‹ Marie TudorChapitre 7 sur 12 · CH 4 PITRE VI · texte numérisé non relu

CH 4 PITRE VI

Dans la maliijce (jiii suivil ce jour, Arabella, enveloppée d'une mante de salin noir, le visage couvert d'un voile de dentelle noire, parcouiait à i)as précipités un des quartiers les plus solitaires de Londres. De temps en temps, elle tournait la tète et regardait derrière elle, comme pour s assuiti ipi on ne la

suivait pas , puis elle reprenait sa course. A l'issue de chaque rue , elle s'arrêtait indécise sur le chemin à suivre, et ce n'était jamais qu'à des passants qu'elle adressait ses questions. On aurait pu remarquer le prompt regard qu'elle jetait sur chacun d'eux, et la préférence qu'elle donnait à ceux qui marchaient vite aussi. Evidemment elle voulait qu'il restât de sa course le moins de trace possible. Enfin elle s'arrêta devant une maison de simple apparence, et frappa plusieurs coups irréguliers et à distance : les uns étaient timides, mal assurés; les autres étaient impatients comme sa crainte. Ce fut miss Martl:a qui vint lui ouvrir.

— Monsieur Walter ^ervil.

Miss Martha ouvrit des yeux tout grands , tout naïfs, ^ull8 femme du rang de la jéiine étrangère n avait jamais passé le seuil de la

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maison |> m M. W aller, \ussi fallut il (jiiArabella renouvelât sa demande pour (jue miss Martha, ayant recouvré ses facultés parlantes, pût lui dire qu'il était sorti.

— En êtes- vous bien sûre ?. . . Veuillez donc me permettre de l'attendre seule dans une pièce de votre maison.

— Il laul que je le voie avant de leparlir. Tardeia-t-il bien a lentrer '

— Souvent li îie vient que pour dîner, et nïéme quelquetois i\ dîne dehors; alors il ne revient que le soir.

— N'importe, je l'attendrai quelque tenqjs. Miss Martha conduisit la jeune dame dans

une petite chambre du premier, et selon le désir exprimé d'Arabella, elle mit à se retirer un empressement discret. N'avait-elle pas d'ailleurs a commenter cette apparition avee nuslribs Deboiah ' Arabella, bien seule, posa

sa montre à côté d'elle et se donna une heure et demie pour rester là. Nulle agitation extérieure ne marqua ce temps. La tète droite, le regard fixe et morne, les mains croisées sur son cœur, elle attendit. De moment en moment,, elle consultait sa monlre, et frémissait de voir se perdre ces moments destinés au retour de Waltei. — Encore vingt minutes, se dit-elle, je les retrouverai en marchant vite. Elle reprit son attitude. Waiter ne vint pas. Alors elle se disposa à s'éloigner. Miss Martha accourut quand elle l'entendit ouvrir la porte. — Demain , lui dit Arabeila, je serai ici à la même heure. Soyez assez bonnne pour en prévenir M. iNervil, aiin qu'il m'attende, et remettez- lui cela de ma pari. Elle mit un petit paquet scellé dans les mains de miss Martha , et la laissa toute étonnée d'en apprendie si \)vu.

— ici) —

l.e jour siiivaiil, a la mriiie lieuit; (juc* la veille, Arabella était à la porte de la pelite maison. Walter lui ouvrit la porte avant même qu'elle eût levé le marteau. Il lui piésenta la main et la conduisit dans sa clianibre.

— Vous, ici 1 lui dit-il. Mais, au nom du ciel, qu'avez- vous, Arabella? Vous êtes pâle et défaite comme je ne vous vis jamais.

— Somm€s-nous seuls, (ju'on ne puisse pas nous entendre?

— Oui, nous sommes seuls, répondit Walter, après être allé vers la porte et s'être assuré qu'il n'y avait pas d'indiscrète.

— Thomas Crammer ne vous a pas écrit , Walter ; il ne vous a pas dit qu'il se déshonore en ce moment?

— Que voulez-vons dire, Arabella?

— Ce que toute TAngleterie saura bientôt. Oh! je pleure sm sa chute' lliomas (liarnnicr

a eu peur de la mort. Il a renié ses doctrines. Ne dites pas qu'on le calomnie, Walter. La reine m'a montre deux rétractations successives de l'archevêque au conseil. Je les ai tenues dans mes mains. Se peut-il qu'un homme sacrifie ses convictions au désir misérable de vivre quelques jours? Car, Walter, c'est seulement son agonie qu'il achète plus lons^ue au prix de son honneur. Bonner (i) et Thirlby (i) sont à Oxford. Pourquoi y sont -ils?

Walter l'avait écoutée dans une sombre attention.

— Ce que vous m'apprenez est affreux. Si Thomas Crammer persiste dans sa faiblesse,

^ Evéque de Londres.

