‹ Mariée en blancChapitre 10 sur 142 · PETITE CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

PETITE CORRESPONDANCE

— A la santé de papa! s'écria José de Lizieux en levant sa coupe pleine de Champagne qu'il choqua contre celle de Pélago.

— Oui, à la santé de papa, répondit la joyeuse fille.

— A sa santé, dit à son tour Berlha.

C'est en cabinet particulier, au Lion d'or, que José de Lizieux célébrait les largesses paternelles avec sa maîtresse et l'amie de celle-ci.

Dans la journée, les deux amants avaient versé au tapissier l'acompte stipulé de vingt mille francs et l'industriel du faubourg Saint-Antoine avait promis d'être d'une exactitude exemplaire.

Déjà, dans ses ateliers, toute la commande était en main.

Avant l'expiration de la quinzaine fixée, l'installation de l'appartement de la rue Marbeuf serait sûrement achevée.

Pélago était rayonnante de bonheur.

Déjà, elle préparait une fête splendide pour prendre la crémaillère.

En dînant avec José et avec Bertha, ce fut le principal sujet de conversation.

La liste des invités serait nombreuse, vingt-quatre couverts pour le moins, et le menu exécuté par Potel et Chabot.

Puis, une sauterie accompagnée d'un buffet princièrement servi.

Bertha amènerait son nouvel amant, le capitaine de Coursades, que Pélago connaissait et qu'elle trouvait charmant.

José avait bien envie d'inviter son père avec Palmyre. Il ne savait pas s'il accepterait, à cause de sa situation, de ses relations qui pourraient apprendre cette fredaine; mais enfin il lui en parlerait.

En même temps, le fils de Carmen songeait à Luce d'Azergucs.

Dans .son exubérance et sa vantardise méridionale, il lui en coûtait beaucoup de ne pouvoir conter à d'autres ce qu'il appelait déjà une galanle aventure et montrer le billet qu'il avait rei,u de la lille de Jane.

A i|ui l'U anrait-il paiii'?

Pas à Pélago dont il connaissait la jalousie et qui cerlainenicnt en aurnil jiris ombrage si elli' avait vu la Inuruui'i' (pu- le^ choses |ironaicnt.

Pas à Berlha non plus qui n'aurait pas manqué, malgré la discrélion promise, d'en informer son amie.

Pas à Paul des Roselles qui était en quelque sorte de la famille du père de Luce, son parrain et son tuteur.

Au Cercle, José n'avait que des relations, mais aucun ami, car on se méfiait instinctivement de lui, et même, — il faut bien le dire pour être sincère, — on lui trouvait, grâce à son type exotique, certaines allures de rastaquouère qui ne plaidaient pas en sa faveur et qui ne contribuaient pas à le rendre sympathique.

Cependant, l'homme heureux, lorsqu'il a dans les veines le sang du Midi, éprouve le besoin de faire à tous la confidence de ses bonnes fortunes, et il ne suffisait pas au fils de l'aventurière espagnole d'avoir joui du bonheur d'étonner son père et Palmyre.

Une intrigue avec une fille de grande famille, encore qu'il n'y ait qu'un billet inconsidérément échangé avec une jeune folle à l'esprit romanesque, était un titre d'orgueil pour un fat comme José qui attribuait uniquement ses succès à ses qualités physiques irrésistibles.

Il prit d'abord Ludovic, le valet de chambre de son père, pour confident.

Avec lui, il avait toujours été d'une grande familiarité.

Il lui montra la petite lettre de Luce et lui fit le récit du stratagème qu'il avait employé pour correspondre avec elle.

— Yous ne vous doutiez pas de ça, hein? dit-il, l'air heureux de l'homme qui se sent admiré.

— Non, monsieur José, répondit l'ancien serviteur; en effet, c'est un joli succès.

— Une fille délicieuse!... Un galbe étonnant!... regardez-inoi ça, fit-il en montrant le billet qui ne le quittait pas : « je piaffe »... Il n'y a qu'elle pour trouver ces choses-là!

— C'est charmant... charmant.

— Et vous savez, Ludovic, ça marche !

— Ah!

— Oh! oui, ça chauffe... Ça va bien!

