‹ Marie TudorChapitre 4 sur 12 · AH · texte numérisé non relu

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vaises; l'autre à des fins heureuses. Quels interprètes de la parole sacrée! Et s'il plaît à vos réformateurs de violer le pacte de fraternité établi par le Christ, ils font de Moïse le héraut de la colère souveraine. De nos jours on lue pour les questions les plus niaises comme pour les plus graves : si le Christ a pu naitre de la chair sans apporter le pêche en lui (i); s'il est né de la semence de la Vierge Marie ou de celle de David (2) , si le corps peut-être sans lieu et sans dimension (3) On tue! et l'on voit avec indifférence des milliers d'hommes qui ont faim , comme si la terre ne pouvait pas nourrir tous

(-1) Anabaptiste.

(2) Idem.

(5) Zwingle.

Ai) —

SCS curants; mais la Icrrc avec ses biens appartient à (|iicl(jiies endurcis. Wallcr conclut sévèrement : — La vérité, mylord , s'établit pai" sa propre force, son avènement est lent, mais il est infaillible. Je ne croyais pas que ma jeunesse j)ùt vous donner cet enseignement.

— Quehjuefois, dit raiclievêque avec un gémissement profond, j'ai douté de moi, je me suis incjuiélé de ma terrible justice. D'un momenl à un autre, je serai violemment appelé devant Dieu, et son jugement m'effraie... C'est une faiblesse de la cbair. Cranmier se tut. Son regard ému et fixé sin- Walter, ses lèvres à demi ouvertes, une sorte d'agitation répandue sur toute sa personne, disaient (jue son éj)anclieuienl ('lail iucouij)let , (|u"il iiir restait (faulres aveux à laiic. Il ii-piil lente r. M. X

ment et à voix basse : — Comme si de telles crainles ne suffisaient pas à mon ame, j'y joins les regrets d'une affection toute humaine. J'ai eu deux femmes. La mort m'a ^paré de la première, le divorce m'a séparé de la seconde (i). Il en a exisîé une autre qui m'était étrangère, que j'ai tendrement aimée, sans porter atteinte à sa pmeté d'épouse. El!e a quitté la vie, jeune encore; mais eiie a laissé une fille, sa vivante image. ïe le dirai-je, Waller, à toi, si rigide, si ferme dans le devoir, la mort m'épouvante, quand j'y rattache l'idée de ma séparation dernièie avec cette enfant. Il n\ a plus de ciel, plus d'éternité, elle me tient lieu de tout. Pour une parole d'affection d'elle, je donnerais parfois mon

U) La fille do I hérésiarque Osiander,

liomieuf (latis celte vie, et iiîon salul dans Tautre. Sais- lu la force d'im seiilmieul? As-lii aiiiir une mère, une saMn? Ce cjue jN'prouve pour celte enfant n'est j)as moins délicat et profond. Depuis des mois, je n'ai j)as reçu une lii^me d'elle. Me faudra-t-il momir avec cette douleur?

— On est -elle? demanda \\ aller.

— Tu la venais! sVcria le vieillard.

— Kn doutez-vous, mon père?

— Klle esl l)ien loin, mon fils, à j)lus dequatre-vmgt-di\ lieuesd'ici. Mais lu me rendrais si lieurenvl Depuis que je suis [)risonnier, je ne Tai pas revue. C'est bien |,,iii;. ru es libre d'aller ou ton désir te porte, iaiscpiel que eiiose pom' ton vieil ami , dis à ccWr iille de mes pures afleelions que je ne voidrais pas mourir sflfns l'avoir revue. Mie ne Niend.a pas dans ma |)rison, j,> naspire pas i mw- fe-

licilé si ii^rande; jnais qiritîie lois, une seule lois, elle passe sons nia fenêtre; que je le saclie! Le veux-tu ?

— J'ai Tait bien du chemin pour satisfaiie (les curiosités d'esprit, répondit Waîter avec Faccent du reproc'ne 5 et vous vous étonneriez, mcn père, que j'en fisse un peu poui vous! Est-ce là me connaître?

— Que Dieu te rende la joie que tu me donnes! dit Crammer avec expression.

— Eh bien! mon père- que demanderai-je à Carlisle?

— LadvSarah ÏNoriivv'ick, d'abord C'est la j, aient e de la jeune fille dont le silence tourmente mon c(eur.

— Cette jeune tiile est Arabella Reydnor^^ dit vValler \ivenienl aifccté.

— C'est Arabella Revdnor, ene!((4, répondit l'archevêque, i\} hi connais; son j)ays est

le lit-Il. ri sa iiicic l'tail raniie de ia li( iiii'. IN>m(|uoi ni' dii-il rit'ii tic plus.'

