M AHIE- A N TOI N K T T E
quelques jours 1 . La dernière circonstance ravalait à la classe des événements fort vulgaires un hymen qui jusque-là paraissait si étrange s . »
Madame de Lamotte avoue eet accouchement , mais elle ajoute qu’il fut avant terme ; les témoignages que nous venons de citer permettront au lecteur d’apprécier cet événement.
Le congé de M. de Lamotte étant expiré, les deux époux séjournèrent quelque temps à Lunéville, où ils se concertèrent sur les moyens d’obtenir, par le crédit de madame de Boulainvilliers, un poste avantageux pour M. de Lamotte.
Pour arriver à ce résultat, il fallait se rendre à Paris, et M. de Lamotte sollicita un congé; mais comme depuis un an c’était le troisième qu’il demandait, et qu’il en avait déjà obtenu deux, on le
1 j M émoires de Dewjnot, etc., p. 59. Il parait certain que M. Reugnot avait été quelque temps assidu auprès de Jeanne de Valois, et qu’il avait même songé à l’épouser.
J Un homme qui va jouer un rôle dans le procès du collier, Rétaux de Villette, ami intime de M. et de madame de l.amotte, avoua à l'inspecteur de police Quidor que, lors de son mariage, madame de Lamotte était enceinte. Cet aveu confirme parfaitement la version de M. Reugnot, que M. Louis Lacour attribue au dépit d’avoir rencontré en M. de Lamotte un rival heureux.
Je crois que M. Reugnot, à l’époque où il écrivait ses Mémoires, ne devait plus avoir le moindre dépit contre M. de Lamotte, et je suis sûr qu’il était parfaitement consolé du chagrin qu’avait pu lui causer son échec.
lui refusa ; mécontent de ce refus , il donna sa démission .
Madame de Houlainvilliers se trouvait alors à Strasbourg, l’ex-gendarme et sa femme s’y rendirent pour la voir; mais elle venait de partir pour Saverne, et ce n est que dans cette ville qu’ils purent la rencontrer; ce fut aussi à Saverne que madame de Lamotte vit pour la première fois le cardinal do Rohan 1 .
Louis-René-Kdouard , cardinal de Rohan, grand aumônier de France, commandeur de l’ordre du Saint-Esprit, évêque de Strasbourg et prince de l’Empire, abbé de Saint-Waast, de la Chaise- Dieu, etc., supérieur général de l’hôpital royal des Quinze-Vingts, docteur, proviseur de Sorbonne et l'un des quarante de l’Académie Française*, était né en 1734.
D’abord évêque de Canope, puis coadjuteur du prince-évêque de Strasbourg, son oncle, il avait été nommé vers 1772 par les intrigues de mesdames de Marsan et de Guéménée, ses parentes, à l’ambassade de Vienne, occupée alors par le baron de Breteuil, qu’il supplanta.
1 Vie lie Jeanne Je Saint-Itemy, etc., p. 211.
1 II avait été reçu à l’Académie le 11 juin 17(51, en remplacement de Sé(juy.
MARIE-ANTOINETTE
Intelligent et spirituel, mais vain et superficiel, le prince Louis, comme on le nommait alors, ne commit dans cette haute position que des inconséquences. S’il faut en croire madame Campaii 1 , il fut à Vienne l’écho de ce que le parti hostile à la jeune Dauphine Marie-Antoinette appelait ses légèretés, c’est-à-dire de son mépris pour l’étiquette. Ces futilités, mal présentées à l’impératrice Marie- Thérèse, mère de la Dauphine, attirèrent plus d’une fois à celle-ci de la part de la cour de Vienne des représentations injustes, qui furent la source première de sa froideur pour M. de Rohan.
C'est à cette époque que se place le grief le plus important de Marie- Antoinette contre le prince. A un souper fait chez madame du Barry, cette favorite lut à haute voix une lettre adressée au duc d’ Aiguillon, dans laquelle M. de Rohan, parlant du démembrement de la Bologne, représentait l’impératrice Marie-Thérèse essuyant d’une main les larmes qui tombaient de ses yeux, et de l’autre tendant le glaive qui devait servir au partage de ce malheureux pays et à lui en assurer sa part.
Marie- Antoinette eut bientôt connaissance du fait; elle y vil une insulte personnelle et un sujet d’éloignement définitif pour le prince Louis.
