LIV. 175. — MARIÉE EX BLANC. LIV. I7d
A six heures précises, la noce revenue au restaurant de l'avenue de Sainl-Mandé, trouva la table du banquet loule servie, somptueuse, fleurie, décorée de superbes pièces montées, sous la profusion des lumières des lustres.
Le repas servit encore à corser la gaîté, qui se déchaîna folle, exubérante, bruyante, lorsque le fourrier qui avait disparu sous la table en sortit en tenant la jarretière de la mariée qui, rougissant jusqu'aux oreilles, avait jeté un cri.
Alors ce furent des embrassades générales, car on ne se contenta pas de la tournée faite par le garçon et par la demoiselle d'honneur qui embrassèrent successivement tous les convives en leur distribuant des petits nœuds de rubans tricolores en souvenir du coup de la jarretière.
Chaque homme, jaloux du privilège, voulut embrasser ses deux voisines.
Puis ce fut le tour de « mon oncle » que les jeunes filles les premières allèrent caresser et qne tout le monde embrassa après elles.
Et comme pendant ce temps, Pierre et Alice, séparés par la table, avaient profilé du brouhaha pour se rejoindre, le fourrier, en garçon d'honneur vigilant, mit le holà.
Il accourut, les poursuivit et, aidé par les autres, il parvint à les séparer.
— C'est défendu!... criait-on.
11 n'y a que le marié qui n'a pas le droit d'embrasser la mariée !
Empêchez-les !
Attention, Albert, surveillez-les!
— Attends im peu, dit le fourrier à son ami; je vais commander quatre hommes de garde pour te tenir.
Tout le monde riait de plus belle.
Après le dessert, ce fut absolument inénarrable.
Les sous-officiers de chasseurs à pied et les amies d'atelier d'Alice, qui avaient été invités au bal, arrivèrent.
Un chanta d'abord, on déclama, et ce fut un défilé de gaudrioles, de romances, de chansonnettes, d'airs d'opéra même et de monologues à composer le programme du concert le plus réjouissant.
Jusqu'à ^^ iiKin onde y, ce pauvre vieux, qui fut obligé de n pousser la sienne t>, une chanson de l'ancien temps sur un de ces airs que la muse de Jîéranger a rendus si populaires.
Mouredu chanta en piovençal et lloiiguarès en langue d'oc, et ils n'eurent [las le moins de succès.
Puis on dansa, au son d'un piano, d'un violon, d'une llùle et d'une
contrebasse, jusqu'au moment où l'on s'aperçut que, trompant la surveillance, les mariés avaient disparu.
lis avaient filé avec une voiture que Bouguarès leur avait préparée.
liais le bal ne s'arrêta pas pour cela.
On dansa encore jusqu'au jour, jusqu'à ce que les demoiselles et les dames y renonçassent, épuisées.
Au moment du retour, quelques convives avaient bien « un petit plumet » ; mais bah ! on dit qu'il n'y a pas de bonne noce sans ça et que ça porte boniieur au nouveau ménage.