PREMIER INTERROGATOIRE DE MADAME DE LAMOTTE
Du vendredi vingtième jour de janvier mil sept cent quatre-vingt-six , de relevée en l’une des salles du gouvernement du e/uiteau de la Bastille.
A été amenée par-devant nous Jean-Baptiste-Maximilien-Pierre Titon , conseiller du Roi en la cour de Parlement, par le sieur de Losme, major adjoint du château de la Bastille, la dame de Lamotte de Valois, accusée , décrétée de prise de corps par l’arrêt du 15 décembre dernier.
* Archives de F Empire , X 5 , 257G.
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Après serment par elle fait de dire vérité :
Interrogée de ses noms, surnoms, âge, qualité et demeure,
A répondu se nommer Jeanne de Valois de Saint- Remy de Luz, épouse de Marc-Antoine-Nicolas comte de Lamotte de la Pénissière, âgée de vingt-neuf ans, demeurant à Paris, rue Neuve Saint-Gilles.
Interrogée dans quelle année elle s’est mariée, ce qu’elle Brisait auparavant, et où elle était,
A répondu que, dès l’âge de cinq ans et demi ou six ans, elle a perdu son père et sa mère ; quç madame de Boulainvilliers les a adoptés tous les trois après les informations sur leur nom et leur état, et les a mis en pension à Passy, où elle, répondante, est restée six ans pour recevoir l’éducation que l’on donne aux enfants dans les communautés; qu’elle fut mise chez une couturière à Paris, où elle resta trois ans, pendant lequel temps madame de Roulainvilliers fit les recherches convenables sur ses titres ; après qu’ils eurent été reconnus, la dame de Roulainvilliers la prit chez elle, et elle y resta deux ans de suite; pendant l’intervalle de ces deux années, elle fut reconnue pour être descendante de Henri II; au bout de ce temps, madame de Roulainvilliers fit venir sa sœur, qui était restée à la terre de son père , et les plaça toutes deux au couvent de l'abbaye d’ Y erres , près de sa terre de Montgeron, pour être plus à portée de les voir et de les faire venir chez elle; qu’elle y resta vingt et un mois, que de là elle fut à l’abbavc de Longchamps deux ans; qu’elle en
est sortie avec sa sœur pour aller à Bar-sur-Aube au couvent des Ursulines, pour être plus à portée de rentrer dans les biens de leur père, et six mois après, elle fut demandée par M. de Lamotte en mariage, lequel a été célébré le G juin 1780, et au mois d’avril de l'année 1781 , son mari partit pour son coq>s dans la gendarmerie ; un mois après, elle partit pour se rendre au couvent des Bénédictines de Saint-Nicolas, entre Nancy et Lunéville, où elle resta jusqu’au mois d’octobre, qu’elle apprit que madame de Boulainvilliers était à Strasbourg chez madame l’Intendante; qu’elle s’y rendit avec son mari ; ne la trouvant pas, on lui dit de s’adresser ou comte de Cagliostro, qui lui dit avoir vu la veille madame de Boulainvilliers chez M. le cardinal de Rohan, à Saverne, où ils se rendirent la même nuit; qu'étant descendus dans une auberge , elle écrivit à madame de Boulainvilliers qu’elle était venue exprès pour la voir, et la priait de lui indiquer l’heure où elle pourrait avoir l’honneur de la voir; M. de Boulainvilliers vint luimême la chercher, après toutefois en uvoir demandé la permission à M. le cardinal ; qu’elle s’y rendit avec son mari, et reçut de madame de Bouiuinvilliers toutes les marques de tendresse qu’elle lui avait toujours témoignées; et les présenta à M. le cardinal, auquel elle conta les malheurs d’elle répondante ; qu’ils y restèrent trois jours, au bout desquels madame de Boulainvilliers, qui partait pour Paris, la remit à son couvent et son mari à son corps; en les quittant, elle leur fit promettre de la venir rejoindre à Paris dans les premiers jours de
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novembre, ce qu’ils firent l'un et l’autre. À son arrivée, madame de Boulainvilliers tomba malade de la petite vérole, ensuite d’une fièvre putride, dont elle mourut au bout de dix-sept jours, pendant lesquels elle répondante la garda jour et nuit; que sa mort a été pour elle d’autant plus sensible, qu’elle avait promis il son mari de lui acheter une compagnie de dragons ; que pendant sa maladie, elle a prié M. de Crussol elle bailli de Crussol de faire entrer son mari dans les gardes de M. le comte d’Artois, en attendant le rétablissement de sa santé ; la répondante étant tombée malade, elle est restée pendant trois mois dans lu maison de M. de Boulainvilliers; au bout des trois mois, elle a été rejoindre sou mari à Versailles , et a été chez la veuve Bourgeois, place Dauphine, jusqu’au mois d’avril 1782, où elle s’occupa à solliciter à la cour des grâces que son nom lui promettait d’obtenir; et se voyant accablée de dettes, qu’elle avait contractées pour soutenir son nom et son mari et suivre ses affaires, elle écrivit à M. le cardinal, le 24 juin 1782, pour le faire ressouvenir de ses bontés qu’il avait promises à madame de Boulainvilliers pour elle répondante ; il lui donna un rendez-vous le jeudi d’ensuite à Paris à son audience; que ce jour elle lui rappela de nouveau ses malheurs, il l'assura que si elle disait vérité sur ses titres, sur ses affaires et sur ses dettes, il aurait soin de les adoucir; toutefois, ayant les pièces entre les mains, il lui demanda sa position actuelle, si elle avait des besoins du moment; qu’elle lui rendit compte de sa
position cruelle, étant poursuivie et son mari pour le payement de lettres de change; pour le moment, il tira de son secrétaire 50 ou 60 louis sans les compter, qu’il lui remit, en la priant de lui écrire ou de lui dire si elle avait besoin d’autre chose, et lui donna un autre rendez-vous pour deux ou trois jours après, et ce à Paris; qu’elle s’y rendit, et que ce jour, après être entrée dans des détails avec lui, il lui donna 200 louis; que lui ayant nommé les personnes au profit desquelles elle avait fait ou son mari des lettres de change, qu’elle avait à payer un sieur Louis-Isaac liert, juif, négociant à Nancy, pour 5,500 livres, que le cardinal s’engagea à payer l’année d’ensuite, ce qu’il a fuit en 1783. Pour lors, M. le cardinal désirant qu’elle demeurât à Paris pour suivre ses affaires et l’aider de ses conseils, tant pour elle que pour son mari, ils vinrent loger rue de la Verrerie en hôtel garni, où ils sont restés six mois avec sa sœur, qui était revenue de llar-sur-Aube fort malade ; qu'elle avait alors deux chevaux, cabriolets, cinq domestiques, tant hommes que femmes, et sa sœur, ce qui faisait une maison considérable à soutenir ; que dans ce temps, son frère est survenu et s’est logé hôtel de la Marine, ayant pour 10,000 livres de lettres de change à acquitter en trois termes; elle en fit part à M. le cardinal, auquel son frère avait apporté différentes choses curieuses pour son cabinet, qui voulut bien acquitter les lettres de change à leur époque. M. le cardinal sachant sa sœur fort malade chez elle, il lui envoya 200 louis par le sieur Carbonnière , chef de
son conseil, et sans entrer dans lin plus long détail des dons (pie lui a faits M.le cardinal depuis qu’il a pris part à ses malheurs, elle se contentera de dire qu'elle a reçu de lui une somme de 78 à 80,000 livres; observe la répondante qu’au bout de six mois qu’elle fut dans la rue de la Verrerie, M. le cardinal lui dit qu'il fallait qu’elle fût logée plus décemment et plus commodément, et lui parla d’une maison qui était à louer rue Neuve Saint-Gilles, et lui proposa de la louer et de la faire meubler par son tapissier ; lu répondante lui observa qu’elle ne pouvait pas honnêtement employer ces moyens-la ; qu’il était plus naturel et plus honnête qu’elle la louât elle-même et fit meubler sa maison ; qu’après cela elle a pris à loyer cette maison pour six ou neuf années. Pendant tout ce temps-là, elle s’occupait toujours à suivre ses affaires et faisait des voyages à Versailles. M. le cardinal s’occupait à faire ou à faire faire des mémoires qu’elle avait à présenter soit nu Roi, soit aux ministres. Vers la fin de 1784, M. le cardinal lui dit avoir parlé à M. de Calonne et lui avoir représenté qu’il ne faisait pas pour elle ce qu’il devait foire d’après la connaissance que l’on avait de ses titres ; qu'il était obligé de venir il son secours, et que c’était autunt à prendre sur les aumônes du Roi, et que cela pourrait faire crier. M. de Calonne lui dit : « Vous n’avez qu’à en parler au lloi , je ne peux rien faire sans ordre. » M. le cardinal lui dit, à elle répondante : « Voilà toujours 1 5,000 francs que je vous donne, place/.-en autant que vous pourrez ; comme je sais que vos affaires réus-
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siront , regarde/, cela comme des secours momentanés (jue je vous donne. » Sur ses épargnes, elle a placé environ 50,000 francs d’abord, 12,000 francs employés dans l'acquisition d’une maison il llar-sur-Aube , qui a été vendue 18,000, mais dont son beau-frère en a payé 0,000 pour une aile de la maison, 30,000 francs qu’elle a placés sur M. de Crussol, 3,000 livres sur un autre particulier, et 6,000 sur un autre.
Interrogée s’il n’est pas vrai qu’elle disait sans cesse aux personnes qu'elle voyait, qu’elle jouissait d’un grund crédit auprès de la Reine, et qu’elle avait toute sa confiance,
A répondu qu’elle ne l’a jamais dit à personne, mais qu’à raison de l’opulence qu’elle avait d’après les différents dons qu’elle avait reçus des princes et princesses du sang et des bienfaits qu’elle recevait de M. le cardinal, d’après la connaissance qu’il avait de ses papiers, et comme venant du Roi , elle disait hautement à ceux qui lui faisaient des compliments que la cour voulait bien lui rendre justice ; qu’au surplus elle n’a jamais dit à personne qu’elle eût accès auprès de la Reine , parce qu’il était visible à Versailles qu’elle n’allait pas chez la Reine: elle a simplement présenté en 1783, le jour de la Chandeleur, en public, un mémoire a la Reine, qui lui avait été dicté par M. le cardinal ; que ce mémoire n’ayant pas eu la réussite qu’elle espérait des bontés de la Reine, elle n’a jamais eu occasion ni prétexte de parler à lu Reine ; observe même que depuis cette époque elle était des six semaines ou des deux
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mois sans aller à Versailles, et qu’auparavant elle y allait tous les jours.
Interrogée si elle n’a jamais montré à des personnes qui venaient chez elle des lettres qu’elle disait venir de la Reine,
A répondu que non , que c’est une absurdité effroyable, d’après ce qu’elle vient de nous dire.
Interrogée si dans différents mémoires qu elle a pu donner elle n’avait pas l'habitude de signer Marie- Antoinette de France, si notamment dans un qu’elle a donné à Luciennes, en présence de plusieurs personnes, elle ne s’était pas appelée Marie- Antoinette de France,
A répondu qu’elle n’a jamais pris ni signé les noms de Marie-Antoinette de France; que quant au mémoire qu’elle a donné à Luciennes, c’a été uniquement un mémoire de sa généalogie qu’on a désiré voir, qu’elle a remis à madame du Barry en présence d’un de ses cousins, capitaine de dragons.
Interrogée si elle a connu à Versailles un nommé Descloux ou Desclau, garçon de la chambre et de la musique du Roi,
A répondu que non, qu’elle ne voyait personne chez elle qui appartint à la Reine.
Interrogée si le cardinal allait la voir assidûment tant à Paris qu’à Versailles,
A répondu que oui, surtout à Versailles, où il venait assidûment chez elle; et elle et son mari allaient lui rendre compte de leurs démarches ; qu’à Paris, ces visites étaient moins assidues mais fréquentes.
PIÈCF.S JUSTIFICATIVES.
A elle demandé si au lieu des secours qu’elle prétend avoir reçus du cardinal, il ne se contentait pas de lui donner de modiques sommes tantôt de .3 louis, tantôt de 5, et une fois entre autres de 25,
A répondu qu’elle n’était pas faite pour accepter de pareilles sommes, ni M. le cardinal fait pour les offrir.
Interrogée si vers le mois de mars 1784 elle ne fut pas trouver le cardinal pour lui dire que, pénétrée de reconnaissance des secours qu'elle avait reçus de lui , elle se croyait assez heureuse pour lui être utile, ayant le bonheur d’avoir trouvé accès auprès de la Heine,
A répondu que non , que M. le cardinal savait parfaitement bien qu’elle ne parlait même pas à la Reine, qu’elle n’avait pas fait autre chose qu’un jour de se jeter à ses pieds pour lui présenter un mémoire, et que depuis ce teinps-Ià elle ne s’était présentée en aucune façon auprès delà Reine; qu’il ne pouvait en douter puisqu’elle lui rendait compte de toutes ses démarches, et que lui-méme lui conseillait les démarches qu’elle avait à faire.
Interrogée si , s’étant aperçue que le cardinal était fort étonné de ce qu’elle lui disait, elle ne lui répéta pas plusieurs fois que son 'nom, ses malheurs et la bienfaisance de la Reine l’avaient fait parvenir jusqu’à elle, et si pour le persuader davantage elle ne lui montra pas des lettres qu'elle prétendit lui avoir été écrites par la Reine, et dans lesquelles il y avait quelques mots de bonté,
A répondu que non, et que M. le cardinal devait
savoir mieux qu'un autre ce qui se passait à Versailles, surtout vis-à-vis d'elle, qui ne faisait aucune démarche sans sa participation , et qu’elle n'a jamais eu l'honneur ni le bonheur de recevoir des lettres de la Reine, et ne lui en a fait voir aucune qui fût supposée venir de la Reine.
Interrogée si elle ne dit pas au cardinal, pour le mieux persuader, que la Reine était instruite de la conduite qu’il avait tenue à l’égard des affaires du prince de Guéménée et d'autres traits semblables ,
A répondu qu’elle a su comme le public que le prince de Guéménée avait fait banqueroute, mais qu'elle n'avait jamais su la conduite du cardinal à son égard , qu’elle aurait cru le faire rougir en lui en parlant; elle persiste à dire qu'elle n'a jamais parlé à la Reine et qu’elle ne l’a jamais persuadé au cardinal.
Du 21 janvier 1786.
Interrogée si elle n'a pas dit au cardinal que la Reine lui accorderait une audience , qu’elle le ferait venir pour lui donner un ordre, et qu’elle en prendrait occasion pour lui dire qu’il pourrait espérer en ses bontés ,
A répondu qu’elle n’a jamais pu dire ces choses à M. le cardinal, d’après ce qu’elle nous a dit précédemment, qu’elle est étonnée que M. le cardinal prétende avoir eu besoin d’elle pour avoir une audience , et que lui , qui est par son état et par sa place journel-
leuieiit auprès de la Reine , aurait pu s’apercevoir des dispositions où pouvait être la Reine à son égard.
A elle demandé si cette audience n’ayant pas été accordée et les doutes du cardinal naissant , elle ne lui dit pas que si la Reine avait différé, c’était parce qu’elle ne voulait pus qu’on sut qu’il pouvuit compter sur ses bontés; mais que la Reine lui prouverait ellemême que tout ce que la répondante lui avait dit de sa part était vrai , et que rencontrant la Reine à la promenade, peut-être il lui parlerait ,
À répondu que cela n’est pas plus probable que ce qu’on lui a demandé jusqu’à présent, et ce à quoi elle u répondu ; qu’elle persistait toujours à dire que le cardinal savait qu’elle ne voyait pas la Reine, et que si la répondante s’était annoncée pour avoir accès auprès de la Reine et obtenir des audiences pour un autre, elle ne l'aurait pas prié et ne l'aurait pas chargé de demander une audience pour elle, surtout M. le cardinal étant à portée lui-même de voir et de parler à la Reine quand il le jugeait à propos.
Interrogée si elle ne connaît pas une fille nommée Leguay de Signy, prenant le surnom de baronne d’Oliva,
A répondu qu’elle la connaissait pour l’avoir vue au Palais-Royal étant assise auprès d'elle; que, se trouvant seule, vu que les dames et autres personnes qui étaient venues avec elle étaient à se promener, elle s'impatienta de ne pas voir revenir son mari; le monsieur qui était assis auprès d’elle fut le chercher ; pen-
dant ce temps une femme qui était assise auprès d’elle lia conversation avec elle , et lui paraissant honnête et décente, et voyant que M. le vicomte de Choiseul était venu lui parler, et que lui s’étant retiré, cette dame lui dit que le vicomte de Choiseul était un des amis de son mari et connaissait parfaitement ses affaires, et comme la répondante se levait pour s’en aller, cette dame se plaignit de ce que sa compagnie ne revenait pas et témoigna la peine où elle était de rester seule. Observe que cette dame était avec une petite fille de cinq ou six ans, lui demanda où elle demeurait, lui proposa de la reconduire chez elle, rue du Jour, où elle avait dit qu'elle demeurait. Dans ce moment son mari revint, à qui elle dit qu’elle allait reconduire cette dame, qui s’était dite la baronne d’Oliva et était à Paris pour solliciter un procès; qu’elle avait une sœur âgée de quatorze ans, à l’abbaye de Montmartre. Son mari fit semblant de ne la pas connaître et d’être fâché de ce qu’elle lui avait offert de la reconduire; arrivée à la maison de celte dame , rue du Jour, elle fut invitée de monter, ce qu’elle fit , s’étant aperçue que son mari cherchait les pieds de cette dame et lui faisait des signes des yeux; elle est restée pendant une heure dans la chambre de cette dame qui lui parla encore de ses affaires, que son inari était en Amérique et qu’elle plaidait contre lui, vu qu’il retenait tout son bien et demandait des provisions ; qu’elle lui demanda de s’intéresser pour elle auprès d’un magistrat pour lequel elle lui donnerait un mémoire, et lui dit :
« Madame, si vous voulez vous informer de moi à M. le vicomte de Choiseul, il vous dira qui je suis, ayant été chargé de mes affaires très-longtemps. » Qu’elle répondante lui dit qu’elle allait à Versailles pour quelques jours et qu’à son retour elle la ferait avertir, ce qu’elle fit par son mari ; cette dame vint chez elle, et, lui paraissant honnête et décente, elle l’admit dans sa société , la mena partout avec elle , et chez les personnes qu’elle connaissait, notamment à dîner chez la dame de la Fresnaye; que, vers la fin de juin 1 784 , cette dame lui ayant demandé de l’amener à Versailles, qu’elle ne connaissait pas, la répondante l’y a menée deux fois, une à la fin de juin et une au commencement de juillet; que le 24 juillet suivant, cette même dame lui proposa de la mener à Versailles, mais comme elle avait promis au baron de Planta quelques jours avant de l’y conduire , et sa voiture , ce jour-là, étant remplie par elle répondante, le baron de Planta, sa femme de chambre et un gros paquet, cette dame alla avec le mari d’elle répondante, et le sieur Rétaux de Villette, ancien gendarme, dans une voiture, et se rendirent à Versailles; que le sieur Rétaux de Villette avait besoin à Versailles pour solliciter M. de Saint-Paul pour une sous-lieutenance de maréchaussée , qui était promise pour lui à madame la duchesse de llourbon , M. le comte de Brienne et M. le duc du Châtelet, qui s’intéressaient pour lui; qu’elle répondante et son mari y allaient ce jour-là pour solliciter M. le maréchal de Castries pour obtenir la per-
mission d’engager un brevet de pension du frère d’elle déposante pour payer ses dettes; qu’étant restés trois jours à Versailles, ces messieurs lui ont amené la baronne d’Oliva.
A elle demandé si , au contraire de ce qu’elle vient de nous dire, le mari d’elle répondante n’a pas fait connaissance de cette fille dans le printemps de l'année 1784, l’ayant suivie du Palais-Royal, où il se promenait , jusque chez elle , dans la rue du Jour, au petit hôtel de Lambesc,
A répondu qu’elle ne pouvait pas savoir si son mari la connaissait et comment il en a fait la connaissance.
Interrogée si ce n’est pas son mari qui l’a conduite un soir, à l’époque que nous venons de lui dire, et l’a laissée seule avec elle,
A répondu qu’elle l’avait connue au Palais-Itoyal, comme elle nous l’a dit précédemment, et que ce n’est pas son mari qui l’y a conduite ni laissée seule.
Interrogée si , étant chez la fille d’Oliva à la première fois qu’elle y a été avant d’entrer, elle n’a pas tiré de son portefeuille des lettres qu’elle disait avoir reçues de lu Reine, et n’en a pas lu plusieurs à ladite fille,
A répondu que ce que nous lui demandons est un rêve pour elle, et qu’il doit paraître fort extraordinaire qu'avant de connaître une personne et d’entrer en conversation avec elle , elle ait débuté par lui montrer des lettres de lu Reine ; que si elle eût eu des lettres de la Reine ou des particularités de confiance dont elle
PIKCES Jl'STlFIC.ATI VES.
eut pu s’honorer, elle l’aurait fuit vis-à-vis des personnes honnêtes et de sa connaissance, ce qu’elle n’a jamais fait.
Interrogée si elle ne dit pas à la d’Oliva qu’elle était une dame de la cour, qu’elle était les deux doigts de la main avec la Reine, qui l’avait mise dans toute sa confiance et l’avait chargée de lui trouver une personne qui fût dans le cas de faire ce qu’elle lui dirait quand il en serait temps; que le moins qu’elle aurait serait 15,000 livres, et que le cadeau qu’elle recevrait de la Reine serait encore au-dessus,
A répondu que tout cela est très-faux et lui parait un songe; qu’elle ne doute pas que M. le cardinal, pour faire rendre sa cause plus vraisembluhle , n’ait imaginé ces choses-là, et que, comme cette fille était très-hien avec le père Loth , auquel le cardinal avait eu la honte de le faire prêcher devant le Roi , et qu’il lui avait donné l’espérance de le faire séculariser poulie nommer prieur des Quinze-Vingts , suivant un projet que M. le curdinal avait créé pour l’administration de cet hôpital ; que ce père Loth nie avoir été chargé par voie directe ou indirecte de la part du cardinal de taire jouer dans cette affaire un rôle à cette d’Oliva qu’il connaissait relativement à des confidences que lui avait faites la répondante sur les chagrins que lui avaient causés des intrigues qui existaient entre cette fille et son mari , pour lesquelles le cardinal avait fait venir son mari', et lui avait dit qu’il manquait aux égards qu’il devait à sa femme, intrigues pour lesquelles la
répondante a chassé, vers la fin de septembre 1 784, la fille d’Oliva, surtout ayant appris par les personnes de sa société les indécences qu’elle avait faites , qu’elle était une fille publique connue sous le nom de Signy, que son mari vivait avec elle depuis longtemps.
