‹ MarieAntoinette et le procès du collier d'après la procédure instruite devant le parlement de ParisChapitre 25 sur 48 · PREMIER INTERROGATOIRE DE M. LE CARDINAL DE ROHAN · texte numérisé non relu

PREMIER INTERROGATOIRE DE M. LE CARDINAL DE ROHAN

Du mercredi 11 janvier 1780.

A été amené par-devant nous, Jean-Baptiste-Maximilien-Pierre Titon, conseiller du Roi au Parlement, en l’une des salles du gouvernement du château de la Bastille, le cardinal de Itoliun, décrété de prise de corps pur l'arrêt du 15 décembre dernier.

Interrogé de ses noms, surnoms, âge, qualité et demeure,

Le cardinal de ltoliun a dit se nommer Louis-René- Kdouard, cardinal de Rohan, prince-évêque de Strasbourg, grand aumônier de France, âgé de cinquantedeux ans, demeurant il Paris, vieille rue du Temple, hôtel de Strasbourg.

Interrogé si le 2-t janvier 1785 il ne fut pas dans la matinée chez les sieurs Bobiner et Basscngc;

A répondu qu’avant de répondre â la demande que nous lui faisons, il croit devoir observer que l’intérêt

1 Archives de F Empire, X 5 , 2576.

de son honneur et le sentiment de son innocence l’ont déterminé à accepter avec le plus vif empressement et lu plus respectueuse reconnaissance le parti qui lui a été proposé de la part du Roi, de soumettre son affaire à une discussion judiciaire dans le tribunal de la loi, sans qu’il ait pu se permettre, n’étant pas dans un état de liberté, et dans un moment si précieux à l’innocence soupçonnée, de réclamer et de faire valoir les droits qui pourraient lui appartenir comme ecclésiastique, comme évêque prince de l'Empire, comme grand aumônier de France et comme cardinal ; qu’il n’a entendu par là porter aucune atteinte à des prérogatives qu’il respecte comme il le doit; si sa situation, si un sentiment invincible sont forcés d’en négliger l’exercice pour courir rapidement à sa justification , il se doit cependant à lui-même, à son caractère, à ses dignités, de faire toutes protestations nécessaires contre l’induction qu’on pourrait tirer de son silence au préjudice des droits légitimes que les canons et les lois lui assurent; et c’est aussi en vertu de plusieurs de ces titres qu’il avait demandé d’être jugé par les Chambres assemblées, et renouvelant ici toutes ses protestations sous la réserve des droits qui lui appartiennent dans les qualités ci-dessus expliquées qu’il entend expressément conserver, et qu’il a cru indispensable de remettre sous les yeux des magistrats. Cependant, uniquement par respect pour la justice, il répond à la demande que nous lui avons faite, qu’il a été effectivement ce jour-là , le matin , chez Mobilier et Bassenge ; mais qu’il

croit nécessaire de nous observer pour sa justification de reprendre les faits de plus haut.

Au mois de septembre 1781, madame de Boulainvilliers et M. son époux vinrent à Saveme, ils y restèrent quelque temps ; lorsqu’ils en partirent pour se rendre à Strasbourg, il rencontra la dame de Boulainvilliers se promenant sur la grande route; elle fit arrêter, il approcha de sa voiture, et elle lui présenta une personne qui était sur le devant, qu’elle lui dit s’appeler mademoiselle de Valois, que ce grand nom lui appartenait, qu’elle était dénuée de toute fortune, et qu’elle me la recommandait. Il fit une réponse honnête à madame de Boulainvilliers, qui mourut vers la fin de cette unnée.

Plusieurs mois après, la dame de Lamotte s'adressa à lui , lui fit connaître sa naissance, sa pauvreté, et sollicita des secours eu lui rappelant la recommandation de madame de Boulainvilliers; il l’assista de quelques louis et ne puisa pas dans les fonds de lu grande aumônerie les secours qu’il lui donna. La dame de Lamotte réitéra ses demandes, il lui donna à plusieurs reprises quatre à cinq louis, une seule fois seulement il lui en fit remettre vingt-cinq ; il se passa un assez long intervalle de temps entre ces actes de bienfaisance. Vers le mois de mars 1784, la dame de Lamotte vint chez lui pour lui dire que, pénétrée de reconnaissance des secours qu’elle avait reçus de lui, elle se croyait assez heureuse pour pouvoir lui être utile, ayant le bonheur d’avoir trouvé accès auprès de la Reine; il fut

PIECES JC 8 T I K I C A T I V ES.

fort étonné de ce qn’elle loi disait, elle s’en aperçut, et lui répéta plusieurs fois que son nom, ses malheurs et la bienfaisance de la Reine l’avaient fait parvenir jusqu’à elle. Cependant voyant qu’elle ne faisait pas tout le progrès qu’elle voulait sur sa crédulité, et regardant comme essentiel pour ses projets de lu rendre la plus forte possible, elle lui montra des lettres qu’elle prétendait lui être écrites par la Reine, et dans lesquelles il y avait quelques mots de bonté. Il n’avait jamais vu l’écriture de la Reine, elle ne lui a jamais fait l’honneur de lui donner d’ordre par écrit, et si par hasard quelque signature a passé sous ses yeux, il n’a pas fait assez d’attention à la forme des caractères; d’ailleurs il ne pouvait croire qu’une personne à qui il n’avait fait que du bien voulût le tromper; il avait toujours eu le plus vif désir 'de n’étre pas dans la disgrâce de la Reine; la dame de Lumotte flattait son espérance, elle lui disait que Sa Majesté commençait à revenir des préventions désavantageuses qu’on lui avait données; qu’elle était instruite de la conduite qu’il avait tenue à l’égard des affaires de M. le prince de Guéménéc et de quelques autres traits; que la dame de Lamotte disait saisir toutes les occasions de lui rendre la Reine plus favorable. Cependant la dame de Lamotte voyant à ses questions qu’elle ne l’avait point encore amené au point de crédulité nécessaire à l’exécution de ses projets, conçut le projet d’une intrigue à laquelle il était comme impossible d’échapper, à moins de ne la connaître auparavant. Elle lui avait dit (pie la Reine lui accorderait

une audience; qu’elle le ferait venir pour lui donner un ordre, et qu’elle en prendrait occasion pour lui dire qu’il pouvait espérer de n’étre plus dans sa disgrâce. Cependant cette audience n’était pas encore accordée, ses doutes renaissaient. La dame de Lamotte lui dit (pie si lu Reine avait différé, c’est parce qu’elle ne voulait pas que l’on sut encore à la cour qu’il n'élait plus dans sa disgrâce ; que , du reste , Sa Majesté lui prouverait elle-même que tout ce que la dame de Lamotte avait dit de sa part était vrai, et que, la rencontrant à la promenade, peut-être la Reine lui parlerait-elle. Effectivement, un soir de la fin de juillet ou du commencement d’août, lu dame de Lamotte vint l’avertir que la Reine se promenait et lui permettait de se présenter devant elle ; il s’avança en effet vers une personne qu’il crut être la Reine; elle leva sa coiffe avec son éventail, et lui dit qu’il pouvait espérer qu'elle oublierait le passé! 11 fit un profond sulut pour marquer sa respectueuse! reconnaissance, et dans le même moment une personne qui était prés de lu Reine annonça que Madame et madame la comtesse d’Artois rejoignaient Sa Majesté. Il se retira, convaincu qu’il venait de voir la Reine, il avoue que depuis ce moment sa croyance fut entière dans tout ce que la dame de Lamotte lui dit de la part de la Reine et dans tout ce qu’elle lui montra écrit. Quelques jours après, la dame de Lamotte vint lui dire que ia Reine s’intéressait à des personnes qui avaient besoin d’une somme de 30,000 francs; il saisit cette occasion avec empres-

sement de faire quelque chose qu'il croyait agréable à la Reine, et fit remettre les 50,000 francs à la dame de Valois. C’est le premier fruit ou le premier profit qu’ait rapporté à madame de Lamotte son intrigue. Le répondant partit vers la fin du mois d’août de la même année 1784 pour se rendre en Alsace. Dans le courant de novembre suivant, la dame de Lamotte lui fit la demande d’une somme de 100,000 francs pour un même emploi; il lui fit remettre la susdite somme, laquelle, ainsi que celle de 50,000 francs, lui ont été comptées par M. le baron de Planta. Il ignorait qu’à cette même époque la dame de Lamotte , qui avait toujours été dans l’indigence, faisuit alors beaucoup de dépenses , que même elle prêtait des sommes de 30,000 francs, de 10,000 francs et autres à plusieurs personnes; elle n’en continuait pas moins dans cette même année de lui demander et de recevoir des secours. Lu dame de Lamotte, assurée par ces deux épreuves «le sa «'onfinnee aveugle, forma un projet dont la suite était bien plus importante pour elle.

