ces ombres qui font tache dans l'éclat des
1. Le maréchal de Saxe à la princesse de Holsteiu, sa sœur, 31 mai 1745. — {Correspondance conservée à la Bibliothèque de Strasbourg.) — Cette lettre, dont l'authenticité ne peut être douteuse, donne pourtant matière a quelque difficulté. En fait, le maréchal de Saxe n'a jamais joui, à aucune époque, ni du gouvernement de l'Alsace ni du gouvernement particulier de la ville de Strasbourg (qui en était distinct en principe, quoique les deux postes fussent souvent occupés par la môme personne). Son nom ne figure dans aucun des Aunuaives ni sur aucune des listes qu'on a
EVACUATION TiE L ALLEMAGNE. 33
vives lumières; mais la critique, fie nos jours, a des exigences impitoyables, elle veut tout connaître et ne laisse pas éblouir ses regards même par l'auréole de la renommée.
Consolons-nous en pensant que ces faiblessos sonl de tous les temps et de tous les pays, et que .le plus grandes encore se révélaient au même moment, avec un plus triste éclat et moins de ménagement, dans le camp des ennemis de la France. Là, on ne se disputait pas pour savoir quelle part devait revenir à chacun dans l'honneur de II victoire, mais bien quelle part de tort devait être attribuée à chacun dans la défaite commune, et c'était entre les alliés
fin.- il arrive dans toutes les coalitions.
■■•"* de» principaux fo m; lion m If s d'Aliace, et le maréchal de Coigny fut gouverneur de 1* province jusqu'à iiiEJv,.. en I7U. Il but dioc croire que la proni.- m il. mi parla li tettn de Maories [comme d'une eboae déjà accomplie) ne [ni pus t'tuic On trouva |irobnblenieu1 quelque touipensalion équivalente M lui accorder, car de 11 ir dont il vient de se montrer dans In citation précédente, Il n'aurait pat enduré avec paticuce un manque de parole qui l'aurait frustré d'un avantage sur lequel 11 avait KMOftt.
échange de récriminations amères. Les Anglais attribuaient tout le mal à la lâcheté des Hollandais, qui avaient reculé et quitté la partie dès la première heure; et ceux-ci, pour ne pas demeurer en reste, accusaient l'imprudence de la manœuvre conseillée par Kônigseck et exécutée par Cumberland, et qui, disaient-ils, après quelques moments d'un succès apparent, avait fini par faire prendre l'armée entière dans une souricière. La querelle se prolongea pendant toute la durée de la retraite, et elle devint si vive, que, dans les quartiers où les troupes des diverses nations se trouvaient rapprochées, il y eut des duels entre les officiers et des rixes au cabaret entre les soldats. Puis, quand il fallut rédiger une relation commune de la bataille, les trois généraux ne purent tomber d'accord sur la manière de présenter les faits, et, de guerre lasse, chacun resta libre d'en rendre compte, comme il l'entendait, à sa cour. M. d'Arneth nous a conservé le rapport envoyé par Kônigseck h Marie-Thérèse, et (ceci devient tout à fait curieux) on y remarque justement la même lacune que dans le compte rendu du ministre
ÉVACUATION DE l'aLLEJIAG.NE . 35
i : la manœuvre capitale qui occupai l toute L'Europe y est discrètement voilée sous des termes ambigus et presque passée sous silence. KÔniguck, à qui on reprochait de l'avoir imaginée, puisqu'on définitive elle n'avait pas réussi, s'en justiliait à Vienne pendant que Maurice trouvait qu'à Paris on en faisait trop de bruit 1 .
Des camps la querelle passa au congrès des diplomates, qui restaient encore en permanence à La Haye autour de Cheaterfield, attendant, d'heure en heure, lanouvclled'une victoire dont ils se partageaient d'avance les fruits. Foudroyés par ce retour de fortune inattendu, ils ne purent dissimuler d'abord leur consternation, puis leur dépit et même leur fureur; et l'on vit le moment où l'Aprelé de leurs reproches mutuels mettait en péril l'alliance de leurs gouvernements.