(2) Évèque d'EIr.

d'autres l'imiteront , el Ton ne peut cliie oii s'arrêtera renlraînemenl. Toutes les consciences mal afTermieîi renieront leurs elforls ou bien elles connaîtront les anj^oisses du doute. Je ne parle pas du triomphe des catholiques, ces orgueilleuses considérations ne peuvent rien sur moi.

— Voir la honte inséparable du nom de Crammer, dit Arabella, c'est une douleur que notre amour ne saurait supporter. Comment a-l-il failli ?

— Je partirai pour 0\ford, reprit Walter, dès que le cardinal m'auia facilité les movens de revoir l'archevêque.

— Et, quel que soit le résultat de votre entrevue, que je le sache, Walter. Ne me dissimulez lien.

— Comptez sur ma sincérité.

— Croyezv(>us (]u'il ail en etVel peur de la

mort? Croyez- vous qu'un lâche attachement pour la vie se soit emparé de lui?

— La question est bien grave. Il faut que je le voie. D'ici là, je suspendrai mon jugement. Arabella, ne précipitez pas le vôtre.

— Pourra-t-il se réhabiliter?.,. Vous ne l'espérez pas ?

— Je n'ai rien dit , Arabella ; je ne sais rien.

Il la regarda un instant avec une expression navrante.

— Parlez-moi, lui dit-elle, votre silence m'effraie.

— Nous ferons tout pour lui, n'est-il pas vrai ?

— Tout! répondit-elle avec un noble enthousiasme.

— Ma généreuse Àrabella ! . . . Après un moment donné à l'émotion : — Dites- moi

(|uel(jiJt.' chose de voire siliialion à la cour ' — .l'v suis triste, mais résii^iiée. Ce séjour iTest pas de mon choix , vous le savez.

— Oui. Je ne suis jamais calme quand je me rappelle la lettre où vous m'apprîtes que vous alliez vivre auprès de Mary Tudor.

Arahella détourna l'orageuse pensée du jeune homme.

— Vue des femmes de cette maison vous a remis un jjclil cachet; reiidez le !iioi, VValter, il est de ma mère.

— J'espérais que vous me le laisseriez.

— Gardez-le donc, mais ne le donnez jamais.

— Ce qui me vient de vous, Arabella , ne passe pas en des mains étrangères. . . Mon amie, ajouta-t-il, ne vous compromettez pas dans l'esprit de cette reine.

— Je veux vivre pour vous, Walter.

— Four lui aussi , dit-il avec une expression particulière de tristesse et d'amour.

Arabella le regarda.

— Vous me cachez quelque chose.

— Rien que je sache. IN'en doutez pas. Quand elle fut moins agitée, elle pensa k

retourner au palais.

— Je vais vous quitter, Walter, mon absence serait remarquée ; et si l'on savait que je suis venue seule chez. . . Un chaste embarras retint sa parole.

— Souffrez que je vous accompagne de loin.

— Cela n'est pas nécessaire. Ma démarche est honnête, et je me confie en Dieu.

Elle lui lendit la main, qu'il serra tendremept dans les siennes. Et, après Favoir accompagnée jusqu'à la porte extérieure, il remonta dans sa chambre, où il demeura dans

une aftieuse iiiimohilit»' mu' cleiiii-lKUit* au aïoins. Quand il se leva, ses membres étaient raidis par la force des sensations. Malgré ses désespoirs, il lui fut impossible d'être reçu par le cardinal avant plusieurs jours.

Cependant il n'était bruit a la cour que des dispositions peureuses de l'archevêque apostat. Mary Tudor,qui avait fait ses preuves de vaillance, communiquait ces écrits, monuments de la couardise de (]rammer. On s'épuisait en réflexions mordantes, on rappelait avec une fidélité haineuse toutes les victimes de Henri YIII, les victimes d'Edouard VI, et Crammer était déclaré leur bourreau.

CH4PITRE Vil.

Une foule considérable se pressait devant une des églises d'Oxford Le nom de Thomas Crammer se mêlait au nom de Bonner et au nom de Thiilby. Walter entra dans réglise. Bientôt les yeux du jeune homme restèrent fra[)|)és d'un spectacle inat-

tendu : il assistait, sans y avoir été préparé, à la dégradation de l'archevêque de Cantorbéry. Le vieillard était là sous ses yeux couvert d'habits pontificaux en canevas grossier, une mitre dérisoire ornait sa tête; il tenait une croix à la main , et Donner le désignait de la main aux mépris du peuple, et sa voix haineuse criait : — Voilà l'homme qui se moquait du pape, il est maintenant jugé par le pape; voilà l'homme qui détruisait les églises, il est maintenant humilié dans une église; voilà l'homme qui insultait le Saint-Sacrement, il est maintenant condamné devant le Saint-Sacrement. EtThirlby pleurait (i). Thomas Crammer fut dépouillé pièce à pièce de ses vêtements bouffons. Il parla. Le cœur de

{V} BuKKKT. Histoire de la Iléformahon

W aller cessa de battre, rhomas Clrarnmei protesta avec dignité contre celte vengeance de parade, il la déclara d'autant plus vaine , lidicule et odieuse, que depuis long-temps il s'était séparé de Rome. VValter avait la télé perdue quand il sorlit de là, et quelques heures après cette effroyable cérémonie, il était couché dans une auberge , avec une* fièvre ardente et le délire. Une maladie se dé clara ensuite. Ce qu'il soulVrit de douleurs, se voyant cloué dans ce lit par le mal, ne saurait être expiimé dans une langue humaine. Enfin, il se leva. Son horreur fut profonde aux premières nouvelles qu'il eut de Tarchevèque. Crmmer avail fait d'aulres rétraclaiions. ï.e nombre variait selon les narrateurs. Qu'importe d'ailleurs le nombre?