Du reste, l’Impératrice elle -même se défiait
* Mémoires de madame Campait, rliap. m.
depuis quelque temps des rapports que M. de Holiau lui adressait sur l'es prétendues inconséquences de la Dauphine; elle envoya à Versailles le baron de Néni pour savoir la vérité, et celui-ci démontra sans peine à sa souveraine que tous les reproches qu'on faisait à Marie- Antoinette étaient calomnieux, et que sa conduite était à l’abri de tout blâme; ce bit alors que Marie-Thérèse, édifiée sur le compte de l'ambassadeur de France, sollicita et obtint du ministre des affaires étrangères le rappel de M. de Rohan.
Cet événement eut lieu en 1774, deux mois après la mort de Louis XV. Les griefs mis en avant par la cour de Vienne étaient, dit madame Campan 1 : u 1° les galanteries publiques du prince Louis avec des femmes de la cour et d’autres d’un rang moins distingué; 2" sa morgue et sa hauteur à l’égard des autres ministres étrangers, ce qui aurait eu des suites majeures, surtout avec les ministres d Angleterre et de Danemark, si l’Impératrice elle-même ne s’en fût mêlée ; 3" son mépris pour les choses de la religion dans le pays où il était le plus nécessaire d’en montrer. On l’avait vu souvent se revêtir d habits de toutes les couleurs, prenant les uniformes de chasse des différents seigneurs chez qui il allait, avec tant de publicité, qu’un jour de Fête-Dieu, lui et toute sa légation, en uniforme vert galonné en
* Mémoires de madame Campan, cliap. ni.
MANIE- ANTOINETTE
or, avaient forcé une procession qui les gênait pour se rendre à une partie de ehasse'eliez le prince de Paar; 4° des dettes immenses contractées par lui et ses {{eus, dettes qui ne furent (pie tardivement et imparfaitement acquittées. »
A son retour en France, M. de Rohan put se convaincre des dispositions peu favorables de Louis XVI et de Marie-Antoinette à son égard.
Il fut cependant nommé grand aumônier de France, en remplacement du cardinal de la Roche- Aymon.
Laissons l'abbé Georgel 1 raconter de quelle manière M. de Rohan obtint cette place :
« L’expectative de la grande aumônerie avait été promise par Louis XV à la comtesse de Marsan, sœur du prince de Soubise, pour le prince Louis de Rohan, son cousin. Cette princesse, née Rohan, veuve d’un prince de la maison de Lorraine, était gouvernante des enfants de France (Louis XVI, Louis XVIII et Charles X); avec un caractère aussi plein de noblesse et d’énergie que le sien , elle était digne de présider à une éducation aussi auguste; ses rares vertus et son inflexible probité lui attiraient l’estime du Roi et les respects de la cour; elle ne voulut accepter de Louis XV, pour prix de ses services, que la seule et unique grâce de l’expectative de la grande aumônerie de France. Ce monarque la
* Mémoires de l'abbé Georgel, t. II, p. 9 et sniv.
lui assura par un écrit signé de sa main. A I avènement de Louis XVI à la couronne, la comtesse de Marsan, qui avait élevé ce monarque, ue tarda pas à remettre la place de gouvernante à sa nièce la princesse de Guéménée. On lui en conserva les honneurs et les prérogatives, mais, toujours désintéressée, elle renonça au traitement annuel de 80,000 livres qui lui était, d’après l’usage, légitimement dû. Elle ne demanda à Louis XVI pour toute récompense que la confirmation de la grâce que son grand-père avait accordée au prince Louis de Rohan, et dont elle représenta l’écrit. Le Roi n’hésita pas à donner sa parole royale de ratifier cette promesse.
» Cette place éminente, successivement occupée par les cardinaux Armand de Rohan et Armand de Rohan-Soubisc, avait à la mort de ce dernier passé au cardinal de la Roche-Aymon.
» La Reine, dont le plan était d’éloigner le prince Louis de la cour, entreprit de faire changer ces dispositions. Elle avait connaissance de la promesse faite à la comtesse de Marsan, mais elle crut qu’il ne lui serait pas difficile de concilier les égards dus à une telle promesse et son désir véhément d’en empêcher 1’elTct. Au moment où une maladie grave menaçait les jours du cardinal de la Roche-Aymon , la Reine crut devoir donner au Roi quelques éclaircissements sur la personne désignée comme successeur du grand aumônier; elle lui peignit le prince
MA RIE- ANTOINETTE
Louis de Rohan sons des couleurs si défavorables, «fu’elle parvint à inspirer au Roi de l'éloignement pour ce dernier; mais comment indisposer une maison qui tenait un des premiers rangs à la cour et avait toujours bien mérité de l’État? Comment manquer à la parole royale donnée à une personne de la plus haute naissance et dont les services importants repoussaient un désagrément aussi marqué?