A ces divisions, qui sont le Uéau de toutes les coalitions, se joignait le contre-coup des discordes civiles, qui, de tout temps, travaillaient les Provinces-Unies. C'était, comme au jour des
de Witt, la vieille querelle de la bourgeoisie républicaine et des partisans du stathoudérat. Depuis un siècle, toutes les fois que, le pouvoir suprême étant vacant, la sécurité ou l'honneur de la nation était mis en cause, les amis secrets ou déclarés de la maison de Nassau accusaient l'incapacité jalouse de leurs adversaires républicains, et ils avaient beau jeu, cette fois, le choix malheureux du prince de Waldeck leur fournissant un grief dont ils ne se faisaient pas faute de tirer parti. De leur côté, les républicains n'allaient-ils pas jusqu'à insinuer que. Konigseck étant l'ami du prince de Nassau, il avait laissé perdre la bataille tout exprès pour opérer une réaction en sa faveur? Aussi dit-on que, si ce vieux et digne général avait paru dans une ville de Hollande, sa vie eût été menacée.
L'agitation passant toujours assez vite, dans les pays républicains, des conseils politiques sur la place publique et dans la rue, on put craindre le retour de quelqu'un de ces mouvements populaires qui avaient si souvent ensanglanté les cités flamandes. — « On a doublé les gardes
hier soir, écrivait l'abbé de La Ville le II mai. de crainte que la défaîte des alliés en France M servit de prétexte aux uialiulen lion nés pour exciter quelques rumeurs séditieuses parmi le peuple. « — Et, quelques jours après ; — « Un magasin de poudre a sauté la nuit dernière, circonstance qu'on a présentée au peuple comme une des preuves démonstratives que le sort de la patrie est confié à des poltrons. Enfiu, on ne néglige rien de tout ce qui peut occasionner i« - i une fermentation assez vive pour opérer une révolution dans le gouvernement. » — La Ville ajoutait qu'il était obligé de s'observer dans sou langage et de ne tenir que des propos modestes, pour ne pas « aigrir " la sensibilité hollandaise.
Seulement il s'en fallait que tous les Français, habitant encore la Hollande, s'astreignissent à cette règle de prudence. Habitués dans ce pays de liberté à une grande franchise de parole, et objets naguère de menaces insultantes, ils preuaient tout haut leur revanche avec une fierté bruyante. — m Je suis arrivé ici, écrit d'Amsterdam un négociant français, le 17 de
mai : abi fletus et stridor dentium. Je suis entré chez le libraire où je tiens ordinairement séance; j'y ai trouvé deux de nos ennemis consternés et j'ai joui de leur tristesse. Un d'eux m'a demandé des nouvelles. — Je n'en sais aucune, ai-je répondu. — On dit que le roi a couché botté et habillé sur la paille dans un méchant hameau? — Oui, ai-je dit, c'est mon roi. — Et M. le dauphin aussi? — Oui, ai-je répondu, c'est le fils de mon roi. — On me marque que M. le duc de Penthièvre a fait de même? — Oui, me suis-je écrié, il est du sang de nos rois 1 . »
Ces provocations à l'esprit républicain n'apaisaient pas les esprits; aussi peut-on juger de l'accueil qui fut fait aux propositions pacifiques dont d'Argenson avait pris, dès le lendemain de Fontenoy, la généreuse et un peu naïve initiative. On ne voulut pas même en entendre la lecture jusqu'au bout, et je crois, en vérité, qu'il n'y eut qu'un seul Hollandais
l. La Ville à d'Argenson, 14, 17, 18, 21 mai 1745. (Correspondance de Hollande. — Ministère des affaires étrangères.) — PoL Corr. t t. IV. - Frédéric à Podewils ministre, à La Haye, 22 mai 1745, p. 172-173.
