‹ MarieAntoinette et le procès du collier d'après la procédure instruite devant le parlement de ParisChapitre 22 sur 48 · M A R I E - A N T 0 1 N F.TTE · texte numérisé non relu

M A R I E - A N T 0 1 N F.TTE

tembre 1785, n’est signée qu’à la fin et non pas à chaque feuillet, ce qui est contraire à la loi, annule et met l'appellation au néant , ensemble l’arrêt rendu par le ci-devant Parlement de Paris le 5 décembre 1785 ;

Néanmoins, vu la gravité du délit, ordonne que ledit Lamotte demeurera en état d’arrestation, et. que les pièces de la procédure demeurerout jointes pour servir de mémoire seulement au procès, lequel sera envoyé par-devant le directeur du juré pour statuer ce qu’il appartiendra 1 . »

C’est donc là purement et simplement une cassation pour vice de forme, et non pas une réliabilitntion, comme le prétend l’éditeur des Mémoires du comte de Lamotte *.

M. de Lamotte resta donc en prison, et si le tribunal criminel du département de Paris ne statua pas sur son sort, c’est que les journées de septembre, arrivées quelque temps après, lui ouvrirent les portes de la Conciergerie , d’où il sortit en triomphateur aux cris de joie des massacreurs.

Si madame de Lamotte avait eu plus de patience, elle aussi eût obtenu en ces journées fameuses la même ovation que son mari ; les tueurs de la Salpêtrière se seraient inclinés devant elle, devant cette grande victime île la tyrannie de Marie-Antoinette!

Nous ne suivrons pas M. de Lamotte dans les

1 Moniteur de 171)2 , n" 220.

1 Mémoires du comte de Lamotte, p. 254, titre courant.

nombreux incidents dont fut parsemé le reste de sa vie; bornons-nous à dire qu'incarcéré pendant la Terreur, il fut mis en liberté après la chute de Robespierre ; il était alors remarié avec une jeune personne de dix-huit ans qu'il avait connue durant sa captivité.

Le gouvernement de l’Empereur n’eut pas ses sympathies , et ce fut avec joie qu’il vit le retour des Bourbons. Dans ses mémoires, sans doute pour faire preuve d’impartialité, M. de Lamotte affecte d’exalter Louis XVI et sa conduite vis-à-vis de lui, pour pouvoir plus à sou aise outrager la Reine. Aussi explique-t-il par les bienfaits qu’il reçut de l’infortuné monarque le bonheur que lui causa la restauration de Louis XVIII.

Cependant ce ne fut pas la plus belle époque de la vie de M. de Lamotte : devenu veuf une seconde fois, accablé d’infirmités, il se trouvait dans une profonde misère. C’est alors que sou esprit inventif lui procura un moyen pour essayer d’en sortir.

Nous l’avons déjà vu négocier en Angleterre avec Gray et Jefl'eryes les lambeaux du collier, à Paris avec M. de Laporte le pamphlet de sa femme; ce sont ses propres Mémoires qu’il va maintenant mettre en vente.

On comprend facilement que l’annonce d’un livre dans lequel M. de Lamotle raconterait sa vie et celle de sa femme à sa manière, n’était pas faite pour plaire infiniment au gouvernement, des Bour-

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])ons, aussi la police d’alors cherchait-elle à empêcher cette publication.

On voulait d’abord arrêter le vieillard, encore sons le coup d’une condamnation à perpétuité aux galères; mais évoquer un arrêt criminel du Parlement après la Révolution, après l’Empire, après l’institution des nouvelles juridictions, et surtout après la prescription acquise à la contumace, n’était pas possible ; aussi résolut-on de négocier.

Les prétentions de M. de Lamotte étaient modestes : 300 ou 400 francs de rente viagère et son admission à l’hospice de Chaillot , telles étaient ses demandes en 1828.

On ignore quel fut le sort de cette négociation; quoi qu’il en soit, ses mémoires manuscrits furent déposés par lui dans les bureaux de la police. Ce dépôt fut-il fait en vertu d’une transaction ou bien à la suite d’une saisie arbitraire, c’est ce que nous ne saurions dire.

Ce ne fut qu’eu 1858 que ces mémoires parurent, publiés pour la première fois avec une préface par M. Louis Lacour.

Le vieux comte de Lamotte promena les dernières aunées de sa vie sous les fameuses galeries de bois du Palais-lloval. Il mourut accablé d’infirmités

et de misère, au mois de novembre 1831.

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