‹ MarieAntoinette et le procès du collier d'après la procédure instruite devant le parlement de ParisChapitre 7 sur 48 · CAGLIOSTRO. — PERQUISITION, SCELLÉS SUR LEURS · texte numérisé non relu

CAGLIOSTRO. — PERQUISITION, SCELLÉS SUR LEURS

BIJOUX, etc. *.

u L’an 1785, le mardi 23 août, à sept heures du matin, nous, Marie-Joseph Chénon fils, avocat en parlement, conseiller du Roi, commissaire au Châtelet de Pans, en vertu des ordres à nous adressés, à reflet de faire perquisition chez les sieur et dame de Cagliostro, nous sommes transporté, accompagné du sieur de Bruguières, inspecteur de police, rue Saint-Claude, au Marais, en une maison appelée l’Hôtel de Sa vigny, où étant et montés au premier étage, et entrés dans un appartement, nous y avons trouvé le sieur Cagliostro dans la chambre à coucher, nous lui avons lait entendre le sujet de notre transport.

* Md moire pour dame Jeanne de Saint-Remy de Valois, dpouse dn comte île Lamotte , par M* Doillot, avocat, p. 3.

3 Archives -de F Empire, Y, 11514.

MA RIE- ANTOINETTE

» Nous a dit sc nommer Alexandre de Cagliostro ; ne peut dire son âge, natif Africain ou Maltais, comte de Cagliostro, demeurant maison et appartement où nous sommes.

» L’avons sommé de nous représenter ses papiers.

» Il nous a dit que n’ayant pas d’affaires, il n'a pas de papiers, mais que son secrétaire était ouvert et que nous pouvions y faire perquisition.

» Avons, en la présence du sieur de Cagliostro, fait perquisition dans le secrétaire étant dans une pièce voisine de ladite chambre à coucher, et perquisition faite dans tous les tiroirs dudit secrétaire , et ne s’y étant trouvé que quelques papiers, nous les avons remis en totalité sous une enveloppe de papier, sur laquelle nous avons apposé nos scellés , au nombre de deux cachets en cire d’Espagne rouge.

» Ledit de Cagliostro n’ayant pas jugé à propos d’y mettre le sien ; il ne s’est trouvé au surplus rien de suspect dans ce secrétaire.

» Avons continué la perquisition dans les différents meubles à l’usage personnel du sieur de Cagliostro, et toujours en sa présence, et il ne s’y est rien trouvé de suspect.

« Après quoi le sieur de Brugnières s’est, en vertu des ordres dont il est porteur, chargé du sieur de Cagliostro pour le conduire au lieu de sa destination, et du paquet de papiers de nous scellé, pour le représenter quand et à qui il appartiendra , et a ledit sieur de Brugnières signé avec nous.

ET I.E PnOCÈS DU COLLIER. 41

» Le sieur de Cagliostro a refusé, de ce requis suivant l'ordonnance.

» ClIÉ.NON" fils. DE BrUGMÈRES.

» A l’effet de- continuer la perquisition des papiers et des effets et des papiers de la dame de Cagliostro, sommes restés dans le salon de la dame de Cagliostro avec la dame de Cagliostro, deux dames qui étaient avec elle, et le sieur Lécbevin, commis du sieur de Bruguières, jusqu’au retour du sieur de Brugnièrcs.

» Le sieur de Bruguières de retour au bout d’environ une demi-heure, avons interpellé la dame de Cagliostro de nous dire ses noms, âge, pays, qualités et demeure.

» Elle nous a dit se nommer Séraphine Felichiani, âgée de 28 ans, native de Rome, épouse du sieur Alexandre de Cagliostro, comte de Cagliostro, demeurant avec lui, maison et appartement où nous sommes.

n Avons sommé la dame de Cagliostro de nous représenter ses papiers; avons en sa présence fait perquisition dans une commode étant dans la chambre à coucher, qui est la même du sieur de Cagliostro, ci-devant désigné.

» La dame de Cagliostro nous a fait ouverture de cette commode ; dans l’un des tiroirs se sont trouvés quelques papiers, et dans un autre tiroir, une assez

MARIE- A K TOI NETTE

grande quantité de bijoux à l’usage d'homme et de femme.

» Deux rouleaux que la dame de Cagliostro nous a dit être des louis.

» Une bourse de soie renfermant quelques pièces de monnaie d’or.

» Une bourse de peau paraissant renfermer des espèces.

» Tous les bijoux, rouleaux et bourses ont été retirés de cette commode parla dame de Cagliostro, par elle mis et réunis dans un carton que la dame de Cagliostro s'est fait donner par sa femme de chambre à ce présente, et nous avons réuni dans un carton les papiers qui se sont trouvés dans cette commode; avons, sur ce carton, apposé nos scellés eu cire d’Espagne rouge sur un bout de ruban en soie verte, qui le ferme de plusieurs tours, et la dame de Cagliostro, de ce par nous requise, a mis son cachet sur l’autre bout de ce ruban.