» Ces réflexions du Roi, nées de son amour pour la justice et de son attachement sincère pour madame de Marsan, ajoutaient encore à sa perplexité. La Reine trouva les moyens de les faire évanouir. Il fut donc convenu que le coadjuteur de Strasbourg ne serait pas grand aumônier, et qu’on prendrait des arrangements pour satisfaire la maison de Rohan et ne pas indisposer la comtesse de Marsan. La Reine s’applaudit de ce succès, mais crut devoir en garder le secret, que le Roi révéla au comte de Maurepas. Le ministre ne dissimula pas tous les assauts qu’il aurait à soutenir de la part d’une femme du caractère de son ancienne gouvernante. Le ministre aimait d’ailleurs la maison de Rohan; il ne crut pas manquer à la confidence du souverain en donnant avec prudence l’éveil de ce qui s’était ainsi tramé dans le silence. Ce fut à moi qu’il s’adressa pour en faire confidence à la comtesse de Marsan ; cette princesse en fut vivement émue, mais non pas ébranlée. Son âme, en une telle circonstance, semblait se mettre au niveau de la dignité
qui lui convenait pour diriger ses démarches et mesurer ses paroles; elle ne confia ce secret qu’au prince de Soubise son frère et au prince Louis, et je fus chargé d’en aller informer avec les nuances convenues la princesse de Guéménée, qui, dans les bonnes grâces de la Reine, pouvait faire changer l'opinion de cette princesse en lui peignant les vives inquiétudes de la maison de Rohan et lui inspirer plus de bienveillance.
>> Le moment pressait; le grand aumônier était à toute extrémité. Le prince de Soubise arriva chez sa fille, la princesse de Guéménée, au moment même où je m’y trouvais, pour l’avertir qu’il était temps d’agir. La princesse de Guéménée ne put point voir la Reine, qui se préparait à aller à un bal masqué à Paris, mais elle lui écrivit la lettre la plus pressante et la plus touchante, à laquelle Marie- Antoinette répondit sur-le-chainp ces mots de sa main : « Soyez sans inquiétude, ma chère princesse, » votre maison sera contente, on ne lui enlèvera pas » la grande aumônerie. » Le prince de Soubise et sa fille étaient ravis de ce succès. Je fus envoyé chez M. de Maurepas avec ce billet; il était onze heures du soir. Ce ministre ne l’eut pas plutôt parcouru, qu’il me dit : « C’est h) le bon billet qu’a la Châtre.
« Non, on n’enlèvera pas la grande aumônerie à la » maison de Rohan, car le Roi va h» donner au » prince Ferdinand de Rohan , frère du coadjuteur... » Voila le mot de l’éuigme qui m’a été confié. Iiatcz-
M A 1U E- A S TO I N ETTK
n vous de désabuser la princesse de Guéménée et » d’avertir madame la comtesse de Marsan. »
» La gouvernante des enfants de France actuellement en exercice ne pouvait croire que la Reine eût voulu lui donner le change. Le prince de Soubise se hâta de se rendre à Paris pour montrer à sa sœur le billet de la Reine, et lui donner l’interprétation de M. de Maurepas. Le cardinal de la Roche-Aymon mourut dans la nuit. La comtesse de Marsan se trouva chez le roi à son réveil :
» La comtesse. — Sire, le cardinal de la Roche- Aymon est mort cette nuit; je viens réclamer vos bontés et votre parole royale pour mon cousin, le coadjuteur de Strasbourg.
» Le noi. — Ma cousine, je sais que je vous ai promis pour lui la grande aumônerie, mais c’est aujourd'hui une chose impossible : demandéz-moi toute autre chose pour lui, mais il ne sera pas mon grand aumônier.
n La comtesse. — Votre Majesté me cause un saisissement de surprise qui ne peut s’allier avec la parole sacrée d’un roi. Non, Sire, vous n’y manquerez pas, et mon cousin sera grand aumônier.
« Le 1101. — Qui pourrait me forcer à prendre un homme pour qui j’ai la plus grande répugnance?
n La COMTESSE. — Vous-même, Sire; oui, vousmême, qui ne voudrez pas qu’il soit dit que vous avez manqué solennellement à votre parole donnée
pour services rendus. Une simple répugnance n’est pas un titre pour y manquer.
» Le roi. — Je ne manque point à ma parole; je vous ai promis la place; je vous la donne pour son frère le prince Ferdinand : la maison de Rohan n’a pas à se plaindre.