Il se rengorgeait.

José ne s'en tint pas là.

Le matin, pendant qu'on lui faisait la barbe, il mit aussi son coiffeur au courant de cette bonne fortune.

Cependant, il jugea prudent de ne pas nommer l'auteur du billet. Mais, s'il ne prononça pas le nom de Luce d'Azergues, sa fatuité se

rattrapa amplement en disant que celle qui l'aimait et qui lui écrivait ainsi, appartenait à l'une des plus grandes familles du faubourg Saint- Germain et que l'on serait absolument épaté s'il en prononçait le nom. » — Il y a six millions de dot, dit-il, et je n'ai qu'à dire un mot pour épouser !... Seulement, vous comprenez, j'ai bien le temps d'y songer.

Il y avait aussi à l'hôtel de la rue de Courcelles un petit groom nègre, David, dont José utilisait presque exclusivement les services

C'est David qui montait en tilbury avec lui, ou qui le suivait à cheval au Bois.

C'est lui qui portait ses lettres chez Pélago et qui faisait toutes ses petites commissions.

David était un jeune Abyssin ramené en France quelques années auparavant par un ofllcier de marine qui l'avait admirablement dressé au service et qui avait quitté son maître aussitôt arrivé à Paris, ayant dijà toutes les roublardises du métier.

11 était heureux dans ses fonctions où les projets étaient nombreux, car en sus de ses soixante francs de gages, il recevait de jolis pourboires de son maître et de Pélago, chez qui il allait souvent, et qui ne se gênait pas pour l'employer.

David reçut aussi la confidence de l'intrigue de son jeune maître.

Ici, — nous devons à la vérité de le déclarer, — ce fut moins l'esprit de vantardise qui poussa José que la résolution de se servir de son groom pour les besoins de ses galants projets.

Le jeune Abyssin était ru^é, adruil et malin comme un singe.

Mieux que quiconque, il réu>>irait dans tout ce que José lui confierait.

11 rendrait sûrement à son maître d'appréciables services.

Maintenant que Luce d'Azergues élail à Paris, il fallait, — selon l'expression du jeune fat, — chauffer l'intrigue.

Le fils de Carmen j'étail épris, en vérité, d'une très réelle passion pour la fille de Jane.

Ce n'était pas le mariage qu'il avait en vue, mais une affriolante aventure dont la possibilité lui élail apparue, avec la coupable légèreté de Luce.

Celle idée de séduire une jeune fille comme elle le stimulait vivement.

— Pas banal, ça! se disail-il avec joie.

El il ruminail des ]in>j('ts poiii' arriver ;\ ses fins.

MARIÉK EN BLANC 877

Tout d'abord, il fallait trouver un moyen de correspondre avec Lu ce.

Les lettres n'auriiiiMil pas pu arriver au grand jour sans risquer de tomber entre les mains de ses parents.

C'est donc à une correspondance occulte qu'il fallait avoir recours.

José avait eu une idée.

Il avait chargé David de s'informer adroitement des journaux que l'on recevait à l'hôtel de la rue de Grenelle et il avait su que le comte de Bellegarde, en outre des quatre ou cinq journaux de sport qu'il lisait attentivement, était abonné k un journal mondain que, la plupart du temps, il ne tirait même pas de sa bande.

La petite correspondance était un moyen tout trouvé,

il ne s'agissait que d'en informer la jeune fille.

Ce fut David qui s'en chargea encore.

11 guetta les sorties de Luce d'A/ergues jusqu'à ce qu'il la vit seule avec Camille, sa femme de chambre, pour aller chez une de ses amies dans le quartier, où elle devait passer l'après-midi.

David, en passant auprès d'elle, glissa dans la poche du manteau de la jeune fille un bout de papier sur lequel il avait écrit, avec une orthographe fantaisiste :

Lizé jounal

Luce, ([ui connaissait le jeune groom de José de Lizieux, sentit le mouvement et comprit instinctivement ce qu'il avait fait.

La femme de chambre n'avait rien vu.

Arrivée chez elle, la vicieuse jeune fille lut le billet et ne tarda pas à coni])rendre ce que signifiaient ces deux mots.