Interrogée si elle n’offrit pas à la fille d’Oliva de passer un acte des 15,000 livres par-devant notaires,
A répondu que non, et qu’il est naturel de croire que si elle lui avait offert elle l’aurait accepté, étant fort gênée dans ses affaires.
Interrogée si elle ne lui a pas dit que son mari viendrait le lendemain la prendre pour aller à Versailles,
A répondu que non.
Interrogée si la fille d’Oliva, s’étant rendue avec le sienr de Lamotte à Versailles, le lendemain, elle ne se trouva pas sur la place avec sa femme de chambre ; si elle ne fit pas descendre de voiture la fille d’Oliva et son mari , et si elle ne fit pas conduire par son mari et sa femme de chambre la fille d’Oliva chez elle, place Dauphine,
A répondu comme elle vient de nous l’expliquer, c’est la troisième fois que la fille d’Oliva venant à Versailles, chez elle, y a été conduite par son mari et le sieur de Villette; qu’elle, répondante, y était venue avec le baron de Planta, a descendu celui-ci sur la place d’Armes; en arrivant chez elle, elle a trouvé la fille d’Oliva avec ces deux messieurs (Lamotte et Rétaux).
Interpellée de déclarer si c’est dans le printemps, ou
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à la fin de juillet ou nu commencement d'août de l’année 1784, que son mari conduisit la fille d’Oliva à Versailles ,
A répondu que c’est le 24 ou le 26 juillet de cette année; observe que toutes les fois qu’elle allait à Versailles dans ce temps-là, elle était dans l’habitude d’en prévenir le cardinal ; que soit qu’il vint chez elle ou qu’elle allât chez lui , ou que le cardinal l’envoyât chercher par le baron de Planta , ils se promenaient dans les jardins de Versailles, soit avec le cardinal seul, tantôt avec son mari , et tantôt avec son mari et le baron de Planta, et ce jusqu’à des deux heures du matin, et que ce jour-là sa femme de chambre et son jacquet l’ont trouvée se promenant dessus la terrasse avec le cardinal et le baron de Planta , et que le cardinal était en lévite, chapeau en clahaud ', et faisait le boiteux pour n’ctre pas reconnu, ce que ses gens lui ont fait remarquer.
Interrogée si en rentrant chez elle elle ne dit pas à la fille d’Oliva qu’elle venait de chez la Reine, à laquelle elle avait annoncé son arrivée; que la Reine était enchantée de cela, et que la Reine s’en amusait beaucoup, que le lendemain elle lui dirait ce qu'elle avait à faire,
A répondu que cela est très-feux.
Interrogée si le lendemain vers les neuf heures du soir elle n’habilla pas la fille d’Oliva en négligé, avec
* On disait ail siècle dernier qu'un chapeau était en clabaud quand l’un de ses bords baissait plus que l’autre.
PIECES J CST I FIC ATI V ES.
une robe blanche en chemise, et si elle ne lui fit pas prendre une grande thérèse de gaze d’Italie, blanche, A répondu que la baronne d'Oliva était vêtue avec une robe anglaise de mousseline des Indes brodée, avec un jupon rose dessous, et coiffée avec une calèche de gaze blanche qu’elle lui a prêtée, parce qu’elle avait un bonnet fort sale; qu'elle a été promener avec son mari et le sieur de Villette; qu’ils sont rentrés entre minuit, une heure; que, pour elle, elle fut promener seule avec M. le cardinal jusqu’à Trianon, et là, venus dans une chaise sous les piliers de la galerie, et est rentrée seule chez elle à minuit; et que son mari, le sieur de Villette et la fille d’Oliva, n’étaient pas encore rentrés; que s’étant impatientée de ce qu’ils ne rentraient pas , elle est sortie avec sa femme de chambre pour les chercher, et qu’elle ne les trouva pas.
A elle demandé si elle ne dit pas à la fille d'Oliva qu’elle allait la conduire dans le parc, où elle parlerait à la Reine, avant de parler à la personne à qui elle remettrait une lettre qu’elle lui donnerait,
A répondu que non, et que c’est très-faux, et est indignée de ces horreurs-là.
Interrogée si elle et son mari ne conduisirent pas la fille d’Oliva dans le parc, si elle ne lui remit pas une rose pour la donner à la personne qui paraîtrait devant elle, en lui disant : « Vous suvez ce que cela veut dire» ;
A répondu que non, et qu’elle ne peut s’empêcher de dire qu’elle regarde cela de la part de ceux qui l’ont dit ou fait dire comme un trait de folie.
Interrogée si, le sieur de Lamotte les avant quittés, elle ne rentra pas avec la fille d’Oliva dans une charmille où il y avait une brèche, et si elle ne lui dit pas en la quittant : « Acquittez-vous bien de votre commission , parce que la Reine vous regarde » ;
A répondu qu’elle est indignée de tant de mensonges et d’horrenrs.
Interrogée si elle n’avait pas fait placer auprès de la charmille un particulier qui a la figure mince, le teint pâle, le visage allongé et les sourcils noirs,
A répondu (pie non , et que cela n’a pas le sens commun.
Interrogée si elle n’a pas quitté la fille d’Oliva pour aller avertir le cardinal que la Reine se promenait et lui permettait de se présenter,
A répondu que non ; que tout cela est une fable incroyublc et des bêtises.
Interrogée si le cardinal ne s’avança pas vers la fille d’Oliva, qu’il prit pour la Reine, et si cette fille ne remit pus au cardinal la rose, en lui disant : «Vous suvez ce que cela veut dire » ;
A répondu que V Academie française ne devrait pas être ouverte au cardinal, après avoir dit ou fait dire de pareilles bêtises. '
Interrogée si dans le moment même, un particulier qu’elle avait fait placer auprès de la charmille, ne vint pas annoncer que Madame et madame la comtesse d’Artois rejoignaient la Reine, et si elle ne vint pas
rejoindre la fille d’Oliva en lui disant : « Venez vite, venez vite » ;
A répondu <pie toute cette histoire est d’autant plus absurde, qu’il n'était pas possible de penser que M. le cardinal imaginât que lu Reine pût se prêter à une scène aussi extraordinaire et aussi malhonnête, et que le cardinal pût s’aveugler au point de ne pas reconnaître la Reine.
Interrogée si la fille d'Oliva, après celte scène, ne s’est pas retirée avec le sieur de Lamotlc, et si elle, répondante, ne s’est pas retirée de son côté avec le cardinal ,
A répondu que non, et s’en réfère à ce qu’elle a dit plus haut, et que tout cela est faux.
Interrogée si au bout de deux heures elle n’est pas rentrée chez elle d’un air fort gai, et si elle ne dit pas à la fille d’Oliva que la Reine était contente de la façon dont tout cela s’était passé ,
A répondu que tout cela est faux.
Interrogée si le lendemain elle ne lut pas à la fille d’Oliva une lettre qu’elle dit être de la Reine, laquelle portait : « Ma chère comtesse, je suis très-contente de la personne que vous m’avez procurée, elle s’est acquittée de sa commission à merveille, elle peut être assurée de son sort » ;
A répondu que tout cela est faux, et la suite d’une fable mal ourdie et d’une cabale mal concertée.
Interrogée si après le retour de la fille d’Oliva à Paris, elle ne hii a pas plusieurs fois donné à diner, et
si elle ne lui a pas remis une fois 1 ,000 livres et une autre fois 3,000 livres en billets de la caisse d’escompte ,
A répondu qu’au retour de ce voyage de Versailles elle a malheureusement continué de voir la fille d’Oliva, ainsi qu'elle nous l'a dit, jusqu’au moment où elle a. été forcée de la renvoyer de chez elle, et qu’il est affreux qu'une connaissance qui ne lui avait donné que des désagréments, lui procure encore celui de voir qu’ on s’est servi d’une fille aussi vile que celle-là pour faire un rôle aussi ridicule que celui que nous venons de lui exposer; qu’il y a apparence que l’on a fait ou promis un sort à cette fille pour jouer un pareil rôle ; qu’elle n’a donné ni 1,000 livres ni 3,000 livres.
Du 23 janvier 1786.
Interrogée si quelque temps après ce qui s'était passé dans le parc de Versailles, elle ne dit pus au cardinal que lu Heine s’intéressait à des personnes qui avaient besoin de 50,000 francs, et si le cardinal ne lui remit pas cette somme,
A répondu que le cardinal ne lui aurait pas remis ces 50,000 francs; que la Reine ne pouvait pas être en cas de les demander, et qu’il aurait fallu une belle confiance de la part du cardinal pour les remettre.
Interrogée si dans le courant du mois de novembre suivant elle n’a pas demandé au curdinal une somme de 100,000 livres pour un pareil emploi, et si le car-
dinal ne lui a pas fait remettre ces deux sommes par le Imron de Planta ,
A répondu que le cardinal ne lui a pas fait remettre ces deux sommes, et (pie s’il l’a dit, ou le sieur de Planta , cela est de plus fou en plus fou , et très-invraisemblable, et qu’on ne donne pas de semblables sommes sans en retirer des reçus ou reconnaissances.
Interrogée si ce n’est pas à cette époque-là qu’elle faisait beaucoup de dépenses, et qu’elle apporta des sommes de 30,000 francs et autres à différentes personnes,
A répondu qu’elle pourrait s’en rapporter à ce qu’elle nous a déjà dit, mais qu’elle nous répète la vérité; que le cardinal, lui faisant des dons assez considérables, l’a engagée à les placer, de façon à se faire un sort en attendant la réussite de ses affaires, ce qu'elle a fait; et nous continue d’observer que le cardinal n’aurait pas été assez dépourvu de sens pour donner 50,000 écus, sans avoir par devers lui des ordres bien reconnus pour être de la Reine, ou au moins sans en avoir un reçu d'elle ; elle observe en outre qu’il y a apparence que le cardinal ayant lu dans le Mémoire d’elle, répondante, qu’elle avait reçu de lui des sommes qu’elle avait placées en partie, il a cru en tirer une induction que l’on pourrait tirer contre lui , en disant qu’il avait donné et remis pour la Reine des sommes aussi considérables.
Interrogée si elle connaît un avocat nommé de Laporte ,
A répondu que oui; qu’elle l’a connu par un sieur Renier; que le sieur de Laporte lui a présenté un projet
qu’il voulait faire réussir, pour lequel elle lui a procuré une entrevue avec le cardinal , qui devait avoir pour lui cinq pour cent de bénéfice, et elle un sou d’intérêt. Le sieur de Laporte a vu plusieurs fois le cardinal pour cet objet. Que le sieur de Laporte a en outre présenté au cardinal plusieurs particuliers , qui sont l'abbé Béringard et deux négociants, qui ont donné des mémoires pour des projets qu’ils avaient, en le priant de s’interposer auprès du ministre pour les faire réussir, et lui faisaient entrevoir qu’il aurait 1,000,000 pour lui ; le sieur de Laporte a ramené ces particuliers chez la répondante, à qui ils ont paru enchantés du cardinal, et le sieur de Laporte a engagé elle, répondante, à employer son crédit pour ces messieurs auprès du cardinal, en lui disant qu’elle pourrait tirer un bon pnrti de ces messieurs; à quoi elle lui répondit qu’elle ne voulait pas qu’on lui parlât d’intérêt lorsqu’il était question d'obliger; le sieur de Laporte la pria d’accepter les 30,000 francs qu’on lui offruit, que cela la mettrait à portée de les lui prêter pour faire face à des lettres de change de 2,000 écus, dont le sieur Renier s’était rendu caution , et qui étaient protestées, et pour lesquelles il n'avait plus qu’un délai de six semaines; qu'il tremblait de voir arriver ce moment , qu’on vint saisir chez lui, et qu’il ne soit perdu; qu’elle lui dit qu’elle était fâchée de son embarras; qu’elle ne pouvait se prêter à ses désirs, d’autant que l’affaire de ces messieurs n'était pas terminée; ajoute que le cardinal dit â ces négociants : «Votre affaire n’est pas près de finir.
il ne jtourra en être question qu’à mon retour de Saveme; partez, soyez tranquille, je vous ferai avertir quand il en sera temps. » Que ces messieurs, avant de partir, envovèrent à la déposante deux très-belles robes d’un prix fort considérable, dont elle leur a écrit qu’elle ne ferait usage , parce que cela était trop beau ; que ces négociants se nomment Perrin. Ces messieurs lui écrivirent que M. de Laporte et l'abbé Béringard les pressaient pour qu’ils leur portassent une somme de 30,000 livres, sur quoi ils lui demandèrent ses conseils. Elle leur écrivit que, n’étant pas au fait de leur affaire, qui était entre les mains du cardinal, et se méfiant des affaires du sieur de Laporte et de l'abbé Béringard , elle leur conseillait de leur refuser ce qu’ils demandaient.
Interrogée si elle n’a pas dit au sieur de Laporte qu’elle jouissait du plus grand crédit auprès de la Reine,
A répondu que si elle le lui avait dit, cela aurait été contradictoire avec ce qu’elle a fait en l’envoyant au cardinal.
Interrogée si au mois de décembre 1781, le sieur de Laporte ne vint pas lui proposer de s’interposer pour les sieurs Bohmer et Bassenge, afin de leur faire vendre h ln Reine un beau collier de diamants,
A répondu qu’elle n’a point vu au mois de décembre le sieur de Laporte, et qu’il ne lui a point parlé de s’intéresser à faire vendre à la Reine, par Bohmer et Bassenge, un beau collier de diamants; quelle ne l’a
PIÈCES J r STI FIC ATI V ES. 295
vu pour telle fin qu’au mois de janvier suivant, avec le sieur A;hette et Bassenge.
Interrogée si elle ne demanda pas à voir le collier, et si elle n’indiqua pas un jour à cet effet ,
A répondu que non.
Interrogée si le sieur Bassenge ne fut pas chez elle au jour indiqué et ne la pria pas de parler à la Reine et de la déterminer à faire l’acquisition du collier.
A répondu que si elle leur avait donné un jour, comme ils le disent, pour l’objet en question, elle n'aurait pas refusé de les voir, et ne leur aurait pas fait dire par sa femme de chambre qu’elle ne pouvait les recevoir, attendu qu'il fallait qu’elle sortit; que le sieur Àchette, à la porte de son antichambre, lui dit : « Un moment , Madame , nous avons quelque chose à vous montrer; pour celui-là, la vue n’en coûte rien, c’est l’affaire d’une minute. » ; qu’elle est entrée effectivement dans le salon, où sont entrés avec elle les sieurs Achette, de Laporte et Bassenge; qu’ils ont ouvert un ccrin en lui disant : « Ce monsieur est joaillier de la Reine; il a le malheur d’avoir ce collier, qui lui coûte fort cher et le rend très-malheureux, eu égard au temps qu’il le garde; que cet objet est de 1,600,000 livres; que la perte qu’il fait des intérêts le gêne beaucoup. » Ils lui dirent que le Roi avait gardé ce collier pendant trois mois, qu’il l’avait trouvé trop cher, et que des circonstances l’avaient empêché de l’accepter ; qu’Aehette lui dit : « Sous savons, Madame, que vous avez de très-belles connaissances, ne pourriez-vous pas
trouver clans le nombre quelqu'un qui voulut acheter ce collier; on prendrait tons les arrangements possibles, et l’acquéreur profiterait de l’embarras où nous nous trouvons. » A quoi elle répondit : «Je suis bien fùchée de ne pouvoir vous être utile, aucune de mes connaissances ne pouvant acquérir un pareil objet. » Laporte et Achette lui dirent à part : « Madame, M. le cardinal ne pourrait-il pas, uuprès de M. de Colonne, à qui il dirait ce que nous venons de vous dire, en taire l'acquisition pour le lloi? » A quoi elle leur répondit qu’elle ne se mêlait pas de ces sortes d'affaires ; qu’elle fit descendre son mari et se retira.
Interrogée si , ayant fait paraître au sieur Bassenge qu’elle ne s’était jamais mêlée de pareilles négociations, elle ne lui dit pas qu’il pourrait se présenter une occasion favorable qui la mettrait à même d’en parler à la Reine, ce qu’elle ferait avec grand plaisir; si elle n’ajouta pas qu’elle croyait que la Reine prendrait le collier, et que, si elle ne l’achetait pas, elle connaissait quelqu’un qui pourrait l’acheter,
A répondu que ces messieurs ne lui ont jamais parlé de la Reine ; qu’elle ne leur en a pas non plus parlé; qu’ils l’ont seulement priée d’en parler à ses connaissances et d’engager M. le cardinal à le faire prendre par le Roi .
Interrogée si trois semaines après elle n’a pas fait dire nu sieur de Laporte de venir diner chez elle ; si elle ne lui dit pas d’avertir les joailliers de venir le lendemain , parce qu’elle croyait que la vente du collier se
ferait, la ltcinc lui ayant témoigné une grande envie de l'avoir, mais qu'elle exigeait le plus grand secret , vu qu’elle n’en n’avait pas parlé au Roi , et que ce serait un grand seigneur qui serait chargé de cette négociation ,
A répondu qu’elle ne peut que répéter la même chose, et que cette histoire parait avoir été concertée entre eux tous pour donner plus de vraisemblance aux suites de cette affaire.
Interrogée si Bassenge ne se rendit pas chez elle le lendemain matin , si elle ne lui dit pas qu’elle avait de bonnes nouvelles à lui annoncer; que lu Reine désirait le collier, qu’elle en ferait l’acquisition, qu’elle ne pourrait la traiter directement avec lui , mais qu’elle en chargerait un très-grand seigneur qui se rendrait chez lui Bassenge pour lui faire des propositions pour ladite acquisition ,
A répondu qu’elle a vu Bassenge une première fois, comme elle vient de nous l’expliquer, et qu’elle ne l’a vu la seconde fois qu’après l’acquisition du collier, qui était cinq jours après, et que tout le surplus de la demande est faux.
Interrogée si de Laporte n’est pas venu le lendemain chez elle, et si elle ne lui dit pas que la vente du collier serait prompte, jmree que lu Reine voulait l’avoir pour la Chandeleur,
A répondu que tout cela est faux; qu’elle n’a vu de Laporte qu'après l’acquisition du collier, pour la seconde fois avec Bohmer et Bassenge.
Interrogée si elle ne déclara pas au sieur de Laporte que c’était le cardinal qui était chargé de cette affaire, sur quoi de Laporte ayant témoigné son étonnement, parce qu’il savait que le cardinal n'était pas favorisé de la Reine, elle ne lui dit pas qu’elle avait remis le cardinal dans les bonnes grâces de la Reine, et que celte occasion affermirait sa faveur,
A répondu que tout ceci est faux , et que cela lui parait être une suite de la cabale formée contre elle.
Interrogée si après l’entrevue avec Bassenge elle n’a pas été trouver le cardinal et ne lui a pas apporté une lettre prétendue écrite par la Reine, par laquelle la Reine marquait le désir d’acquérir le collier, et que ne voulant pas entrer elle-même dans les détails de'l’acquisition et des arrangements à prendre, il lui serait agréable qu’il traitât de celte afFaire, qu’il prit toutes les mesures, et qu’il déterminât les époques de payements, A répondu que si elle a porté et montré une lettre de la Reine, elle exige qu’elle lui soit montrée , le cardinal n’ayant pas dû s’en tenir à ce qu’elle lui disait ou lisait, et ayant dû par lui-même s’assurer de la vérité de la lettre et la garder par devers lui , surtout devant être fort étonné que la Reine ne lui eut donné jusque-là aucune marque de bonté , puisqu’il prétend ne lui avoir parlé qu’au mois de juillet dans une charmille, quoiqu’il ait eu souvent depuis, par sa place, l’honneur de la voir fréquemment, et qu’il s’était plaint souvent à elle, répondante, de sa disgrâce auprès de la Reine, qui était publique.
Interrogée si quelques jours après elle ne dit pas au cardinal que la Heine désirait que le marché hit conclu très-promptement ,
•A répondu que non.
Interrogée si le 2 4 janvier 1785 elle ne fut pas dans la matinée avec son mari chez Basscnge lui annoncer que le grand seigneur qui était chargé de la part de la Heine de faire l’acquisition du collier allait paraître, et si elle ne dit pas à Hassenge qu’il était inutile de le nommer,
A répondu que le lendemain qu’elle a vu le collier, elle en a parlé dans la conversation au cardinal en lui disant qu’on lui avait montré un collier, et qu’elle lui a dit ce qu’elle nous a déjà dit dans ses précédentes réponses; que le cardinal n’avait pas fait d’attention à cela, mais que le lendemain ou le surlendemain , de grand matin , le cardinal lui ht demander par écrit l’adresse des joailliers; que ne la sachant pas, son inuri fut la demander chez le sieur de Laporte et apprit que c’était le sieur Bôhmer, rue Vendôme, au grand Balcon ; elle le manda au cardinal et fut sur-le-champ avec son mari, dans son cabriolet, chez Bohmer, qu’elle ne trouva pas ; elle fut adressée au sieur Bassenge, son associé, à qui elle montra les deux lignes qui lui avaient été écrites par le cardinal, et lui dit qu’il pouvait venir incessamment, puisqu’il lui faisait demander leur adresse, en lui disant que s’il venait pour l’acquisition du collier, il prit bien ses sûretés vis-à-vis de lui; qu’elle ne lui parla pas de la Reine et ne lui ht pas défense de la nommer.
Interrogée si elle ne sait pas que le cardinal tut le meme jour, 24 janvier, chez les Bdhmer, et si le cardinal lui ayant rendu compte de ce qui s’était passé, elle ne lui dit pas que lu Reine désirait voir cette affaire terminée promptement,
A répondu qu’après cette époque elle a été plusieurs jours sans voir le cardinal ; qu’elle a appris que l'acquisition du collier était terminée par les joailliers et le sieur de Laporte; (pie les joailliers lui ont dit qu'ils étaient très-contents, qu’ils venaient lui fuire leurs rcmerciments, et qu’ils lui firent entendre qu’ils seraient fort aises de lui témoigner leur reconnaissance ; qu’elle leur répondit fort sèchement qu’elle était fort aise qu’ils fussent satisfaits; qu’elle avait coopéré pour fort peu de chose à la conclusion de leur marché ; qu'au surplus elle ne voulait que le plaisir de les avoir obligés, et elle leur demanda s’ils avaient bien pris leurs précautions, et qu'il n’v eut pas d’autre explication.