» La comtesse. — Beaucoup, Sire, oui, beaucoup, si le coadjuteur 11’est pas grand aumônier. C’est pour lui seul, et non pour son l'rère, que j’ai demandé et obtenu cette place. Votre promesse est formelle, je l’ai rendue publique : j’en suis garante vis-à-vis la maison de Rohan. Votre Majesté voudrait-elle pour une répugnance déshonorer le coadjuteur et l’exposer au blâme d’avoir encouru votre disgrâce sans délit connu?
» Le roi. — Eh bien, je lui donnerai une grâce marquante pour repousser cette opinion. Voulezvous pour lui ma nomination au cardinalat?
» La comtesse. — Non, Sire, non, nulle grâce ne peut entrer en compensation de celle qui est revêtue du sceau de votre parole royale, à laquelle seule j’attache le prix de mes services et des soins que j’ai prodigués à votre enfance.
» Le roi. — Je ne le puis plus, j’en ai donné ma parole à la Reine.
» La comtesse. — Je respecte, Sire, les volontés de la Reine, mais Votre Majesté ne peut avoir deux paroles : la Reine ne voudrait pas que par complaisance pour elle le Roi fasse ce que la menace d’une
H MA RIE- A N TOI NETTE
mort certaine ne ferait pas faire au dernier gentilhomine de son royaume. Si la parole d’un gentilhomme est sacrée au point qu'on ne puisse y manquer sans déshonneur, que doit être celle d’un roi? Je prends donc la respectueuse liberté d’assurer Votre Majesté, qu’ayant publié la parole qui m’a été donnée par elle, je me trouverai dans l’impérieuse nécessité de publier également que le Roi n’y a manqué que pour complaire à la Reine : le Roi ne voudra pas s’exposer à un blâme de cette nature.
» Iæroi. — Voulez-vous donc, ma cousine, me forcer à placer malgré moi dans ma maison un homme qui me déplait et qui déplaît souverainement â la Reine?
n La comtesse. — Non, Sire, je n’invoque aujourd’hui que votre loyauté et votre justice. Nommez le coadjuteur grand aumônier, vous vous le devez à vous-même; mais il ne doit pas garder cette place malgré vous. Voici donc h quoi je m’engage pour lui et pour toute la maison de Rohan : Si dans deux ans mon cousin n’a pas le bonheur de dissiper par sa bonne conduite et par ses services la déplaisance de Votre Majesté et de mériter ses bontés, il donnera sa démission et ne paraîtra plus à votre cour; si le Roi l’exige, il lui remettra lui-même cette promesse secrète par écrit, au moment de sa nomination.
« Le Roi, pressé par de si vives instances, se rendit enfin : Eh bien, dit-il, puisque vous l’exigez
ainsi, je le nomme à regret, mais aux conditions que vous proposez vous-même. »
Le lecteur nous pardonnera sans doute cette longue citation en faveur de son intérêt même. Du reste, indépendamment des détails curieux que nous donne l’abbé Georgel sur la nomination du prince Louis, elle permet d’apprécier sa façon de penser à l’égard de la reine Marie- Antoinette, et, pour nous servir de l’expression du dernier éditeur de madame Campan, de voir avec quelle haine respectueuse il parle d’elle.
Quoi qu’il en soit, les préventions de la Reine contre M. de Rohan ne l’empêchèrent pas d’être nommé successivement abbé de Saint-Waast, proviseur de Sorbonne et administrateur de l’hospice des Quinzc-Vingts.
Il était d’usage à la cour que le Roi fit nommer son grand aumônier au cardinalat, mais Louis XVI ne voulut pas faire jouir le prince Louis de cette faveur; sa nomination lui avait été arrachée par madame de Marsan, il l’avait signée à regret, aussi donna-t-il le chapeau au cardinal de la Rochefoucauld, archevêque de Rouen, et ce fut par le roi de Pologne, Stanislas Poniatowski, que le grand aumônier de France obtint la pourpre romaine.
Telle < ; tait la position de M. de Rohan : mal vu à la cour, il faisait en vain tous ses efforts pour regagner les bonnes grâces de la Reine et la confiance du Roi. Du reste, il se croyait un homme politique,
MARIE-ANTOINETTE
et son plus grand. désir était d’être premier ministre; partout il répétait qu’on ne lui rendait pas justice, qu’il lui était facile de se justifier, de faire revenir Louis XVI et Marie-Antoinette des préventions mal fondées qu’ils avaient contre lui.