Elle avait remarqué plusieurs fois ces insertions faites, .sous la rubrique (( Petite Correspondance », dont la jdupart sont de galants messages ou d'amoureuses propositions.

Elle les lisait tous les jours, curieusement.

Que de fois, — si elle l'avait osé ou si elle l'avait pu, — n'avail-elle pas été tentée de répondre à un de ces anonymes amants en quùLe d'iuie aventure ou d'une correspondante aimable !

Dès le lendemain malin, Luce s'empara du journal, à peine arrivé.

Elle l'ouvrit aussitôt à la quatrième page et elle lut l'arlicle qui l'intéressait, cherchant au milieu des insertions diverses celle qui pouvait s'adresser à elle.

Une Russe ador.. 22 a. merveil. fte,jol. yracieu. d. (aide ini.J, Verveine, 4, r. Cliambiges, 2= et. à d. fond cour. Discr.

Jane MT,j. n. vis q.d.t. chérie.Éc.m.diis.q.pos.

J.j. fil. 17 ans, deni. pas. Iiiv. dans midi. KL, b. 54

J. h. nécro. dés. co.j f. cur desitit. bur. 32, MF A.

José à L. d'A. — V. ad. merci p. v. encouragt. cnmm. V. dir. t. la pass. que m. cœur contient? dit. -moi comm. faire p. v. voir et v. donner L pi. ard. baisers d. m. lèvres. — à vous!

Si. ■100 p. m. plus Cad. à j. f. travaillant tib. fid. exigée, b. r. E M ii, r. Bayen.

Zildqb c s anm kds rh cdrhqd Id szh ozqbp s mdbqh

oz zrr szhl sdla ss okdhm szon szsdm.

A B env. à sa mignon, cher. t. l. bais, n'a pu do. dim. irai jeudi mat. voir ai chose à dir.Bonj. C.C.

José n'avait pas eu recours à de grands artifices pour déguiser son envoi.

Luce comprit tout de suite que la cinquième insertion commençant par JOSÉ A L. d'à. s'adressait à elle.

Pas de cryptographie; de simples abréviations qui n'obscurcissaient nullement le texte qu'elle lut sans effort.

« Je vous adore. Merci pour voire encouragement. Comment vous dire toute la passion que mon cœur contient? — Dites-moi comment faire pour vous voir et pour vous donner les plus ardents baisers de mes lèvres. — A vous! »

En lisant, ses yeux brillaient, son sein se soulevaitsous le halètement de sa respiration, son cœur battait avec force et elle se sentait inondée de volupté.

José avait bien su prendre le chemin de son cœur.

— Très chic! se disait Luce avec joie. Très romanesipie!...

Et elle ajouta, les regards perdus dans le vide, animés d'une curieuse convoitise :

— Ah! comme il doil bien aimer!

Astucieuse aiikuil que perverse, la jeune fille crut qu'il serait prudent d'empêcher son oncle, si par hasard celte insertion tombait sous ses yeux, de comprendre que c'est à elle qu'elle s'adressait.

Ces initiales, auxquelles un leclenr non prévenu n'.uirail certainement pas pris garde, lui paraissaient trop transparentes.

D'ailleurs, aimant l'intrigue, elle éprouvait un besoin de mystère.

Avec la pointe d'un petit canif à manche de nacre Luce gratta légèrement les initiales de son nom et fit disparaître la dernière lettre du prénom de José.

Ainsi il lui semblait qu'elle avait en quelque sorte coopéré au stratagème employé pour correspondre, par celui que son esprit considérait déjà comme son amant.

C'était la saveur du fruit défendu que ses lèvres goûtaient dès ce moment.

Luce remit le journal sous sa bande et le replaça parmi les autres qui étaient adressés au comte de Bellegarde.

Mais cela ne suffisait pas.

Luce voulait répondre à José de Lizieux.

Elle voulait surtout continuer celte intrigue qui l'éuiouslillait et qui la piquait.

Faire parvenir une lettre n'était pas difficile. Elle trouverait toujours le moyen de la jeter à la poste, dissimulée sous une autre qu'elle montrerait, en sortant avec sa femme de chambre.

Mais comment assigner un rendez-vous ?