qui fût en humeur d y prêter l'oreille. Ce fut le ministre des Etats généraux à Paris, l'ami de cœur de d'Argenson, le brave Van Hoey, toujours prêt, dans ses sentiments évangéliques, à faire bon marché de l'intérêt et peut-être aussi de l'honneur de son pays. Celui-là s'associa, cette fois encore, à la proposition d'Argenson, mais avec une exagération dont l'effet eût été suffisant pour détruire tout son crédit sur ses maîtres, s'il en eût encore conservé quelque ombre. Il semblait vraiment, dans son enthousiasme pour la modération du roi de France, oublier que c'était le sang de ses compatriotes qui avait coulé à Fontenoy. — « Puisse, écrivait-il à d'Argenson avec une tendre effusion. le Dieu des armées combattre toujours pour le meilleur et le plus pacifique des rois! Puissent les plus grandes victoires rendre toujours sa modération plus éclatante que jamais! Puisset-il triompher plus que jamais de la vengeance et des autres appàls séduisants de la guerre! Oui, il faut que notre roi dompte tous ces monstres! — Votre roi, me direz-vous? Oui, mon roi, car ses vertus lui ont soumis, pour
jamais, tous les bons citoyens de la terre... Hais je reviens de mon extase pour embrasser Votre Seigneurie mille fois. J'admire sa sagesse. Dieu veuille toujours bénir son ministère pacifique et le rendre toujours plus cher au roi et plus respectable aux hommes. Adieu, mon cher marquis, aimez-moi, car je vous aime autant qu'il est possible d'aimer. »
En recevant cette véritable déclaration d'amour, d'Argenson ne put s empêcher d'en exprimer quelque surprise. — « Voilà, dit-il, un vrai Pater noster. Mais quel regret pourtant de ne pouvoir traiter par l'intermédiaire d'un homme qui a des intentions si droites, tant de zèle pour la gloire et les avantages de sa patrie ! ("ela le met dans le même état, où était dans la république romaine P. Caton, qui s'était attiré la haine, parce qu'il censurait les vices et les vicieux et que sa vertu farouche ne lui faisait rien envisager de bien, que ce qui pouvait assurer le bien du peuple romain 1 . »
1. Van Hoey à d'ArgeDSon, 20, 29 mai 1745. — D'Argenson à La Ville, 16 mai 1745. {Correspondance de Hollande. — Ministère des affaires étraugères.)
KVAOUA'NON DE I. A LLE M A i. > I. . AI
l'était pas non pins h Londres, on l'orgueil national et la haine contre la Francr élawai plus excités encore qu'à La Haye, que les offres de d'Argenson avaient chance d'être écoutées. Là, h la vérité, l'impression produite par la fâcheuse nouvelle fut moins vive au premier moment. Les communications arrivant avec lenteur et difficilement en ce lemps-là, à travers la mer, les ministres anglais essayèrent d'abord de cacher au public, et peut-être de se dissimuler à eux-mêmes, l'étendue de la défaite. Le mot d'ordre donné à la presse fat d'insister sur les pertes considérables de l'armée française et sur le danger qu'elle avait couru, pour laisser croire qu'en définitive l'issue du combat était restée douteuse. Cette sécurité vraie ou feinte était (elle, que le roi, ' I ni se trouvait en ce moment dans le port de mer de Harwick, prêt à s'embarquer pour l'Allemagne, hésitait à revenir sur ses pas pour tenir conseil à Londres, de crainte de jeter le trouble en paraissant trop ému. Son lils aîné, le prince de Galles, montra plus d'indifférence encore, car il se lit voir au spectacle, gai el
souriant comme à son ordinaire, le jour même où de tristes rumeurs commençaient à circuler, et n'interrompit pas un instant sa vie de plaisir. 11 est vrai que, très ouvertement opposé à la politique de son père et très mal avec son frère cadet, il ne s'affligeait peut-être au fond de l'âme que médiocrement de leur échec. Mais, au bout de quelques jours, des lettres privées vinrent porter le deuil dans les familles en annonçant des pertes cruelles, et il n'y eut plus à douter de l'humiliation des armes anglaises. L'opinion publique se retourna alors avec indignation contre les auteurs de ce mystère calculé et contre ceux qui avaient donné le scandale de cette insouciance apparente. — « Vous savez déjà en gros, écrit le célèbre Horace Walpole à un de ses amis, ce qui s'est passé devant Tournay; nous ne voulons pas convenir que ce soit une victoire pour les Français, mais c'est comme une femme qu'on n'appelle pas madame tant qu'elle n'est pas mariée, eût-elle une douzaine d'enfants naturels. En réalité, nous sommes restés trois heures sur le champ de bataille, et j'ai bien peur qu'un trop
grand nombre des noires n'y restent pour toujours. .. On dira ce qu'on voudra, c'est un rude OODp, . - - ■ CmI la première fois, écrit-il encore un peu pins lard, que, dans une bataille contre les Français, la chance tourne contre nous. Quand on a appris à épeler dans l'histoire dTMouard III et d'IIenri V, et a bégayer dès l'enfance les noms d'Azincourt et de Crécy, ceux de Tournay et de Fonlenoy sonnent péniblement aux oreilles 1 . »
De- h moment, il n'y eut plus de sûreté à parler la langue ou à avoir l'accent français dans les mes de Londres. Il est vrai qu'il n'y avait plus guère, résiliant en Angleterre, qu'un seul Français de quelque importance : c'était l'illustre prisonnier Uclle-Isle, que j'ai laissé gardé a vue dans le château de Windsor, mais à qui on venait justement de rendre un peu plus de liberté. On lui avait permis de s'établir à ses frais dans une maison particulière et de circuler dans la ci mirée sans surveillance, moyennant sa parole d'honneur qu'il ne cher-
Corretpotutanre tt'IlQriKe ni, I" juillet ntK.