— Aiabella, ie[)iil \\ aller, n'ol plus a (iailisle; elle est dans le Mithik'sex, loiil pics -d'ici.

— Daiiscpiel lieu du Middiesex?

— ;V Isleworlli , cliez sa i;raii(i'merc, latiy Maigei y llevdnoi'.

— (ne papiste! proCria rarclievêque en |oii;nanl les niaius. (^e tul cTun Icn liuudjle cpi'il ajouta : — Je dois le laiie pitié-, Walter, avec mes douleurs insensées, l^idlev et Lati- Mier viennent de [)éiir; et je les oul)li(^î

— Leur luorl a été belle, mon pèie.

— (Jue Dieu pi()l(-j;e la mienne! dit Ci animer.

Walter le «piitla hienlol pour r<"m|)lir son message auprès d viahe'la, <pi il avait luirnème un hesoin immense de i'4'\oir.

CHIPITRE 11.

Un joui IVoicI répandait sesdernitMes lueuisi à travers les hautes fenèlres (Ton chAleau d'arcliiteclure severe et richement ornée, fjui s'élevait près d'Isleworlh , sih' la côle occidentale de la Tamise, à trois lieues de Londres. Dans le vaste salon, décoié iVune la|)isserie de Bruxelles, mi éhiit fi^^urée la (]réahi>M , m

trouvait une dame de grand âge et une belle jeune fille. La vieille dame, qui n'était autre que lady .Viargery Reydnor, que déjà nous avons rencontrée au palais de Whitehall , sommeillait , doucement affaissée dans un large fauteud de velouis. Ses traits réguliers et austères, gagnaient à cette absence de la volonté quelque chose de doux. Arabella, sa petite-fdle, brodait à peu de distance. Le visage d'Aral^ella était beau, et sujiout remarquable par un air de parfaite distinction et de vivacité agréable et franche. Il y avait du sérieux, de la tendresse , de la fermeté, et quelquefois une moquerie spirituelle dans son regard. On ne pouvait entendre les variations intimes et pénétrantes de sa voix sans désirer lui appartenir par quelque sentiment Sa bouche était un peu grande, mais si fraîche et si charmante quand elle souriait de cœur,

quecetlc iiniierferlion, Irvs-k'gère (railUui^, ilcvenail une ^^iM-e i\v plus. \)e ses rlievfux relevés pai une flèche en or, sVcliapjjaienl quelques boucles léi^ères (|ui lonibaieni sui un cou i(iuaf(|ual)le par sa noblesse. l)eu\ fois elle inlenompil son travail poui conteuipler son aïeule. (]elle lit^ure endoimie lui rendait connue un reflet de sa niei e aux deiniers jours d'une vie préiTiaturénienl éteinte. Soit dessein dVcliappei* à des tristesses tro[) vives, soit lassitude d'attention, elle délomna ses yeux de lady IWydnoi- et les promena in (hnérents s: i une ibule d'objets. Ils s'animèrent soudain d une gaieté m(''lancoli(pie et quelque peu railleuse à la \ue d'un parchemin ('ei it en caractères irrée^uliers (jui se détachait du fond d'un eadrt délicatement ciselé" et senîé de fines j)ierreries. La Icrtmc de ce [larehcfuin, ('« I il eu hiiui, disait tle reste <pi<"

iady Keydnor était une catholique leiveiite et pure. C'était une indulgence achetée dans un voyage cju'elle avait i^it en Allemagne, et conçue en ces teimes :

(( Au nom de INotre Seigneur Jésus-Christ <( et par les mérites de sa passion , de sa mort « et de sa résurrection éclatante, moi, Henri (( Wortz, hère dominicain , en vertu de Faua torité de Dîeu le fils, et en vertu Tauto- « rite de saint Pierre et de saint Paul, je t'ab- (( sous, Margery Reydnor, dt^ tous les péchés a véniels et mortels que lu peux avoir com- (( mis jusqu'à ce jour de l'Assomption de la « Viergeen i5i8,dansla cinquième annéedu « pontificat glorieux de sa sainteté Léon X. >»

Lors de ce pieux et crédule marché, Iady Reydnor avait trente-quatre ans.