Comment réussir à s'échapper pour aller trouver José de Lizieux ?

C'est là qu'était la difficulté.

Luce d'abord n'avait aucune confiance en sa femme chambre qu'elle jugeait très capable de rapporter à ses parents ce qu'elle pourrait lui voir faire de suspect.

Aucun autre serviteur autour d'elle dont elle puisse s'assurer la complicité.

Et puis, lors même qu'elle aurait une personne de confiance, quelqu'un dont la discrétion serait absolument sûre et le dévouement immuable, quel prétexte trouverait-elle pour s'absenter?

Quelle ruse pourrait-elle imaginer pour échapper à la surveillance des siens?

Et cependant cette idée l'obsédait.

— Oh 1 je trouverai bien, se disait Luce, déjà résolue, ayant accepté la proposition de José.

Elle cherchait.

Dans la journée, une longue absence était difficile.

Sans doute elle pouvait aller passer l'après-midi chez une amie, comme

8S0 MARIÉE EN r.I.ANC

cela lui arrivait quelquefois, conduite seulement par sa femme de chambre, ou bien sortant avec le coupé de son père.

Mais, il faudrait bien qu'elle entrât dans la maison où elle se rendait, puisqu'il y aurait là quelqu'un pour la voir. — Et alors comment en sortir seule?

Ce projet n'aurait été réalisable qu'avec la connivence d'un complice, en simulant celle visite et en courant rejoindre José qui l'atlcndrait à un endroit convenu.

La nuit, il n'y lallait jias songer.

11 élail inipossible de quitter l'hôtel sans être vue.

Luce, de la fenêtre de sa chambre, regardait le jardin, cherchant dans son imagination ou dans les souvenirs des romans qu'elle avait lus, un moyen de réaliser une escapade.

Elle rêvait d'échelles de soie et de cordes à nœuds employées dans les galantes aventures des troubadours du moyen âge ou dans les audacieuses évasions de prisonniers célèbres.

Mais toujours la nécessité d'un complice se présentait.

Sans lui, rien n'était possible.

Ce rôle de conlidente corsait du reste l'intrigue, la rendait plus conforme aux idées qu'elle s'en faisait.

Les grandes amoureuses dont la légende a enregistré les exploits n'avaient-elles pas toujours des confidentes?

iVlors, il fallait d'abord se débarrasser de Camille; ensuite on aviserait pour la remplacer.

ciiAPiTiiK cm

lES PETITS l'APIERS

Luce, d'abord, écrivit à José pour lui dire qu'elle aval! lu la « Petite Correspondance ».

Elle lui dit :

a. Vous avez par votre mère (|ui l'Iail Amlalouse, d'après ce que j'ai entendu dire, le san^ des hidalgos, aux chaudes ]iassions et aux louianrsfpics amoiM's; c'est bien ainsi ijne 'y vimix èlri' aimée cl c'est ce qui m'attire vers vous.

Elle saisil le moment où David la regardait, et elle laissa tomber la lettre. (P. S83.)

LIV. m. — HECTOR DE MONTPERREUX. — MARIÉE EN BLANC. — J. ROUFF ET C", ÉD. LIV. ill.

MAIUÉE EX BLAXC 883

i Mais, se borner à l'écrire, est-ce digne de nous, qui comprenons si bien l'un et l'autre les grandes choses du cœur?

(( Et pour voler auprès de vous, pourtant, qui me donnera des ailes?... Je suis comme en un cloître, avec une horrible femme de chambre comme geôlière et comme espionne à la fois, parce que nos mœurs arriérées ne nous ont pas encore rendues, nous jeunes filles, indépendantes comme les blondes misses de la libre Amérique.

« J'enrage, quand je lis les exploits des héroïnes d'Anne Radcliffe, que n'arrêtaient ni les grilles des couvents, ni les hautes murailles des forteresses, ni les voiites épaisses des in pace.

« Pourquoi, comme le curieux Asmodée de votre demi-compatriote Le Sage, ne pouvez-vous pénétrer chez moi et m'apporter ces baisers que je brûle de connaître? »

L'indigne fille de Jane cacheta soigneusement cette lettre, à l'adresse de José de Lizieux, et la mil dans sa poche, pour être prête à l'expédier dès qu'une occasion s'offrirait.