Interrogée si le cardinal ne lui a pas montré l’écrit contenant les conventions et conditions du marché que les joailliers avaient acquitté et signé; si le cardinal ne lui u pas remis cet écrit; si elle ne le garda pas pendant deux jours sous le prétexte de le communiquer à la Reine, et si elle ne le lui rendit pas en lui disant qu’il était inutile que les conditions et conventions du marché fussent approuvées et signées par la Reine , parce (pie la Reine payerait sous peu de jours ,
A répondu que tout ce que nous venons de lui dire est faux ; que le cardinal ne lui a pas remis l'écrit dont
nous parlons; que tout ce qu’elle va nous raconter, c’est ce qu’elle a su du cardinal relativement à l'acquisition du collier, c’est qu’après avoir appris par les joailliers, comme elle nous l’a dit, (pie le cardinal avait acheté le collier; la première fois qu’elle le vit, voyant qu’il ne lui disait rien, elle voulut le plaisanter et lui dit : « Vous êtes bien discret; vous ne me dites pus que vous avez vu les joailliers et que vous avez fait l’emplette du collier. » Il lui répondit : « Ah ! ah! vous êtes bien curieuse; eh bien, devinez pour qui?» Elle lui répondit : » Je ne sais pas. » Il lui répliqua : « C’est pour votre souveraine; mais surtout le plus grand secret, car tout serait perdu. »
Interrogée si au contraire de ce qu’elle vient de nous dire, le cardinal n’insista pas pour (pie la Reine approuvât et signât les conditions du marché, en lui observant que plus les joailliers mettaient de confiance en lui, plus il devait leur faire voir qu’il s’occupait de leur intérêt ; si elle ne reprit pas le marché et ne le rapporta pas au cardinal avec les mots approuvé et la signature Marie-Antoinette de France, comme étant de la Reine, A répondu que tout cela est fuux , et qu’elle ne peut que répéter ce qu’elle nous a dit ;
Lui avons représenté ledit écrit, et interpellée de déclarer si elle a montré cet écrit à la Reine, si la Reine a écrit en marge les mots approuvé et signé Marie-Antoinette de France,
A répondu que voilà la première fois qu’elle voit cet écrit, qu’elle désirait beaucoup connaître; qu’elle
reconnaît l’écriture pour les propositions et conditions du marché pour être écrite par le cardinal ; ne connaît pas les acceptations qui sont au bas dudit écrit, ni l'écriture des mots approuvé et la signature Marie-Antoinette de France , et est prête de le parapher.
A elle demandé si elle reconnaît l’écriture et la signature de la Reine, et si elle peut dire que ce soit l’écriture et signature de la Reine,
A répondu qu’à cette époque elle n’avait jamais vu l’écriture ni la signature de la Reine ; que la première fois qu’elle l’a vue a été lorsque le cardinal a été chez elle le 3 août dernier et lui a montré différents morceaux de lettres qu’il lui a dit être écrits par la Reine ; se réserve de nous dire par la suite à quelle occasion ; observe que la signature Marie-Antoinette de France lui parait très -extraordinaire et aurait du paraître telle au cardinal , lequel était plus à portée de savoir comment la Reine signait.
Interrogée si ce n’est pas elle qui a écrit le mot approuvé et qui a signé ,
A répondu que non.
A elle demandé si ce n’est pas elle qui a fait écrire et signer par sa femme de chambre ou quelque autre personne de sa connaissance,
A répondu que non.
Interrogée si elle n’a pas dit au cardinal que l’intention de la Reine était que les intérêts fussent payés pour les sommes qui resteraient dues après le premier payement fait.
A répondu qu’elle ne sait pas ce que tout cela veut dire.
Interrogée si , ayant su que le collier avait été livré et vendu au cardinal le 1" février, elle ne fut pas le même jour ù Versailles chez le sieur Gobert, place Dauphine, où elle demeurait,
A répondu qu’elle nous avait déjà dit qu’elle n’avait pas su le moment de la remise du collier; qu'il peut bien se faire qu’elle ait été ce jour— I» a Versailles, parce qu’elle y allait très-souvent pour ses affaires et celles de sa famille.
Interrogée si le même jour, 1 er février, le cardinal ne fut pas la trouver chez le sieur Gobert ,
A répondu qu'elle ne sait pas si le cardinal est venu ce jour-là chez elle; que le cardinal, toutes les fois qu’il venait à Versailles, venait la voir chez elle.
Interrogée si, peu de moments après que le cardinal fut entré chez elle , on ne vint pas lui dire que quelqu’un demandait à lui parler, et si elle ne dit pas au cardinal que c’était quelqu’un de lu part de la Reine ,
A répondu que lorsque le cardinal était chez elle personne n’y entrait et que sa porte était défendue.
Interrogée s’il n’est pas vrai ipie le cardinal se retira dans une alcôve de papier dont la porte était entr’ouverte, et si pour lors il n’entra pas un homme habillé de noir qui remit une lettre à elle répondante, et si, après avoir décacheté la lettre, elle ne fit pas sortir l’homme habillé de noir et n’apporta pas au cardinal la lettre, qu’elle lui dit être de la Reine; laquelle lettre
portait qu’on pouvait remettre le collier à celui qui apportait la lettre, et si le cardinal ne lui remit pas le collier renfermé dans une Imite, et si elle ne le remit pas à cet homme habillé de noir, et si le cardinal ne lui demanda pas quel était cet homme, et si elle ne lui répondit pas qu’il était de la chambre de la Reine et de la musique du Roi ; si ce n’était pas le même qui , lors de l’entrevue du jardin, était venu dire : a Voilà Madame et madame la comtesse d’Artois, »
A répondu (pie tout ce que nous lui demandons est faux; qu’il n'est pas possible de croire que le cardinal étant venu exprès pour apporter le collier, ayant vu un homme et une lettre qu'on lui annonçait venir de la part de la Reine pour qu’il remit le collier, n’ait pas parlé lui-même à cet homme et ne lui ait pas remis lui-même un objet aussi précieux , et se soit tenu caché dans un moment où il devait prendre les plus grandes précautions; qu’au surplus, M. le cardinal doit avoir la lettre en question , et qu'elle lui sera représentée.
Du 21 janvier 1780.
Interrogée si ce n’est pas pour ôter toute inquiétude sur la négociation qu’elle avait tramée du collier pour se l’approprier, qu’elle dit aux joailliers de bien prendre leurs arrangements avec le cardinal ; et si ce n’est pas pour ôter tout soupçon qu'elle a refusé les présents qu’ils voulaient lui faire ,
A répondu qu’elle n’a point tramé aucune négociation pour s’approprier le collier; que, si elle en avait
été capable, elle aurait accepté un présent de 100,000 francs qui lui avait été offert, dont 60,000 francs en diamants, soit en bagues, montures de boucles d'oreilles et montre avec sa chaîne, et 40,000 francs pour son mari, savoir, deux bagues, une montre et une chaîne de diamants; observe qu’il y avait en outre 100,000 francs pour les autres négociateurs, de Laporte, Achette Renier, et un baron qui est chez Renier et qui est purent du cardinal ; que le sieur de Laporte avait écrit sur un papier qu’il lui a montré toutes ces conditions, en la priant de les accepter; elle , le priant de ne lui en point parler, parce qu’elle avait très-peu contribué à la vente du collier, et qu’elle n’était pas faite pour recevoir des présents pour avoir rendu des services; ajoute que c'est le sieur Renier qui lui a apporté cet écrit; qu’il a demandé à sa femme de chambre une de ses bagues pour servir de modèle , et que ledit Renier, en lui rapportant sa bague qu’elle avait envoyé chercher, lui dit : « Vous trouverez bon , madame , que l’on fasse présent à votre femme de chambre de vingtcinq louis en or et d’une bague. »
Interrogée si , nonobstant le refus d’accepter ce qui lui était offert, il n'est pas vrai que son mari dit : « Vous avez eu tort de ne rien prendre, parce que, étant des jeunes gens qui n'étaient pas riches, des diamants étaient bons à recevoir, »
A répondu que rien n'est plus faux; que son mari était trop délicat pour cela, et tout ce qu'elle peut dire, c’est qu’elle les a refusés; ajoute que les sieurs
Henier et de Laporte l’ont pressée d’accepter ce qui lui était proposé, en lui disant de se faire remettre les 1 00,000 francs qui lui étaient offerts par les joailliers , qui se répandraient sur eux avec les autres 100,000 francs qui leur étaient promis; qu’il n'était pas juste que les joailliers profitassent du désintéressement qu’elle avait ; que cet écrit et ces propos ont été tenus en la présence de sa femme de chambre , qui la coiffait ; depuis ce temps elle a refusé sa porte à ces particuliers, qui se sont présentés nombre de fois chez elle.
Interrogée si elle n’a pas été en possession du collier, et si elle et son mari ne l’ont pas démonté ,
A répondu que non , ne l’ayant pas eu à sa possession.
Interrogée si dans le mois de février, elle et son mari ne furent pas chez le sieur Furet, horloger, voir des pendules ; s’ils n’en prirent pas trois pour le prix de 3,720 livres, et si son mari ne donna pas à compte deux diamants évalués 2,700 livres,
A répondu qu'elle a été non pas dans le mois de février mais au commencement de mars, avec son mari, chez le sieur Furet, qui les avait engagés à venir voir
une peudule qu’il uvait faite pour le comte d’ ,
qui devait partir le lendemain ; le sieur Furet lui montra plusieurs montres garnies de diamants et l’engagea d'en prendre une; que pour lors elle tira sa bourse, nans laquelle il y uvait huit ou dix diamants, lesquels provenaient de vingt-deux diamants qu’elle avait
chez elle, que M. le cardinal lui avait remis dans les premiers jours de mars chez lui , lesquels il avait tirés d’une boite de sapin blanc entortillée de coton, et en les tirant de cette boite il lui dit : « Voilà des diamants ; si vous étiez intelligente...; mais non, votre mari pourrait me dire ce qu’on en offre; d’ailleurs, j’ai la note. » Que le prince passa dans son cabinet d’histoire naturelle, les mit sur des tablettes, les pesa dans des balances jaunes, et lui dit : « Il y en a pour 15,000 francs. » Qu'elle lui répondit : « Prince, mon mari n’est pas connaisseur, il pourrait bien se laisser tromper, je lui en parlerai avant d’emporter la boite. » Le lendemain matin, le cardinal lui envoya par son suisse les vingt-deux diamants dans une petite boite bien cachetée, et une lettre où il y avait dedans : « Défaites-vous de cela au plus vite. » Qu’elle a montré cette boite à un homme qui coupait ses cors et auquel elle dit : « Ne pourriez-vous pas trouver quelqu’un qui put acheter ces diamants ?» Il lui dit : « Je pourrai vous amener quelqu’un demnin matin, qui pourrait bien faire votre affaire. » Effectivement, il lui amena le lendemain matin Berthe Ibrahim, juif, auquel elle montra la boite de diamants; il lui dit : « Madame, si vous voulez me les confier, je les montrerai à quelqu’un de mes camarades. » Elle lui dit : » Non, puisque vous ne voiliez pas les acheter tout de suite ici. » Elle ne le revit plus. Que trois jours après, le sieur Rétaux de Villette étant chez elle, elle le pria de lui trouver un juif pour lui acheter ces diamants comptant; qu’il lui dit : « Si
vous voulez me les confier, je connuis un juif qui est dans ma rue, rue des Petits-Carreaux, qui vous les achètera, ou son cousin, qui est un gros bijoutier. » Il partit avec la boite, fut trouver le juif, qui le conduisit chez son cousin, qui n’offrit de ces vingt-deux diamants que 7,000 livres. Rétaux lui dit : « Puisque vous ne m’en offrez pas davantage, quoique l’on m’ait dit qu’ils valaient 15,000 francs, je les emporte, peut-être vous les rapporterai-je chez vous cette après-midi. » Que le sieur Filleul, avocat de Bar-sur- Aube, se trouvant chez elle , elle lui dit : « Je suis fort embarrassée de vingt-deux diamants que j’ai à vendre, pourriez-vous me trouver quelqu’un qui pût me les acheter argent comptant? Ils sont de 15,000 francs. » A quoi il lui répondit : « J’irai chez le sieur Paris, joaillier, mon cousin , je lui en parlerai avant que vous me les confiiez. » Effectivement, il revint chez lui et lui dit que son cousin ne pourrait les payer qu'en deux payements. » Voyez si cela vous convient, mais je vous prie, si vous les vendez, de ne les pas vendre à d’autres, parce que je lui ai fait espérer. » Qu’elle vit dans cet intervalle de temps M. le cardinal, pour savoir si cet arrangement lui convenait; il lui dit que puisque l’on ne pouvuit pas faire autrement, qu’il fallait les donner ; «pie ce jour-là même M. le cardinal lui donna encore une boite de bois blanc dans laquelle il se trouvait des diamants fort petits, cependant «pic la totalité était de 9,000 livres; «ju’elle l’emporta; «[u’elle fit venir le lendemain le sieur Renier, bijoutier, il qui elle demanda s'il ne pouvait pas
lui faire vendre cette quantité de diamants, qui pouvaient valoir alors 9,000 francs au moins; qu’il les emporta chez lui ; qu’il les garda jusqu’au premier jour d’avril; que le sieur Filleul avait porté nu sieur Paris les vingt-deux diamants dont est question et a rapporté 8,000 à 9,000 francs en argent et le surplus en effets du sieur Paris, payables dans le courant d’avril ; que les 9,000 francs lui ont été donnés pour elle en pur don par le cardinal ; que quant aux 8,000 ou
9.000 francs qu’elle avait reçus du sieur Filleul pour les vingt-deux diamants, elle les a remis à M. le cardinal , en gardant par devers elle le billet jusqu’à son échéance, comme l'a désiré M. le cardinal ; qu’à l’échéance du billet, en ayant reçu le montant, elle l’a remis de même à M. le cardinal; que dans les premiers jours d’avril, M. le cardinal lui a donné un brillant valant 3,100 livres, qui a été vendu au sieur Renier, plus des petits diamants pour 2,440 livres; que ces deux objets, montant à 5,540 livres, lui ont été donnés en pur don par*M. le cardinal; que duns le courant d’avril, il lui a été remis encore par M. le cardinal seize diamants valant 18,000 francs, qui ont été portés par le sieur Filleul au sieur Paris, qui, au lieu de
18.000 francs n’en a offert que 16,000; qu'elle, répondante, en ayant fait part à M. le cardinal, il les a accej»tés; le sieur Filleul lui a rapporté les 16,000 francs, qu’elle a remis à M. le cardinal; que dans le commencement de mai, M. le cardinal lui dit : « Je cherche partout le portrait de la Reine et je ne le trouve pas:
puisque vous avez un homme affidé, qui est le sieur Renier, il pourrait me trouver quelqu’un qui pourrait l’avoir; voyez-] e , parlez-lui pour cela; je le ferais mettre sur une boite a bonbons, pour l’entourage de laquelle je vais vous donner des diamants. » Qu'il lui en donna effectivement (ainsi que deux brillants pour être montés en bague, l’un de 2,0(X) écus pour elle, et l’autre de plus grande valeur; que ces deux bagues ont été montées par le sieur Renier, et que cette dernière était pour son inari) , lesquels elle remit au sieur Renier en lui demandant ce que M. le cardinal désirait, et vovant huit jours se passer sans avoir pu trouver île portrait, elle se rendit à Versailles, le chevalier de Beaumont vint chez elle le malin, elle lui demandu s’il faisait toujours des portraits : a 11 y a longtemps que vous me promettez de faire le inien. » Il lui tira de sa poche un portefeuille pour lui montrer celui de sa femme, beaucoup d'autres, et celui de la Reine, qui n’était pas fini, et qu’il dit tenir d’un fameux peintre, et qui était très-ressemblant ; que là-dessus elle lui dit : « Je désirerais l’avoir pour quelqu’un qui voudrait l’avoir; pourriez-vous me le prêter pour quelque temps? » A quoi il lui répondit : « Si c’est pour vous, c’est différent, mais un antre aurait-il la permission de le porter? » 11 le lui donna; à son retour à Paris, elle le porta à M. le cardinal, qui le lui rendit au bout de quelques jours en lui disant : « Faites-le faire tout de suite, » et d’v ajouter à la main une rose; qu’elle le porta à Renier, qui le fit faire par un peintre et fit la
boite aussitôt; Renier la lui apporta dans les premiers jours de juin avec la note, qui portait 980 et tant de livres, taqt pour le portrait, la boîte par lui fournie, que pour la main-d'œuvre, laquelle note portait reçu; qu'elle 1a porta à M. le cardinal, qui ne fut pas satisfait du portrait, mais ne lui donna pas moins un billet de la caisse d’escompte de 1 ,000 francs. Du 20 au 22 du même mois, M. le cardinal partit pour Saverne après avoir pris conge du Roi ; le sieur de Carbonnière vint chez elle dans le mois de inai , à six heures du matin, et lui demanda s’il lui serait possible de faire le voyage de Saverne d’ici à quatre jours; qu’il avait des choses importantes à foire tenir à M. le cardinal; que lui, très-occupé à Paris, ne le pouvait pas; que le cardinal lui saurait gré de ce voyage; quatre jours après, il lui apporta un gros paquet cacheté, lui prêta sa canne et dit lui-même au cocher : « Par la porte Saint- Martin jusqu’à Pantin, la première poste. » Qu’arrivée dans une auberge, elle manda au cardinal qu’elle était arrivée : le cardinal l’envoya chercher dans une de ses voitures, elle lui remit le paquet; le cardinal l’engagea à dîner chez lui , ce qu’elle refosa, étant en homme. Il l’envoya chercher à quatre heures après midi et lui dit: « Je suis pénétré de reconnaissance de la peine que vous vous êtes donnée; voilà une boite dont je vous fais cadeau (c’était la même bonbonnière qui avait été faite par le sieur Renier), ouvre z-la et vous y trouverez quelque chose. » Qu’elle l’ouvrit et la trouva remplie de diamants non montés. « A l'égard du portrait qui
est sur la boite, vous l’ôterez ou vous le laisserez, comme vous voudrez. » Qu’ensuite il lui montra une bonbonnière moitié plus grande que celle qu’il venait de lui donner, entourée de très-gros diamants, leva le médaillon et lui fit voir le portrait de la Iteine, qu’il lui dit être plus beau que celui qu’il lui avait donné, et la chargea d’un paquet de lettres pour le sieur de Carbonnière; qu’à son retour à Paris elle le lui fit remettre par son portier nvec sa canne; observe que pour ne pas interrompre les faits qui lui ont été personnels elle nous les a exposés de suite, et qu’à présent elle va reprendre ce qui est relatif aux autres diamants qui lui lui ont été remis pour être portés et vendus en Angleterre.