Il est instruit aujourd’hui «jue le nommé Achet, beau-père du sieur de Laporte, avait dit aux Bolimer que son gendre connaissait une dame de Lamotte de Valois, qui, disait-il, avait accès auprès de la Reine. Les Bôhmer lui firent demander si elle voulait s’intéresser pour eux auprès de Sa Majesté, et lui rappeler l'acquisition du collier. Les joailliers, instruits que la dame de Lamotte désirait voir ce collier, le lui portèrent. La dame de Lamotte leur dit qu’elle tâcherait de

le leur faire vendre ; mais, quelque temps après, elle fit prier les Bohmer de passer chez elle;, elle leur dit qu’elle s’était occupée de ce qui les intéressait; qu’elle espérait qu’ils vendraient leur collier, et qu’une personne considérable viendrait en traiter. Cette négociation entamée entre Bohmer, Bassenge et la dame de Lamotte dans le mois de décembre 1784, lui fut présentée à son retour d’Alsace, c’est-à-dire postérieurement au 5 janvier, comme une négociation qu’il devait entamer par ordre de la Iteine. Pour l’y déterminer, la dame de Lamotte lui apporta une lettre qu’elle prétendit être écrite par la Reine, et dans laquelle Sa Majesté lui marquait le désir d’acquérir le collier, et annonçait que ne voulant pas entrer elle-mcme dans les détails de l'acquisition et des arrangements à prendre avec les joailliers, il lui serait agréable qu’il traitât cette affaire, qu’il prit toutes ses mesures pour l’acquisition, et qu’il déterminât les époques de payement <pii pouvaient convenir. La conviction où il était d’avoir vu Sa Majesté ne laissait pas de bornes à sa confiance; il était loin de soupçonner que la dame de Lamotte osât employer un pareil moyen pour le tromper, il fit seulement quelques réflexions sur le projet de cette acquisition. Elle lui dit, quelques jours après, que Sa Majesté désirait que ce marché fut conclu promptement; il n’hésita donc pas à exécuter les ordres, et le 24. janvier de l’année dernière, il alla dès le matin de très-bonne heure chez les Bohmer. La dame de Lamotte y avait été dès sept heures du matin,

et l’avait annoncé comme venant de lu part de la Reine. Les joailliers lui montrèrent d’abord plusieurs pièces de diamants, et ensuite lui parlèrent de leur collier; il marqua le désir de le voir, et, après l’avoir examiné, il en demanda le prix. Ils lui dirent qu’il avait été estimé 1,600,000 livres; que Leurs Majestés le connaissaient; qu’ils avaient espéré leur vendre; que les circonstances de la guerre avaient empêché la vente; que cet objet leur était très -onéreux, et qu’ils en avaient envoyé le modèle à la princesse des Asturies; qu’ils espéraient que cette parure pourrait lui convenir. Il se contenta à cette première visite de leur dire qu’il ne savait pas si l'acquisition aurait lieu, mais, qu’en tout état de cause, l’acquéreur leur conviendrait; que ce n’était pas pour lui qu’il faisait cette acquisition. II rendit compte de tout ù la dame de Lamotte, qui lui répéta que la Reine désirait voir terminer cette affaire promptement. Deux jours après il retourna elle/. les Bobiner pour leur dire qu’il était autorisé de traiter, et par la seule persuasion où il était que la Reine ne confiait qu'à lui cet objet, il leur recommuuda le secret, et il écrivit lui-même les commentions du marché; il les acceptèrent et les signèrent. Il remit cette pièce à la daine de Valois, qui la garda deux jours, sous le prétexte de lu communiquer à lu Reine; elle la lui rendit, mais les conventions n’étaient ni approuvées ni signées de la Reine. Elle lui dit que c’était inutile, que la Reine payerait sous peu de jours; il insista en lui observant que plus les Bobiner mettaient de confiance en lui ,

plus il devait leur faire voir qu’il s’occupait de leurs intérêts, et que les approuvé et la signature de la Reine étaient bien importants. Elle reprit les conventions et les lui rapporta le lendemain ou le surlendemain avec les faux approuvé et la fausse signature de la Reine. Muni de cette pièce qu'il croyait vraie, il écrivit le 1" février aux joaillers de venir chez lui et de lui apporter la parure de diamants. Ils vinrent sur-le-champ, lui remirent l’objet et se félicitèrent de ce que ce marché était conclu. La confiance extrême des joailliers l’engagea, après le marché conclu et le collier remis, de leur dire qu’il était pourtant juste qu’ils sussent à qui ils avaient vendu, et alors il alla chercher les conditions signées d’eux , et à côté desquelles étaient écrits les prétendus approuvé et la signature; il leur ajouta qu’ils feraient bien de prendre une copie sur l’original. Ils lui répondirent que c’était inutile, qu’ils s’en rapportaient à lui et à ce qu’il leur avait dit; il insista, et ils prirent copie sur l’original , sans remarquer, plus qu’il ne l’avait fait, la fausseté de l’écriture et la singularité de la signature. Engagé par la confiance que lui témoignaient les Bnhmer à leur donner plus de marques d’attention, il se rappela que la daine de Lamotte lui avait dit que l’intention de la Reine était que les intérêts fussent payés pour les sommes qui resteraient «lues après le premier pavement fait; en conséquence, il écrivit aux Bôhmer que la Reine lui avait fait connaître ses intentions, qui étaient que les intérêts fussent acquittés. Ils le remercièrent beaucoup de cette

lettre. Convaincu qu’il avait véritablement la signature de la Reine, il la gurda précieusement, c’est lui qui l'a déclaré au Roi, par l’effet de son profond respect , et c’est par l’impulsion de ce même sentiment qu’il n’ose appeler confiance , qu’il l’a remise librement aux ministres, pour le roi, comme une pièce justificative de la bonne foi avec laquelle il avait traité.

Du jeudi 12 janvier 1 78C.

Le 1" février de l’année dernière, il s’était rendu le soir à Versailles, et avait remis la boite où était le collier au nommé Clirebert, son valet de chambre, lequel l’avait suivi jusque sur la place Üuuphine, et près de la maison du sieur Gobert, où demeurait la daine de Lamotte. Peu de moments après qu’il y fut entré, ou vint dire à la dame de Lainotte que quelqu’un demandait à lui parler ; elle dit au répondant que c’était quelqu’un de la part de la Reine. Il se retira dans une alcôve de papier, dont la porte était entr’ouvcrte, et vit entrer un homme babillé de noir qui remit une lettre à la dame de Lamotte. Elle décacheta la lettre, fit sortir la personne, et apporta au répondant une prétendue lettre de la Reine, dans laquelle était écrit qu’on pouvait remettre le collier à celui qui apportait la lettre ; elle le fit rentrer et lui remit le collier. Le répondant lui demanda si elle connaissait cet homme, elle lui dit qu’il était attaché à la chambre de la Reine, et était en même temps de sa musique. Le répondant remarqua qu’il avait la figure mince, le teint pâle, le

visage allongé et les sourcils noirs : il a cru avoir reconnu la même personne qui , à la promenade du soir, était venue annoncer que Madame et madame la comtesse d’Artois rejoignaient la Reine. Il était persuadé que la Reine avait reçu le collier le même soir; aussi, le lendemain, avant l’honneur de suivre le Roi au retour de la chapelle, et rencontrant Bassenge, Bohmer et sa femme , il leur fit un signe pour leur demander si la Reine avait mis le collier. Il croit qu’ils ne comprirent pas ce qu’il voulait leur dire. Rentré chez lui , il chargea le nommé Gheirèbe d’accompagner le sieur Hivardy, officier au régiment d’Alsace, qui désirait aller au diner de Leurs Majestés, et il leur recommanda de remarquer comment la Reine serait parée. Au retour, ils lui dirent qu’elle n’était pas plus parée qu’à l’ordinaire. Le répondant fit peu d’attention à cette circonstance, et deux ou trois jours nprès , rencontrant les Bohmer dans la galerie, il leur demanda s’ils avaient fait leurs remerciments à la Reine ; ils lui dirent que non; il leur fit des reproches de cette négligence, et les engagea à la réparer le plus tôt qu’ils pourraient. Peu de jours après la remise du collier, les Bohmer étant chez'le répondant, il leur dit : « En cas de mort, vous n’auriez pas de titres à faire valoir; pour prévenir cet embarras, j’ai écrit sur un papier dans lequel sont renfermées les conditions du marché : En cas de mort, ce papier doit être remis à MM. Bohmer et Bassenge. » Ils lui témoignèrent leur reconnaissance de cette attention. Quelque temps .après, les Bohmer