Vatpok ,
cherait à nouer, en Angleterre, aucune relation politique, et qu'il ne donnerait dans sa correspondance avec la France aucun renseignement sur l'état intérieur du pays. Il usait déjà de cette facilité pour faire visite aux possesseurs des châteaux du voisinage et paraître même en public dans les courses de chevaux, où son grand air et sa bonne grâce avaient fini par le rendre l'objet d'une curiosité bienveillante. Mais il dut s'interdire ces modestes passe temps, dès qu'il put craindre qu'on cherchât à lire sur son visage la trace d'une joie patriotique qu'il n'aurait pu contenir. — « J'ordonnai, dit-il, à mes gens de ne plus sortir, et je restai dans mon intérieur à regarder mes pages jouer a la boule pour éviter quelque triste aventure que pourrait occasionner la mauvaise humeur de quelques Anglais qui, de quelque condition qu'ils soient, s'occupent tous des airaires publiques et militaires 1 . »
Qui l'aurait cru? le lieu peut-être où on parut le moins s'émouvoir de la victoire française, ce
1 . Journal de la captivité du maréchal de Belle-Isle, tenu par son ordre. 'Ministère do la guerre.)
liai lin tu;
ut il Vienne, ou, tout au moins, dans les conseils intimes de Marie-Thérèse. Celait pourtant sur un territoire appartenant h la maison d'Autriche que la bataille s'était livrée, et la perte d'une de ses plus belles provinces pouvait en cire la conséquence; maïs c'est que la reine atteudait, à la même heure, de moment en moment, la nouvelle de l'issue d'un autre conflit dont le succès paraissait lui tenir beaucoup plus ;i in'iir. Pendant que Louis XV entrait dans les Pays-Bas, le prince de Lorraine marchait, ;'i grandes journées, vers la Silésie pour y ren- OOutm Frédéric; et dès le début de la campagne la reine avait paru mettre plus de pris à la destruction de son ennemi voisin qu'à la défense de ses possessions éloignées. Soit que la soif de la vengeance, ^cule faiblesse de celte grande Ame, t'emporta! désormais chez <dle sur tout autre sentiment, soit que, se sentant Allemande avant tout, la soin de reconquérir en Allemagne même la prépondérant» dont avaient joui ses aïeux et ta pareille du sol germanique qu'on lui avait ravie fût à «es yeux le premier de ses intérêts
46 XAR1E-TBÉRÈSE IMPERATRICE.
comme de ses devoirs, toujours est-il que, préoccupée de faire rendre à son époux, par les électeurs de Francfort, la couronne impériale, et de refouler l'usurpateur prussien dans les sables du Brandebourg, tout ce qui se passait au delà du Rhin et à distauce semblait beaucoup moins la toucher. L'Angleterre s'était bien aperçue de cette indifférence relative quand elle avait vu le duc d'Arenberg, emmenant avec lui le gros des troupes autrichiennes, ne laisser qu'un faible détachement avec Kônigseck, sous les ordres de Cumberland, et elle ne s'était pas fait faute de s'en plaindre. Le reproche n'étant que trop bien justifié par l'événement ; Marie-Thérèse devait craindre de voir la réclamation se reproduire avec plus de force et d'être contrainte, pour y faire droit, à l'envoi de nouveaux renforts qui auraient diminué les forces dont elle avait besoin, soit pour défendre, au midi, contre le prince de Conti, la liberté de la diète électorale, soit pour appuyer, au nord, l'attaque du prince de Lorraine. Ce fut, nous dit un observateur sagace qui vivait dans son intimité, le souci principal
(VÀCI ITIOB OS L'ALLEMAGNE. 47
ue lui causa l'échec de ses alliés à Fontenoy. Elle craignit que la secousse ne fil échapper de ses mains la proie qu'elle croyait déjà terni-'.