Au mois de mars de l’année dernière, le cardinal lui dit : « J 'ni vu quelqu’un qui désire beaucoup renouveler connaissance avec vous; c’est un être bien extraordinaire; devinez qui : c’est M. le comte de Cagliostro, qui vous a vue à Strasbourg. Désirez-vous le voir? ce sera demain au soir, si vous le voulez. Vovez comme le public est injuste : on dit que je me ruine pour lui, et pour lui (aire plaisir. Ecrivez-moi que vous désirez voir ce grand homme, cet homme extraordinaire. » Qu'elle lui écrivit qu’elle se rendrait le lendemain au soir; qu’elle s’v rendit, vit le comte de Cagliostro un moment ; il se retira; qu'elle resta avec M. le cardinal, lequel lui dit : « Êtes-vous bien contente? Je vous vois en extase d’avoir vu un si grand homme, et si vous saviez ce qu’il est capable de faire; en un mot, on ne connait
pas de fortune a cet être , on ne sait pas qui il est , et il est dieu; voyez ce portrait, voyez ces yeux qui regardent au ciel. Ah! c’est un homme bien extraordinaire; pour vous assurer de tout ce qu’il est capable de faire, amenez-moi, si vous voulez, une petite fille, un petit garçon de sept , huit a neuf ans ; il vous fera voir des choses extraordinaires, que vous ne pourrez croire qu'en les voyant. » Sur quoi elle lui proposa, ayant chez elle une petite nièce, de la lui amener; ce qu’il accepta, et le cardinal lui dit : « Avant, écrivez-moi encore que vous suppliez M. le comte de Cagliostro de le voir encore une seconde fois. » Ce qu’il accepta. Deux jours après, elle lui mena sa nièce, à qui M. le cardinal fit beaucoup de caresses, et dit a elle répondante : « J’ai eu furieusement de peine à réussir auprès de M. le comte; remerciez-le bien. Allons, mademoiselle, dit le cardinal, priez M. le comte de vous faire voir ce qui vous fera grand plaisir, et après cela vous pourrez dire être un ange. » Il y avait dans la chambre à coucher du cardinal vingt ou trente bougies allumées et une collation pour sa nièce; que le cardinal dit à sa nièce : « Allez, mademoiselle, auprès de M. le comte; ne le craignez pns, il ne vous fera pas de mal. » M. le comte la fit mettre à genoux, lui fit promettre de ne jamais révéler à personne ce qu'elle allait avoir le bonheur de voir; il la para d'un cordon bleu, vert, noir, et un blanc, au bas desquels il v avait une croix et crachat, et un tablier blanc sur lequel il y avait différents ordres et garni d’une belle dentelle en argent;
ensuite il lui posa son épée mie sur la tète, lui fit prononcer ces mots: « Je t’ordonne, au nom du grand Coite , de Michaël, etc., de me faire voir tout à l'heure ce que je te dirai. » Et la prenant par la main, la fit passer derrière un paravent, où était une table, une bouteille d’eau très-claire, lui fit mettre la main dessus, et le comte repassa de l’autre côté du paravent, où elle était, elle répondante, et le cardinal; leur fit faire silence, et le comte prononça dos mots auxquels elle n’avait rien compris, et que le cardinal disait que c'était pour chasser le démon, et dit à sa nièce : « Dis : Je t’ordonne de me faire voir tout ce que je voudrai, frappe; que vois-tu? Tiens toujours la main sur la bouteille; que vois-tu? — Rien, monsieur. — Frappe encore, frappe, frappe; que vois-tu? ne vois-tu pas une femme vctue de blanc, figure allongée, blonde et un gros ventre? — Oui , monsieur. — Qui est-ce? Ne
vois-tu pas la Reine? la connais-tu? Oui, monsieur,
c’est la Reine. — Dis encore : Au nom du grand Cofte, je t’ordonne de me faire voir tout ce que je voudrai. Frappe; que vois-tu, petite? ne vois-tu pas un ange à ta droite qui vient à toi pour t’embrasser? le vois-tu? — Oui, monsieur. — Eh bien, baise-le fort. » Trois jours après, le comte de Cagliostro n’étant pas satisfait de cette séance et n’ayant pas vu tout ce qu’il désirait, en demanda une autre qu’il remit à trois jours après. Il désirait que sa nièce vint habillée tout en blanc, jusqu’aux souliers, coiflée fort bas; il lui fit recommencer la même cérémonie; que M. le cardinal la
faisant passer, elle répondante, derrière le paravent, le comte de Cagfiostro les fit mettre à genoux tous deux, dit à la petite: « Je t’ordonne , etc. Que vois-tu, petite? regarde au bout de mon épée; ne vois-tu pas quelqu’un à genoux? qui est-ce? nomme-les. — C’est monseigneur et ma tante. — Que fait-il, monseigneur? — 11 prend un écu de (> francs dans une tabatière que vous tenez. — Que fait-il encore? — 11 sort encore de la même boite un écu de 3 livres. — Que vois-tu encore au bout de mon épée? ne vois-tu pas un palais magnifique et un jardin? — Oui, monsieur. — Qui vois-tu dedans? — Rien, monsieur. — Regarde bien. — Je ne vois rien , monsieur. »
Que Cugliostro , voyant qu’elle ne voyait rien , dit à M. le cardinal : « Elle est trop grande, elle n'est pas pure; il me faudra un autre enfant. » M. le cardinal répondit : « Un de ceux que vous savez bien. » Huit jours après, il recommença la même scène avec deux enfants tour à tour; au mois d’avril, il y eut encore une pareille scène avec un des enfants, qu’il renvoya après, et fit apporter une table à côté du salon, et posa dessus une grande quantité de lumières et son épée nue en croix avec un poignard, différentes médailles, des croix de Jérusulem et de Saint-André, fit poser à lu répondante la main dessus, en la faisant jurer que de sa vie elle ne dirait ce qu’elle voyait, ce qu'elle entendait, ce qui allait lui étre’proposé , et sur ce mot le comte de Cagliostro dit au cardinal : « Prince, allez donc; allez donc, prince. » Ils parlèrent très-bas;
M. le cardinal alla h son secrétaire, qui est à côté de son cabinet, et en rapporta une boite de bois blanc ovale, un peu grande. Cagliostro lui dit: « Il y en a encore une autre, apportez-la. » Toutes deux étaient remplies de diamants, et dit à la répondante : « Votre mari voudrait-il aller en Angleterre, si je l’y envoyais? Je lui donnerais 2,000 écus qu’il porterait chez un banquier, ici de Londres. » Sur ce qu’elle lui demanda quel était le nom de ce banquier et sa demeure , il lui répondit : « C’est Bergaud, rue du Sentier; il est mon banquier ordinaire; voici des diamants, j’en fais le prix. Recommandez à votre mari que s’il ne les vend pas sans être montés, il n’en rapporte pas ici sans l’étre. »
Sur cela, son mari est parti. M. le cardinal, impatient de voir qu’il était longtemps, dit à elle répondante : « Ecrivez donc à votre inari qu’il vienne et qu’il m’apporte l’argent qu’il a reçu, parce que j'en ai le plus grand besoin , ayant pris des engagements dont j’ai bien des regrets. » Sur les différentes questions qu’elle lui fit pour quoi étaient ces engagements, il lui répondit :
« Vous avez vu chez moi, la semaine sainte, une femme; c’est il elle que j’ai promis 500,000 livres; elle est Allemande, c’est pour la marier avec quelqu’un de nom il Versailles. J’ai eu un enfant d’elle que je voudrais faire légitimer; elle me presse beaucoup. » Elle répondante, lui répliqua que cette femme était couverte de diamants, qu’elle n'avait pas besoin de 500,000 livres. Il lui répondit : « Elle les vendra, si je
ne lui donne pas les 500,000 francs. » Ayant dit à son mari, d'après les ordres du cardinal, de revenir promptement, il revint le 29 mai, et rapporta des effets en papier pour 121,000 livres sur Bergnud, un médaillon à peu près de 1,000 écus, une paire de girandoles de 2,000 écus, une épingle, deux grosses lingues pour homme, que le cardinal avait recommandé de faire monter; que l’effet de 121,000 livres, son mari le lui ayant remis pour le remettre à M. le cardinal , elle le lui a remis ainsi que les diamants. Le cardinal décacheta le paquet et lui dit : « Faites-moi le plaisir de dire à votre mari de porter les effets chez son banquier pour être convertis eu billets de la caisse d’escompte. » Et qu’elle a reporté au cardinal les effets que son mari avait convertis. Le cardinal lui dit : « C’est bon. » Et il ajouta : « Voilà pour toutes vos peines : ces boucles d’oreilles, cette épingle et ce médaillon.» Elle lui dit : « Prince, mon mari a laissé en Angleterre une quantité de diamants à monter ou à vendre; comme vous l’avez pressé, il est revenu et les a luissés. » Sur quoi il lui dit : « C’est bon , je désirerais qu’on les vendit plutôt que de les renvoyer montés; vous me direz quand vous en aurez des nouvelles. » Son mari ayant écrit à la personne à qui il avait remis ces diamants, elle lui fit réponse qu’ils étaient montés, et lui manda par quelle voie il désirait qu'on les lui fit passer; qu'elle répondante montra cette lettre à M. le cardinal, qui lui dit : » Ce n’est pas pressé, j'ai mes objets remplis; je verrai cela à mon retour de Saverne. »
Du 25 janvier 178G.
A elfe représenté que ce qu’elle nous a dit dans la séance d’hier parait être extraordinaire. A elle demandé si elle a des témoins il nous administrer de ces différents faits, et sommée de nous représenter le billet de M. le cardinal à elle apporté par son suisse lors de la remise de la boite de diamants,
A répondu que les faits qu’elle nous a dits sont de la plus exacte vérité ; qu’elle ne peut avoir d’autre témoins de la première remise des diamants que le suisse du cardinal qui lui a apporté la boite et remis le billet; qu’elle ne peut pas nous représenter le billet, vu que le cardinal lui a repris tous ses papiers lorsqu’il l’a tenue en chaitre privée avec son mari et sa femme de chambre dans son hôtel, le 5 août; que quant à la seconde remise de diamants qui lui a été faite, elle n’en a pas d’autre témoin que le cardinal , puisque ces diamants lui ont été remis après le serment que lui a fait prêter le sieur de Cagliostro ; observe relativement à ce qu’elle nous a dit ([lie M. le cardinal lui avait envoyé une boite de diamants et un billet par son suisse, que si le fait n’était pas la pure vérité, elle nous aurait dit tout uniment que M. le cardinal lui avait remis de la main à la main.
A elle représenté qu’il parait qu’elle s’est approprié les diamants, puisque à cette époque-là le faste et l’opulence ont paru régner dans sa maison ; qu’elle a eu des chevaux, des voitures, des domestiques en
abondance; qu’elle a acheté beaucoup de meubles et de vaisselle d’argent, et qu’on lui a vu à elle et à son mari beaucoup de diamants ,
A répondu qu’à cette époque-là sa maison n a pas augmenté ; qu’elle a eu en l'année 178t même nombre de chevaux , de voitures et de domestiques ; que dès cette année-là Renier lui a fourni de l’argenterie et des diamants; qu’elle ne s’est donné en l’année 1785 que pour 1,000 écus de vaisselle à son retour de Saverne, d’après le dernier cadeau que lui avait fait le cardinal ; qu’à l’égard de ses meubles, elle les a eus successivement dès qu’elle est entrée dans sa maison en 1782; qu’au surplus , ses meubles n’étaient pas fort conséquents , ils avaient été achetés de hasard et ne sentaient pas la grande opulence ; que son mobilier qui a été saisi a été estimé en totalité 60,000 livres, ce qui ne doit pas paraître considérable si l’on fait attention à ce qu’elle nous n déjà dit que M. le cardinal lui avait fait des présents considérables, et qu’elle en avait reçu des princes et princesses du sang et des ministres, à raison de ses malheurs et de sa naissance.
A elle demandé si le cardinal est venu souvent chez elle dans le courant de l’année 1785 ,
A répondu que , quand elle était à Versailles , elle le voyait tous les jours; qu’à Paris, il n’y avait pas de changement dans ses visites; qu’il y était venu sept ou huit fois jusqu’à l’époque du mois de juillet, où elle a eu une maladie considérable, pendant laquelle il est venu trois ou quatre fois, écrivant tous les jours à sa
femme de chambre pour avoir de ses nouvelles; laquelle femme de chambre peut avoir les lettres en sa possession .
Lui avons représenté une lettre sans date, signée Gray, adressée à M. le comte de Valois de Lamottc, sommée de la reconnaître et de lu parapher.
La répondante, après l'avoir examinée, a dit la reconnaître pour être celle que le sieur Gray a écrite à son mari , et est prête de la parapher.
A «*Ile représentés les deux lettres de crédit des banquiers dè Londres et les deux reçus que son mari a donnés; sommée de les reconnaître et de les parapher,
A répondu, après les avoir examinées, qu’elle ne les reconnaît pas, les voyant aujourd’hui pour la première fois , et reconnaît seulement la signature de son mari étant au bas des deux reçus, et croit inutile de les parapher.
A elle demandé si elle sait h quoi peut monter la totalité des diamants qui lui ont été remis par le cardinal, et si elle croit «pie cela fasse la totalité ou une partie du collier,
A répondu que les diamants qu’elle a reçus de M. le cardinal montent à 377,000 livres, d'après l’évaluation qui en avait été faite tant à Londres qu’à Paris, y compris ceux qui sont restés en Angleterre ; qu’elle est bien éloignée de croire que cela fasse la totalité du collier; qu’elle a ouï dire au cardinal qu’il avait donné beaucoup de diamants à une femme dont elle nous a parlé précédemment, laquelle il devait faire épouser à
un baron attaché à Monsieur; qu’elle a encore ouï dire à plusieurs personnes que l’on était scandalisé, les femmes honnêtes et celles qui ne le sont pas, de la quantité de diamants que portait la dame de Cagliostro; qu’on lui a dit, en outre, que le sieur de Cagliostro, qui passait pour n’avoir pas de fortune, était sur le point d’acquérir une maison de 50,000 écus comptants.
Interrogée si elle connaît le sieur O'Neil, et si elle l’a engagé à aller en Angleterre avec son mari, lorsqu’il y a été pour vendre des diamants ,
A répondu que c’est son mari qui l’a engagé ; qu’au surplus, elle connaissait le sieur O’Neil pour un honnête homme et un homme sensé ; sachant le goût de son mari pour la dépense, elle désirait qu’il eût quelqu’un avec lui qui put le contenir.
A elle représenté que, voyant les diamants ainsi dispersés et que M. le cardinal les faisait vendre, elle aurait dù prévenir les joailliers que le collier n’était pas entre les mains de la Reine,
A répondu que , si elle avait su que les diamants provinssent du collier, elle ne les aurait pas vendus et en aurait prévenu les joailliers. Son mari voyant autant de diamants, lui dit un jour : « (juel diable! d’où viennent-ils donc? » Ce qui fit faire, à elle répondante, différentes questions à M. le cardinal, d’où lui provenaient tous ces diamants. Il lui répondit : « Cela vient d’anciennes parures que je ne mets plus , à présent que je suis vieux. »
Interrogée si , au contraire de ce qu’elle vient de nous dire, le sieur de Laporte n’est pas venu lui faire part de l’inquiétude qu’avaient les joailliers de ce qu’ils ne voyaient pas le collier parmi les diamants de la Reine et do ce qu’elle ne le portait pus , et si elle ne «lit pas au sieur de Laporte que lu Reine ne porterait le collier d’abord que quand elle viendrait à Paris; une • autre fois, quand il seruit payé,
A répondu qu’il n’a jamais été question entre eux , les joailliers et autres , de la Reine; que jamais elle n’n tenu les propos que nous lui citons; que si les joailliers avaient eu de l'inquiétude , c’était a M. le cardinal qu’ils devaient s’adresser, d’autant mieux qu’elle leur avait dit de bien prendre leurs précautions; qu’ayant su (pie la Reine, lors de son entrée à Paris après ses couches, devait être fort parée, elle eut la curiosité de voir si elle avait le collier; ne le lui ayant pas vu, elle en témoigna su surprise au cardinal , qui lui dit que la Reine avait des raisons pour ne pas le porter.
Interrogée si dans les premiers jours de juin le cardinal lui témoigna son étonnement de ce que la Reine ne portait pas le collier, elle ne lui dit pas que la Reine le trouvait trop cher; qu’elle le rendrait s'il n’y avait pas un rabais ou si on n’eu faisait pas l’estimation ,
A répondu que le fait est faux , puisque c’est ellemême qui avait témoigné son étonnement nu cardinal, ainsi qu’elle vient de nous dire, et qu’il n’était pas raisonnable de vouloir qu’il y eût une nouvelle esti-
mation, puisqu’il y en avait eu une de faite par les sieurs Maillard et d’Oigny.
Interrogée si dans le mois de juillet elle n’a pas montré au cardinal une lettre où il était écrit que la Reine destinait 700,000 livres au premier payement au lieu de 400,000, et si elle ne lui a pas ajouté qu’elle avait vu entre les mains de lu Reine 700,000 livres en billets de la caisse d’escompte,
A répondu qu’elle n’a écrit ni parlé ni montré de lettre au cardinal où il fût question de tout ce que nous lui demandons ; n’a point dit avoir vu entre les mains de la Reine les 700,000 livres, qu’elle nous répète que le cardinal savait très-bien qu’elle ne voyait pas la Reine ; qu’elle persiste à nous demander les lettres que l’on prétend qu’elle a écrites ou apportées de la part de la Reine.
Interrogée s’il n’est pas vrai que vers le milieu du mois de juillet elle n’a pas dit au cardinal que la Reine avait jugé à propos de disposer des 700,000 livres pour un autre emploi, et que le payement du collier serait différé jusqu’au 1" octobre,
A répondu (pie c’est aussi faux que ce qui vient de lui être demandé ,
Interrogée si elle n’a pas eu connaissance que le cardinal avait chargé les joailliers de faire leurs remerciments à la Reine, et s’il ne leur dicta pas une lettre contenant des remerciments, et si elle ne sait pas que la Reine ayant reçu cette lettre, a dit qu'elle n’y comprenait rien ,
PIKCES JUSTIFICATIVES.
A répondu qu’elle n’a pas eu connaissance de toutes ces choses-là; que le 2 août, M. le cardinal étant venu chez elle a onze heures du matin , lui dit : a J’ai besoin de votre secours et de votre aide; j’ai fait une sottise; vous savez bien le collier que je vous ai dit être pour la Reine : il y avait un arrangement et un écrit, et j’ai eu la bêtise de dire a Bôhmer, qui me tourmentait : « Ma foi, adressez-vous il la Reine, » et de lui faire écrire une lettre pour la Reine; ils sont venus me dire que la Reine n’y entendait rien , et que cela leur avait été dit par madame Campan , une des femmes de chambre de la Reine, qui les avait fait chercher. » Que là-dessus, M. le cardinal, tremblant, dit qu’il allait être perdu; qu’il la priait d’envoyer chercher tout de suite Bassenge, pour l’engager a réparer ce qu’il avait eu l’imprudence de faire faire par Bohmer, et lui dire qu’il avait été joué de la Reine, qui lui en voulait depuis très-longtemps, et des dames de Polignac, qui s’étaient raccommodées avec le baron de Breteuil, son plus grand ennemi, pour le mieux tromper et le perdre; sur les questions qu’elle ht au cardinal comment il avait pu se laisser tromper et s’il voyait la Reine, il lui répondit que « oui » ; qu’elle lui repartit : « Avez-vous de ses lettres? » Qu’il lui répondit : « Je ne l’ai jamais vue écrire, mais j'en ai une grande quantité; » qu’il en tira entre autres une qu’il lui montra , qu’il plia de haut en bas pour ne lui montrer que le milieu ; elle portait ces mots : « Envoyez par la petite comtesse une somme (qu’elle ne put nombrer) pour ces malheureux, je
serais fâchée qu’ils fussent dans la peine. » Sur quoi , elle lui dit : « Qu'est-ce que tout cela? » Il lui répondit : « C’est pour les intérêts; » qu’elle lui dit : « Comme vous n’étes pas sur que ce soit de l’écriture de la Reine, vous pourriez par votre famille vous procurer de ses lettres, et vous assurer si vos craintes sont réelles. » Il lui dit : « Je n’ose pas, ils ne sauraient ce que cela veut dire. » Et cependant il dit : >■ Je tâcherai de m’en procurer; diable! m’aurait-elle trompé, cette petite comtesse?» Et fnisant beaucoup de tours dans la chambre, en répétant toujours: « M’aurait-elle trompé? Oh! non, je connais trop madame de Cagliostro, elle n'en est pas capable. » Regardant par la croisée, il lui dit : «Venez voir la quantité d’espions qu’il y a devant votre porte; ils ne quittent pas ma porte depuis quelques jours, je crains bien qu’il ne soit plus temps de réparer cela; envoyez toujours chercher Bassenge, et dites-lui que je sais qu’il a de l’esprit, j’en fais cas; qu’il aille à Versailles au lieu de Bohiner parler au ministre, qui l’avait fait demander, et qu’il lui dise que Bôhmer perduit la tête, et qu’il n’a point voulu parler a la Reine d’un collier, mais d’une paire de boucles d’oreilles d’un prix considérable, dont il m’a parlé, et qu’il m’a dit avoir été faites pour la Reine, et, pour le persuader, qu’il la lui porte : dites-lui bien que je le payerai. Ils ont agi avec moi avec trop de confiance pour que je leur fasse perdre quelque chose, et j’ai déjà chez moi de quoi les ôter d’inquiétude; que si cependant il ne voulait pas s’y prêter, je pourrais
faire comme la Reine, le nier. » Le 3 août, M. le cardinal vint chez elle entre dix et onze heures du matin , avec trois morceaux de papier qu’il disait être les débris d’une lettre de la Reine qu’il avait trouvée dans sa famille, comme elle le lui avait conseillé : « Tenez, reconfrontons-les avec ce que je vous ai lu hier, et vous verrez que je suis trompé, que ce n’est pas la même écriture. » Ce qu’elle a vérifié. Il lui dit : « Gardez-les, afin de les montrer à Bassenge , et lui dire que je suis trompé, ainsi, qu’il ait pitié de moi. » Qu’elle envoya chercher Bassenge par le père Loth avec un écrit ; Bassenge, venant chez elle, rencontra le cardinal qui en sortait; elle lui dit ce que M. le cardinal lui avait dit de lui dire, et lui montra les deux papiers; que Bassenge lui dit : « J’ai été aujourd’hui à sept heures chez le prince, que j’ai trouvé bien abattu ; il m’a dit tout ce que vous me dites, mais il ne s’est pas ressouvenu tpi’ il nous avait écrit deux lettres lors de l’arrangement du collier, et qu’il ne peut nier qu’il ait eu le collier. » Interrogée si, au contraire de ce qu’elle vient de nous dire, le cardinal l’ayant envoyé chercher et lui ayant dit qu’elle l’avait trompé, elle ne lui protesta pas qu’elle n’avait fait que lui porter les ordres de la Reine ; que la Reine avait le collier ; qu’elle le payerait incessamment, et, qu’en attendant, la Reine l’avait chargée de lui remettre 30,000 livres pour les intérêts à cause du retard des payements, et si effectivement elle ne remit pas au cardinal ces 30,000 livres comme venant de la Reine,
A répondu <pie tout ce que nous lui demandons est très-taux; qu’elle ne lui a jamais dit cela, ni remis les
30,000 livres.
Interrogée si il cette époque ou environ elle ne dit pas au père Lotli qu'elle avait besoin de 30,000 francs, mais qu'au surplus elle les trouverait chez son notaire, et si, pour avoir cette somme, elle n’a pas porté chez Mainguet, notaire, son écrin, sur lequel il lui a fait prêter une somme de 30,000 à 40,000 livres,
A répondu que ne rendant compte à personne de ses affaires, elle ne croit pas en avoir parlé au père Loth ; que quant à l’écrin par elle porte chez M* Mainguet, la vérité est que madame de Crussol lui avant fait part de l’embarras on était l’ambassadrice de Portugal, qui avait mis ses diamants en gage, et qui étaient sur le point d'étre vendus, elle lui demanda si aile pouvait venir à son secours pour une somme de
30,000 à 40,000 livres; que son mari étant absent, et elle, répondante, n’ayant pas d’argent, elle se détermina à porter chez M* Mainguet, son notaire, son écrin, sur lequel il lui fit prêter 40,000 livres; qu’elle en fit part à son mari il son retour de Bar-sur-Aube , le 4 août; que sou mari a été retirer son écrin en payant
30,000 francs en billets de la caisse d’escompte, et lui taisant une obligation du surplus.