vinrent dire au répondant qu’ils étaient dans la nécessité de rendre compte à M. de Saint- James de la vente qui avait été faite, parce qu.’il leur avait prêté 800,000 francs sur cet objet, et ils le prièrent de confirmer au sieur de Saint-James ce qu’ils lui auraient dit. Il trouva leur demande juste, reçut M. de Saint- Jnmes, et lui dit que le collier était acheté pour la Reine; le sieur de Saint-James lui parut fort satisfait de ce qu’il apprenait; alors le répondant ajouta que pour ne pas faire de confidences à demi , il allait lui montrer, et lui montra en effet les conditions avec les prétendus approuve et signées par la Reine. M. de Saint-James ne fut pas plus frappé de la forme des caractères et de la singularité de la signature, que ne l’avaient été le répondant et les Bobiner. Les joailliers avaient dit plusieurs fois au répondant que M. de Saint-James désirait faire sa connaissance plus particulièrement, qu’il serait charmé de l’obliger; il leur avait répondu qu’il ferait volontiers lu connaissance de M. de Saint-James, et qu’il n’avait pas besoin de fonds. Les Bohmer insistèrent à plusieurs reprises; alors le répondant se rappelant qu’il avait un pavement de 50,000 francs à faire dans quelques semaines, dit qu’il lui serait agréable d’anticiper ce payement, et que M. de Saint -James voulut bien lui prêter 50,000 francs. Effectivement , M. de Saint-James lui a fait ce prêt, le répondant lui en a donné son billet : il est uniquement au nom de M. de Saint-James, et il est conçu en ces termes : « Je reconnais que M. de Saint-James

a bien voulu me taire le plaisir «le me prêter la somme «le 50,000 livres, «pie je me promets lui remettre en espèces le 10 mai de cette année 1785. Fait à Paris, ce 16 mars de la même année. » A l'époque convenue entre M. de Saint-James et lui, il remboursa pour le payement, à compte 10,000 fruncs, que M. Chomette reconnut avoir reçus pour M. de Saint-James; il ne fut question des Bobiner sous aucun rapport lors de ce prêt, il ignore parfaitement et doit ignorer s’ils ont fait quelques arrangements avec M. de Saint-James; il ajoute qu'avant offert a M. de Saint-James de compléter les 50,000 francs lorsqu’il en paya les 10,000 à compte, M. de Saint-James lui dit qu’il n’était nullement pressé, et que le répondant pouvait prendre des délais, et pour cette réponse honnête le sieur de Saint- James ne consulta pas les Bohmer; donc il a pu et dû croire que les Bohmer n’étaient pour rien «lans l’emprunt qu’il avait fait au sieur de Saint-James. Cependant la dame de Lamotte se présentait toujours chez le répondant avec l’air du besoin , elle demandait et recevait les mêmes secours par trois ou quatre louis, ce qui est arrivé plusieurs fois dans le cours de l'année 1785; c’était le nommé Brandcnerre, valet de chambre; Fribourg, suisse, et plus souvent Philibert, commissionnaire, qui portaient ces petites sommes à la dame de Lamotte et les remettaient à son portier ; quand elle n’y était pas, c’était le nommé Liégeois, valet de chambre secrétaire, «pii mettait ces louis dans une carte et fermait l’enveloppe. Au mois d’avril de l’année

dernière, le répondant a acquitté, au profit du nommé Isaac Bert, juif de Nancy, lu somme de 5,456 livres. Le répondant uvait cautionné lu dame de Lamotte, pour lui faire avoir un crédit de deux ans; elle prétendit être dans l’impossibilité de payer, cependant le répondant a été instruit que cette dame de Lamotte, qui se présentait chez, lui pour eu obtenir des secours, comme il l’a dit, avait acheté une maison à Bar-sur- Aube, et l’avait pavée comptant; qu’elle y avait envoyé plusieurs voitures de meubles; qu’elle avait fait faire une argenterie considérable chez le nommé llenier, et l’avait payée partie en billets noirs, partie en diamants; que ce même Renier lui avait fourni des bracelets de diumants et lui avait monté pour 60,000 francs de diamants; que le même Renier lui avait vu pour 100,000 francs de billets noirs; que le sieur de Lamotte, qui avait été en Angleterre au mois de mars ou d’avril, en avait rapporté pour 120,000 francs de lettres de change sur le sieur Perregaux, banquier, que le répondant n’a jamais vu ni connu; que ce même M. de Lamotte avait rapporté une grande quantité de perles fines; que le père Lotli , minime, qui allait chez la dame de Lamotte, lui avait vu pour 40,000 francs en billets noirs; en outre, un écrin de diamants montés partie en Angleterre, partie à Paris, et que ce même Renier estimait valoir plus de 100.000 francs, ce qui explique facilement comment lu dame de Lamotte et son mari ont pu acheter des chevaux, des voitures, prendre un grand nombre de domestiques et paraître

avec ce luxe chez M. le duc de Penthièvre et à Clairvaux , où ils se firent remarquer surtout par la quantité et la beauté des diamants qu’ils portaient; et comme le sieur de Lamotte a traité avec plusieurs marchands et joailliers en Angleterre, le répondant requiert que la Cour veuille bien acquérir au procès la connaissance légale de tous ces faits, et prendre les voies juridiques indiquées par les lois pour connaître des faits importants qui se sont passés en pays étranger, ce qui est d’autant plus intéressant, que, même depuis 1a détention du répondant , le sieur de Lamotte a vendu des perles et des diamants à plusieurs joailliers en Angleterre; tous ces faits lui étaient absolument inconnus, et dans les quatre ou cinq fois qu’il avait été chez, la dame de Lamotte dans l’espace de trois ans, il n’avait rien vu qui indiquât la richesse; il est vrai qu’elle l’a toujours reçu dans une chambre en haut, excepté la dernière fois qu’il y a été, au mois d’aoùt, qu’elle le reçut dans une chambre au premier, mais dont l’ameublement n’annonçait pas la richesse. Pour en revenir h l'objet de son récit, la Reine était venue à Paris, et n’avait pas paru aux fêtes avec le collier. Au retour de son second voyage d’Alsace , dans les premiers jours de juin , il en témoigna son étonncmeut à la dame de Lamotte, qui, après avoir prétexté différentes raisons, lui dit que la Reine trouvait le collier trop cher, était incertaine si elle le garderait, et voulait qu’on en fît l’estimation , puisque les conventions portaient cette condition. Dès qu’il fut instruit de ce fait qu’il croyait

vrai , il envoya chercher les Bobiner et leur dit ce qu’il venait d’apprendre; ils convinrent de réduire le prix de 1 ,600,000 livres il 1 ,400,000. Il en rendit compte ii la dame de Lamotte, elle lui dit quelques jours après que la Reine garderait le collier, et lui montra une lettre où était écrit que Sa Majesté destinait 700,000 livres au premier payement au lieu de 400,000. Ce fut à cette occasion que, rencontrant M. de Saint-James, il lui dit en conversation qu’il avait vu un écrit de la main de la Reine, qu'elle payerait 700,000 livres, et M. de Saint-James conviendra qu’il ne l’a jamais ni sollicité ni cherché h l’engager à se charger en partie ou en totalité de l’objet du aux Bobiner. Ces joailliers lui avaient parlé les premiers, et ensuite M. de Saint- James lui parla lui-même du désir qu’il aurait de donner à la Reine cette preuve de son respect; qu’il désirait, seulement que la Reine lui en dit un mot; il répète qu’il n’a en aucune occasion, ni pressé ni sollicité M. de Saint-James. Dans les premiers jours de juillet, les Bohmer étant chez lui, il leur demanda, comme il avait fait dans toutes les occasions où il les avait rencontrés, s’ils avaient fait leurs remercimenls a la Reine. Ils lui dirent que non, qu’ils n’en avaient pas encore pu trouver l’occasion. Il leur fit itératifs reproches de leur négligence continuelle, et, craignant qu’ils ne trouvassent encore des prétextes pour différer, il leur dit de saisir l’occasion de la réduction du prix pour écrire il la Reine. Bassenge lui observa que s’il écrivait lui-méme, la lettre aurait plus de poids; il