Pour qu'il ne restât aucun doute à Waller, il lui de ses rétractations imprimées; car la

reine avait eu soin de les lendre publiques. Ce fut la tète baissée et le cœur brisé par le chagrin , qu'il se rendit à la prison , le matin du 0.1 février i556.

Crammer eut un sourire forcé en voyant entrer le jeune homme.

— Ce n'est pas un heureux sentiment qui l'amène, lui dit-il. Assieds-toi, et dis à l'homme que tu appelais ton vieil ami, ta peasée la plus amère. Walter resta muet d'abord, malgré cette invitation. — Tu viens me dire que je n'ai pas su mourir ; parle Walter, ne garde aucun ménagement , tu ne saurais m'humilier autant que je me suis humilié moi-même.

— Pourquoi vous ont-ils dégradé dans ce costume ignoble ?

— Hélas! dit Crammer, tout dans ma vie d'aujourd'hui n'est-il pas ignoble. Mary s'est

plu à nie donner en S|)eclable à toute une ville. Il a bien fallu le souffrir. Deux évéques m'ont dépouillé des tissus vaniteux, et ils m'ont mis en échange un vêtement qui me donnait Faird'un archevêque de fous. Tliirlby versait de généreuses larmes, Bonner m'insultait.

— Le lâche, s'écria Walter.

— Eh! mon fils, le juste des justes a eu pour symbole de sa royauté une couronne d'épines On ne m'a pas épargné les douleurs. Le mensonge, l'ironie, la méchanceté froide, ont présidé à l'œuvre de ma ruine. Paul IV m'avait donné quatre-vingts jours pour comparaître devant son tiibunal. Les qualrevings jours expirés, il a bien osé me condamner à défaut, moi sous les verroux cl (jui ne pouvais faire un pas; \oilà leur justice.. . Il renc(jnlra la lii;uie expiessive du jeune

homme, et il reprit avec une fermeté ironique : — Comme si les outrages des autres avaient été insuffisants à ma misère , je me suis mis à la tâche aussi, et le démon sait que j'ai bien travaillé; j'avais fait de la suprématie du pape, du sacrifice de la messe, de la présence réelle, des droits de Mary au trône, une éclatante risée; et voilà que je me suis mis à genoux devant !e pape , devant le catholicisme haï et bafoué; devant cette reine qui tue les saints, épuise l'Ângleterre pour fournir aux caprices avides de son Espagnol , et j'ai crié merci au pape, à Mary et à Philippe, et j'ai confessé le mensonge, et j'ai appelé scandales et abominations les actes forts de ma vie? Tu me demanderas si j'étais malade ou fou , si j'avais bien conscience de ce que je faisais; oui, j'avais cette conscience, je l'avais claire, profonde, irré-

ouuable; je savais que je coinineltais une lâcheté, que j'appelais sur' ma tête les niépris des liommes et la nialédiclion de Dieu -, oh ! je savais bien tout cela! rétractation! cela est bieu dans ma vie.

— Rétractation! répéta Walter, à qui donc, mon Dieu?

— J'ai écrit à Donner, j'ai écrit à Thiibly, j'ai écrit à Réginald de la Pôle: j'ai écrit à Mary, et chaque rétractation a été plus détaillée, plus solennelle et plus humble que les précédentes.

— Us ont dit que vous craignez la mort , profera Walter, d'un ton morne.

Crammer secoua la tête en signe de dédain .

— l^ cranite de la moit n'a pas été ma faiblesse. Ne sait-on pas (ju'il y a des douleurs plus horribles à endurer que celles de la ehair? Mon fds , dit-il iwa- une (loiucur sup

plianle et en prenant la main du jeune homme , Arabella m'avait fait espérer sa venue; je l'attendaîs tous les jours et je l'attends encore.

— Je m'en doutais^ dit Walter, d'une voix désolée. Est-ce là un courage d'homme, mon père?

