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Nous sommes au 14 octobre 1793; celle qui s’appelait autrefois Marie-Antoinette , et que tous nomment à présent la veuve Capet, comparaît devant le tribunal révolutionnaire. Elle est condamnée d’avance, et cependant son procès s’instruit comme si de la discussion des laits devait sortir autre chose qu’un jugement de mort.
Ee grelfier Fabricius donne lecture de l’acte d’accusation qu’a dressé contre elle l’accusateur public Fouquier-Tiuville, de cet échafaudage de mensonges et d’outrages qu’il a été ramasser dans la fauge des ruisseaux ou dans les déclarations d’Hébert.
Au milieu de toutes ces imputations calomnieuses, il en est une que l’on cherche eu vain, une que l’on ne trouve pas : Fouquier n’a pas un mot pour flétrir la conduite de la ci-ilevanl Heine dans l’affaire du collier, il n’en parle même pas.
Eli quoi ! tous ces faits étaient-ils donc si anciens qu’on en eût perdu le souvenir? La génération de 1793 avait-elle donc oublié les événements de 178G, et la f ie de Jeanne de Sainl-Jlemr , réimprimée en 1792 parle libraire Garncry, n’avait-elle donc rencontré que des lecteurs incrédules ?
Comment l’accusateur public, qui gratifie la Reine des épithètes de Frédégonde , Mëdicis, Messaline,
M A IU E- ANTOINETTE
ISrunchaut, oublie-t-il la conduite de l’accusée avec madame de Lamotte, cette victime immolée à ses caprices !’ Comment Fouquier, qui compare Marie- Antoinette à Agrippine, ne trouve-t-il pas dans son indignation révolutionnaire quelques paroles bien senties pour flétrir les intrigues de la veuve Capet avec Rohan, i/ualifié ci-devant de cardinal , comme on disait alors? Et dans tout le cours du procès, comment se fait-il qu’on ne rencontre que ces mots qui se rapportent au collier :
u Le président à l’accusée. — Connaissez-vous la femme Lamotte ?
» L'accusée. — Je ne l’ai jamais vue.
« Le président. — N’a-t-elle pas été votre victime dans l’affaire du collier ?
n L’accusée. — Elle n’a pas pu l’être, puisque je ne l'ai jamais vue. »
Et voilà tout, plus rien, pas un mot de plus.
Pourquoi ce silence, pourquoi cet oubli trop singulier pour n’étre pas volontaire? Ah! c’est que l’on savait déjà la vérité sur cette affaire; c’est que les mensonges de madame de Lamotte n’avaient trompé personne, et que la majorité du public voyait en elle la vraie, la seule coupable.
Arrêtons-nous et ne cherchons plus d’autres preuves; le silence de Fouquier-Tinville n’est-il pas le meilleur témoignage que l’on puisse souhaiter en faveur de Marie- Antoinette ?
Ce n’est pas, on le comprend, pour le stérile plai-
sir de retracer les turpitudes des époux Lamotte que nous avons pris la plume, notre but est tout autre: à l’aide des pièces authentiques , nous avons essayé de raconter à notre tour le procès du collier, et de notre travail résulte pour nous la conviction intime que Marie- Antoinette a été complètement étrangère à toute cette malheureuse affaire.
Telle n’est pas l'opinion d’un érudit estimable, qui a préféré rechercher la vérité plutôt dans les pamphlets de M. et madame de Lamotte que dans les pièces de la procédure, et qui, par suite de la source impure où il a puisé ses renseignements, eu est arrivé à écrire les paroles suivantes : « Capricieuse et coquette, Marie-Antoinette, après avoir désiré le collier, l’avait refusé faute d’argent, puis s était repentie de ce refus. Le cardinal de Rohan persuada alors à la Reine qu elle l’obtiendrait, par son entremise, à des conditions meilleures qu’on ne les lui faisait. Son but était d’occuper de sa personne et de faire revenir sur son" compte Marie-Antoinette, qui depuis longtemps lui montrait uue vive aversion. En acceptant, la Reine trouva encore moyen d’atteindre l’hominc qu’elle haïssait par les espérances même de bonheur qu’elle le laissa accumuler. L’ingratitude qu’clle réserva au service qu’on lui rendait fut une nouvelle vengeance.
» Elle en tira une autre de la façon dont elle compromit le cardinal avec une coureuse d’aventures que le hasard leur avait donnée comme intermé-