leur répondit que comme la lettre passerait par la main d’un tiers, il vaudrait mieux qu’ils écrivissent euxmêmes et la jmi tassent il la lteine. Il ajouta : « Gomme je crains que vous ne différiez encore, écrivez-la tout de suite. » Bassenge se mit au bureau du répondant et fit un projet de lettre; il y exprimait l’acceplution des dernières conditions proposées et la satisfaction qu’il ressentait de ce que la parure de diamants appartenait à Sa Majesté. Le répondant lut ce projet, en corrigea seulement quelques expressions, et il fut convenu que lu lettre serait portée le plus promptement possible à la Heine, et c’est cette lettre que les Bobiner conviennent, à ce qu’on a assuré au répondant, avoir remise à la Heine le 10 ou 12 juillet. Vers le milieu du même mois de juillet, la dame de Lamotte vint dire au répondant que la Heine avait jugé à propos de disposer des 700,000 livres pour un autre emploi, et que le payement du collier serait différé jusqu'au 1 er octobre, et c’est ce qui l’engagea à dire duns une autre conversation à M. de Saint-James, que la Heine n’avait plus les 700,000 livres. Sa confiance cependant était toujours la même, et, dans son aveuglement, le sieur Bassenge lui ayant témoigné de l'inquiétude et lui ayant demandé s’il était bien sûr que le tiers qu'il employait ne les trompait pas tous deux, il lui répondit affirmativement qu’il n'avait nul doute, et que la Hein’c avait le collier. Cependant, réfléchissant sur toutes les circonstances, il ne put se défendre de concevoir quelques incertitudes, et ayant eu occasion dans les der-

niers jours de juillet de se procurer de l’écriture de la Reine, il fut frappé de la différence d’écriture et dit : « Je suis trompé ! » Il envoya chercher la dame de Lamottc, et lui parla de son inquiétude; mais elle parvint à le plonfjer dans son erreur, en lui protestant avec toute l’apparence de la candeur qu’elle ne lui avait porté (pie les ordres de la Reine; que la Reine avait le collier; qu’elle le payerait incessamment, et, qu’en attendant, elle l’avait chargée de lui remettre .'10,000 francs pour les intérêts à cause du retard. Effectivement, cette femme, qui à ses yeux ne possédait rien , qu’il devait croire dénuée de toute fortune, puisqu'elle demandait et recevait de modiques secours de quelques louis, lui remit les 30,000 francs. Or, la lettre remise le 10 juillet par les Rohmer à Sa Majesté, le silence qui l’avait suivie, l’assertion d’une femme qu’il croyait sincère, du moins par reconnaissance, l’habitude de la confiance, et enfin, il le répète encore, ces 30,000 francs apportés pnr quelqu’un à qui il ne connaissait aucune ressource, tout cet ensemble le persuada. Il ignorait que riche à son insu, elle s’était occupée à cette époque de rassembler les 30,000 livres; qu’elle avait envoyé un exprès à son mari , et qu’elle avait déposé un écrin chez M“ Mainguet, notaire, qui lui avait prêté 35,000 francs; il n’a eu ces éclaircissements que depuis sa détention. Il fit donc venir les Bohmer, il leur annonça le retard du payement et l’ordre qu’il croyait avoir de la Reine de leur remettre 30,000 livres. Ils reçurent les 30,000 livres, mais

comme les intérêts ne leur étaient pas encore dus, ils donnèrent le 31 juillet, à ce qu’il croit, une quittance à compte du principal, et la donnèrent comme ayant reçu les 30,000 francs de la Reine. La dame de Lamotte voyait approcher le moment de consommer son œuvre d’iniquité: il entrait dans ses projets de déclarer elle-même que la signature elle-même était fausse, et de faire croire par là qu’elle n’y avait aucune part; elle se flattait sans doute de l’avoir réduit par ces adroites manœuvres à payer le collier sans oser même se plaindre. On lui dit, en effet, depuis sa détention, que les sieurs Bohmer convenaient que le 3 août, la dame de Lamotte leur avait dit que la signature mise sur les propositions acceptées par eux était fausse; qu’ils avaient été trompés; qu’elle leur conseillait de prendre leurs précautions vis-à-vis de lui , et qu’il était en état de leur payer le collier. Tandis qu’elle leur parlait ainsi, voici ce qu’elle faisait à son égard. Dans les huit premiers jours d’aoùt , elle lui envoya dire mystérieusement par sa femme de chambre qu’elle était retenue chez elle, qu’elle ne pouvait sortir, et qu’elle le priait d’y venir ; il y alla , il la trouva avec l’extérieur du désespoir, les larmes dans les yeux. Elle lui dit qu’elle ne pouvait plus lui dissimuler que les hontes dont la Reine l’avait honorée lui avaient attiré des ennemis; qu’on lui imputait de s’être vantée de ces mêmes hontes; qu’elle n’avait pas assez d’appui pour faire face à la calomnie, et qu’elle croyait que le seul parti à prendre était d’aller passer quelque temps à la cam-

pallie; mais qu’elle était si troublée, qu’elle lui demandait en grâce de lui donner un usile chez lui, pour elle, sa femme de chambre et son tuari. Il refusa d’abord ce qu’elle lui demandait; mais elle insista avec l’expression du malheur et de la crainte si adroitement jouée, qu’il lui promit de la recevoir le même soir, mais à condition qu’elle ne sortirait pas de sa chambre et ne paraîtrait pas dans l’hôtel. Il lui promit même, pour la rassurer, qu’il enverrait quelqu'un la prendre; il pria M. de Carbonnière de vouloir bien se charger de ce soin, et de veiller à leur faire donner tout ce qui serait nécessaire. Il voit aujourd'hui que l’asile que cette femme implorait chez lui était un nouveau piège, un moyen imaginé pour le joindre pour ainsi dire à son sort et le forcer à payer le collier sans oser rien dire; car cette femme si tremblante, si effrayée quand elle demandait à être reçue chez lui , affecta l’air le plus tranquille dès qu’elle en fut sortie; elle l’affecta de même à lîar-sur-Aübe et dans les endroits où elle alla; enfin il continua d’être persuadé que la Reine avait le collier, jusqu’au moment où , paraissant devant Sa Majesté, il a été désabusé par elle-même, et malgré la vive impression que lui fit cette fatale découverte, le sentiment le plus distinct qu’il ait éprouvé est la douleur d’avoir pu offenser la Reine par les soins même qu’il n’avait pris (pie dans le but d’obtenir ses bontés, et par le désir de lui donner le plus respectueux témoignage de son zèle, de son dévouement et de sa soumission à des ordres qu’il croyait venir d’elle; qu’il

éprouve une sorte d’adoucissement à son sort, en saisissant la première occasion qu’il a d’exprimer le regret dont il est pénétré.

Observe le répondant qu'il serait intéressant pour lui que l’on entendit en déposition le sieur Lafresnaye, ancien notaire , le nommé Deschamps , ancien domestique de lu femme de Lamotte, demeurant à Paris, rue Saint-Louis , au Marais , n° 8 1 , le portier et la portière de la maison qu’occupait la dame de Lamotte rue Neuve Saint-Gilles.

Du mardi 17 janvier 1 7 8G.

Interrogé s’il n’a pas dit aux sieurs Bôhmer et Bassengc qu’il avait entendu parler d’un grand objet de conséquence, comme d’une chose unique dans son genre, qu’il était chargé de le voir et d’en demander le prix,

A répondu qu’il s’en réfère à sa première réponse sur cet objet, et pour répondre avec la plus grande bonne foi, que soit que ce soit lui qui leur ait demandé il voir le collier, soit que ce soient eux qui le lui aient offert, c'est parfaitement égal, car il y allait dans l’intention de voir le collier, et de leur demander s’ils ne lui avaient pas offert de le lui montrer.

Interrogé si les joailliers ne lui montrèrent pas alors un grand collier en esclavage monté en diamants, et s'ils ne lui dirent pas qu’il avait été estimé seize cent mille livres par les sieurs Maillard et d’Oigny,

A répondu que oui.

Interrogé s’il ne leur a pas demandé quels seraient les arrangements pour le payement de cette somme; s’ils ne lui répondirent pas qu’ils désiraient recevoir une partie du prix en argent, et que pour le reste, ils espéraient qu’il leur ferait des propositions qui pourraient leur convenir,

A répondu que le sens de ces paroles a pu être le sujet de la conversation , mais qu'il ne se rappelle pas avoir traité positivement des conventions du prix avant la seconde visite qu'il leur fit.

Interrogé s’il ne leur a pas dit qu’il rendrait compte de la conversation qu’il venait d’avoir avec eux ; qu'il ne fuisait pas cette acquisition pour lui personnellement; qu’il était persuadé qu’ils accepteraient avec plaisir les arrangements que l'acquéreur pourrait leur proposer,

A répondu que oui.