— Pourquoi , lui avait demandé Arabella dans un moment de familiarité rare, acheter

— (il -

celte indiilt^encc , (jui n .'lionlnil v\ci\ ;t i'ahsoliilion (|(rîi\a!il cliMcjuc conmiunion ^oll^• aviez lecitc du pi^lic '

— Le doute m'étint venu à Tc-i^'ard de la foi sacramentelli' de mon eoulessein-, rcpondil lady Keydiioi-. (li(»vail-i! K-elleniriit à Tefiicacité de la eoufessioii ? S d n'y croyait pas, ses absolutions étaient nulles»; et. sans (ju'i! v eût de ma faute, parleseul fail d'un choix malli(Hn(Mf\ , |\'lais damiu'e. î'n jouf ii avail j)arlé de .léiome de l^iai^ue sans lioricur : dès lors je deuïeurai in(|niète, et je sentis 'a pesanteur de toutes mes fautes passées. Le frère Henii WOrtz m'inspira mie confiance bien juslidée [)ar le pèlerinai^^e (piil avait lait (piaire ans auj)a!avant à .léîusalem. Pendant toul ce ioui,^ tiajct, cl mali^ié' la saitile impatience (péil avait d'aniNci- au ikU{ii\i»). il II! constaimueni trois pas in a\ant et un pas en

arrière. Moins éprouvé qu'il n'était par les faiblesses du corps, ils y seraient allés nu-pieds, comme en des siècles plus fervents, quelques élus du Christ. Un bourgeois français vient tout récemment de faire un pèlerinage semblable à celiH du religieux allemand; mais c'est pour le compte de la reine de France, Catherine de Médicis, qu'il l'a fait; et c'est pour un vil intérêt d'argent, et non par dévotion (i).

Arabella, debout devant le tableau , se rappelait l'épanchement de sagrand'mère, quand plusieurs coups légers happés à la porte la firent s'élancer vers la fenêtre, où elle sembla fort attentive à regarder le ciel. Un religieux de haute stature entra dans le salon. Ladv

i Saimi. Foix, Essaie sur Paris.

Kcvdnor s'«'vrilla: tl, apirs a\()ir saliK- !<• j)ère (l'un aii- de véin-ralion .'irncluense el avoir eclianp:é queK|ii('s paioles avec lui, elle chercha des voux sa [irlilc-flllc . cailnv dciiicre les iidca!i\ de daiuas. >e Tai^ercevanl |)as. elleTappc lalout aussitôt . Aiahella avança sa heile lél(* hruno, ses >eu\ el sa !)oticlie souiiient a sa i^nand-niere : ci liaversaut l.i salle avec toute !a vivacité du co'uf, elle vuil uieltie un frais haisef siu- ce froîU soucieux de soixanle-et-o!]7.e ans. La feiuuie de religion austèi'e nt^ larda pas à se leprocliei- le inouvement de joie cju'elle avait i-essenli. La leire n'étail seloii ell<', (ju'une xallee de larmes, el la vi(î une épreuve sanclilii'e pai- la prière el la inortilicalion des sens : aucun saint n'était arrive au\ béatitudes célestes par les satisCaclions nioiidaines. I-Jle trouva donc un niotil pieux pour attrister Niahejla et pour

— Oi —

s'altrisler en même temps. Bien certain du succès, elle se tourna vers le dominicain, témoins silencieux de cette singulière tyrannie, et commença avec lui un entretien spirituel sans plus s'inquiéter de la jeune fille, qui retourna lentement vers la fenélre, d'où elle voyait la Tamise refléter çà-et-là quelques blanches étoiles.

Les bougies ayant été allumées, Ârabella s'assit devant une table d'ébène, et se mit à lire la Bible tout haut, non pas en anglais, mais en latin , dans la traduction appelée la Vulgate. Lady Reydnor écoutait cette lecture ave une pieuse gravité. Deux fois elle invita la jeune fille à oler dp son accent la légèreté étourdie : la parole de Dieu devant être méditée. Ârabella mit une attention toucliante à se conformer aux désirs de son aïeule. Le chapitre achevé, elle ferma le livre.

— A \()lie à^c, lemaicjiia laciy i^rvdii.u , je ne pouvais me lassasitr de celle parole excellente; une pa<;e en a])pelail une aulre. Il faut remonter à des temps plus anciens pour Irouvei- les saintes ardeurs. Si mes veux étaient moins vieux, Arabella, je ne vous cederais pas le bonheur de liie a ma place le livre de vie; et, je suis bien assurée que, si vous l'écoutiez d'une aulre bouche c|ue la vôtre, vous y trouveriez un sens plus beau et plus^aint. Il y a des parties (jue vous comprenez, mais il y en a aussi que vous sacrifiez à des préoccupations mondaines. Ce n'est pas sans un amer chagrin que j'ai fait cette découveile. Aiabella garda un silence respectueux. — Il semblerait, reprit lady Margeiy , que mes avis soient pour nou.s sans vaicm-. (ni'il> n'aienl rien donl vous deviez rire émue, l n

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