— Oh î je sais trop le contraire! Il regarda le jeune homme. — J'ai passé des journées entières à cette fenêtre, oubliant les heures , la vie, Dieu lui-même. Le soleil s'était levé, il avait parcouru l'horizon, il s'était couché ensuite derrière les montagnes, que je n'avais pas changé de place. J'y restais dans les nuits brillantes; j'y restais dans les nuits sombres et par un froid sauvage, attentif aux mouvements les plus faibles, comptant par les battements de mon cœur, les pas de tout être <|ui s'éloignait. Quand je m'avouais qu'elle

ne viendrait pas la iiiiil. quand la convic-liou de lespril remportait sur le désir insensé , je me couchais: mais le sommeil ne me lermait pas ies yeux; ma veille était seulement plus dévorante, cai- elle était privée d'espoir. On lue dit un jour (juil fallait mourir. Je eliercliai .\rabella; elle n'était pas là, et ma vertu faiblit. Mourir sans avoir revu la fille de mes pures afliections, c'était un acte au-tlessus de mes forces. Elle devait venir; je voulais l'attendre, la voir encore , m'exalter de sa voix, de sa beauté d'ange, entourer ma mort des pompes du bonlieui'. Crois-tu, W aller, (jue je n'aie pas épuisé tous les moyens (|u'on peut tiouver dans sa raison et dans sa conscience. Quand à force de réflexions , j'élais [)ar\enu à me donner le sentiment vrai des choses, je dc'liais les bourreaux. Tu ne sais pas loul ee qu'un eoui (Thomme peul eon-

tenir de tendresse et de désespoir, tu ne sais pas jusqu'où peut aller une colère effrénée, quel goût hideux de mal peut vous saisir tout-à-coup? Plusieurs fois j'ai mesuré mes forces, je me suis placé face-à-face avec le dernier acte qu'il me fallait accomplir; et, chaque fois, j'ai senti sur mon front les sueurs de l'épouvante. Tout était compris, le martyr faiblirait devant la mort, il s'y traînerait la pâleur de la crainte au front, tous les regards lui diraient sa bassesse. Qu'Arabella vint , j'étais sauvé. Walter , la première rétractation qu'on a lue n'était pas la première que j'avais écrite; j'en avais successivement anéanti bien d'autres. Quand il ne fut plus en mon pouvoir de reprendre cette preuve d'infamie Uvrée à tous , de la déchirer, de la mettre sous mes pieds, je tombai dans une agonie d'épouvante et de malédic-

lions. Une nature inconnue se réveilla «mi moi. Arabella ne vint pas, j'écrivis une seconde rétractation ; puis je soufl'ris des tourments de damné. Les autres mensonges me coûtèrent moins. Les puissants du jour avaient fixé mon supplice au vingt-quatre février, dans trois jours. J'ai écrit à Héginaid de la Pôle, je l'ai supplié de m'oblenir quelques jours de sursis , pour qu'il me fut possible de me repentir et d'elTacer les scandales religieux de ma vie, entends-tu, \\ aller? les scandales religieux de Thomas Grammer?

— Eh bien! dit Walter éperdu.

— Mary Tudor m'a fait l'aumône de quelques jours. Le jeune homme essuya les sueurs d'angoisses qui avaient subitement inondé son front, et il s'appuya en soupirant sur le dossier de sa chaise. — Je lis dans la contenance plus de dédain que lu lie

voudrais en laisser voir. Puisses-ln ne coanaître jamais la violence d'une attente fixe, unique et toujours déçue. Un jour j'ai été fou; j'ai tendu les bras en pleurant aux femmes que je voyais passer au bas de ma prison , toutes me semblaient A.rabella. Mon vertige se dissipa, et j'eus borreur du vide où je me trouvai retombé. Dans ces moments, Walter, toute croyance m'abandonne, je n'ai plus foi en l'éternité ; Dieu me semble un maître égoïste et mécbant. Voilà mon histoire pendant ces derniers temps. Tu peux me honnir comme ils l'ont tous fait, tu peux, orgueilleux de ta force, me laisser pour adieu une parole de mépris , je ne m'étonnerai que de ta bonté, tant je me suis placé bas. Mais, dis-moi, mon fils, ne pourrai-je la revoir, une fois, une seule fois? Ce désir satisfait, je serai homme. Ceux qui ont applaudi à ma

chule seront Icncés d'adiniiei- \r cleiniri f'Ian (Je l'être justement hafouf' d'aboid.

— Prêtre^ dit Ir jeune lionime, avez vous donc absolument besoin des regards (TuMe femme pour savoir mourir?

— Ecoute , prononça rarchevèque , ma couche s'est hérissée de pointes ; mes rêves ont ctë d'effroyables angoisses, toutes les voix de la terre et du ciel se sont levées poui me maudire; j ai supporté les railleries féroces de Bonner, la pitié humiliante -de Thirlby, de Pôle, de tous ceux qui me gardaient quelque tendresse , j'ai assisté en es- [)rit à la joie insolente (.le mes ennemis, j'ai entendu leurs risées, je me suis dit que la chrétienté toute entière n'aurait pour ma mémoire qu'un cri de réprobation, j'ai senti les chaudes tortures de l'avilissement , et j'ai persisté dans ma folie de ci in . Je \ais ir

faire un étrange aveu... Il y a bien peu d'années que je rencontrai une femme qui avait quelque choses d'Arabella et de sincère dans le sourire et dans le regard , moins beau , moins expressif et moins noble ; mais enfin il y avait de la ressemblance; c'était une femme impure; eh bien! elle me devint chère. Tu ne comprends pas ce délire ? Eh ! mon Dieu! dans un de ces moments où le cœur commande à la raison, j'ai écrit à Ârabella.