Interrogé s’il ne les quitta pas en leur promettant de leur rendre réponse sous quelques jours, et s’il ne leur recommanda pas le plus grand secret sur cette affaire,

A répondu que cet énoncé n’est pas tout à fait exact; il 11e se rappelle pas avoir mis cette grande importance au secret dans cette première occasion.

Interrogé pour qui il entendait faire l’acquisition de ce collier, et s’il avait mission à cet effet de la personne pour qui il entendait faire cette acquisition,

A répondu qu'il persiste dans ce qu’il nous a dit à ce sujet dans les jours précédents, et nous répète qu'il ne s’en est chargé que sur ce que la dame de Lainottc,

qui avait déjà entamé cette négociation dès le mois de décembre, lui dit à son retour de Strasbourg, dans le mois de janvier, et lui montru uue lettre fausse par laquelle lu Reine désirait faire cette acquisition et qu’il fût chargé de fixer les arrangements.

A lui représenté qu’il ne pouvait pas croire que la darne de Lamotte, qu’il ne connaissait que par ses besoins, et qui réclamait tous les jours les plus petits secours, eût aucune relation avec la Reine ; qu’il avait dû savoir que lu dame de Lamotte s’était jetée aux pieds de la Reine pour lui présenter un mémoire , et que lui-même avait dicté à la darne de Lamotte des mémoires en lui conseillant de les faire parvenir par une des femmes de chambre de la Reine ;

 répondu qu’il peut se faire qu’il ait conseillé à la dame de Lamotte de présenter des mémoires à lu Reine; que c’est un hommage qu’il rendait à la bonté de Sa Majesté, mais qu’il ne se rappelle nullement en avoir dicté préliminairement ; que du reste sa croyance en ce que la dame de Lamotte pouvait lui dire était accréditée par tous les faits antérieurs qu’il nous a dits les jours précédents; que quant aux secours qu’il continuait à donner à la dame de Lamotte, elle donnait pour prétexte de les solliciter et de les recevoir, sa discrétion à ne pas vouloir abuser des bontés de la Reine, ajoutant qu’elle se réservait de les solliciter pour des objets plus importants, mais que ce qu’elle recevait de lui était très-utile pour l’essentiel de sa dépense.

L’avons sommé de nous représenter la lettre que la

ïî» PIÇCES JUSTIFICATIVES.

dame de Lainotte lui a apportée comme écrite par la Reine, par laquelle Sa Majesté lui marquait de faire pour elle l’acquisition du collier.

A répondu que la lettre étant adressée à la dame de Lamotle, elle la lui a montrée pour justifier son dire, mais ne la lui a pas donnée.

Interrogé si le 29 janvier de l’année dernière il n’a pas fait dire aux sieurs Bohmer et Bassenge de passer chez lui ; s’il ne leur a pas dit que ses nouvelles instructions l'autorisaient à traiter avec eux du collier ;

A répondu qu’il croit que c’est chez eux, à sa seconde visite, qu’il leur a tenu ce propos, c’est-à-dire qu’il était autorisé à traiter avec eux.

Interrogé qui est-ce qui l’a autorisé à traiter avec eux?

A répondu que tout cela provenait de la même source.

Interrogé s’il n’a pas fait lecture aux Bohmer et Bassenge des propositions de l’acquéreur, et si ses propositions n'étaient pas écrites de sa main sur une feuille de papier à mi-marge ,

A répondu que oui, et que par respect pour l’ordre (ju’il recevait, il avait dû les écrire de sa main.

Interrogé si les sieurs Bohmer et Bassenge ne lui répondirent pas que ces propositions leur convenaient, et s’il 11 e leur demanda pas de les accepter, ce qu’ils firent sous la date du 29 janvier en signant Bohmer et C“ ;

Représentation faite au cardinal desdites proposi-

PIÈCES JUSTIFICATIVES. ÎÎ9

tions, l’avons sommé de déclarer si cet écrit n’est pas écrit quant aux cinq propositions en entier de sa main; si ce n’est pas le même qu’il présenta aux Bohmer et Bassenge, qui l’ont accepté, consenti et signé, et l’avons sommé de les reconnaître et de les parapher ;

A répondu qu’il reconnaît la vérité de la demande; qu’il reconnaît pareillement l’écrit que nous lui représentons pour être de sa main quant aux cinq propositions, et que c’est le même qu’il a présenté aux Bohmer et Bassenge et qu’ils ont signé, et est prêt de le parapher; ce tait, ledit écrit a été paraphé et signé dudit cardinal et non de nous, l’ayant été ci-devant; croit devoir nous observer qu’il est étonné de voir au procès cette pièce, qui n’a dû être énoncée dans aucun procès-verbal île scellés, n’ayant point été trouvée parmi ses papiers; que c’est lui qui l’a déclarée au Roi par l'effet -de son profond respect, et qu’il l’a remise au ministre pour le Roi uniquement, et comme une pièce justificative de la bonne foi avec laquelle il avait agi.

Interrogé s’il n’a pas envoyé, le I" février suivant, chez les sieurs Bohmer et Bassenge, un billet écrit de sa main pour qu’ils vinssent chez lui dans la matinée, le plus tôt possible, avec l’objet en question ;

Lui avons représenté ledit écrit, et interpellé de déclarer s’il 11e le reconnaît pas pour être écrit de sa main et le même qu’il fit porter chez eux à l’effet de les faire se rendre chez lui et de lui apporter le collier; l’avons sommé de le reconnaître et de le parapher ;

A répondu qu’il reconnaît la vérité de l’écrit, et que

c’est le même que celui qu’il a envoyé aux joailliers ; ce fait, ledit écrit a été paraphé du répondant et non de nous, l’ayant été ci-devant.

Interrogé si les sieurs Bohmer et Bassenge, il la réception de ce billet , 11e se rendirent pas chez lui et ne lui portèrent pas le collier,

A répondu qu’ils le lui apportèrent le ]* r février.

Interrogé s’il ne leur montra pas les propositions du marché qu’eux joailliers avaient acceptées, et ne leur dit pas qu’elles étaient approuvées par la Reine et signées Marie-Antoinette i>e France; à l'effet de quoi lui avons de nouveau représenté lesdites propositions ;

A répondu qu’il leur a montré effectivement, mais après le marché conclu et le collier livré, lesdites propositions avec les approuvé et la signature Marie-Antoinette de France.

L’avons sommé de déclarer si les six mots approuvé (pii sont en marge de l’écrit et lu signature Marie- Antoinette de France sont réellement de l’écriture et de la signature de la Reine ;

A répondu qu’il a cru fermement que c’était de l'écriture de la Reine, mais qu’il est convaincu actuellement que cela n’est pas.

A lui demandé de quelle écriture sont les mots approuvé et la signature de la Reine ,

A répondu qu’il ne pourrait dire affirmativement de qui ils sont.

Interrogé s’il n’a pas dit aux sieurs Bôhmer et Bas-

senge qu’il ne pouvait pas leur remettre cet écrit, et qu’il lui était ordonné de le garder chez lui,

A répondu qu’il ne se ruppelait pas avoir tenu ce propos en conversation , mais qu’il se rappelle fort bien (pic non-seulement les Bfihmer ne le lui ont pas demandé, mais même qu’ils ont fait difficulté d’en prendre copie, ainsi qu’il l’a déclaré dans les précédentes séances.

A lui demandé si, pour leur donner une plus grande preuve, il ne sortit pas de son secrétaire une petite lettre qu’il ploya en deux pour leur foire lire ces mots : « Je n'ai pas coutume de traiter de cette manière avec mon joaillier ; vous garderez donc ce papier chez vous, et vous arrangerez du reste tout comme vous le jugerez convenable; » et s’il ne leur dit pas que cette lettre était de la Reine ;

A répondu qu’il ne se rappelle nullement ce fait, d’autant plus que n’y ayant eu aucune discussion ni difficulté dans le marché, il ne voit pas pourquoi la dame de Lamotte se serait fait écrire une pareille lettre.

Interrogé s’il n’a pas dit aux Bôhmer et Bassenge que pour leur donner encore plus de sûreté, il mettrait une enveloppe au titre qu’il garderait chez lui, et sur laquelle enveloppe il écrivit de sa propre main qu’en cas de mort ce titre leur fût remis ,

A répondu qu’il reconnaît la vérité de la demande, et que c’est à l’époque du 18 février.