Interrogée si, dans les premiers jours du mois d’août, elle n’a pas fait prier le cardinal de venir chez elle, d’où elle ne pouvait sortir; si le cardinal étant venu ne la trouva pas avec l’extérieur du désespoir, les larmes aux
yeux; si elle ne lui dit pas qu’elle ne pouvait plus lui dissimuler que les bontés dont la Reine l’avait honorée lui avaient uttiré des ennemis; qu’on lui imputait de s’étre vantée de ces mêmes bontés; qu’elle n’avait pas assez d’appuis pour faire face à la calomnie; que le seul parti qu’elle avait à prendre était d’aller passer quelque temps à la campagne ; si elle ne demanda pas en grâce au cardinal de lui donner un asile chez lui pour elle , son mari et sa femme de chambre ; si le cardinal lui ayant refusé et si elle ayant insisté, le cardinal ne lui promit pas de la recevoir à condition qu’elle ne sortirait pas de sa chambre, et si le cardinal ne l’envoya pas chercher le soir, et s’il ne l’a pas reçue chez lui, elle , son mari et sa femme de chambre ,
A répondu qu’il lui parait que tout ceci a été imaginé d’après la lecture qu’on a pu faire de son mémoire ; qu’elle va nous dire exactement ce qui s’est passé; qu’étant persécutée journellement par M. le cardinal pour venir chez lui, parce qu’il craignait ses indiscrétions, tant relativement à ce qu’elle avait vu de Cagliostro , qu’à cause de la remise et vente des diamants , et ce dans le cas où elle serait arrêtée et interrogée; le cardinal vint chez elle le 4 août la solliciter de nouveau ponr la faire partir en pays étranger; qu'elle lui dit que son nmri, arrivé à six heures du matin, ne voudrait sûrement pas la laisser partir; le cardinal repartit : « Il le doit et vous aussi, pur tous les bienfaits que je vous ai fuits à l’un et à l'autre. » A quoi elle lui dit que son mari venait de sortir; qu’elle lui en parlerait à
son retour. Il lui prit In main et lui dit : « Venez à la croisée voir si les espions quittent votre rue ; il en est de meme pour moi , aussi me fais-je suivre depuis quelques jours par mon suisse et pur Liégeois, mon second valet de chambre;, qui est extrêmement fort et qui a toujours deux pistolets dans ses poches. Ce soir, je vous enverrai chercher entre onze heures et demie et minuit par Liégeois et par >1. de Carbonnières, qui vous attendront au coin du boulevard, rue Neuve-Snint- Gilles, et dites bien à votre mari que je lui saurais mauvais gré et que je vous abandonnerais tous deux s’il ne se prétuit pas à cela ; ainsi , je vous quitte ; faitesle-inoi dire ce soir; je tâcherai même de venir sur les six heures. » Observe que loin d’être malade ce jour-là et dans le désespoir, elle avait du monde à diner ; le comte de Barras, son neveu, la sœur d'elle répondante et autres; que sur les cinq heures et demie il est passé le sieur Ouidor, inspecteur de police, sous ses fenêtres; il y repassa cinq ou six fois et fit signe à sa femme de chambre, qui était à une autre croisée, comme s’il voulait lui parler. Lu répondante s’étant aperçue de cela, se mit à la fenêtre de son antichambre ; elle vit que ce particulier réitérait ses signes; passant alors dans son salon , elle se mit à la fenêtre et reconnut que c’était Quidor; que c’est sur cela qu’elle envoya sa femme de chambre chez le cardinal lui rendre compte de ce qui s’était passé, et le prier de venir chez elle; ce qu’il fit à huit heures et attendit le retour de son mari, qui ne rentra que sur les dix
heures et demie ; qu’elle engagea son mari à l’accompagner chez le cardinal , et en effet ils se rendirent au rendez-vous, et le sieur de Carbonnières les conduisit dans une chambre qui avait été occupée par le sieur abbé Georgel, au fond d’un corridor fort noir. Le lendemain 5 , à dix heures du matin , M. le cardinal vint les voir et fit entendre à son mari qu’il ne les abandonnerait pas s’ils voulaient pour deux ou trois mois passer par-delà le Rhin, pays de ses États ; il nous adresserait à un procureur fiscal, honnête homme, et que là nous passerions, savoir, mon mari pour valet de chambre ou cuisinier, elle répondante pour sa femme, et la femme de chambre pour sa cousine ; qu’il leur donnerait pour la première poste qui était à Meaux un mot pour les laisser passer, parce qu’il les ferait conduire jusque-là par des chevaux que l'on nomme enragés, que le sieur de Carbonnières irait louer, et qu’il enverrait chercher la diligence verte d’elle répondante, que l’on amènerait à la porte du sieur de Carbonnières pour partir la nuit suivante. A quoi son mari lui répondit : • Monseigneur, je ne vois pas pour quels motifs vous voudriez nous éloigner. » A quoi le cardinal répondit qu’il craignait leur indiscrétion ; que son mari lui répliqua : « Mais, prince, nous aurions l’air d’étre coupables en nous éloiguant; je suis fâché d’étre obligé de vous refuser, et je vous donne ma parole d’honnéte homme, ainsi que madame , de ne rien révéler ; fussions-nous même en prison , je ne dirais rien de tout ce que vous m’avez raconté. » M. le cardinal lui répondit : « Songez bien
que si vous étiez pris, vous le seriez bien longtemps l’un et l’autre, et vous pouvez éviter cela en partant, en attendant que j’aie arrangé mes affaires. » M. le cardinal les quitta furieux , en leur disant qu’ils étaient des ingrats. Sur les cinq heures après midi , le sieur de Carbonnières étant venu leur apporter quelque chose, et ayant laissé la porte fermée à un seul tour en disant : « Le prince va monter, » son mari , las et fatigué du tourment qu’il éprouvait de la part du cardinal , s’en alla et lui dit : ■> Tout ce que je vois me parait fort extraordinaire; je viendrai vous chercher demain. » Un instant après, le cardinal entra, et, furieux du départ de son mari , chercha toujours à la disposer à partir. Le samedi 6 , à quatre heures après midi , son mari vint frapper à la porte et lui dit : « Je viens vous chercher; le cardinal veut vous faire faire des sottises; je ne veux pas que vous partiez. » Le cardinal est monté une heure après l’arrivée de son mari , qu’il traita d’ingrat et autres épithètes; que son mari insista pour l’emmener en disant qu’elle avait affaire à Bar-sur- Auhe, où elle était attendue depuis longtemps; pour lors, le cardinal la fit passer dans une-chambre il côté où était le buste de Gagliostro, devant lequel il lui fit lever les yeux au ciel et lui fit jurer de bien observer et garder le secret qu’elle avait promis; qu’il y avait au bas de ce buste en latin ce qui signifie dieu de la terre. Après cela , elle est retournée chez elle avec son mari et sa femme de chambre, qui avait précédemment emporté plusieurs de ses paquets.
PIÈCES JCST1FICATIVES.
Du 25 janvier 178G.
Interrogée à quelle époque elle est partie pour Barsur-Aube ,
A répondu que c’est le 6 août, jour où elle est sortie de chez M. le cardinal.
Interrogée si ce n’est pas parce qu’elle a prévu que tout allait être découvert pour la vente du collier qu’elle s’est en allée à Bar-sur-Aube ; qu’elle y a fait porter tous ses meubles et effets ,
A répondu qu’en 1784, ayant acheté la fnaison de Bar-sur-Aube, son intention étant de l’occuper et d’y aller tous les ans, elle y avait fait porter différents meubles; que notamment dans le mois de juillet de l’année dernière son intention était d’y aller, mais que la maladie qu’elle a faite a retardé son voyage; que c’est au vu et au su de tout le monde , du tapissier qui l’avait meublée, et notamment de M. le cardinal, qui venant chez elle et y envoyant jusqu’à trois ou quatre fois par jour, a su et vu les ballots de meubles qui se transportaient à Bar-sur-Aube ; et que si elle avait eu quelque crainte ou appréhension d’être prise relativement à la vente du collier ou autre chose, elle n'aurait pas déménagé publiquement, n’aurait pas été à Barsur-Aube au su de toutes ses connaissances et de M. le cardinal, et uurait passé avec son mari en pays étranger, comme en Angleterre, où son mari avait des connaissances.
Interrogée si elle n’a pas emporté , ou son inari , ce qui restait en (pur possession des diamants provenant du collier, et s’ils n’en ont pas fait voir une partie à Bar-sur-Aube ,
A répondu qu’elle n’a emporté à Bar-sur-Aube que les diamants qu’elle a portés ù Paris au vu et au su de tout le monde, et même de M. le cardinal, qui les lui avait donnés.
Interrogée si son mari n’avait pas dans son portefeuille beaucoup de billets de la caisse d’escompte et s’il n’avait pas cherché alors ù acheter une terre de 3 à •400,000 livres,
A répondu qu’il est aisé de savoir ce qu’elle et son mari avaient en effets de la caisse d’escompte ou autres effets, d’après la recherche qui en a été faite lorsqu’elle a été arrêtée ; que ces effets montaient à une somme de 30 à 34,000 francs; qu’ils n’ont pas parlé qu’ils voulussent acquérir de terre, d’autant qu'ils n’avaient pas assez d’argent pour cela.
Interrogée si, dans sa maison qu’elle avait à Barsur-Aube, il n’y avait pas un souterrain où on ne peut pénétrer sans le connaître .
A dit qu'elle ne connaît dans la maison que des caves; quand on en a les clefs on peut y entrer; que si quelqu’un dit qu’il y a un souterrain , il n’a qu’à l’indiquer.
Interrogée si, lorsqu’elle a été arrêtée, elle n’est pas convenue avec son mari qu’il retournerait en Angleterre pour vendre ou retirer les diamants qu’il y avait
laissés lors de son premier voyage, et que si le sieur Gray ne les achetait pas, son mari irajt en Hollande pour les vendre, ainsi que ce qui restait du collier,
A répondu qu'il lui a été impossible d’avoir une conversation particulière avec son mari , puisque du moment qu’elle a été arrêtée jusqu’à celui de son départ, elle a été entourée et gardée à vue par des exempts et des cavaliers de maréchaussée; que son mari, pendant ce temps-là, a été avec deux autres exempts pour faire la recherche de ce qui pouvait être chez eux; qu’il est étonnant qu’étant venu l’arrêter comme accusée par le cardinal pour avoir pris, emporté le collier, et être passée avec dans le pays étranger, on se soit contenté de faire la recherche de ses papiers qu'on a emportés , sans avoir parlé de diamants , sans s’être assuré de ceux qu’elle avait et qui n’étaient pas cachés , puisqu’elle et son mari ayant été la veille chez M. le duc de Penthièvre et à Clairvaux, parés l’un et l’autre de tout ce qu’ils pouvaient avoir et n’étant rentrés qu’à trois heures après minuit, ils n’avaient pris aucune précaution pour cacher ce qu’ils avaieqt eu de diamants et les avaient mis simplement dans des tiroirs qui avaient été ouverts par les exempts de police ; nous observe au surplus qu’elle n’avait à Bar-sur-Aube en diamants que ceux qu’elle avait achetés de Renier, ceux que le cardinal lui avait donnés, et en tout ceux qu’elle avait portés tant à Paris qu’à Versailles, à la comédie et aux hais.
Interrogée si elle n’a pas été informée que son mari
s’est absenté de Bar-sur-Aube pour retourner à Londres, et s’il n’y a pas vendu, ou en Hollande, ce (jn’il lui restait des diamants du collier,
A répondu qu’elle ne sait là-dessus que ce qu’elle a appris par son avocat, qui lui disait le tenir de la voix publique; que quant a elle, dans la position cruelle où elle est, elle ne peut être informée de rien; qu’il peut se faire que son mari, ayant été le maitre d’emporter ses diamants et ceux de lu répondante , les ait vendus pour se faire une ressource pour vivre, ainsi que son argenterie et autres effets, ce qu’elle ignore parfaitement.
Interrogée si elle sait ce que son mari est devenu et où il est à présent ,
A répondu qu’elle ne sait là-dessus que ce que son avocat lui a dit d’après le public; que quant à elle, n’ayant aucune connaissance de ce qu’est devenu son mari, qu’elle a adressé à M. le lieutenant de police deux lettres dans les premiers jours de septembre pour les faire parvenir à son mari à Bar-sur-Aube; par ces lettres, elle engageait son mari à venir à Paris, de la venir voir et de lui apporter ce qui lui était nécessaire, avec la permission toutefois du lieutenant de police; que même ne sachant pas si son mari était ici ou non , elle a écrit une lettre particulière au lieutenant de police pour que son mari ait la permission de la venir voir.
Interrogée si elle connaît une fille qui se disait baronne, ancienne chanoincssc d’un chapitre d'Allemagne, que l’on appelait tantôt madame Mesla de
Courville, tantôt la baronne de Salleberg ou Solleberg,
A répondu qu’elle a vu une fois, dans la semaine sainte de l’année dernière, chez M. le cardinal, une femme qui lui a dit être Allemande ou Alsacienne, et que l’on appelait madame de Courville ou baronne de Villebergue.
Interrogée si elle sait que le cardinal avait quelques relations avec cette baronne, si elle avait un enfant de quatorze à quinze ans, et s’il a été question de la marier et faire reconnaître l’enfant par un particulier que l’on nommait le baron de Fages,
A répondu qu’elle a vu cette femme , ainsi qu’elle nous l’a dit, chez M. le cardinal, qui lui a dit qu’il était question de la marier avec un baron attaché a MoNsrecn, pour légitimer un enfant qu’elle avait eu avec le cardinal; qu’il s’était engagé à lui donner 500,000 francs.
Interrogée si elle n’a pas reçu chez elle cette femme à différentes fois,
A répondu que non, qu’elle 11 e l’a vue que chez M. le cardinal.
A elle demandé si elle connaît un nommé Augeard ou Augard, un sieur Bette d’Etienvilie, un sieur de Marcilly, qu’on appelait le magistrat ou le conseiller,
A répondu qu’elle ne commit pas ces gens-là.
Interrogée s’il n’y a pas eu chez elle des entrevues entre cette dame de Courville, les particuliers que nous venons de lui nommer et le cardinal relativement à ce mariage ,
A répondu que jamais personne ne s’est trouvé chez elle lorsque M. le cardinal y venait, parce que sa porte était fermée ces jours-là pour tout autre.
Interrogée si elle sait où demeurait cette dame de Courville ,
A répondu que M. le cardinal lui a dit qu'elle était sa voisine, qu’elle demeurait rue des Tournelles, à coté de sa rue, et qu’il lui ajouta qu’elle avait une sortie sur le boulevard.
Interrogée si elle veut croire les témoins,
A répondu que oui, s’ils disent vérité.
Lecture à elle faite du présent interrogatoire , 1a répondante, de ce sommée, a dit ses réponses y portées contenir vérité, et a signé.
Titon. Comtesse de Valois de Lamotte.
INTERROGATOIRE DU SIEUR DE CAGI.IOSTRO ».
Du lundi 30 janvier 1786.
Par-devant nous Jean-Baptiste-Maximilien-Pierre Titon, conseiller du Roi en sa cour de Parlement, dans l’une des salies du gouvernement du château de la Bastille, a été amené, par le sieur de Losme, major adjoint du château, le nommé de Cagliostro.
1 Archives de t Empire , X s , 2676.
Interrogé de ses nom, surnoms, âge, qualité et demeure ,
A dit se nommer Alexandre de Cagliostro , âgé de trente-sept à trente-huit ans, professant la médecine sans en avoir fait son état particulier, demeurant à Paris, rue Saint-Claude, au Marais.
Interrogé à quoi il s’est occupé depuis qu’il est né ,
A répondu qu’ayant perdu ses père et mère à l’âge de trois mois, il ne peut pas nous assurer s’il est né à Malte ou à Médine; que tout ce qujil sait de sa naissance est qu'on lui a toujours dit qu’il était d’une extraction noble ; qu’il a reçu une éducation convenable à son état; qu’il a eu dès le bas âge un précepteur qui lui a été donné; qu’il l’a élevé dans les sciences, belleslettres et langues; que dans un âge un peu plus mûr, il s’est occupé plus particulièrement de la botanique et de la chimie médicinale; que dès l’âge de dix-huit ans, il s’est adonné avec son précepteur aux voyages; qu’il a parcouru l’Archipel, la Turquie, l’Asie, l’Afrique; que de là, il est venu dans l’Italie, d’abord à Naples, où il a peu séjourné; qu’il a été ensuite à Home, où, ayant eu la protection particulière du cardinal Orsini et du pape, etde tous les grands de ce pays-là, ilasuivile goût qu’il avait pour la médecine et l’a pratiquée surtout vis-à-vis des pauvres ; qu'il y a fait connaissance d'une jeune personne qu’il a épousée; qu’il a continué d'exercer la médecine; que son mariage lui a occasionné des ennemis : la calomnie s’est déchaînée contre lui, il a été obligé de quitter le séjour de Rome. Pour lors, il a par-
couru toute l’Europe avec sa femme, et, au retour de Russie, a passé en France dans l’année 1780. Nous observe qu’à Pétersbourg il a passé onze mois à la cour, que de là, il a été à Varsovie, où le roi de Pologne l’a forcé de rester quelque temps pour y traiter une dame de la cour dont il a opéré la guérison, et qu’il peut nous donner pour preuve de sa conduite et de la manière dont il a été accueilli dans ces différentes cours le chevalier de Corberon , qui était chargé des affaires de France en Russie; que voulant passer de Pologne en Angleterre, il a passé par Strasbourg.
Interrogé si c’est à Strasbourg qu’il a fait la connaissance du cardinal de Rohan ,
A répondu que c’est il Strasbourg.
A lui demandé si le cardinal ne lui a pas témoigné la plus grande déférence et les plus grands égards,
A répondu qu’ayant été quelque temps à Strasbourg et s’y étant entièrement adonné à procurer les secours de son art à tous ceux qui avaient recours à lui, particulièrement aux pauvres, M. le cardinal a voulu le voir, et l’a engagé à venir chez lui relativement à un asthme qu’il ressentait ; qu’ayant été dans le cas de guérir un secrétaire île M. le murquis de Salle, qui avait la gangrène extérieure et intérieure, M. le cardinal l'a engagé et forcé de venir à Paris pour y voir M. le prince de Soubise; qu’il est resté douze jours à Paris sans avoir été employé par M. le prince de Soubise, mais étant obligé de donner des audiences et des conseils à une quantité prodigieuse de monde qui l’a pour ainsi dire
:m> PIÈGES J CST I FIC ATI V ES.
assiégé; que de là il est retourné à Strasbourg, et que M. le cardinal, content de lu manière dont il se conduisit, lui a marqué les plus grands égards.
Interrogé s’il n’a pas dès ce temps-lù persuadé au cardinal qu’il avait des secrets particuliers pour le faire réussir dans tout ce qu'il désirerait,
A répondu que non.
Interrogé s’il connaît la dame de Lamotte, et dans quel temps il en a fait la connaissance,
A répondu qu’il l’a connue chez le cardinal; qu’un jour, à Strasbourg, il croit quelle est venue lui demander des nouvelles d’une dame de Boulai nvilliers, et si elle était à Strasbourg ; qu’il lui répondit que non , et qu’elle la trouverait à Saverne.
Interrogé s’il n’est pas venu s’établir à Paris au mois de janvier 1785,
A répondu que oui, et qu’il y est arrivé le 30. Interrogé si lorsqu’il est arrivé à Paris il avait quelque fortune, et en quoi elle pouvait consister,
A répondu qu’en venant à Paris il y avait apporté suftisamment d’argent pour s’y établir ; qu’il s’est logé au Palais-Royal à raison de 15 louis par mois; qu’il y est resté à peu près vingt jours sans en sortir, mais recevant ses amis; que M. le cardinal est venu l’y voir plusieurs fois ; qu’il lui a conseillé d’en sortir, lui a offert un appartement chez lui et l’a déterminé à prendre une maison; qu’en ayant trouvé une qui lui convenait, rue ■Saint-Claude, au Marais, il a churgé le sieur de Gurbonnières de la louer, l’a fait meubler petit il petit et a prié
le sieur de Carbonnières de présider à tous ces arrangements et à prendre les tempéraments convenables pour payer, et lui a donné de l’argent de temps en temps, ainsi que pour les frais de son carrosse. M. le cardinal est venu l’y voir dans le commencement trois ou quatre fois par semaine, et il venait souvent prendre ses repas chez lui. *
Interrogé si ce n’était pas le cardinal qui fournissait ii lu dépense de la maison ,
A répondu que non , (pie c'est toujours lui répondant qui payait sa dépense, mais que le cardinal mnebant de temps en temps des gens (pii lui étaient attachés, comme les sieurs Planta et de Carbonnières, et lui répondant priant des amis du prince à diner avec lui, le cardinal faisait venir un ou deux plats de chez lui, mais que lui répondant comptait tous les jours et payait de sa poche.
Interrogé si dans le mois de janvier 1785 le cardinal ne lui a pas dit qu’il allait acheter un collier de diamants pour la Reine, et s’il ne lui montra pas les conditions du marché,
A répondu que le collier était acheté avant qu'il fut arrivé à Paris; qu’il n’a pas vu le collier ni le marché qui a été fait; que tout ce qu’il sait, c’est que le cardinal a dit qu’il avait eu des ordres d’acheter le collier, qui était de 15 à 1 000,000 livres ; que lui , répondant, lui a demandé : « Est-ce que vous avez payé cela? — Non , dit *il , les arrangements sont faits et les bijoutiers sont contents; j’ai été a Versailles, j’ai porté le
collier chez madame de Lamotte où la Reine devait venir : nous l'avons attendue pendant quelque temps. Un homme est venu disant que la Reine ne pouvait pas monter ; il a remis une lettre qui contenait des ordres de la Reine, pour qu’on lui livrât le collier; qu'il ne s’était pas trouvé avec l’homme auquel on a remis le collier. » Et lui a dit que cet homme s’appelait Desclaux ou Duclaux , garçon de la chambre. Le répondant a voulu lui faire quelques raisonnements, et sur ce que le cardinal lui a dit que c’était une affaire faite, il répondit au cardinal : » Ce n’est plus la peine de m’en parler. »
Interpellé de déclarer s’il a vu le marché du collier avec les approuvé et la signature de la Reine ,
A répondu que lorsque le cardinal lui a parlé pour la première fois du collier, il 11e lui a point montré le marché qui avait été fait; qu’il ne l'a vu qu’à la fin de juillet, quinze jours avant la détention du cardinal; qu’à cette époque le cardinal lui ayant témoigné quelque inquiétude, le répondant lui dit : « Est-ce que vous 11’êtes pas bien sûr de ce qui a été fait? » Pour lors le cardinal lui montra le marché où il a vu les approuvé et la signature Marie-Antoinette de France; il dit au cardinal que cela ne lui paraissait pas bien clair; que la Reine ne devait pas signer ainsi; qu’ii raison de sa place de grand aumônier il devait le savoir; qu’il y avait à parier qu’il était trompé; que le cardinal 11e voulut pas le croire; il insista él lui dit : « Sûrement vous êtes trompé; vous n’avez pas d’autre
PIECES JCSTIFICATIVES.
parti h prendre que de vous aller jeter aux pieds «lu Roi et de lui dire ce «gui s’est passe. » A quoi il répondit : « Eh bien, si je le fais, cette femme sera donc perdue? » Qu’il ne voulut pas y consentir; le répondant lui dit : « Si vous ne voulez pas le faire , un de vos amis le fera pour vous. » Ce que le cardinal a encore refusé.
A lui représenté le marché «lu collier où sont les approuvé et la signature Marif.-Astoinette de France, contenant les conditions et propositions du marché, l’avons sommé de le reconnaître et de nous déclarer si c’est le même que celui que le cardinal lui a montré; sommé de le parapher,
A répondu, après l’avoir examiné, qu’il ne peut dire si c’est le même qu’il a vu, attendu qu'il n’y a pas fait d’attention, parce que cela ne l’intéressait , et ne veut le parapher, le regardant comme inutile ; ce fait, le marché n’a été paraphé ni du répondant ayant refusé de le faire, ni de nous, l’avant été ci-devant.