— Quand lui avez- vous écrit? s'écria Walter, en saisissant le bras de l'archevêque.

— Attends, que je m'en souvienne. Ici, tous les jours se ressemblent, tous ont la même monotonie. Crammer se recueillit un moment : Il y a quatre jours.

— Où avez-vous adressé la lettre?

— Chez lady Margery Keydnor. Le visage

lie Wallrr, pâlit alfreiisemeiil . — (^)iras-lu? lui tlemaiida rarclievê(|iR'.

— Kien.

O mot ('lait sublime daus sa retenue, car Thomas Crainmer pouvait être en ce moment le meuitrier d'Ârabella. L'écriture de l'archevêque était si connue ! En quelles mains se trouvait la lettre?...

— ^e lui éciivez plus, dit Walter. [*rometlez-le moi, mon père.

Ils furent inleriompus pai- 1 arrivée du moine espagnol Garcina qui venait, selon son habitude, entretenir pieusement Crammer.

— Soyez ferme, dit le jeune homme en serrant la main de larchevêque.

— Que je la voie , dit (]iamui. r.

— Vous la verrez, mon père.

T. II. \i

€IlAPITKi: Vlll^

Waller, de lelour a Londres, comul le lendemain malin au j)alais ds Whilcliall. Ce fut inutilement qu'il essaya de pénëtrei auprès d'Âiabella. On lui répondit (jue miss Keydnor était occupée et qu'elle ne pouvait voir [)ersonne. Il se hasarda à lui écrire un

petit billet tout simple dans lequel il lui demandait la permission de lui donner des nouvelles de lady Margery Reydnor^ qu'il avait visitée. Il attendait la réponse. Le billet lui^ fut rapporté avec deux lignes au bas,.

^ Lady Margery Reydnor est au palais de il Whitchall, auprès de miss Reydnor^ sa (c petite-fille. Elle se trouve charmée d'apu prendre qu'une autre elle-même fait leS: « honneurs de sa maison d'ïsleworth, •

t/écriture serrée et jolie , mais visiblement iremblante^ était une écriture de femme. VValter s^inqiiiéla. Evidemment Tc^dy Margery avait îii- la lettre imprudente de Thomas Çrainmer, el sa piété fanatique autant que alTéclion pour sa petite-fille, rendait^

pies(|ue irn|iOssil)le une jxoiiiple ciilrevue. Il erra longtemps autour du palais Ses yeux intenos^eaieiit eu vaiu toutes les renêlres, nulle leînme (|ui ressemblait à Arabella ne s'y montra. Les sentinelles défendaient l'entrée des cours intérieures. Essayer d'en coirompre une seule , c'eût été appeler la dé fiance sur lui et s'exposer à se voir |)iivé de la liberté. Savait-il même si tous ses mouvements n'étaient pas surveillés? Si déjà il ne courait j)as de danger en restant plus longtemps dans ces lieux? Le plus léger soupcoi suffisait alors pour justider* les mesuies les plus rigoureuses. On ne se faisait soiupule (pie delà letenue. Tant de disj>osilions vi()l< iiit's avaient éclaté contre Mars, (pie la |)uissance était devenue ombrageuse à l'exct^s. Waller pensa bien au cardinal; mais s'il ne lui faisait j)as utie eonlidenc»' entu^re, sa de-

mande aboutirait à un refus, et nuirait sans doute à la gloire modeste et pure de celle qu'il aimait. Dans le cas où il dirait tout, le cardinal consentirait-il à servir les intérêts d'un être obscur et isolé, contre les intérêts delà reine d'Angleterre, €t les intérêts esacrés de l'Eglise? Espérer un tel résultat, c'eût été manquer de sens le plus ordinaire. Il s'éloignait tristement, quand il entendit ces mots derrière lui. a La reine s'v rendra demain en litière avec toute sa cour. »> Où donc devait aller la reine? 11 le sut facilement. La reine allait à Fulbam, cbez l'évéque de Londres. Il concba dans le voisinage du palais, et le lendemain, aux premières clartés du jour, il était là lout près de ces murs qu'il ne pouvait fiancbir. Vers dix beures, il y eut un grand mouv^ement dans la cour d'honneur. Des seignisurs, grands par leur naissance ou