Représentation faite au cardinal de ladite enveloppe

datée du 18 février dernier, l’avons sommé de la reconnaître et de déclarer si c’est lui qui l’a écrite, et de la parapher ;

Le répondant après l’avoir examinée a dit la reconnaître pour être écrite de lui, et est prêt de la parapher; ce fait, la pièce a été paraphée du répondant et non de nous, l’ayant été ci-devant.

Doit nous observer le répondant qu’il croit que ce papier était joint à la pièce remise au ministre pour le Roi.

L’avons sommé de déclarer si, par cet écrit, son intention n’était pas d’inspirer de la confiance aux sieurs Bohmer et Bassenge sur la négociation du collier, pour leur faire garder le secret et pour que rien ne transpirât,

A répondu que non, et que son seul objet, ainsi qu’il l’a dit dans les précédentes séances, n’a été que de faire voir aux Bohmer qu’il s’occupait de ce qui les intéressait.

Interrogé s’il ne dit pas aux joailliers, après la remise du collier, qu’actuellement que l’affaire était terminée, il pouvait leur dire franchement qu’en conscience et sur son honneur il avait été obligé de donner à la Reine le conseil de ne pas faire l’acquisition de ce collier; que c’était une folie de dépenser une somme nussi énorme pour une seule parure, la Reine n’ayant pas besoin de celle-là pour paraître avec éclat; que cependant, et heureusement pour eux, ses remontrances n’avaient pas été écoutées, et que le désir de posséder ce col-

lier l'avait emporté sur toutes ses représentations ;

A répondu qu’il proteste contre toutes les expressions de l’énoncé de la demande, mais qu'il est vrai qu’il a dit aux Bôhmer qu'il avait fait représenter à la Reine que cette acquisition d’un si haut prix ne ferait qu’augmenter la quantité de diamants qu’elle avait déjà, et que, comme parure, il lui semblait lui en avoir vu de bien plus belles et de meilleur goût.

Interrogé s’il ne dit pas aux joailliers que quoiqu’il fût question dans l’écrit upprouvé par la Reine qu’elle leur donnerait des délégations aux époques fixées pour le payement, la Reine lui avait répondu à ce sujet qu’elle n’entendait rien à cela, et s’il ne les assura pas qu’ils pouvaient être sans inquiétude, et qu’il était de son devoir de solliciter pour eux, aux époques déterminées, le payement des sommes qu’ils devaient recevoir ;

A répondu qu’il ne se rappelle nullement avoir discuté avec les Bohmer l’objet des délégations; il peut se faire qu’il leur ait dit qu’il ferait rappeler dans le temps à la Reine les époques de leurs payements.

Interrogé s’il ne dit pas aux joailliers qu’il solliciterait dans le moment présent qu’on leur tint compte des intérêts à compter du l w août prochain ; qu’il trouvait ii cet égard la demande qu’ils lui en avaient faite très-juste, et si le même jour il n’écrivit pas au sieur Btthmer une lettre par laquelle il lui marquait que la Reine lui avait fait connaître que ses intentions étaient que les intérêts de ce qui serait dû après le premier

payement fin d’août, courussent et fussent payés successivement avec les capitaux jusqu’au parfait acquittement,

A répondu qu’il s’en réfère à ce qu'il a dit sur cet objet dans les précédentes séances, et dans lesquelles il mentionne la lettre qu’il a écrite.

Avons représenté au répondant une lettre par lui écrite aux Bôhmer, datée du 1" février dernier, signée de lui ; l’avons sommé de la reconnaître et de la parapher ;

Le répondant, après l’avoir examinée, a dit la reconnaître pour être écrite par lui et par lui envoyée aux Bôhmer, et est prêt de la parapher; ce qui a été fait par le répondant et non par nous, l’ayant été ci-devant.

Interrogé si , vers la fin du même mois de février, il n’a pas fait faire différentes fournitures de diamants par le sieur Bôhmer, lequel les porta chez lui ,

A répondu que oui.

Interrogé si le même jour que Bôhmer porta les diamants chez le répondant, il ne lui demanda pas s’il pouvait lui prêter ou lui faire prêter 50,000 livres, dont il avait le plus pressant besoin,

A répondu qu’il ne devait pas 50,000 livres exigibles dans ce moment , et qu’il ne se rappelle nullement avoir fait cette demande il Bôhmer.

Interrogé si Bôhmer ne fut pas chez le sieur de Saint-James, qui lui prêta lesdits 50,000 livres sur son billet, et si le sieur Bôhmer ne lui porta pas aus-

sitôt cette somme, et s’il ne fit pas aussitôt un billet à Bôhmer ,

A répondu qu’il ne se rappelle nullement avoir fait aucun billet au profit du sieur Bôhmer; mais qu’il se rappelle très-bien celui fait au profit du sieur de Saint-James, dans lequel il n’est pas fait mention des Bôhmer.

A lui représenté qu’il résulte du procès que le sieur de Saint-James a refusé de prêter au répondant les 50,000 francs qu’il a prêtés au sieur Bôhmer, qui lui en a fait son billet, et auquel lui répondant a fait le sien,

A répondu que de billet marquant créance, il ne conuait que celui qu’il a fait au profit du sieur de Saint-James.

Interrogé s’il n’a pas fait remettre à la caisse du sieur de Saint-James 10,000 francs à la décharge de Bôhmer, et s’il ne doit pas encore à Bôhmer les quarante mille francs restant,

A répondu que le sieur Dubosc, son trésorier, a porté les 10,000 francs au sieur Chomet, qui dans sa reconnaissance n’a nullement mentionné les Bôhmer.

Interrogé si dans le même mois de février il n’a pas fait inviter le sieur de Saint-James à se rendre chez lui,

A répondu qu’il peut se faire que les Bôhmer aient dit que le répondant ferait volontiers la connaissance du sieur de Saint-James, mais il ne les a pas chargés particulièrement de l’inviter à venir chez lui.

Interrogé si le sieur de Saint-James étant venu chez lui il n’exigea pas de lui le plus grand secret et sa parole d'honneur de taire ce dont il allait lui faire part, et s’il ne lui montra pas l’écrit portant la vente du collier, en lui disant que les mots approuvé étaient de l’écriture de la Reine, et en lui faisant voir la signature de la Reine,

A répondu qu’il s’en réfère à ce qu’il a dit dans ses interrogatoires précédents, en ajoutant seulement qu’il est probable que, par respect pour la signature qu’il croyait véritable, il lui aura demandé le secret.

Interrogé si depuis ce jour-là, toutes les fois qu’il a vu le sieur de Saint-James , il ne lui a pas parlé des à-compte que la Reine devait donner à Bohmer sur le prix du collier,

A répondu qu’ayant rencontré quelquefois le sieur de Saint-James, il lui a parlé de l’à-compte que la Reine comptait donner aux Bohmer.

Interrogé si un jour il n'a pas dit au sieur de Saint- James que la Reine ne voulait plus prendre le collier, et qu’elle le rendrait au sieur Bohmer,

A répondu qu’il s’en réfère à ce qu’il a dit sur cet objet dans ses interrogatoires précédents, et dont il a parlé dans les mêmes termes au sieur de Saint-James.

Interrogé s’il n’a pas dit quelque temps après au sieur de Saint-James que la Reine consentait à garder le collier, mais qu’elle ne voulait le payer que 1,400,000 francs,

A répondu qu’il n’a pas pu tenir ce propos au sieur

de Saint-James, puisqu’on ne lui avait jamais dit de la part de la Iteine qu'elle fixât aucun prix de diminution, mais seulement qu'elle ferait faire l’estimation convenue par les sieurs Doigny et Maillard.

Interrogé s’il n’a pas assuré au sieur de Saint-James avoir vu entre les mains de la Reine 700.000 livres en billets de caisse, qu’elle avait voulu lui donner pour remettre aux sieurs Bohmer à compte du prix du collier, mais qu’il avait refusé, ne voulant pas se mêler de cette affaire,

A répondu qu’il s’en réfère à ce qu’il a dit sur cet objet dans ses réponses précédentes, et ajoute : « Comment aurait-il pu dire au sieur de Saint-James qu’il ne voulait pas se mêler de cette affaire, lui qui s’en disait chargé et qui avait toujours parlé sur ce ton au sieur de Saint-James ? »

Interrogé s’il ne dit pas au sieur de Saint-James qu’il craignait bien que lu Reine ne gardât pas longtemps les 700,000 livres, et qu’elle n’en fit pas l’emploi pour lequel elles étaient destinées?

A répondu qu’il s’en réfère à ses précédents interrogatoires.