» Le sieur de Bruguières s’est chargé de la dame de Cagliostro pour, en vertu des ordres dont il est porteur, la conduire au lieu de sa destination, et du carton de nous scellé et cacheté du cachet de la dame de Cagliostro, pour le représenter quand et à qui il appartiendra , et a signé avec nous ; la dame de Cagliostro nous a déclaré ne savoir écrire ni signer, de ce interpellée suivant 1 ordonnance.

» ClIÉNON fils. DE BltUGMÈRES.

» La dame de Cagliostro sur le point de sortir, l’avons requise de nous déclarer si elle n’a pas quelque précaution à prendre pour la sûreté de ses meubles et effets.

» La dame de Cagliostro nous a répondu qu’elle n’en a aucune à prendre , et qu’elle a la plus grande confiance en sa femme de chambre , à laquelle elle va remettre ses clefs.

» Avons observé à la dame de Cagliostro que tons ses domestiques n’ont pas besoin d’habiter la totalité de son appartement, et qu’il sera plus prudent d’en emporter les clefs. La dame de Cagliostro s’y est déterminée ; avons fait fermer les croisées de la totalité de l’appartement, el la dame de Cagliostro, pour sûreté de ses effets el de ses meubles, a fermé son appartement avec les clefs, qu elle a mises dans sa poche.

» Dont et de quoi avons fait et dressé le présent procès-verbal, et a ledit sieur de Bruguières signé avec nous, et la dame de Cagliostro a réitéré sa déclaration de ne le savoir.

« Ch É. non fils. de BiiugniÈRES. »

Ce fut jusqu’à Genève qu’il fallut aller chercher Rétaux de Villette poux - le conduire à la Bastille. For-

MARIE- ANTOINETTE

tcmcnt compromis dans l'affaire du collier, Rétaux s’était empressé de passer en pays étranger lorsqu' it avait vu que tout allait se découvrir. Ce fut l’inspecteur de police Quidor qui se chargea de son arrestation et qui l’amena à Paris.

Marc-Antoine Rétaux de Villette était fils du directeur général des octrois de Lyon , où il naquit en 1754. En 1767 il quitta cette ville et se rendit avec sa mère à Troyes, où il acheva ses études; sa sœur ayant épousé un capitaine d’artillerie, et luimême se destinant à la carrière militaire, il suivit son beau-frère aux écoles de Douai et de Bapaume. Lors de la suppression de cette école il entra dans la gendarmerie, où il fit connaissance de M. de Lamottc, qui le présenta à sa femme, dont il devint bientôt l’amant.

L’inspecteur de police Quidor parle de Rétaux en ces termes : « D’un tempérament ardent, il recherche les femmes avec avidité, toutes lui sont bonnes, et il les choisit quelquefois dans les derniers rangs des prostituées. Ce sont ses qualités physiques qui ont porté madame de Lamotte à en faire choix pour amant 1 . »

Du reste, Rétaux de Villette ne manquait ni d’es-

1 En sa qualité d’inspecteur chargé de la police des filles, Quidor emploie pour peindre Uétaux des phrases tellement cyniques qu’il Faut renoncer à les citer. Il suffira sans doute au lecteur, pour en avoir une idée, de savoir qu’il l’appelle le taureau de madame de Lamottc.

prit ni de facilité, il faisait des vers gracieux et était bon musicien.

Ce fut madame de Lamotte qui le perdit; son intimité avec elle était connue, et sa fuite, qui ne précéda que de quelques jours l’arrestation du cardinal, avait donné l’éveil.

La police se hâta de s’emparer de lui ; arrêté comme nous l’avons dit à Genève, sa contenance pendant la route prouva qu’il savait bien des choses. Il se trouva mal plusieurs fois et ne cessa de répéter qu’il était un homme perdu, une victime qu’on allait sacrifier.

La capture de Rétaux de Villette était en effet bien importante. Confident le plus intime de madame de Lamotte, agent sûr et discret de toutes ses intrigues , il avait de plus écrit de sa main toutes les lettres adressées au cardinal soi-disant par la Reine, lettres qui avaient décidé l’acquisition du collier; et sur le marché passé avec les joailliers il avait écrit ces mots : Approuvé et signé Marie- Antoinette de France!

Enfin on alla chercher jusqu’à Bruxelles et on ramena à la Bastille une demoiselle Leguay d’Oliva, accusée, elle aussi, d’avoir joué un rôle dans cette affaire, et d’avoir participé à l’escroquerie. On verra plus loin quelles étaient les charges qui pesaient sur elle.

Ainsi donc, à l’exception du comte de Lamotte, qui, lors de l’arrestation de sa femme à Bar-sur-

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M A R 1 E- A N TO I N ETTE

Aube , avait eu soin de passer en Angleterre , tous les prévenus se trouvaient sous la main de la justice.

C’étaient : 1° M. le cardinal de Rohan;

2° La comtesse de Lamotte -Valois ;

3“ Le comte de Cagliostro ;

4° Rétaux de Villette ;

5° La fille Leguay d’Oliva.

Ce fut le 5 septembre 1785 que le Parlement fut saisi du procès ; Louis XVI lui adressa à cet effet les lettres patentes suivantes.

Lettres patentes attribuant au Pari.ement, toutes

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