Elle n'eut pas à attendre longtemps.

Deux jours après, elle sortit à pied avec sa tante, la comtesse de Bellegarde.

A peine dans la rue de Grenelle, elle reconnut David, qui la guettait sans doute, au coin de l'esplanade des Invalides.

Le jeune Abyssin, admirablement stylé pour sa besogne, avait pris sur lui de venir rôder aux environs de l'hôtel d'Azergues.

Dès que Luce le vit, elle conçut son plan.

Elle saisit le moment où David la regardait, et elle laissa tomber jla lettre.

Le groom de José comprit la manœuvre, et il la ramassa sans attirer l'attention de personne.

Une demi-heure après, l'amant de Pélago était en possession de l'amoureuse missive.

La lecture de ce billet combla de joie délirante le fils de Carmen. Il le lut et le relut plus de vingt fois. Il le savait par cœur.

Alors, il songea à ce qu'il y avait à faire.

Luce acceptait un rendez-vous, elle consentait à venir le trouver, elle se donnait à lui.

Mais comment briser l'obstacle qui la retenait? Comment lui permettre de s'échapper?

M. de Lizieux le Lrouva, le soir, absorbé par ses préoccupations, et, comprenant qu'il se passait quelque chose d'intéressant, il l'interrogea. José n'hésita pas.

Il montra à son prétendu père la lettre de Luce d'Azergues.

— Tiens, lit-il avec un enthousiasme débordant, lis ce que m'écrit cette adon'e.

— M"= d'iVzergues?

— Oui, elle!... elle!

Le pseudo-gentilhomme lut.'

Déjà, lui qui avait si bien compris le caractère de la jeune fille, qui avait deviné sa perversité précoce, il avait spéculé sur les suites de cette intrigue.

L'iiabile gredin n'avait en perspective que le mariage qui donnerait à José les millions de la famille d'Azergues; mais, quel que fût son désir de voir réaliser cette superbe alliance, il éprouvait quelques craintes, car il ne se dissimulait pas que le duc pourrait fort bien préférer un autre gendre, porteur d'un plus grand nom, pourvu d'un litre, dont il avait peut-être fait choix déjà.

Aussi, était-il heureux de ce qui se passait.

Ce mariage, quelle que soit l'opposition qu'il rencontrerait, il saurait bien, avec des armes telles que celles qu'on lui fournissait, le rendre inévitable.

Il saurait, si on l'y contraignait, obliger le duc d'Azergues à donner sa fille à José, en même temps qu'il était sûr d'obliger Jane à y consentir, grâce aux preuves qu'il possédait contre elle.

Aussi ('lail-il hrurrux, l'ii lisanl celle lellre.

Il l'Iail prêt à secondi'i' le-; projets du jeun(^ hiiiiiine.

— Décidéiiieiil, (lil-il, lu as r('elleineiit su preudrc le cœur de M""^ Luce, mon cher José, et je t'en félicite sincèrement.

Mais, dis-moi, — (pieslionna-t-il, pour ainemi- hnil dr suile la conversation au point (pi'il désirait, — où viuix-lu eu venir'.'

— l'arl)li'U !... c'est bi(!n simpli', ré|)ou(lit l'anianl i\r IVlago. Tu le vois bien, d'api'és ci- qu'elle ni'i'iiil... .le lui ai pni|Hi-.r' un rendez-vous, parce que je l)rùli' <le la voir, de la niiiiix ( omwiilrr, ilr lui parler, de lui (lire tout ce que l'on n'i'crit pas, diî ((niiliiiii'i- avec elle C(! (|ii'il faul laiie pour que nous soyons l'un à l'aulre.

Je l'enlèverai, si elle vent, ajnuta-l-il m s'iiill.iiniiianl. Nmi^ parlirons à l'étranger, en Ks|)agri(', m Am/i iipir, au IkmiI do iiKuidc, il aUns elle sera à moi!... il faudra bii'n (|u'i>ii ru>' la doiuie!

MARIEE EN BLANC 88o

— Oh! oh!... quel amour!