pai leur iiiérile, en soilaieiil i\ clicNal. \ iiileiil ensiiile plusieuis litières a la siiiu cUh- (jneiles on distm^uait celle de la iciiu , par sa magmficeiice; elle avait de minces coIdmneltes entourées de velouis |i()Uij)iv brodi'^ d'or, et semé de devises anglaises el d( devises espagnoles; des glaces la lerinaitMil. T.ek autres litières étaient remplies par dosfeinines <le liant lang el jjai' les filles d'Iionneui- de la reine. Quelques dames s'v mêlaient. Les genlilsl)onnnes de la gai'de. portant une hache dorée à la njain, se j)ressaient autour des litières. Waltrr, caché dans la foule, cheichait Ârahella, il la découvrit à tôle de sou aïeule, elle lui sembla loit triste, lispéranl que, dans la confusion de l'arrivée, il liouseiail roeiasionMle |)arlei- à \ia!>ella, il se hâta de prendie les devants pai u\\ chiinin détomné, el il arri\a lc)ni,'temj)s a\ant la

reine. Toute la maison de l'évêque était sur pied pour recevoir l'illustre visiteuse. Elle entra avec toute sa suite, et trouva sur son passage tout le monde prosterné. Walter, n'ayant pas même été aperçu d'Arabella , tourna autour des murs poui- découvrir un passage. Une porte était ouverte, il se glissa aussitôt dans l'enceinte du château, tâchant de se dérober de son mieux à la vue des domestiques qui allaient en tous sens. Il v en eut im qui passa plusieurs fois en chantant devant l'endroit où il se tenait caché. Son air de franchise et de home humeur inspira de la contiance au jeune homme. Âpres avoir regardé autour de lui, il se nrésenla ai» domestique.

— Voudrais lu, lui dit-il, moyennant Une iionnète récompense, me faciliter les moyerts de voir la coui tout à mon aise?

Le valet lit (Taboid (juchjues (iilliciilt» s . puis un auijelot (Toj tout neuf allciidril ses. scrupules.

— Je voudrais I)ieii vous satisiaire , mais sous (pu'l piélexle. Si les auties vous reinat <pient , (|ue pourrai-je leur clire'^

— Que je suis ton paient, f.c valet secoua fa léle , (^oinme s'il eût déclaré la cliose inrjoyable.. Tu es du j)avs derialles, je le connais à ton accent. Vois si je n'ai [)as avec \nt i}n air de famille.

Kt \\ aller paila Gallois. O (pii fit soin iio d'aîse riionnèle campagnard. Pouctant il •('plicpia :

— .Mes parents les plus riches (»nt d( s vi'-w tv'tiients moins fins (pie ceux (\v \olie lioi>neui , et puis ils sont lails aulrcmen!.

— la iéfl(^\ion est juste. N'as-lu rirn L,'ard» de (on costume du pa\s '

— Peut-être, dit le Gallois, avec un geste significatif. 8uivei-moi.

i ons deux traveisèient des cours isolées , ils montèrent un escalier étroit; et, après une ascension assez pénible, ils entrèrent dans la chambre du domestique. Ce fut de lan- du monde le plus satisfait, qu'il tira d'un coffre un vêtement complet de paysan gallois. Walter s'en revêtit au plus vite. Tout cela était trop large, mais il lui importait peu.

Maintenant, dit le montagnard, ne vous mettez pas tiop en vue. De plus hauls que moi pourraient vous renvoyer malgré notre parenté. Si vous avez besoin de moi, demandez John Lisbwy. Tous les domestiques me connaissent.

Walter vit passer plusieurs pages galamment vêtus, qui portaient des corbeilles. La

ju'cniicre on salin hhmc. oiik'c de (IdKa'.cs hrodeiies en or cl vi\ peilrs, contenait nn bouquet de fleurs poui la icine . et un éventad (Tune beauté féerique, et dont le boni était orné d'un rubis. Les autres corbeille moins ricbes , tuais exfjuises d'élégance , étaient remplies de bou(]uets des plus cbaimantes fleurs |)our les dames et les filles d'honneur. Si Waltereùt pénétré dans la salle d'apparat, il aurait vu tous les j)ages présenter à i^'enoux leur «gracieuse ofirande.

\ n dîner splendido avait été prépaK dans une salle toute décorée de sculptures en cbène noir, représentant divers passages des Kvangiles. La Pt'chr tnirandruse , les Snce^ (U' Cana, la Cène, et une fantaisie d'artiste entre deux fenêtres on l'on voyait Dieu le Père, debout devant le Diable, jouant amicalement avec lui à croix ou pile, la moitié du gouverne-

ïHent de la terre; ce qu'expliquait une inscription latine, et pour i;e pas laisser le chrétien dans l'incertitude, le cliaiitable auteur de cette œuvre avait ajouté : le Diable gagna. On se distrayait bien vile de cette sinistre invention. Sui* un riche buffet d'argent, étincelaient à travers des fleurs prématiirëment venues, des plais, de aiguières, des drageoii's, des vases en or, en argent, en vermeil; des coupes, non moins éblouissantes, ciselées avec une patience et un art merveilleux , et dont plusieurs étaient embellies de fines pierreries. Un tapis d'une admirable beauté couvrait le pavé en mosaïque. Dans d'autres salles destinées aux officiers et aux gentilshommes de l;i garde, le pavé était jonché de fines herbes odorantes, et les tables de chêne offraient un service moins riche.