Interrogé s’il n’est pas à sa connaissance que quand le cardinal a été en possession du collier, il l’a fait démonter et a disposé des diamants,
A répondu «pie non.
Interrogé si dans le mois de mars dernier lu dame de Lamotte ne s’est pas trouvée un jour chez le cardinal avec lui répondant,
A répondu que oui.
Interrogé si deux jfjurs après la dame de Lamotte ne retourna pas chez le cardinal avec sa nièce, et si le
nu
cardinal ne dit pas à la dnme de Lamotte de prier lui répondant de lui faire voir une chose qui lui ferait grand plaisir,
A répondu qu’il croit que c’est le lendemain qu’il a vu chez le cardinal la dame de Lamotte avec une jeune fille, mais que le surplus de la demande est faux.
Interrogé s’il n’y avait pas dans la chambre du cardinal vingt ou trente bougies d'allumées,
A répondu qu’il y en avait comme il y en a ordinairement chez un prince, sans rien de plus.
Interrogé s’il ne fit pas mettre à genoux la jeune fille qui était avec la dame de Lamotte, et ne lui fit pas promettre de ne révéler il personne ce qu’elle allait avoir le bonheur de voir,
A répondu : «Jamais! oh! que non. »
Interrogé s’il n’a pas paré cette jeune fille d’un cordon bleu, vert et noir, et d’un cordon blanc, au bas desquels il y avait une croix et un crachat, et d'un tablier blanc sur lequel il y avait différents ordres,
A répondu que non ; se rappelle seulement que le cardinal a pris quelques rubans qui étaient dans la chambre et les a mis sur cette jeune fille pour lui en faire présent, mais qu’il n’y avait pas de ces cordons bleus, verts, et pas de croix ni de tablier.
Interrogé s’il ne lui posa pas son épée nue sur la tête et ne lui fit pas prononcer ces mots : « Je t’ordonne, au nom du grand Gophte et des anges Michaël et Raphaël , de me faire voir tout h l’heure tout ce que je voudrai. »
A répondu que c’est très-faux.
Interrogé s’il ne la fit pas passer derrière un paravent où étaient une table et une bouteille d’eau claire, et s’il ne lui fit pas mettre la main sur la bouteille ,
A répondu que cela est très-vrai ; qu’il va nous expliquer le fait tel qu’il s’est passé; que la dame de Lamotte lui avait dit qu’elle était fort bien avec M. le cardinal, et qu’elle était fort bien aussi avec une grande dame de la cour; que cette grande dame était grosse, et qu’on lui avait prédit ainsi qu’à une autre dame île la cour qu'elles mourraient en couches; que la seconde dame était morte, et que cela donnait beaucoup d’angoisses dans l’esprit à la grande dame, qui craignait qu’il ne lui en arrivât autant; qu’elle (de Lainotte) serait fort aise de pouvoir la tranquilliser, et que pour cela elle avait recours à lui répondant, sachant qu’il avait beaucoup de connaissances.
A quoi il répondit : « Madame, mes connaissances sont dans la physique médicinale, et quoique je ne croie pas beaucoup au magnétisme, je m’imagine qu’il peut avoir beaucoup plus d’effet sur les enfants; par là on peut peut-être découvrir quelque chose en donnant la catalepsie. » Ce qu’il dit, parce que le cardinal était convenu avec lui de dire ces choses-là , afin de remettre l’esprit de la grande dame content. Il dit en conséquence à la dame de Lamotte : « Si vous voulez, amenez demain un enfant, quelqu’un de pur, nous ferons l’expérience. » La dame de Lamotte revint le lendemain au soir avec sa nièce; il lui demanda si elle
était bien persuadée de son innocence, à quoi ayant répondu que oui , il demanda à la nièce si elle avait toujours été bien sage , si elle aimait bien Dieu , si elle n’avait jamais manqué à ses père et mère, et d’autres choses semblables , pour lui faire voir (pie si elle ne voyait pas ce qu’on allait lui demander, ce serait une preuve qu’elle ne serait pas innocente. Pour lors, il la fit passer derrière un paravent et lui fit mettre la main sur une bouteille en lui disant : « Si vous êtes innocente, vous allez voir de belles choses; et si vous ne l’étes pas, vous ne verrez rien. » F.t lui dit': « Frappez avec votre petit pied innocent. Qu’est-ce que vous voyez? — Rien. » Le répondant frappa du pied et dit : « C’est une preuve que vous ne seriez pas innocente. » Elle commença à dire : « Eli bien, monsieur, je vois, je vois. — Que voyez-vous? — La Reine! » Le répondant fut étonné et dit : « Comment est-elle habillée? — De blanc; elle est grosse, je vois l’estomac enflé. » Elle donna pour lors le portrait exact de la Reine; il resta encore plus étonné et lui dit : » Voyez si elle baisse la tête, c’est qu’elle accouchera heureusement, ce sera une marque que vous êtes innocente. » Elle dit : « Oui , monsieur, je vois baisser la tête. » Il lui répondit : « Vous êtes bien innocente; la Reine accouchera heureusement. » Après cette opération finie, madame de Lamotte, sa nièce et le cardinal firent une collation. Observe le répondant qu’il n’y a eu aucun serment de demandé, aucune cérémonie, et qu’il n’y avait rien d'extraordinaire dans la chambre;
qu’il pourrait attester sur cela le sieur de Curbonnières qui était entré dans la chambre un quart d’heure auparavant, et d’autres personnes qui y sont entrées après, et que le cardinal pourra nommer; ajoute que cette cérémonie a été répétée une seconde fois le lendemain à un’ enfant et à l’instigation du cardinal, pour rendre la dame de Lamotte satisfaite et remettre l’esprit à la grande dame.
Interrogé si après cette dernière scène finie, l'enfant étant sorti, on n’apporta pas une table; s’il ne posa pas sur cette table une grande quantité de lumières, une épée nue en croix avec un poignard , différentes médailles, des croix de Jérusalem et de Saint-André, et s’il ne fit pas poser à la dame de Lamotte la main dessus en la faisant jurer que de sa vie elle ne dirait rien de ce qu’elle verrait, de ce qu’elle entendrait, et de ce qui allait lui être proposé ,
A répondu que ce sont des faussetés; qu’il en a des preuves convaincantes, ainsi qu’il vient de nous le dire, par les personnes qui sont entrées avant et après et par toutes les personnes de la maison du prince.
Interrogé s’il ne dit pas au cardinal : « Allez donc, prince, allez. » Si le cardinal n’alla pas à son secrétaire et n’en rapportu une boite de bois blanc ovule; s’il ne dit pas au cardinal : « Il y en a encore une , apportez-la. » Si le cardinal ne l’apporta pas; si ces deux boites n’étaient pas remplies de diamants; si le cardinal ne demanda pas, en sa présence, à la dame de Lamotte si son mari voudrait aller en Angleterre et
n’ajouta pas : « Voici des diamants, j’en suis le prix; recommandez à votre mari que s’il ne les vend pas sons être montés, il n’en rapporte pas ici sans l'étre. »
A répondu que tout cela est très-faux .
Interrogé s’il n’est pas vrai que le cardinal donnait h la femme de lui répondant des diamants; si on rie lui en a pas vu beaucoup , et si ces diamants proviennent du collier,
A répondu qu’ayant rapporté un bijou très-rare et précieux en or et en diamants, qui fait une pomme de canne dans laquelle il y a un carillon fort curieux, le cardinal l’ayant trouvé fort beau, il u prié le cardinal de l’accepter, ce que le cardinal a fait; qu’ayant voulu lui témoigner sa reconnaissance et lui donner quelques présents en retour, ce qu'il a refusé, si ce n’est que dans différentes occasions, notamment à la fête de son épouse, le cardinal lui a donné différents bijoux en diamants, savoir un petit saint-esprit, l’entourage du portrait de lui répondant et une chaîne garnie, le tout en diamants, avec une petite montre, qu’il a fait rendre plusieurs fois, mais que le cardinal l’a toujours forcé de garder; qu’au surplus, tous les diamants tant de sa femme que de lui sont ici ; que sa femme n'en a jamais eu d’autres, et que les siens sont connus dans toutes les cours où il u voyagé.
Interrogé s’il n’a pas persuadé au cardinal que sa femme était l’intime amie de lu Reine, qu’elle la voyait souvent et avait une correspondance suivie avec elle,
A répondu qu’il ne l’a jamais dit; que sa femme ne connaît pus la Reine; qu'elle n’a jamais été à Versailles; qu’elle ne pouvait avoir de correspondance avec personne, ne suchant pas écrire.
A lui représentée la copie d’un billet contenant des propositions relatives au collier, interpellé de déclarer s’il le connaît et si ce n’est pas à lui ou il sa femme que ce billet a été envoyé pur le curdinal, et sommé de le parapher,
A répondu après l’avoir examiné qu’il ne le connaît pas; que c’est la première fois qu’il le voit aujourd’hui, et ne veut pas le parapher, le regardant comme inutile ; ce fait, ledit billet n’a été paraphé ni du répondant, ayant refusé de le faire, ni de nous, l'ayant été ci-devant.
Interrogé s’il n’a pas persuadé au cardinal qu’il le ferait parvenir au ministère ,
A répondu que non , et qu'au lieu de lui persuader de s’élever, il lui a au contraire conseillé de rester dans son état.
Interrogé si le cardinal ne lui a pas remis ou à sa femme une partie des diamants provenant du collier ou le prix de la vente de ces diamants ,
A répondu que non ; que ses actions ont toujours été publiques depuis qu’il est ici ; qu’elle n'a jamais vendu ni acheté ici de diamants, et qu'il n’a que ceux qu’il a apportés avec lui.
Interrogé s’il n’était pas sur le point d’acheter une maison de 30,000 écus, qu’il payerait comptant,
A répondu que non.
A lui représenté que, d’après ce qu’il nous a dit qu’il a toujours exercé la médecine gratuitement et plus en faveur des pauvres que d'autres, il est étonnant qu’il puisse soutenir la dépense qu'il fait, et à lui demandé d’où provient sa fortune,
A répondu qu’il la tire de différents banquiers, notamment de Sarrasin de Bâle, et de Hans Costard, à Lyon, et qu’il a des ressources considérables; partout au surplus où il va, il a toujours payé exactement ce qu’il devait et n’a laissé aucune dette nulle part. Interrogé s’il veut croire les témoins,
A répondu que oui, s’ils disent vérité.
Ti ton. Le comte de Cagliostro.
I NTERROGATOIRE DE LA FILLE LEG0AY, DITE D'OLIVA Du jeudi 19 janvier 1786.
Bar-devant nous Jean-Baptiste-Maxiinilien-Pierro Titon, conseiller du Roi au Parlement, en l’une des salles du gouvernement du château de la Bastille, a été amenee, par le sieur de Losme , major adjoint du château, Marie-Nicole Leguay d’Oliva ou Designy.
Interrogée de ses nom, surnoms, âge, qualité et demeure ,
A dit se nommer Marie-Nicole Leguay d’Oliva ou
* Archives de P Empire, X 5 , 2576.
Designv, âgée de trente-quatre ans, bourgeoise de Paris, y demeurant rue Thiroux, Chaussée d’Antin.
Interrogée si elle n’a pas connu une femme nommée la dame de Lnmotte de Valois,
A répondu que oui.
Interrogée depuis quel temps elle en a lait connaissance, et de quelle manière elle l’a faite ,
A répondu que sur la fin du printemps 1784, se promenant au Palais-Iloyal avec un enfiint, elle fut suivie d’un jeune homme qu’elle ne connaissait pas; que peu de temps après qu’elle fut rentrée chez elle , rue du Four, au premier sur le derrière, à l’hôtel Lambesc, son domestique, nommé François, lui annonça un monsieur qui demandait à lui parler, et qu'elle ne connaissait pas ; que cette personne, qui ôtait la même que celle qui l’avait suivie uu Palais-Royal, entra, et se présentant honnêtement, elle la reçut; qu’il lui demanda la permission de venir la voir; que lui ayant été demandé qui il était, il lui dit qu’il était le comte de Lamotte, et qu’elle lui permit de venir la voir. Interrogée si elle commit un nommé Nathan , juif, A répondu que oui.
Interrogée si elle ne devait pas de l’argent à ce juif, et s’il n’avait pas obtenu contre elle une sentence,
A répondu (pie oui.
Interrogée si elle n’a pas demandé à ce juif de suspendre les poursuites qu’il pouvait faire contre elle ; qu’elle allait incessamment faire fortune; si elle ne lui fit pas part de ce qui s’était passé entre elle, le sieur et
la dame de Lamotte, et si elle ne lui ajouta pas <jiip la dame de Lamotte lui ferait avoir de l'argent et la mènerait à Versailles ,
A répondu qu’elle n’a pas parlé au sieur Nathan avant d’aller à Versailles; que c’est à son retour qu’elle lui a dit qu’elle lui donnerait de l’argent, parce que madame de Lamotte devait lui donner 15,000 francs; et qu’cn effet elle a donné audit Nathan 100 écus, qui étaient le montant de ce qu’elle lui devait dans ce temps-là.
A elle représenté qu’elle nous a bien dit comment elle avait fait connaissance avec le sieur de Lamotte, mais qu’il faut qu’elle nous dise si elle a fait connaissance avec la daine de Lamotte, et comment,
A répondu qu’au bout de sept ou huit jours que le sieur de Lamotte la connaissait, venant habituellement chez elle presque tous les jours, il lui dit un jour, étant fort gui , qu'il sortait d’une maison où on avait beaucoup parlé d’elle; elle lui demanda quelle était cette maison et quelles étaient les personnes; il lui dit que c’était une dame; que lui ayant répondu que cela l’étonnait, ne voyant dans ce temps-là ni homme ni femme, qu’il lui assura que c’était bien d'elle dont ou avait parlé ; que c’était une dame très comme il faut et attachée à la cour; qu’elLe lui dit que c’était une raison de plus pour qu’elle en fût étonnée; qu’il lui répliqua que cette même dame se proposait de venir le même soir chez elle, et qu'il la lui amènerait; qu’en effet le soir il est venu lui annoncer cette dame, laquelle est
entrée un moment après seule; qu’elle lui dit : « Vous devez être fort étonnée de me voir, ne me connaissant pas? » Qu’elle lui répondit que la surprise était fort agréable. Pour lors, cette dame s’étant assise, tira de son portefeuille plusieurs lettres qu’elle lui dit être de lu Reine; qu’elle était une femme très comme il faut; qu’elle était attachée à la cour ; qu’elle ne pouvait pas lui dire son nom , mais qu’elle le saurait un jour. A la lecture des fragments de ces lettres, la répondante lui dit qu’elle ne comprenait rien à tout cela; que la dame lui dit : « Mon cher cœur, je suis les deux doigts de la main avec la Reine, elle m’a mise dans toute sa confiance ; et qu’elle l’avait chargée de trouver quelqu’un qui ferait ce qu’elle lui dirait lorsqu’il en serait temps. » Elle lui dit que si elle faisait ce qu’on lui disait, elle lui ferait un cadeau de 15,000 francs, et que celui de la Reine serait plus conséquent ; que même, si elle voulait, elle allait la mener chez un notaire lui faire faire un contrat de 15,000 francs; à quoi la répondante lui dit qu’elle était trop flattée d’étre dans le cas de faire quelque chose qui pût plaire à la Reine, (pie ce n’était pas l’intérêt qui la guidait; que ladite dame lui dit : « Si vous êtes décidée, ce que vous ne pouvez pas vous empêcher de faire vis-à-vis d’une personne comme cela, le sieur de Lamotte viendra vous prendre demain au soir et vous amènera chez moi, à Versailles. » Qu’elle, répondante, lui dit quelle ne pouvait passe refuser à une pareille proposit ion de la part de la Reine ; qu’en effet le sieur de Lamotte est venu chez elle le
lendemain après midi ; qu’ils sont partis sur la brune pour Versailles; en arrivant à Versailles, ils ont rencontré avant la grille la dame de Lamotte avec sa femme de chambre, qu’ils sont descendus, et que le sieur de Lamotte, après avoir parlé à la dame de Lamotte , la conduisit avec la femme de chambre chez ladite dame, place Dauphine, dans un hôtel garni , où elle, répondante, est restée seule avec la femme de chambre pendant environ deux heures, au bout desquelles le sieur de Lamotte est revenu avec sa femme , laquelle, en entrant d'un air fort gai, lui dit qu’elle venait de chez la Reine, laquelle était fort contente, qu’clle voudrait être au lendemain pour savoir comment cela se serait passé ; que la répondante lui demanda ce qu’on lui voulait faire faire : à quoi ladite dame de Lamotte lui dit : « Je vous le dirai demain. » Que le lendemain après midi elle l’habilla et lui dit qu’elle la conduirait le soir dans le parc; qu’auparavant elle parlerait à la Reine; qu’après lui avoir parlé, il viendrait un très-grand seigneur, à qui elle remettrait une lettre, qu’elle lui remit. En effet, le soir, vers les dix heures, elle la menu dans le parc et lui remit une rose en lui disant : « Vous remettrez cela à la personne qui va paraître, et vous lui direz : Fous savez ce que cela veut dire. » Elle la quitta un moment, fut chercher la personne qui devait venir. Pour lors, la personne vint, elle lui présenta la rose en lui disant : « Vous savez ce que cela veut dire. » Elle ne remit pus la lettre, parce qu’elle était trop troublée. La dame de Lamotte
revint dans l'instant et lui dit : « Venez vite, venez vite. » La répondante se retira avec le sieur de Lamotte, à qui elle remit la lettre, ayant oublié de la remettre ; et la personne à qui elle avait remis la rose s’est retirée avec la dame de Lamotte. Observe qu’elle n’a pas vu la Reine ni autres personnes que celles dont elle vient de nous parler ; qu’elle est rentrée chez le sieur de Lamotte, où la dame son épouse vint les rejoindre et leur dit qu’elle sortait de chez la Reine, qui était trcscontente. Le lendemain, la dame de Lamotte lui a montré une lettre, qu’elle lui a dit être de la Reine, dans laquelle il y avait : » Ma chère comtesse , je suis enchantée de la personne que vous m’avez procurée ; elle s’est acquittée de sa mission à merveille, et elle peut être assurée de son sort. » Elle est revenue le soir à Paris, avec le sieur de Lamotte, dans une voiture de la cour. La dame de Lamotte lui a donné, en dille— rentes fiais, 4,000 francs, dont la dernière était 1 ,000 écus, en lui disant qu’au lieu des 1 5,000 francs, c’était là tout ce qu’on pouvait lui donner.
A elle demandé si , lorsque cette personne est venue, elle a levé sa coiffe avec son éventail et lui a dit qu’il pouvait espérer qu’elle oublierait le passé,
A répondu qu’elle n’a point levé la Thérèse blanche qu’elle avait sur sa tête; qu’elle n’avait pas d’éventail; qu elle n’a point dit qu’elle oublierait le passé, parce qu’elle n’était pas chargée de le dire.
Interrogée si cette personne qui vint à elle ne lui fit pas un profond salut,
À répondu qu'elle n'a pas pu distinguer, attendu qu’il faisait nuit, si on lui a fuit un salut, si la personne était grande ou petite, attendu que cela a été l’affaire d’une minute, la dame de Luinotte étant venue tout de suite lui dire : « Venez vite, venez vite. » Interrogée s'il n’y avait pas auprès d’elle dans ce moment un particulier qui a lu figure mince, le teint pâle, le visage allongé, les sourcils noirs, et si ce particulier ne vint pas dire que Madame et madame la comtesse d’Artois rejoignaient la Reine,
À répondu qu’en entrant dans le parc, elle a vu un monsieur à qui madame de Lamotte a dit : « Ali! vous voilà! » que ce monsieur s'est retiré avec madame de Lamotte; qu’elle n’a point vu la personne que nous lui désignons auprès d’elle ni auprès de lu dame de Lamotte, qui est venue seule lui dire : « Venez vite, » et n’a pas entendu autre chose.
Interrogée si soit avant d’aller à Versailles, soit avant d’aller au parc, elle était instruite du rôle qu’on devait lui faire jouer,
A répondu qu’elle ne savait pas autre chose que ce qu’elle vient de nous déclarer.
Interrogée si outre les .4,000 livres qu’elle vient de nous déclarer avoir reçues de la dame de Lamotte, elle n’a pas reçu d’autre somme ,
A répondu que non.
Interrogée si à son retour de Versailles elle n’a pas été demeurer rue Neuve-Saint-Augustin , où elle s’est meublée ,
A répondu que oui.
Interrogée si elle aurait pu payer ses dettes et se meubler si elle n'avait pas reçu de la daine de Lainotte une somme plus forte,
A répondu qu’avant de connaître la daine de Lamotte elle avait loué son appartement et commencé à le meubler; que les mille écus qu’elle a reçus de la dame de Lamotte en une fois ont servi à payer; que sans cela elle aurait eu la ressource des mille écus qu’elle a eus de sa famille.
Interrogée si elle n’a pas continué de voir la dame de Lainotte et d’uller chez elle jusqu’au mois d’août 1785,
A répondu que la dame de Lamotte n'a monté qu'une fois chez elle; qu’elle a été dîner chez la dame de Lamotte, tant à Paris qu’à Gharonne, trois ou quatre fois, et qu’elle a cessé de la voir dans le courant de 178-4.
Interrogée si elle a vu différentes personnes chez là dame de Lamotte, et notamment une daine que l’on appelait de Courville ou la baronne deSalleberg,
A répondu qu'elle a vu plusieurs personnes chez la dame de Lamotte, mais n’a connu que M. et madame Lafresnaye, ancien notaire, chez qui elle a été souper avec la dame de Lamotte , en revenant avec elle de sa campagne.
Interrogée si elle a vu chez la dame de Lamotte un sieur Ogeard ou Augeard, et un autre particulier qu’on appelait tantôt Marsilly, tantôt le conseiller,
A répondu qu’elle n’a pas entendu nommer ces noms-là .
A elle demandé si depuis le mois de septembre 1 784 elle a vu ou a eu quelque relation avec la dame de Lamotte ,
A dit que non.