Obligé de partager sa vie entre Versailles où l’appelait sa charge de grand aumônier, et Strasbourg dont il était devenu prince-évêque à la suite dé la mort de son oncle , le cardinal de Rohan faisait de fréquents voyages en Alsace. Ce fut dans l’un de ces voyages, au mois de septembre 1781, que madame de Boulainvilliers lui présenta, comme nous l’avons déjà dit, à Saverne, où il se trouvait alors, la jeune comtesse de Lamotte.
Madame de Lamotte et le cardinal de Rohan ne furent pas longtemps seuls renfermés à la Bastille ; la police, qui recherchait avec soiu les moindres détails sur l’affaire du collier, mit bientôt la main sur trois personnages qu’elle soupçonnait être complices de cette escroquerie : le comte de Cagliostro ; un ancien gendarme, nommé Rétaux de Villette, commensal des époux de Lamotte, et une demoiselle Leguay d’Oliva.
Cagliostro, qui se qualifiait comte (le Cagliostro
* Parmi les pièces <le la procédure instruite contre le cardinal de Rohan, madame de l^amotte et autres, se trouvent
ET LE PROCÈS Dü COLLIER. 37
était l’un de ces charlatans pour lesquels Paris s’enthousiasme avec tant de facilité. Venu après Saint- Germain, il prétendait comme lui faire de l’or, et tout ce que la capitale renfermait de gens crédules courait au-devant de cet homme merveilleux qui {périssait les malades abandonnés par la Faculté, et refusait le salaire de ses peines lorsqu’il lui était offert par de pauvres gens.
Ce qu’il racontait de son existence était romanesque. Son enfance s’était écoulée en Arabie, au milieu du luxe oriental des schérifs de Médine et de la Mecque; adolescent, il visita l’Egypte et les principaux royaumes de l’Afrique et de l’Asie, Rhodes, Malte, l’Archipel, Naples et Rome, oit il épousa, en 1770, une fille de qualité, Séraphina Féliciani.
Ce fut en 1780, à Strasbourg, que Cagliostro fit la connaissance du cardinal de Rohan. Le prince souffrait d’un asthme, et la renommée médicale dont jouissait le célèbre empirique l’engagea à le consulter. Des relations d'intimité s’établirent bientôt entre le cardinal et Cagliostro. M. de Rohan espérait-il trouver au fond du creuset du charlatan la pierre philosophale, au moyen de laquelle il rétablirait sa fortune, diminuée par les profusions de
plusieurs requêtes adressées au procureur général parCagliostro ; elles sont toutes signées le comte de Cagliostro, mais sur toutes aussi le mot comte est bâtonné, sans doute par les rapporteurs de l'affaire, ou peut-être même par le procureur ' général.
MARIE-ANTOINETTE
sa jeunesse, ou bien voyait-il simplement en Cagliostro un homme habile, profondément versé dans l’étude de la chimie, et dont , en ami de la science, il encourageait les travaux? Voyait-il eu lui un prestidigitateur ou un savant? On ne sait; mais bientôt Cagliostro 1 put puiser à son aise dans la bourse du cardinal.
Le 30 janvier 1785, le comte de Cagliostro arrivait à Paris et s’installait rue Saint-Claude, au Mai •ais, à deux pas de madame de Lamotte, qui habitait rue Neuve-Saiut-Gilles, et tout près de l’hôtel de Strasbourg (aujourd’hui l’Imprimerie impériale, rue Vieille-du-Tcmplc), demeure du cardinal.
A Paris, ses relations avec M. de Rohan devinrent plus fréquentes encore, et il est hors de doute qu’il dut connaître toutes les particularités de la négociation du collier.
Participa-t-il aux manœuvres criminelles de madame de Lamotte ; est-ce lui qui, par l’empire qu’il avait sur le cardinal, lui fit acheter, dépecer et vendre ces bijoux « pour en grossir Ifc trésor occulte
' Cagliostro a nié le fait dans l’interrogatoire subi par lui devant le conseiller Titon, interrogatoire que l’on peut lire plus loin; niais l’abbé Georgel ( Mémoires , t. Il) représente Cagliostro comme vivant aux dépens du cardinal . faisant pendant ses absences de Strasbourg des orgies avec le baron de Planta, et buvant à flots le célèbre vin de Tokay de M. de Kohan.
d’une fortune inouïe 1 ?» Non, et la procédure le prouvera surabondamment.
Quoi qu’il en soit, ses liaisons connues avec M. de Rohan le firent soupçonner de quelque connivence dans l’affaire du collier, et une lettre de cachet fut lancée contre lui.
Il fut arrêté, ainsi que sa femme, le 23 août 1785, et conduit à la Bastille , comme le prouve le procèsverbal suivant :