(Jiiand la icnw passiilaus la balle [H(|»ar('e j)Oiir elle el ses grands , tout ce (jui st- Ikhivait sur son |jassat;e sr mil a ^tiioiix Lllc sourit avec bienveillance el iil un i^'esU' (mum qu'on se relevât. Un fauteuil en ébène, admirablement sculpté à jour, en relief, surmonté d un dais de velouis brodé d'or, et dont le siège était également en velouis , attendait la souveiaine. \ peine s'y fut-elle assise, (jue le bi uit de doux et sonores instruments partit d'une salle voisine, puis ce fut un concert de luths qui se rt'pondirent comme des voix humaines.

Il y avait des larmes, des prières, des tristesses infinies dans ce cliantque Mary écouta avec une émotion de douleur et d'attendrissement. Ses yeux cherchèrent lady Exeler et lady Margery Reydnor, pour leur due : cette musi(|ue, nous l'avons entendue aux derniers

jours de )a vie de ma mère. Les dfiux femmes s'inclinèrent Iroublées. Mary voulut échapper à l'attention. Chaque convive avait sa serviette pliée en forme de poisson , d'oiseau, de fruit. 11 n'en était pas de même de la reine. Une nef d'or , placée devante efle, contenait avec un délicieux éventail d'ivoir finement découpé à jour, des serviettes damassées et d'autres brochées en or. Voulant échapper à son attendrissement, et déconcerter l'attention, elle prit successivement trois ou quatre serviettes dont elle respira la senteur, comme si elle se fût souciée d'en avoir une parfumée à l'eaudemélilotouà l'eau de r«oses, plutôt qu'à l'eau de violettes. Le diner eomrrîença. Mary causa gracieusement avec plusieurs seigneurs placés près d'elle. Souvent elle s'adressait au éomte de Sussex qui semblait, avec le cardinal et le d uc,de N^rfoVk ,

VIII (les hommes (|irel!r eslimail U- plus. I.^ Ian2;nge du comte ex|)rimait une fidélité lioiioiablt', mais revèJu cJe formes dont la franchise et la vivacité tournaient presque à la brusquerie. Sa manière était d'ailleurs con forme a sa stature large, courte <'t iohust<\ En récompense de ses loyaux services , la reine l'avait autorisé n se couvrii- la tête devant elle, et lui, avec la naïveté des grands caractères, usait quehjuefois de cet étrange privilège. Le duc de Morfolk, ik^u moins attaché à la fortune de Mary, et fjui lui en avait donné des preuves éclatantes, avait aussi part à ses royales attentions, (^'étaient encore les comtes de Derbv, de Shrewsbuiv, Ae IVmbroke, lord Howard, le niaKjuis de Wenchester, sir William (.ecil (|ue Mary aimai! peu , tout en rendant jnsti< " ■ ^'^ qualités

T. il U

d'homme d'état, le c4nile d'Ârundel , dont les élies sérieux prisaient l'habileté en politique, ei dont les femmes convoitaient la recherche amoureuse, tant il savait entourer ses hommages de tendresse , de bon goût et de magnificence délicate et faite pour séduire les plus difficiles. Il avait quarante-cinq ans. Son éloquence, son ton exquis, la noblesse de ses manières le faisaient légal des plus jeunes, un seul excepté, lord Robert Dudley. A ce dernier, si beau, si passionné, si bien fait de sa personne , appartenait l'honneur d'effacer le comte d'Arundel. Tous deux étaient destinés à se disputer un jour le cœur d'Elisabeth devenue reine. Mais la jeunesse et la beauté de Dudley devaient faire avorter toutes les espérances ambitieuses du comte, et rendre ses soins importuns.

Cependant Waller s'était mêlé aux spec-

îaU'iir.s. Sf's veux avides avaieni rliric lu- Aitibella à la lal)le des filles d'iHtiiiieuf dr la reine; ils ne Tv avaient pas ti-onv/c. Par inie exception qui la désole, Arabella était avee .fone Dotiner , la seule des filles (riioiiiieiii- (|iii fut à la tal)l<' de Aîaf\ .

— Rien ne lui dit-il , pensait le jeimr lionime, que je souffre là, tout près d'elle!' Je le devinerais, moi. (lomnient lui fair^- savoir nia présence en ce lieu. L'idée cpie la journée se passerait peut-être sans (pTil eût réussi à lui parler, lui doiniail du désespoir.

Le comte dArundel, placé a eùté dArabelia, eut pour elle des alleiilions si maiquées, que VValtei- sentit dans son sein le venui de la colère. (^)ue voulait ce voluptueux a sa jeune el pure amante 1 Pour(|uoi se pencliait-il vers elle avec celte audace el ce sourire particulier ^ Ou'avait-il osé lui due pour

qu'elle rougît et détournât son beau front , si doux, si pâle et si rêveur, avant qu'il lui eût parlé? Fallait-il à ce cœur usé les chastes embarras d'une pudeur inquiète? Se déclarait il las des succès faciles? Waller chercha quelque figure offensée des aiis du comte , quelque ennemi; il rencontra le visage du dominicain. Comment ne i'avait-il pas vu en core ?