Interrogée pourquoi, lorsque la dame de Lamotte a été arrêtée, elle s’est absentée de Paris et a été demeurer hors du royaume ,
A répondu qu'elle était à la campagne lorsque la dame de Lamotte a été arrêtée; qu’étant revenue à Paris et étant fort tourmentée par ses créanciers, à la veille de voir ses meubles vendus , ayant des engagements à payer et ne pouvant y faire face, une personne avec laquelle elle vivait lui proposa de se retirer dans quelque petite ville, jusqu’à ce que lui eût atteint sa majorité, temps où il pourrait payer ses dettes et arranger ses affaires; qu’ils étaient déterminés à aller à Fontainebleau, mais qu’une femme qui demeurait dans la même maison qu’elle et à laquelle elle communiqua son embarras, lui dit : « Vous feriez bien mieux de vous retirer à Bruxelles, qui est mon pays, où l’on vit à très-bon marché, et avec ce que vous avez, cela vous suffira très-amplement pour être comme vous désiriez être à Paris, et je vous y accompagnerai. » Qu’elle communiqua à la personne avec laquelle elle vivait ce projet; elle lui répondit que cela lui était égal de vivre là ou ailleurs. Que d’après cela elle s’est rendue à Bruxelles où le particulier est venu la rejoindre huit jours , et qu’ils comptaient y rester jusqu’au mois de novembre, époque de la majorité du particulier.
Interrogée si ce n’était pas dans la crainte d’étre arrêtée comme avant participé à tout ce que la dame de Lamotte avait fait ,
A répondu que lorsque la dame de Lamotte a été arrêtée, elle a entendu dire cjue c’était relativement à un collier de diamants ; qu’elle ne pouvait avoir aucune inquiétude là-dessus, n’ayant jamais vu ni entendu parler du collier chez la dame de Lamotte, puisqu’elle a cessé absolument de la voir au mois de septembre 1784. Interrogée si elle veut croire les témoins,
A répondu que non.
Interrogée si elle a jamais été en prison,
A répondu qu’elle a été quatre heures à l’hôtel de la Force, pour s’être rendue caution de quelqu’un.
Titon. Lecuay d’Oliva.
PREMIER INTERROGATOIRE DE RÉTAUX DE VILLETTF, *.
Du vendredi 7 avril 1786.
Par-devant nous Jean-Baptiste-Maximilien-Pierre Titon, conseiller du Roi en sa cour de Parlement, a été amené eu l’une des salles du gouvernement du château de la Bastille, par le sieur de Losme, major adjoint, le nommé Rétaux de Villette.
Interrogé de ses nom, surnoms, âge, qualité et demeure ,
1 Archives de t Empire , X ! , 2576.
A dit se nommer Louis-Mnrc-Antoine Rétaux de ' Villette, âgé de trente-deux ans, ancien gendarme, demeurant avant sa détention rue Saint-Louis, au Marais.
Interrogé s’il a connu le sieur et la dame de Lamotte et dans quel temps il les a connus ,
A dit qu’il les a connus tous les deux avant qu’ils fussent mariés, demeurant dons le même puys que lui.
Interrogé s’il n’a pas quitté, il y a deux ou trois ans, la maison de sa mère h Bar-sur- Aube , pour venir demeurer à Paris,
A dit qu’il est parti de Bar-sur-Aube pour venir solliciter à Paris, au mois de janvier 1784, l’agrément d’une place d'officier de maréchaussée.
Interrogé si à cette époque il n'avait pas consommé une partie de son patrimoine, et s’il ne s’est pas soutenu au moyen des secours qui lui furent procurés par les sieur et dame de Lamotte ,
A répondu qu’il n’a pas vécu à Paris par les secours des sieur et dame de Lamotte, s’étant rendu en cette ville du consentement de sa famille, qui lui avait fourni l’argent nécessaire à ses besoins.
Interrogé s'il n’allait pas exactement chez la dame de Lamotte ,
A dit qu’il n’y allait pas souvent dans le commencement, s’occupant beaucoup de l’objet qui l’avait amené à Paris.
Interrogé si, lorsqu’il a été plus particulièrement lié avec la dame de Lamotte, il ne s’occupait pas beaucoup à écrire ce qu’elle lui dictait.
A dit qu’elle lui a fait écrire différentes fois des mémoires pour des malheureux qui réclamaient su recommandation auprès de M. le cardinal pour les Quinze- Vin gts, d'autres pour sa famille ou pour des personnes auxquelles elle s’intéressait, adressés à des ministres ou autres personnes en état de procurer des places.
Interrogé s’il a connu une fille nommée Designy, dite la baronne d’Oliva, et interpellé de déclarer de quelle manière il a fait sa connaissance,
A dit qu’il l’a connue dans le mois de juillet 1784 ; que c’est le sieur de Lamotte qui l’y a mené pour la première fois et qu’il y a été quelquefois seul depuis, et d’autres fois avec le sieur de Lamotte.
Interrogé s’il sait tjue la dame de Lamotte a fait connaissance avec la fille d’Oliva, et dans quel temps,
A dit qu’il sait que la dame de Lamotte a fait connaissance avec la fille d’Oliva vers la fin de l’été,
Interrogé s'il sait comment la dame de Lamotte a fait connaissance avec la fille d’Oliva , et si elle lui a confié pour quel motif elle a fait cette connaissance,
A répondu qu’il ne sait pas comment et pour quel objet, et que la dame de Lamotte ne le lui a pas confié.
Interrogé s’il n’a pas été, à la fin de juillet ou au commencement d’août 1 784, à Versailles, avec la dame de Lamotte, et si le sieur de Lamotte ne s’ÿ est pas rendu le même jour avec la fille d’Oliva ,
A répondu qu’il s’y est rendu avec le sieur de Lamotte et la fille d’Oliva dans le même carrosse, et que
la dame de Lamotte y a été de son côté le même jour.
Interrogé si , le lendemain , la dame de Lamotte n’habilla pas la fille d’Oliva et ne lui dit pas qu’elle la conduirait le soir dans le parc,
À répondu qu’il l’avait vue s’habiller en chemise blanche doublée de rouge, mais que la dame de Lamotte ne lui dit pas alors qu’elle la conduirait dans le parc; que le fait est qu'il partit avec le sieur de Lamotte et s’en fut dans le parc avant que ces dames s’y rendissent; que marchant difficilement à cause d'un mal qu’il avait au talon , il s’est assis sur un banc de marbre; que le sieur de Lamotte a continué sa promenade; qu'il est venu le joindre, lui répondant, un quart d’heure après ou environ ; que la dame de Lamotte et la fille d’Oliva sont venues peu de temps après; qu’ils sont descendus tous quatre vers le bosquet de la Vénus ; que là ils se sont séparés de ces dames ; que peu de temps après la fille d’Oliva est venue rejoindre lui répondant et le sieur de Lamotte , la dame de Lamotte étant sortie auparavant avec le cardinal et le baron de Planta, à ce qu’on lui a dit; que la dame de Lamotte s’en fut de son côté, et que lui revint avec le sieur de Lamotte et la fille d’Oliva, après s’étre promenés encore dans le parc.
Interrogé s’il savait que la fille d’Oliva jouait le rôle de la Reine vis-à-vis du cardinal de Rohan ,
A répondu qu’il a su depuis qu’elle avait joué ce rôle-là; qu’il l’a appris l’instant d'après; il avoue même qu’il a eu l’absurdité de ne regarder cette méprise que
par son côté plaisant et qu’il en a beaucoup ri ; que de longs remords ont racheté depuis cet instant de délire dont il ignorait la conséquence.
Interrogé par qui il a appris le rôle qu’on venait de faire jouer, et s’il a vu ou si on lui a dit quel en a été le but ,
A répondu qu’il l’a appris par ces dames, qui l’ont raconté le soir; qu'il ne savait pas qu’il y eût aucun but à cela.
Interrogé s’il sait le propos qu’elle a tenu au cardinal et si elle lui a remis uue rose ,
A dit qu’il croit qu’elle avait une rose et qu’il ignore le propos qu’elle a tenu.
Interrogé si c’est lui qui est venu dans le moment de l’entrevue avec la fille d’Oliva et le cardinal dire : « Voilà Madame et madame la comtesse d’Artois qui se promènent, retirez-vous; »
A dit qu’il n’a point vu M. le cardinal avec la fille d’Oliva, qu’il n’a parlé ni de Madame ni de madame la comtesse d’Artois et n’a joué aucun rôle là-dedans.
Interrogé s’il savait que la fille d’Oliva était chargée de remettre une lettre au cardinal , et si cette lettre n’ayant pas été remise, la fille d’Oliva ne l’a pas remise au sieur de Lamotte ,
A dit qu’il l’ignore.
Interrogé s’il n’avait pas écrit une lettre relative à cela sous la dictée de la dame de Lamotte,
A dit que non.
Interrogé s’il n’est pas vrai que le lendemain la
dame de Lamotte montra à la fille d'Oliva une lettre qu’elle lui dit être de la Reine, dans laquelle il y avait : a Ma clière comtesse, je suis enchantée de la personne que vous m’avez procurée; elle s’est acquittée de sa mission à merveille, ellp peut être assurée de son sort, » À répondu qu’il l'ignore, et que la lettre n’a point été lue en sa présence.
Interrogé s'il n’a pas écrit sous la dictée de la dame de Lamotte la lettre dont nous venons de lui parler,
A dit que non.
Interrogé s’il n’est pas vrai que le même jour la fille d’Oliva revint à Paris avec le sieur de Lamotte et lui , A dit qu’il ne se le rappelle pas.
Interrogé si depuis il n’a pas vu plusieurs fois la fille d’Oliva chez la dame de Lamotte et s’il n’a pas mangé avec elle ,
A dit que oui.
Interrogé s’il sait si la dame de Lamotte a donné une somme quelconque h la fille d'Oliva pour la récompenser du rôle qu’elle avait joué,
A dit qu’il croit bien qu’elle lui a donné quelque chose, mais ignore la somme.
Interrogé s’il a entendu 1a dame de Lamotte se vanter souvent des bontés que la Reine avait pour elle et dire qu’elle avait tout accès auprès de Sa Majesté,
A dit que la dame de Lamotte lui avait fait part qu’elle s’était jetée aux pieds de la Reine pour lui exposer sa situation fâcheuse; que la Reine avait paru touchée de son sort, et que depuis elle l’honorait de ses bontés
Interrogé s’il ri’a pas contribué à persuader à différentes personnes que la daine de Lamotte avait tout crédit auprès de la Reine, et si en conséquence plusieurs personnes ne se sont pas présentées chez la dame de Lamotte pour obtenir par son canal des grâces ou des emplois ,
A dit que non.
A lui représenté un écrit en forme de mémoire, commençant par ces mots : « Marie-Anne de Lamotte , » et finissant par ceux-ci : ■* pour la conservation de ses jours précieux. » Interpellé de déclarer si c’est lui qui a écrit ce mémoire, et l’avons sommé de le parapher,
A dit que ce mémoire est écrit de sa main et qu'il est prêt de le parapher; et il l'instant ledit écrit a été paraphé par le répondant, non par nous, l’ayant été ci-devant.
Interpellé de dire s’il n’est pas à sa connaissance que la dume de Lamotte, ayant persuadé au cardinal qu’il pouvait compter sur les bontés de lu Reine, le cardinal ait remis à la dame de Lamotte des sommes considérables qui lui étaient demandées de la part de la Reine par des personnes auxquelles Sa Majesté s’intéressait ,
A répondu qu’il a toujours vu la daine de Lamotte dans une grande aisance, sans savoir quelle en était la source.
Interrogé s’il sait si le cardinal venait souvent chez la dame de Lamotte, et si dans l’absence de la dame
de Lamotte il ne venait pas d’autres personnes dans sa maison ,
A dit qu'il sait que le cardinal est venu quelquefois chez la dame de Lamotte , mais qu’il ne l’y a jamais vu ; ignore si le cardinal y venait en l'absence de la dame de Lamotte et y amenait quelqu’un.
Interrogé s’il n’a pas eu connaissance des propositions qui ont été faites à la dame de Lamotte pour faire acquérir par la Reine, par l’entremise du cardinal, le collier qui était chez les joailliers de la Reine,
A dit qu’il l'ignore absolument.
Interrogé s’il a eu connaissance que Rassenge vint dans le courant du mois de décembre 178-4 avec le sieur de Laporte chez la dame de Lamotte lui montrer le collier de diamants,
A répondu qu’il n’en a aucune connaissance.
Interrogé s'il a connaissance que la dame de Lamotte en parla au cardinal , en lui faisant entendre que; l’acquisition de ce collier serait agréable il la Reine,
A dit que non.
Interrogé s’il a connaissance que la dame de Lamotte ait fait voir au cardinal de Rohan des lettres qu’il disait lui avoir été écrites par la Reine, et s’il n’a pas écrit des lettres dans cette vue-là , sous la dictée de la dame de Lamotte ,
A dit que non.
Interrogé s’il sait si le cardinal a envoyé demander, à la fin de janvier 1785, à la dame de Lamotte, l’adresse de Bassenge, et si la dame de Lamotte n’a
pas été le 24 janvier au matin chez les joailliers leur «lire que le grand seigneur qui était chargé de la part de la Reine de faire l’acquisition du collier, allait paraître,
A dit qu’il n’en a aucune connaissance.
Interrogé s’il n’a point écrit aucune instruction pour autoriser le cardinal à traiter avec les joailliers de l’acquisition du collier comme de la part de la Reine, ou s’il a connaissance qu’il en ait été envoyé au cardinal de la part de la dame de Lamotte ,
A dit que non.
Interrogé s'il a eu œnnaissance de lu façon dont le marché a été conclu par le «ordinal avec les joailliers; à lui représenté ledit marché, l’avons sommé de déclarer s'il reconnaît l’écriture de ce marché et de s’expliquer à ce sujet ,
A dit qu’il ignore de quelle manière ce marché a été conclu, et croit reconnaître l’écriture du marché pour être celle du cardinal, en ayant vu quelquefois chez la daine de Lamotte sur des adresses.
Interrogé s’il n’a pas connaissance que le cardinal remit le marché à la dame de Lamotte ; si elle ne le garda pas deux jours, sous prétexte de le communiquer à la Reine; si elle ne le lui rendit pas en lui disant qu’il était inutile que les conditions fussent approuvées ou signées par la Reine, parce qu’elle payerait sous peu de jours ,
A dit qu’il l’ignore.
Interrogé si le cardinal ayant insisté pour que la Reine approuvât et signât les conditions du marché,
la dame de Lamotte ne le reprit pas et ne le rapporta pas au cardinal avec les mots approuvé et la signature Marie-Antoinette de France,
A dit qu’il ignore ce qui s’est passé entre la dame de Lamotte et le cardinal.
A lui représenté de nouveau le marché, et interpellé de déclarer s’il connaît l’écriture des mots approuvé et la signature Marie-Antoinette de France, et si ce n’est pas lui qui les a écrits,
A répondu qu’il ne les a point écrits; observe que, comme il a le plus grand intérêt à cette affirmation , elle ne peut être une preuve ; supposant donc que par la séduction on lui eût fait commettre une faute de cette nature, il est aisé d’imaginer combien il craindrait d’en faire l’aveu. Admettant en outre toutes les probabilités qui seraient il sa charge , supposant même de faux témoins qui déposassent les lui avoir vu écrire, il s’agirait alors de juger le fait et lui comme en étant coupable; mais, par le fait, ce n'est ni l’écriture ni lu signature de la lteine : non-seulement on n’a point imité l’écriture de Sa Majesté, et dans ce cas il n’y a pas de faux matériel; non-seulement encore on n’a point employé la signature dont se sert Sa Majesté, donc il n’v a ni faux ni crime de lèse-mujesté, mais même la signature qui existe ne peut être celle de la Reine, puisqu’elle porte Marie-Antoinette de France, ce qui est un être de raison dans le royaume. Le répondant demande donc de quel poids peut être une pareille signature? Ne devait-elle pas
être prise pour ce qu’elle valait? D’abord par le joaillier de la Reine qui doit avoir des rapports avec Sa Majesté, et surtout par M. le cardinal, homme de cour, qui, par sa place et son rang , doit en connaître l’écriture et doit savoir au moins comment Sa Majesté doit signer, et que le nom de Marie-Antoinette de France ne peut pas être sa signature; observe , au surplus, que ce ne pourrait être alors qu’une subtilité dont il n’aurait pas tiré de profit; observe, de plus, que l’on peut objecter que cet écrit , dont on le soupçonnerait l’auteur, a été présenté aux joailliers comme étant la véritable écriture de la Reine , et les a déterminés h livrer le collier; si c’est là le crime, on ne peut pas certainement l'imputer au répondant, puisqu’il ne connaît ni M. le cardinal ni les joailliers, et # que sur une pareille proposition on lui aurait ri au nez et on l’eût fait arrêter; qu’en un mot, ce n’est pas lui qui a fait usage de la signature et qu’il n’en a tiré aucun profit.
A lui représenté de nouveau l’écrit commençant par ces mots : « Marie-Anne de Lamotte. » Interpellé de déclarer s’il peut nier ou disconvenir que l’écriture ne soit pas semblable à celle des mots approuvé et de la signature Marie-Antoinette de France ,
A répondu qu’une infinité d’écritures ont des rapports entre elles; qu’au surplus, il s’en tient à ce qu’il vient de répondre au précédent interrogatoire.
Le marché ci-dessus représenté n’a point été paraphé par le répondunt ni par nous , l’ayant été ci-devant,
Interrogé s’il a connaissance d'une lettre que le cardinal a fait voir aux joailliers lorsqu’ils lui livrèrent le collier, qu’il leur annonça être de la Reine, et qui portait : « Je n’ai pas coutume de traiter de cette manière avec mon joaillier, vous garderez donc ce papier chez vous, et vous arrangerez, du reste, tout comme vous le jugerez convenable, »
A répondu que non.
Interrogé s’il n’a pas connaissance qu’il en ait été écrit une dans ce genre-là par la dame de Lamotte, et si elle ne lui en a pas fait écrire ,
A dit que non.
Interrogé s’il a connaissance que la dame de Lamotte ait été le I" février, jour de la conclusion du marché, à Versailles, et s’il ne l’accompagna pas,
A répondu qu’il a été plusieurs fois h Versailles avec • la dame de Lamotte, mais qu’il ne se souvient pas s’il y a été ce jour-là.
Interrogé si le cardinal ne se rendit pas le même jour à Versailles chez la dame de Lamotte,
A dit qu’il n’en sait rien.
Interrogé si , peu de moments après que le cardinal fut entré chez la dame de Lamotte, on ne vint pas dire à ladite dame que quelqu’un demandait à lui parler, et si elle ne dit pas au curdinal que c’était de la part de la Reine,
A dit qu’il n’a aucune connaissance de toutes ces choses-la.
Interrogé si le cardinal, s’étant retiré dans une al-
côve, celui qui s’était annoncé de la part de la Reine n’entra pas et ne remit pas une lettre à la dame de Lamoltc , qui , après avoir décacheté la lettre , lit sortir le particulier, et si le cardinal , ayant remis pour lors le collier renfermé dans une boite à la daine de Lamotte , elle ne le remit pas au particulier,
A dit qu’il n’a pas plus de connaissance de ces faits que des précédents, qui sont tout à fait étrangers.
L'avons interpellé de déclarer s’il n’est pas le particulier qui u apporté lu lettre et à qui la dame de Lamotte a remis le collier,
A dit que non.
L’avons interpellé de déclarer s’il a eu connaissance de cette lettre, et si ce n’est pas lui qui l’avait écrite sous la dictée de la dame de Lamotte ,
A répondu que non , et qu’il n’a jamais entendu parler de rien qui y fût relatif.
Interpellé de déclarer s’il n’a pas eu connaissance que les sieur et dame de Lamotte n’étaient pas dans l’opulence dans l’année 1783; si leur maison ne s’est pas beaucoup accrue dans le courant de l'année 178-i, surtout depuis le mois d’août , et si depuis lu livraison du collier l’opulence n'a pus considérablement augmenté ,
A répondu qu’il n’était point à Paris en 1783 ; qu’il ne s'y est rendu qu’au mois de janvier de l’année suivante; qu'il leur a toujours vu trois domestiques mâles, une femme de chambre et une cuisinière ; qu’ils avaient a leur usage un carrosse de remise, et qu’ils avaient
des bijoux dont le nombre lui a paru s’accroître successivement.
Interrogé s’il a vu chez la dame de Lamotte un officier des gardes du corps nommé Dolomieux, et s’il était très-lié avec ladite dame de Lamotte,
A dit qu’il l’y a vu assez souvent , et qu’il ignore s’il avait des liaisons intimes avec ladite dame de Lamotte.
Interpellé de déclarer s’il a connaissance que le sieur Dolomieux ait eu part à tout ce qu’a pu foire la dame de Lamotte, soit pour foire persuader qu’elle avait accès et crédit auprès de la Reine, soit pour la négociation du collier et la vente des diamants,
A répondu qu’il ne l'y a jamais vu que comme société, ainsi que lui répondant y était admis, et qu’il n’a jamais rien vu qui ait pu lui faire croire qu’il ait participé à ce que nous venons de lui demunder.
Interpellé de déclarer si, après la remise du collier foite par le cardinal à la dame de Lamotte , elle a gardé le collier pour elle afin de s’en approprier à elle seule le bénéfice ,
A répondu qu’il ignore absolument la livraison du collier, ainsi que son dépècement.
Interpellé si la dame de Lamotte ne lui a pas remis des diamants provenant de ce collier pour les vendre, et s'il ne les a pas proposés à vendre ,
A dit qu’il a été chargé de vendre environ quarante diamants qu’il a proposés à un juif, beau-frère du sieur Vidal, avec lequel il n’a rien conclu , et qui l’a adressé au sieur Vidal avec lequel il ne s’est pas arrangé, et
qu’il les rendit un matin it la dame de Lamotte qui était encore dans son lit; qu'il ignorait d’ou ces diamants pouvaient provenir.
Interrogé s’il a eu connaissance que lu dame de Lamotte eût employé d’autres personnes pour vendre des diamants ,
A dit qu’il n’en connaissait point.
Interrogé s’il a connaissance qu’elle en ait vendu et de l’emploi qu'elle a fait du prix en provenant ,
A répondu qu’elle ne lui a jamais confié qu’elle en eut vendu.
Du samedi 8 avril 1 78(J.
Interrogé s’il ne sait pas que dans le courant du mois d’avril 1785 le sieur de Lamotte ait été à Londres pour y vendre des diamants, accompagné du sieur O'Neil ,
A répondu qu’il a su que le sieur de Lamotte allait en Angleterre avec le sieur O’Neil, mais qu’il ignorait l’objet de son voyage, dont on ne lui a pas parlé.