— Ah! oui, tu as raison, père, car je l'aime, j'en suis fou, je ne peux plus me passer d'elle... Et elle, tu vois bien qu'elle m'aime aussi!... Tu vois bien qu'elle brûle d'être à moi! - •

— Oui, oui, je le vois!

— Alors, j'enrage, car je comprends son impatience, teiuie comme elle est...

— Mon Dieu, fit le pseudo de Lizieux, tout cela est arrangcablo...

— Comment!... tu sais un moyen?... demanda vivement le fils de Carmen.

— Dame!... avec de l'argent, il n'y a rien d'impossible.

— Eh bien! que ferais-tu?... Donne-moi un conseil; dis... que laiit-il que je fasse?

— Raisonnons, dit sérieusement l'ancien maître de timonerie, tenant toujours à la main la lettre de Luce. W' d'Azergues ne sort jamais seule, cela va sans dire.

— Bien sûr.

— Elle a une femme de chambre qui lui déplaît, parce qu'elle ne peut en foire sa confidente.

— Elle l'appelle son espionne, sa geôlière.

— Eh bien! la première chose à faire est de se débarrasser de cette geôlière. Cela lui sera facile.

— Je le crois.

— Ecris-le-lui.

— Aujourd'hui même.

— Demande en même temps à M"= Luce de te dire de quelle manière on recrutera la remplaçante de la femme de chambre qu'elle aura congédiée. De cette façon, je pourrai lui en procurer une qui favorisera vos projets.

— Tu ferais cela?

— Ne ferais- je pas tout ce qu'il faut pour assurer ton bonheur.

— Alors, le succès est certain.

— Puisque tu l'aimes, puisque j'approuve cet amour que je t'ai du reste conseillé moi-même, il faut bien que je te vienne en aide.

— Ah! tu es plus qu'un père, tu es la Providence! s'écria José en saisissant les mains du misérable.

— Dès que tu auras ce renseignement, communique-le-moi, dit M. de Lizieux.

— Je l'aurai bientôt.

— Et tu sais... attention à Pélan;o!

886 MARIEE EN RLANC

— Sois tranquille.

— C'est qu'elle est jalouse!... Ne laisse pas traîner des billets comme celui-ci dans tes poches.

Au fait, il* vaut mieux que je le garde moi-même, c'est plus sûr, ajouta l'amant de Palmyre en pliant la feuille de papier et en la remettant sous son enveloppe. Tu veux bien?

— Tu as raison, garde-le, répondit José.

— .4s-tu le premier billet?

— Oui.

— Donne-le-moi aussi; c'est plus prudent, car un coup de tète de Pélago pourrait tout compromettre.

Et, en empochant également la petite lettre expédiée d'.Vzergues, l'habile gredin se dit :

— Les petits papiers ont souvent de grandes destinées.

Deux jours après, José avait la réponse de Luce.

Elle disait qu'avant huit jours elle serait débarrassée de sa femme de chambre, et elle indiquait de quelle façon on recrutait les nouveaux serviteurs dont on avait besoin.

C'était à un nommé M. Calixtc, demeurant rue do l'Ancienne-Comédic, près du boulevard Saint-Germain, que l'on avait l'habitude de s'adresser.

— Calixte!... je le connais, dit le pseudo M. de Lizicux, lorsque José lui montra le nouveau billet de Luce d'Azergues. Je m'en charge.

— Alors, tu pourras l'enleudre avec lui? diMuauda l'amant de Pélago.

— C'est ce qu'il y a de plus simple. Il donnera à M"« Luce une femme de chambre absohimenl de cnn/imice, n'pondit l'ancien agent de la Sûreté générale, en appuyant avec une intonation particulière sur ces trois derniers mots.

— I]t celle personne de confiance?

— Ne t'en préoccupe pas, je sais où la trouver et j'en fais mon affaire.

Et M. (le Lizieux joignit aux autres la nouvelle lettre de Luce, on chantonnant :

Ayez toujours du papier dans vos poches, On no sait pas ce qui peut arriver...

José était ravi.

Maintenant, pensait-il, ce n'était qu'une affaire de quelques jours, cl cn^uilo Luce serait à lui.

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