Interrogé si quelques jours après il ne dit pas au sieur de Saint-.! âmes que la Reine n’avait plus les 700,000 livres, et qu’il ignorait ce qu’elle en avait fait, mais qu’au surplus il en était fort aise, parce que cela forcerait la Reine à avoir recours au sieur de Saint- James pour se procurer les fonds nécessaires pour le payement du prix du collier,

Î38 l’IÈCES JDSTIFICAT! VES.

A répondu que l’énoncé de la demande n’est pas tout à fait exact; qu’il se rappelle seulement avoir dit au sieur dé Saint-James qu’il désirait que ce changement de destination de fonds engageât la Reine à accepter les offres de service qu’il avait fuites, et ce dire prouve la conviction dans laquelle était le répondant.

Interrogé si le 10 juillet il ne fit pas dire aux Bohiner de se rendre chez lui; s’il ne leur dit pas que la Reine trouvait le collier trop cher, et qu’elle était déterminée à le leur rendre, à moins qu’ils ne consentissent à un rabais de 200,000 francs ;

A répondu qu’il n’a pas pu fixer au nom de la Reine de combieu devait être la diminution, puisqu’on 11 e lui uvait pas fait énoncer cette volonté ; mais il leur a dit seulement que la Reine, trouvant le collier trop cher, ferait faire l’estimation qui était convenue, et probablement le répondant aura ajouté, parce qu’on le lui avait dit aussi, que la Reine rendrait peut-être le collier.

Interrogé s’il ne dit pas aux Rohmer qu’au lieu de la somme de 400,000 livres qu’ils devaient toucher au 1 er août, ils recevraient sous peu de jours celle de 700,000 livres,

A répondu qu’il instruisit les Rohmer qu’ils toucheraient 700,000 fr. au lieu de -400,000 dès qu’il en a été instruit, car telle était l’intention qu'il croyait être celle de la Reine.

Interrogé si les sieurs Bôhmer et Rassenge étaut venus lui faire part qu’ils avaient reçu un billet de

M. le baron de Breteuil pour se rendre à Versailles, il ne leur dit pas que les ordres étaient de garder le plus profond secret ; que pur conséquent il était nécessaire de trouver une excuse auprès du ministre pour ne pas parler de la vente du collier,

A répondu qu’il se rappelle seulement avoir dit à Bobiner et Bussenge qu'ils ne devaient parler à personne de la vente du collier, et par conséquent n’en pas parler à M. le baron de Breteuil ; ce secret est une suite du respect qu’il avait pour la commission dont il était chargé, et qu’il croyait véritable.

A lui représenté qu’il aurait dù conseiller aux sieurs Bobiner et Bassenge de prier le ministre de demander pour eux il la Heine une audience particulière, que cela n’aurait compromis en rien le secret,

A répondu que la possibilité que les joailliers de la Reine ont d’être à portée de lui parler quand elle leur fait quelque commande, a empêché le répondant d’avoir la pensée de faire demander d’avoir une audience pour eux, et d’autant plus que le prétexte de montrer quelques nouveaux objets dignes des regards de Sa Majesté pouvait leur procurer cet avantage.

Interrogé si vers la fin du mois de juillet il n’envoya pas chercher le sieur Bohmer et ne lui remit pas en billets de la caisse d’escompte une somme de 30,000 livres, dont il lui fit donner une quittance pour la Reine à compte du prix total du collier,

A répondu qu’il s’en réfère à ses précédents interrogatoires.

Lui avons représenté une quittance signée Bôhmer et C“, datée du 30 juillet dernier; l’avons sommé de la reconnaître, de s'expliquer sur icelle et de la parapher ;

Le répondant, après l’avoir examinée, a dit la reconnaître et est prêt de la parapher, et s’en réfère sur icelle à ses interrogatoires précédents.

Avons représenté au répondant un écrit contenant les propositions du marché, et l'avons sommé de le reconnaître et de déclarer si c’est lui qui l'a écrit, et de le parapher,

A répondu reconnaître ledit écrit pour être de sa main, et est prêt de le parapher.

Avons pareillement représenté la copie d’un billet contenant des propositions qui paraissent relatives au collier, sommé de la reconnaître, de déclarer si c’est lui qui a dicté ce billet, par qui il l’a fait écrire, et de s’expliquer sur ce qui y est contenu, sur l’époque où il a été écrit, et de le parapher,

Le répondant, après l’avoir examinée, a dit qu’il reconnaissait l'écriture pour être de quelqu'un de chez lui ; qu’il était dans l'usage de dicter souvent des notes de plusieurs affaires sous un même narré, et qu’il ne peut pas comprendre ce qu’il a voulu dicter, et est prêt à le parapher.

A lui représenté que ne recevant pas de marques de la protection de la Iteine, il n’a pu se flatter qu’elle l'eût choisi pour une commission qu'elle n’aurait donnée qu’a une personne honorée de sa confiance intime;

PIÈCES JUSTIFICATIVES. S4t

qu'il ne lui était pas permis de croire que la Reine ait voulu faire une négociation telle que cette affaire-ci la présente ; que son état, sa dignité, sa place ne lui permettaient pas de se charger d’une négociation de cette espèce sans avoir pris les précautions les plus grandes pour s’assurer qu’il n’était pas trompé; qu’il n’est pas croyable qu’il ait été trompé par la fausse écriture et la fausse signature de la Reine; que dans le système qu’il nous présente, il est bien étonnant qu’il n’ait pas conservé les lettres qu’on lui a apportées, contenant les ordres de la Reine, notamment celle qu’il a tirée de son secrétaire pour la montrer aux joailliers au moment de la conclusion du marché ; qu’il résulte du procès qu’il a voulu persuader aux joailliers et à d’autres personnes qu’il traitait In négociation du collier directement avec la Reine; qu’en gardant l’écrit, qui était la lettre des joailliers, il les mettait dans l’impuissance de faire aucune démarche pour leur payement; qu’il semble résulter de l’ensemble de cette affaire qu’il a cherché à tromper les sieurs Rohmer et Bassenge en employant le nom auguste de la Reine.

A répondu que, quelque effrayant que soit le tableau qu’on lui présente, il espère (pie les éclaircissements et les preuves que la procédure doit procurer dissiperont tous les doutes, s’il en existait véritablement, et a répondu que la marque de bonté qu’il croyait avoir reçue delà Reine lorsque, indignement trompé, il avait cru l’entendre elle-même lui donner l’espérance de n’étre plus dans sa disgrâce; que le vif désir qu’il en

avait le lui a fait croire trop facilement, mais que d’après cette illusion, cause de son aveuglement, il lui semble qu’il a pu croire sans témérité que la Reine lui donnait une marque de bonté en l'iinnoratit d'une commission , mais que toute commission de la part de Su Majesté étant une {[race, elle doit être saisie avec empressement; que certainement, sans son aveuglement et son illusion, il n'aurait pas agi comme il a fait. Quant :i la fausse écriture et à la fausse signature, rien ne prouve plus sa bonne foi que de l’avoir gardée et remise lui-même, preuve qu’il l’avait crue vraie; qu’il n’avait jamais vu l’écriture de la Reine pour juger de la forme des caractères, et que quant aux noms qui ne peuvent former la signature de 1a Reine , M. de Saint- James, les sieurs Rohmer et Rassenge n’en ont pas été plus frappés que lui, tant il est vrai qu’il y a des erreurs incompréhensibles ou du moins qui paraissent l’être, et qui cependant sont l’effet naturel du prestige qui les fait nuitre. Quant aux lettres qui lui ont été montrées, elles sont restées ù celle qui me les apportait, et qu’elle ne montrait que ce qui contenait l’ordre; et quequant à celle que l’on dit qu’il a montrée le jour même du marché aux Rohmer, il ne peut convenir de ce fait, d’autant plus qu’il n’y avait nulle nécessité, puisque les Rohmer avait conclu le marché et remis le collier sans même avoir vu les propositions et conditions en marge desquelles étaient les faux approuvé ; que sa conduite et ses propos prouvent le contraire de ce que l’on voudrait avancer qu’il a cherché à faire croire qu’il