Interrogé pourquoi , étant aussi lié qu'il l’était avec le sieur et la dame de Lamotte, il n'a pas accompagné le sieur de Lamotte à Londres, et si ce n'était pas pour aider ù la dame de Lamotte à vendre les diamants qui provenaient du collier,
A répondu qu’il ne sait pas si le sieur de Lamotte avait des raisons de l’éloigner de faire ce voyage avec lui; qu’au reste, il n’a proposé de diamants à vendre que ceux qu’il a montrés au sieur Vidal.
PIF.CF.S jrSTIFlFATIVES.
Interrogé s’il snit si la dame de Lamotte a fait un voyage à Saverne duns le courant du mois de mai 1 785, A répondu qu’il a su qu'elle y avait été vraisemblablement pour voir le cardinal.
Interrogé s’il n’a pas été informé du retour du sieur de Lamotte de Londres à Paris, et si le sieur de Lamotte n’a pas rapporté avec lui des lettres de change pour des sommes considérables sur le sieur Perregaux, et si le sieur et la dame de Lamotte n’ont pas gardé pour eux le montant de ces lettres de change ,
A répondu qu’il affirme n’avoir point eu l’ombre de connaissance de cela.
Interrogé s’il a su que le sieur de Lamotte a rapporté de Londres des bagues et des bijoux entourés de diamants et quel usage ils en ont fait,
A répondu qu’il a vu effectivement au sieur de Lamotte et à la dame son épouse, à cette époque, des bijoux entourés de diamants qu’ils n’avaient pas auparavant ; mais ne sait pas l’usage qu’ils en ont fait.
Interrogé s’il a vu à la dame de Lamotte une bonbonnière qu’elle a fait faire à cette époque, entourée de diamants; s’il sait l'usage qu’elle en a fait,
A répondu qu’il ne l’a pas vue et n'en a pas même entendu parler.
Interrogé s’il a eu connaissance que dans le mois de juillet 1785 la dame de Lamotte ait montré au cardinal une lettre où il était écrit que la Reine destinait 700,000 livres au lieu de 400,000 pour le premier pavement du collier, et si ce n’est pas lui qui a écrit
cette lettre sous lu dictée de lu dame de Lamottc, A répondu qu'il n’a point écrit cette lettre, et qu'il ne sait pas si elle a existé.
Interrogé s’il u connaissance que lu dame de Lamotte ait vu le comte de Cagliostro chez le cardinal, si la dame de Lamotte y u mené sa nièce, et s’il a connaissance des opérations mystiques qui y ont été faites, A répondu qu’il a oui raconter lu scène à la dame de Lamotte et ù sa nièce, qui en étuient même effrayées, ayant regardé le sieur de Cugliostro comme un sorcier.
Interrogé si la dame de Lumotle lui u fuit part des serments qu’on lui a fait faire , îles différentes opérations qu’on avait fuites pour l’y amener, et de lu remise îles diamants qui lui avait été faite par le cardinal,
A répondu qu’clle ne lui avait fait part d’uucune particularité, qu’elle lui avait paru seulement effarée du sortilège qu’on avait pratiqué vis-à-vis d’elle et de sa nièce.
Avons interpellé le répondant de déclarer si , lors de la livraison du collier, le cardinal pouvait savoir que les mots approuvé et la signature Marie- Antoinette de France, mis sur le marché du collier, n’étaient pns l’écriture et la signature de la Reine,
A répondu qu’il n’en a et ne peut en avoir île connaissance positive; que, sans avoir les lumières de M. le cardinal, il pense qu’à sa pluce il n’aurait pas été dupe.
Interrogé si le cardinal depuis n’a pas été informé
que les approuvé et la signature n étaient pas véritables, et si ce n’est pas en conséquence de la connaissance qu’il en a eue qu’il a gardé par devers lui le marché sans le remettre aux joailliers ,
A répondu qu’il n’a pas connaissance de cela. Interrogé s'il ne s’est pas prêté à écrire les mots approuvé et la signature sur le marché du collier, à l’instigation de la dame de Lamotte, qui lui aurait confié qu’elle en tirerait un grand profit, et que, lui répondant , en serait bien récompensé ,
A répondu qu’il ne l’a point écrit, mais que s’il eut eu la faiblesse d’y consentir, il l’aurait fait, sur l’assurance qu’un tel papier ne sortirait jamais des mains de M. le cardinal; que, quant à la récompense, il a toujours montré trop de désintéressement pour qu’on puisse lui imputer ce motif.
Interrogé si la dame de Lamotte, avant ou depuis le marché du collier, ne lui a pas remis différentes sommes, non à titre de prêt, mais à titre de don,
A répondu qu’avant et après cette époque la dame; de Lamotte lui a rendu différents services d’argent, mais que cela a toujours été à titre de prêt dont il a tenu des notes, qu’il lui rappelait même, et dont son honnêteté ne voulait pas entendre parler.
Interrogé s’il a connaissance que le cardinal ait remis des diamants aux sieur et dame de Cagliostro,
A répondu qu’il n’a ouï parler du sieur de Cagliostro que par ses sortilèges, et comme étant l’oracle de M. le cardinal.
Interrogé s’il a vu chez la dame de Lamotte une fille nommée Mêla de Courville ou baronne de Salleberg, avec un jeune homme âgé de quinze ans, qui passait pour être le fils de la Mêla de Courville ,
A répondu qu’il ne les y a point vus et n’a point entendu parler de ce nom-là chez la dame de Lamotte.
Interrogé s’il a eu connaissance du projet que pouvait avoir le cardinal de marier cette fille à l'effet de reconnaître un enfant qu’elle avait,
A répondu qu’il ne sait pas l’ombre de tout cela.
Interrogé s'il a connu un particulier qui se nomme Bette d’Étienville, et s’il ne l’a pas vu chez la dame de Lamotte ,
A répondu qu’il ne le connaissait pas.
Interrogé s’il a connu un particulier qu'on nommait tantôt Marcilly, tantôt le conseiller, et s’il l’a vu chez la dame de Lamotte ,
A répondu qu’il n'a aucune idée de cette personne-lu.
Interrogé s’il a connu un particulier qui se nommait Augeard , et si lui-méme n’a pas porté ce nom pendant quelque temps chez la dame de Lamotte ,
A répondu qu’il ne connaît point ce particulier, qu’il n’a jamais porté un pareil nom; qu’il a pu faire bien des actions d’étourderie et d’inconséquence dans lesquelles son faible pour les femmes aurait pu l’engager, mais qu’il n’a rien à se reprocher de nature à déguiser son nom , dont il n’a jamais changé.
Interrogé s’il a connaissance qu’il y ait eu une conférence chez la dame de Lamotte entre le cardinal , la
fille Courville et Bette d’F.tienville, relativement à un mariage projeté entre ladite Courville et le baron de Fages,
A répondu qu’il ignorait cette conférence , dont on ne lui a jamais fait part.
Interrogé s’il a eu connaissance que le cardinal ait proposé aux sieur et dame de Lamotte, à la fin de juillet, de s’absenter, et de se retirer dans l'une de ses terres au delà du ltliin ,
À répondu que les sieur et datne de Lamotte lui en ont parlé effectivement, mais sons s’expliquer ouvertement sur le motif et sur la cause d’un pareil voyage.
L’avons interpellé de déclarer si les sieur et dame de Lamotte , en lui faisant part de la proposition qui leur était faite par le cardinal, ne lui ont pas parlé de rien de relatif au collier de diamants , et de nous dire quelle est l’époque à laquelle il a eu connaissance de cette proposition ,
A répondu, qu’autant qu’il peut se le rappeler, l'époque est à la fin de juillet; qu’il u entrevu de l'inquiétude dont il n’a point déinélé la cause et dont on ne l'a point instruit.
Interrogé s’il n’a pas été à cette époque-là chercher le sieur de Lamotte , qui était à Bar-sur-Aube ,
A répondu que oui.
Interrogé si c’est la dame de Lamotte qui l’y a envoyé, et si elle lui a fait part des motifs qui exigeraient le retour de son mari ,
A répondu qu’elle lui remit des dépêches pour les
porter en diligence à son mari avec lequel il revint, et ne sait pas ce que contenaient ces dépêches.
Interrogé s’il a connaissance que les sieur et dame de Lamotte, avant de quitter Paris, se sont retirés chez le cardinal pendant deux jours,
A répondu que oui.
Interrogé s’il a connaissance, qu'avant que les sieur et dame de Lamotte se soient retirés dans la maison du cardinal , il y ait eu de fréquentes allées et venues du cardinal chez la dame de Lamotte ,
A répondu qu’il a ouï dire qu'il y était venu à cette époque-là , ignore combien de fois , mais qu’il ne l’y a jamais vu.
Interrogé s’il sait quels sont les motifs qui ont déterminé les sieur et dame de Lamotte à aller chez le cardinal; si c’a été à la sollicitation du cardinal, ou si c’est au contraire la dame de Lamotte qui a demandé cette retraite,
A répondu qu’il ne l’a pas demandé , et «pi’on ne l’en a pas instruit.
Interrogé si la dame de Lamotte lui a fait part des motifs qui l’engageaient à sortir de Paris ,
A répondu que la dame de Lamotte ne lui ayant pas expliqué si c’était par économie ou par d’autres raisons qu elle s’ahsentait, il ne peut en déduire le vrai motif.
Interrogé s’il a vu entre les mains de la dame de Lamotte des lettres, mémoires, pièces qui pouvaient établir une correspondance entre elle et le cardinal , et
PIKCES JUSTIFICATIVES.
s’il sait que la dame de Lamotte ait remis toutes ces lettres et mémoires au cordinul avant de partir,
A répondu qu’il a vu chez elle beaucoup de papiers, mémoires, lettres et autres pièces dont il ignore la teneur, et n’a jamais eu la curiosité de chercher à s’instruire, et ignore l’emploi qui en a été fait.
Interrogé s’il partit avant ou après les sieur et dame de Lamotte, et s'ils ne lui ont pas remis des fonds pour soutenir sa dépense ,
A répondu que les sieur et dame de Lamotte lui ayant fait part qu’ils s’en allaient à Bar-sur-Aube , il* leur témoigna l’éloignement qu’il avait d’y aller , n’ayant pas obtenu à Paris la place qu’il était venu solliciter, et leur ayant renouvelé le désir qu’il avait depuis longtemps de faire un voyage en Italie, et leur ayant exposé qu’il n’avait pas les fonds nécessaires, il en reçut, à titre de prçt, la somme de 4,000 livres.
A lui demandé si ce n’est pas plutôt la dame de Lamotte qui l’a engagé à passer en pays étranger, en lui représentant qu’il pourrait être poursuivi relativement au collier,
A répondu que la dame de Lamotte avait approuvé son départ, et le lui avait conseillé sur les raisons et le désir qu’il lui en avait témoigné.
Interrogé s’il n’a pus vu emporter par les sieur et dame de Lamotte beaucoup de meubles et une quantité considérable de diamants,
A répondu qu’il sait qu’on a emporté les meubles qui étaient à Paris, ce qui s’est fait publiquement; n’a
rien vu de précieux qu'on se soit proposé d’emporter furtivement.
A lui demandé s’il est parti de Paris de la maison des sieur et dame de Lamotte, et s'il n’avait pas passé une partie de la nuit dans le cabriolet qui devait lui servir à voyager,
A répondu que sa malle et ses autres effets étant chargés sur le cabriolet dans lequel il devait partir, qui était chez la dame de Lamotte, et lui étant venu souper chez elle et se disposant à partir le lendemain de bon matin, il laissa les sieur et dame de Lamotte se coucher à peu près à une heure et demie ou deux heures, et fut se reposer dans son cabriolet pour attendre le jour, vu qu’il n’v avait plus dans la maison d’autre lit que celui des sieur et dame de Lamotte.
Interrogé s’il a connaissance que le sieur de Lamotte avait laissé à Londres des diamants chez les différents bijoutiers, et qu'il les a retirés après que sa femme a été arrêtée ,
A répondu qu’il n’en a aucune connaissance.
Interrogé s’il a entretenu quelque correspondance avec le sieur de Lamotte depuis qu’il est séparé de lui, s’il est informé du lieu où il s’est retiré, et s’il suit où il peut être à présent,
A répondu qu’il n’a eu aucune correspondance avec les sieurs et dame de Lamotte depuis qu’il a quitté Paris, et qu’il ignore absolument ce qu’est devenu depuis le sieur de Lamotte.
Interrogé s’il u’a jamais été mis en prison ni repris de justice,
A dit que non, si ce n’est qu’il a été mis en prison à Genève.
Interrogé s’il veut croire les témoins,
A dit que oui, s’ils disent vérité.
Titon. Rétaux de Villf.tte.
DEUXIÈME INTERROGATOIRE DE RÉTAUX DE VILLETTE Du vendredi 5 mai 1 78(5.
Par-devant nous Jean-Baptiste- Maximilien-Pierre Titon, conseiller du Roi au Parlement, a été amené, en l'une des salles du gouvernement du château de la Bastille, le nommé Rétaux de Villette.
Interrogé de ses nom, surnoms, âge, qualité et demeure ,
A répondu se nommer Louis-Marc-Antoine Rétaux de Villette, âgé de trente-deux ans, ancien gendarme, demeurant, avant sa détention, nie Saint-Louis, au Marais.
Interrogé quels sont les faits dont il a connaissance relatifs au marché du collier, sommé de nous dire ce qui l’a précédé et ce qui l’a suivi,
* Archives de F Empire, X’, 257(5.
A répondu qu’il a connaissance que M. le cardinal , dans le désir de plaire à la Reine pour parvenir au premier ministère, n engagé la dame de Lamotte, laquelle lui avait dit que, d'après la scène où elle s’était jetée aux pieds de la Reine, elle continuait à voir Sa Majesté, à parler en sa faveur; ce qu’elle lui dit avoir fait; que M. le cardinal la pressant de lui faire obtenir un rendez-vous, elle imagina la scène de la fille d’Oliva, qui est avouée par tout le inonde ; que la seule preuve qu’il puisse donner de ce qu’il avunce, tous les papiers de part et d’autre étant brûlés, est l’aveu que pourrait faire M. le baron de Planta, qui remit à la daine de Lamotte une lettre écrite par M. le baron de Breteuil à M. le cardinal, par laquelle on lui faisait connaître les intentions de Sa Mujesté pour qu’il restât dans son diocèse ainsi que les autres évêques, avec d’autres lettres île lui et un projet et des observations écrites de la main du baron de Planta pour le faire premier ministre, papiers dans lesquels était marqué le mécontentement de M. le cardinal contre M. le baron de Breteuil, que lui, répondant, a vus, auxquels il a fait réponse sous 1a dictée de la dame de Lamotte, et qu’il a brûlés par ordre de ladite dame ; que dans les lettres écrites très-fréquemment par M. le cardinal il la dame de Lamotte pour être remises à la Reine, il y avuit aussi des mécontentements contre une maison, qu’il croit être celle de Polignac; que lui, répondant, a fait différentes réponses à ces différents objets, sous la dictée de la dame de Lamotte; que si M. le cardinal a été
trompé pour le collier, c'est cette ambition qui a été le principe de son aveuglement et de sa duperie inexplicable, que la dame de Lamottc a mise à profit; que ce fut il peu près dans le mois de janvier 1785 que la dame de Lamotte lui montra le marché du collier pour qu’il le signât, ce qu’il a fuit sur l’assurance qui lui a été donnée que cet écrit ne sortirait pas des mains de M. le cardinal, qui ne devait en taire usage que pour le montrer aux joailliers, ce dont M. le cardinal est convenu iui-méine dans sa confrontation vis-à-vis de lui répondant; que la dame de Lamotte lui avait promis de reprendre le marché pour le détruire; qu’il croit aussi devoir à la vérité de dire qu’elle lui avait encore promis une forte récompense, et qu’elle ne lui a pas tenu parole ; que lui, répondant, par cette faute, n’a pus cru commettre et ne croit pas avoir commis, quoi qu’on en puisse dire, un crime de faux, puisqu’il n'a pas contrefait l’écriture de la Reine, et que la signature qu’il a employée n’est point et ne peut être celle de Sa Majesté ; qu’il n’a même point contrefait sa propre écriture ; qu’enfin il n’a point fait usage de cet écrit, qu’il n'en a tiré aucun produit, et qu’il en est toujours réduit au même état de fortune, n’ayant de plus que la malheureuse affaire que l’on juge, et qu’il doit a son faible et à la facilité de son caractère.
Interrogé si lorsqu’il a écrit les approuvé et la signature il savait que l'écriture du marché était de la main du cardinal,
A répondu que oui , puisqu’il en avait vu fréquem-
ment des lettres adressées à la dame de Lamotte, ainsi qu’il vient de nous le déclarer.
Interrogé si le cardinal a pu savoir par la dame de Lamotte ou par quelque autre voie que l’écriture des approuvé et 1a signature étaient fausses, et à quelle époque le cardinal a pu le savoir,
A répondu qu’il ignore si M. le cardinal en avait connaissance, mais que l’écriture était la même que celle des lettres qu’il a écrites sous la dictée de la dame de Lamotte comme venant de la Reine.
Interrogé s’il a écrit sous la dictée de la dame de Lamotte ou pour elle d’autres lettres adressées au cardinal pour des affaires particulières,
A répondu qu’il ne se souvient que d’un mémoire pour le frère de la femme de chambre de la dame de Lamotte, aveugle, qu’elle désirait faire entrer aux Quinze-Vingts.
Interrogé s’il a écrit, à l’époque du marché du collier, d’autres lettres comme venant de 1a Reine et adressées au cardinal ,
A répondu que oui.
Avons interpellé le répondant de déclarer s’il n’a pas entre autres écrit une lettre commençant par ces mots : « Je n’ai pas coutume de traiter ainsi avec mes joailliers. »
A répondu qu’il ne se le rappelle pas.
Interrogé si la dame de Lamotte lui a avoué ou confié que le cardinal a été instruit que c’était le répondant qui avait écrit les approuvé et la signature,
PIECES J CSTÏFIC ATI VES.
A répondu que la dame de Lamotte lui avait dit qu’elle avait fait part à M. le cardinal et aux joailliers que ce n’était pas l’écriture de la Reine, ne peut pas dire à quelle époque, dans la crainte de se tromper.
A lui représenté que n’ayant écrit les approuvé et la signature que sur l’assurance que le papier ne sortirait pas des mains de M. le cardinal, il savait quel était l’usage que le cardinal en devait faire,
A répondu qu’ayant vu le marché, il se doutait bien de l’usage qu’on pourrait en faire.
Interrogé si la dame de Lamotte lui a fait part des motifs qu’elle avait lorsqu’elle l’a engagé à écrire ces approuvé,
A répondu qu’il n’a d'autre connaissance de ses projets, sinon un but d’intrigue qui était visible.
Interrogé s’il sait quand le collier a été livré au cardinal ,
A répondu que non.
Interrogé s’il sait si le cardinal a remis le collier à la dame de Lamotte, et à quelle époque,
A dit que non.
Interrogé si ce n’est pas lui qui, le 1 er février, a été chez la dame de Lamotte, à Versailles, un moment après que le cardinal y était entré , et s’il ne s’est pas annoncé comme apportant une lettre de la Reine pour rpi 'ou lui remit le colber,
A répondu que non et qu’il prouve que le collier n’a pu lui être remis d’après même l’accusatiou de M. le cardinal, qui l’a signalé comme ayant des sourcils
PIÈCES JTTSTIFICATIVES.
noirs, une figure maigre et pâle, et que cela ne lui ressemble nullement, et par la suite de sa confrontation avec M. le cardinal, dans laquelle il a fait voir le peu de vraisemblance et la contradiction qui y régnaient; qu’il ne l’a point reçu , quoiqu’il en uit été accusé par lui comme ayant vu cette remise, ce qui est de toute fausseté.
Interrogé s’il a su que le collier a été dépecé ,
A. répondu qu’il en a connaissance pur les diamants qu’on l’avait chargé de vendre.
A lui représenté qu’ayant été chargé de vendre des diamants, il a du être inquiet de l’effet qu’avait produit sa signature, et qu’ainsi il devait faire des questions à lu dame de Lamotte et meme au cardinal ,
A répondu qu'il n’a pu en faire à M. le cardinal, qu’il n’avait jamais vu ; qu’il avait témoigné en effet ses inquiétudes à la dame de Lamotte; qu’elle l’avait rassuré en lui disant que l'écrit était toujours entre les mains de M. le cardinal.
Interrogé s'il sait si le cardinal a eu connaissance ou pu en avoir que la dame de Lamotte vendait des diamants provenant du collier,
A répondu qu’il l’ignore.
Avons interpellé le répondant de déclarer pourquoi, au moment où il a été arrêté et dans ses précédents interrogatoires, il n’a pas dit les faits qu’il vient de nous déclarer; quelles sont les considérations qui l’en ont empêché, et si c’est par suite d’un plan concerté entre la dame de Lamotte et lui uu moment où ils se
sont séparés au mois d’aoùt, ou de quelque autre plan concerté depuis,
A répondu qu’il n’a rien avancé de faux dans ses interrogatoires; que seulement dans le premier, il n’a pas avoué directement dans la crainte de compromettre d’autres personnes, et dans l’espoir que cela serait ignoré; mais qu’aujourd’liui , où il a lieu de craindre d être le seul contre lequel on ait lu preuve juridiquement acquise, il a cru devoir rendre hommage à la vérité.
A lui demandé si le sieur de Cagliostro a eu quelque connaissance du marché du collier, du dépècement qui a pu en être fait et de la vente des diamants,
A dit qu’il le croit absolument innocent dans toute l’affaire du collier.
A lui représenté le marché du collier dont il s’agit, l’avons sommé de déclarer s’il reconnaît l 'approuvé et la signature apposés audit marché pour être en entier de son écriture, ainsi qu’il vient de nous le déclarer,
Ledit Rétaux de Villette, après avoir examiné attentivement ledit marché, a dit qu’il reconnait tant les approuvé que la signature pour être en entier de son écriture.
Et ledit marché n’a été paraphé ni par le répondant ni par nous, l’ayant été ci-devant.
Interrogé s’il n’a jamais été repris de justice ou en prison ,
A dit qu’il n’a été détenu qu’une seule fois à Genève pour le fait du procès actuel.
Interrogé s’il veut eu croire les témoins,
A dit que oui, s’ils disent vérité.
TlTON. RÉTàDX DF. VlLLF.TTE.