Enfin l'on était aux salades d'olives, de citrons, d'oranges. Walter commençait à respirer. Ce dîner , qui lui avait semblé interminable, s'avançait donc? Avec un cœur et un esprit moins agités , il aurait trouvé quelqueplaisir à voir la délicieuse ordonnance du dessert. Le comte d'Ârundel, toujours aux soins charmants pour Ârabella, lui faisait accepter, tantôt une gauffre, tantôt une dariole à la crème, tantôt un gâteau qu'il

choisissait en forme du loin lerelle ou de couronne. Le paradis Uiieslrc ;i(>|jorlé au milieu de la lahle, excita I allcnlion de lous. Et c'était vraiment <]utl(jue chose de naïC et et de curieux tout a hi tc)i^, (jue ces animaux doux et ces animaux léroces (jui criaient ensemble dans l'herbe semée de boutons d'or et de mari^ueritcs : que ces petits ruisseaux où se miraient d'innocentes brebis, que ces fontaines (Ton jaillissaient des eaux de senteur odorante, que ces deux loups qui se promenaient paisiblement avec Adam, cou\ert de l'armure d'un chevalier. Eve, parée de vêtements de reine, pour plus de décence et de richesse, causait assise sous un liguier, avec messire le diable alors déf!:nisé en seiprnt pas trop laid, ce (pii supposait île la part de Tafliste un ccriam inslincl de cniivpnance.

Depuis un aiomcnl la leine et ses préférés semblaient atrendre quelque chose : on se parlait bas, on souriait en legardant au-delà de soi du côté des filles d'honneur, on ne s'occupait que d'elles. Tout-à-coup le plafond de la salle s'ouvrit au-dessus de leurs tèles , et une fine pluie odorante tomba au milieu d'elles comme une douce rosée, puis ce fut une grêle de dragées au genièvre, à la lose , à la canelle. Des rires frais accueillirent cette galanterie. Il est bon de dire que Mary l'avait autorisée. Enfin , le dîner finit. Des bassins d'argent où était de l'eau de roses ou de l'eau d'iris furent présentés aux convives {)<)ur qu'ils se lavassent les mains.

Déjà la leine cl un ceilain nombre de darnes tt de couilisans. avaient quitté la

salle; quand il vit lacly Keydnor el Arjbellu se ievei- en nK^riK? lenips (juc le r<lii<ien\ , iy v(vuv lui battit Ibit. Poiii liiil-il aveitir \iabella? l.a [)ieiise véiiéialio!! de lady Kevduor, vint à son aide. Elle eéda an père les lionneurs du j)as et marcha liinnblernent après lui. \ peine la vieille lady eut elle iVancbi la porte (jue Waller coupa brusquement le cbennn à Aiabella, de manière à forcer son attention.

— Moi, lui dit-il bien bas.

Rlle le leconnul et lui indiijua de l^eil un préau planté de cerisiers et de ponnuiers, (pion apercevait par les fenèlies, et au-delà (luquel était luie tourelle. Puis, bien certaine d'avoii- été comprise, elle passa tlans la salle d'apparat. Leur con\ersali(ni silencieuse s'était laite avec tant de lapidiu que lud ne

l'avait soupçonnée. Au moment où Walter passait lui-même dans une autre salle, il rencontra un officier qui, voulant entrer, le poussa rudement et dit : Que fait ce rustre ici? Involontairement, et par suite de son irritation longtemps contenue, le jeune homme poi ta la main à son coté comme pour y chercher son épée. La réflexion lui donna la honte de son imprudence; mais il avait ëlé vu dans une glace par le dominicain, immédiatement revenu dans la salle voisine, pour y parler à lord Paget. Walter ne tarda pas à se rendre au préau.

Arabella, de son côté, sortit hardiment de la gène qu'aurait pu lui imposer la surveillance du dominicain. Après un quart d'heure d'immobilité, elle se leva, alla causer avec quelques femmes, pour habituer don Clément et Jadv hevdnor à la chercher, à la

liouver t'MSuilt' et à l'oublier plus laid. Ollc ruse lui réussil. (juand elle ciul le inumcFil favorable, elle soi lit sans alVeclalioii de la salle, et , comme Waller, elle ga^^na le préau.

— (]e lieu esl l!0|) en vue, dit-elle: chercliez-en un plus écaité. je vous suivrai de loin.

Ils anivèienl ainsi dans un endroit sauvage.

— Je lui ai parlé, dit VValter.

— Eh bien, demande Arabella, poursuivra t-il son déshonneur ?

— Oui , s'il meurt sans vous avoir revue. \rabella, cet homme est fou de souffrance.

Et tout de suite , il lit à la jeune Tilïe|un récit de ce que lui avait dit^Tarchevéque.

FJIe l'éeoula le visat^e grave et les yeux baisse' s.

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