avait le direct ; les Bfthmer et Bassenge, au commencement , au milipu et à la fin , sont convaincus qu’il n’agissait que par un tiers et l’énoncent eux-mêmes. Le répondant leur écrit : « La Reine m’a fait connaître ses intentions. » Il leur dit dans une autre occasion « que sa lettre à lui répondant passerait par un tiers; » et lorsque les Bôhmer lui témoignent leur inquiétude . ils lui disent : « Le tiers ne nous tromperait-il pas tous les deux ? » Et s’ils avaient cru précédemment que le répondant avait le direct ou qu’il voulait le faire croire, n’auraient-ils pas marqué leur étonnement et leur mécontentement lorsqu’il leur dit : o Ma lettre passerait par un tiers? » Et ajoute que si les joailliers avaient soupçonné qu’il eut un direct avec la Reine, ils l’auraient prié de leur procurer l’occasion de faire leurs remerciments à la Reine, ils auraient même jugé que le répondant aurait du en parler lui-même, donc ils n’ont jamais pu croire, d’après ces propos et d'après leur conduite, que le répondant ait eu le direct, et certes M. de Saint-James avait la même façon de penser, sans quoi il aurait combuttu celle de Bolimer, et de leur incertitude mutuelle serait résulté le désir de dissiper leurs doutes; quant à n’avoir pas remis l’écrit signé Biihmer, la preuve que c’était uniquement pour garder un secret que le respect lui faisait croire devoir être gardé, c’est qu’il a donné aux Bobiner tout ce qui pouvait leur servir, et non-seulement il leur a donné sans qu’ils l’aient demandé, mais le répondant peut ajouter que c’était à leur refus; d’ailleurs, le répondant

ajoute que, croyant que la Reine porterait le collier, ce n’était donc que pour quelques moments seulement, et qu'il les pressa dès le surlendemain d’aller faire leurs remerciments ; ils devaient donc alors n'avoir plus d’inquiétudes, et le répondant a toujours cru que cette démarche se ferait d’un moment à l’autre, par la facilité que les différentes occasions peuvent procurer aux joailliers de la Reine; donc, bien loin d’avoir voulu tromper, tout prouve qu’il l’a été, et son très-profond respect pour la Reine aurait toujours présenté à son esprit comme un crime la pensée d’oser abuser de son nom.

Du mardi 31 janvier 1786.

Interrogé à quelle époque il a revu la daine de Lamotte depuis qu’elle lui avait été recommandée par madame de Boulainvilliers,

A répondu que c’est vers le mois de mai ou de juin 1 T82.

Interrogé si ce n’est pas après une lettre qu’il a reçue de la dame de Lainotte qu’il lui donna un rendez-vous, et si ce jour-là, lui promettant d’adoucir ses malheurs, il ne lui donna pas 50 ou 60 louis,

A répondu affirmativement que non.

Interrogé s’il ne lui a pas donné un autre rendezvous pour trois ou quatre jours après , et s’il ne lui donna pas ce jour-là 200 louis , et s’il ne s’engagea pns à payer une lettre de change à un juif de 5,500 livres ,

P1ÈCKS JUSTIFICATIVES. 245

A répondu qu’il n'a jamais donné ni 100 louis ni 200 louis, mais une seule fois 25 louis, et cette fois c’était sur le rapport que lui fit le sieur de Carbonnières, (pie le répondant avait envoyé chez le sieur et la dame de Lainotte pour juger de leur situation ; a ajouté qu’au mois d’avril 1783, pour tirer de l’embarras où se trouvaient le sieur et la dame de Lamotte , il avait cautionné ladite dame de la somme de 5,500 livres qu’elle devait à un juif de Nancy, ainsi qu’il l’a dit dans ses précédents interrogatoires.

Interrogé s’il n’a pas engagé la dame de Lamotte à venir s’établir à Paris, et si elle ne demeurait pas rue de la Verrerie, en hôtel garni,

A répondu qu’il ne l’a jamais engagée à venir à Paris ; qu’il ignore où elle demeurait quand elle y était, et que même il l’avait plusieurs fois invitée à vivre en province avec sa [tension.

Interrogé si dans le même temps le frère de la dame de Lamotte étunt venu à Paris et lui ayant apporté différentes choses curieuses, il n’acquitta [tas pour lui 10,000 liv res de lettres de change,

A répondu qu’il n’a jamais vu son frère, et par conséquent n’a rien acquitté pour lui.

Interrogé s’il n’a pas donné 200 louis pour la sœur de la dame de Lamotte qui était malade,

A répondu qu’il n’a jamais vu cette sœur et n’a rien donné pour elle.

Interrogé s’il n’a pas proposé à la dame de Lamotte de se loger plus décemment , et ne lui proposa pas une

2WÎ

PIECES JÜSTIKICATIVES.

maison rue Neuve Saint-Gilles qu’il offrit de faire louer et meubler ,

A répondu que non, qu’il n’a nulle connaissance de cet objet.

Interrogé s’il ne s’occupait pas pour lors à faire ou à faire faire pour ladite daine de Lamotte des mémoires qu’elle avait à présenter au Roi et aux ministres,

A répondu qu’il se rappelle qu’une fois elle lui avait montré un mémoire très-mal fait; il lui conseilla d'y faire des changements; que, d’ailleurs, il a mis si peu d’importance à ces sortes de conseils auxquels on cherche à en donner beaucoup, que cette circonstance a laissé peu de traces dans sa mémoire.

Interrogé s’il ne sait pas que, au jour de la Chandeleur I 783 , la dame de Lamotte présenta un mémoire à la Reine en se jetant à ses pieds , et que ce mémoire n’ayant pas eu la réussite qu’elle s’en promettait, elle avait discontinué d’aller à Versailles aussi fréquemment qu’elle y allait auparavant,

A répondu que la dame de Lamotte lui avait rendu ce récit différemment, et qu’elle lui avait même dit avoir intéressé la Reine par son état de souffrance.

Interrogé s’il n’était pas visible à Versailles, et si, lui répondant, n’était pas, par sa place, à même de savoir que la dame de Lamotte n’avait aucun accès auprès de la Reine,

A répondu qu’il n’était nullement à portée de connaître ces détails.

Interrogé s’il connaît le père Loth , minime , s'il ne

lui a pas promis de le faire séculariser et de le nommer prieur des Quinze-Vingts,

À répondu qu’il a connu le père Loth uniquement comme religieux; qu’il s’adonnait à prêcher; qu'il ne lui a jamais parlé de le faire séculariser et encore moins de le mettre prieur aux Quinze-Vingts , et que même il n’y a pas de place de prieur aux Quinze-Vingts.

Interrogé si la dame de Lamotte ne lui a pas fait des confidences au sujet des chagrins que lui donnait une dame d'Oliva, relativement aux intrigues qu’elle avait avec son mûri ,

À répondu qu’il ne connait pas cette femme, et que jamuis la dame de Lamotte ne lui a prononcé ce nom.

Interrogé si, lorsque la dame de Lamotte était à Versailles, elle ne le faisait pas avertir, et s’il n’allait pas chez elle ou si elle ne veuait pas chez lui , et s’ils ne se promenaient pas dans les jardins de Versailles, tantôt avec lui seul, tantôt avec le baron de Planta, tantôt avec son mari,

A répondu qu’il ne s'est jamais promené seul avec elle; qu’il ne s’est jamais promené avec son mari, mais qu’il s'est une seule fois promené avec elle l’ayant rencontrée; le baron de Planta était avec lui répondant, et en outre le soir du jour où elle lui fit accroire avoir eu l’honneur d'approcher de la Heine.

Interrogé si le 24 juillet il ne se promena pas sur la terrasse avec la dame de Lamotte, lui étant en lévite et son chapeau en clabaud , et s’il n’a pas été ce jourlà avec elle jusqu’à Trianon , et s’il ne la remit pas en

entrant sous les piliers de la galerie dans une chaise,

A répondu qu'il n’a jamais été avec elle à Trianon, et qu'il ne s’est promené avec elle que quelques instants.

A lui remontré que la Iteine n’aurait pas paru seule le soir dans le parc sans avoir des personnes à sa suite,

A répondu que la personne qu’il a cru malheureusement être la Iteine ne lui avait pas paru être seule dans le jardin ; cet homme habillé de noir dont il est question dans les interrogatoires précédents était près d’elle, et en outre, un peu plus loin, il avait vu deux ou trois personnes; que d’ailleurs la Heine paraissait si peu distante qu’on était venu dire positivement dans le même instant que Madame et madame la comtesse d’Artois la rejoignaient.

A lui représenté que, indépendamment du peu de vraisemblance qu’il y a dans le fait de l’entrevue qu’il nous a racontée dans ses précédents interrogatoires, il ne serait pas d’accord avec la fille d’Oliva et le particulier qu’il désigne pour avoir dit que Madame et madame la comtesse d’Artois rejoignaient la Reine, et qu’il résulte de l’ensemble de ces faits et «le leur contrariété que le fait de la promenade peut ne pas paraître véritable,

A répondu que sur cela il s’en rapporte aux dat«\s et aux circonstances qu’il a données dans ses précédents interrogatoires.

Interrogé si vers la fin de l’année 1784 il ne dit pas à la dame de Lamotte «pi’il l’avait recommandée à

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