Hua cet ennemi lui-même, objet de tant de haine, OB ravisseur impuni, ce Frédéric, en un mot, que pensait-il du succès de nos armes, dont il élail l'allié encore nominal, bien que loujours douteux et surtout toujours maussade? Si on se rappelle dans quelles dispositions nous l'avons laissé, on jugera que son impression dut .'■Ire et tut effectivement assez mélangée. La nouvelle rïnl te chercher en pleine campagne, dans un camp établi en avant de Breslau, autour duquel il avait concentré toutes ses troupes, après avoir, non uns peine et sans coup férir, rappelé à lui tous les détachements qui Ûant l'entrée de la Silêsîe. 11 laissait ainsi Bette province ouverte à l'attaque îles Autrichiens commandés pur le duc de Lorraine, et des BaxdBB sous les ordres du duc de Wcissenfels. C'était a dessein qu'il attirait sur ce point toutes
\H MARIE-TBLRÈSE IMPÉRATRICE.
les forces ennemies, trouvant que cette position était la meilleure qu'il pût choisir pour leur résister: vainqueur, il gardait sa conquête, mais vaincu, il ne lui restait plus de ressources. De la lutte décisive qui allait s'engager dépendait donc le sort de sa puissance et de sa renommée. C'est dans cet état d'inquiétude qui, même chez les âmes les plus fermes, précède les heures critiques que parvint à ses oreilles l'écho de la victoire française. Il connaissait trop bien le oeur humain pour ne pas apprécier le puissant appui moral qu'un tel exemple pouvait lui prêter, on rendant courage à son monde et en portant le trouble dans l'âme de ses adversaires. Puis, comme il nourrissait toujours l'espérance d'obtenir une paix favorable par l'intermédiaire de l'Angleterre, et qu'il entretenait même sons main, dans cette pensée, des relations constantes avec le ministère anglais, tout ce qui pouvait faire repentir le roi et la nation britannique «le leur ardeur belliqueuse secondait, au fond, ses desseins secrets. Mais, d'autre part, il avait blûmé tout haut, avec le ton de dédain sarcastique qui lui était familier, la pointe de Louis XV
ATIOM DE L ai.le.Magm:. 4!l
sur les Pays-Bas; il en avait d'avance prédît l'échec et décrié les résultats. Le moindre jias fait en Allemagne par le prince de Conli l'aurait encore mieux accommodé que la conquête de la Flandre tout entière. La victoire de Fouteiioy faisait mentir ses oracles et enga- -■' ,ul ta France dans une voie dont il aurait voulu à tout prix la détourner. Sa satisfaction fut donc loin d'être complète, et, eul-elle été menu plus vive au premier moment, la réflexion ii>' devait pas tarder à la tempérer; celte succession de sentiments est visible dans deux billets écrits par lui à vingt-quatre heures de distance, ,in reçu de la dépêche qui annonçait l'événement :
.' Mon cher Podewils, écrit-il le 21 mai, je StlÙ dans la joie de mou cœur de ce que vous venez de m'apprendre. Je me Halte que la fierté de mou cher oncle sera un peu tempérée par la nouvelle de la défaite de son parti... Je suis persuadé que cela fera nécessairement que les liera Anglais seront obligés de nous rechercher. » Puis, le lendemain : « Hou cher Podewils, j'ai eu le temps de réfléchir depuis hier
5U MARIE-THÉBÈSE IMPÉRATRICE.
sur la bataille de Lenze *. Je trouve que cet événement nous est sans doute avantageux :
I* parce qu'il donnera des sentiments pacifiques aux Hollandais: 2* parce qu'il peut enfin ouvrir les veux des Anglais sur leurs véritables intérets: 3° parce que toutes les puissances seront obligées de convenir que, lorsque je suis uni avec la France, quoi qu elles puissent Caire, nous aurons toujours la supériorité d'un côté. ri que, par rapport à ce principe, leur fierté s adoucira avec moi. Mais il n'est point apparent que cette bataille nous fasse une diversion considérable. Les Hollandais crieront miséricorde, et on tirera de l'armée du duc d'Arenberg quelques troupes qui seront remplacées par des Saxons... Indépendamment de tout cela, oet événement me Datte et m encourage, et me donne l'espérance de trouver cette année la fortune plus propice que Tan passé... Ah! puissions-nous avoir un jour comme le 11 mai, et alors nos infâmes envieux, nos voisins perfides, changeraient bientôt de langage, et la paix en