LIV. IbO. — MARIÉE E.N BLANC. LIV. iSO
— Elle.
— M"= d'Azergues?
— Oui!... celle qu'Adrien a épousée... Ah! le malheureux!..,
— Que veux-tu dire?... tu m'effrayes...
— Elle t'aurait fait horreur comme à moi, si lu l'avais vue... L'infâme!...
— Explique-toi.
— Le tromper aussi indignement, lui, l'homme le plus honnête, le plus confiant, le meilleur!... Pauvre Adrien!
— Mais enfin, fit Alice gagnée par la communicative émotion de soa amie, je ne comprends pas.
— Cette fille, dit Miette, tu la connais.
— Moi!...
— Je la connaissais aussi... nous l'avions vue toutes deux... C'est celle que nous avons habillée pour le réveillon, celle pour qui nous avons fait ce costume d'odalisque, c'est la maîtresse de ce jeune homme, de M. de Lizieux!
— Dieu!... ce n'est pas possible!
— J'en suis sûre.
— Non, tu te trompes... tu as été le jouet d'une ressemblance... lu as été aveuglée par ta douleur.
— Je ne me trompe pas, je l'ai bien reconnue, affirma énergiquement Miette. J'en ai les preuves : elle avait encore à son chapeau cette épingle dont la tête est une couronne, et que j'avais bien remarquée lorsqu'elle l'a retirée chez M'"^ Duchcsnoy.
— Est-ce vrai?
— Je te le jure!... J'ai bien vu!
— Mon Dieu! ce pauvre garçon.
— Moi qui croyais qu'il serait heureux!... moi qui me sacrifiais si volontiers à son bonheur... tu penses alors ce que j'ai souffert, hier... Et maintenant, c'est fini!... elle est sa femme!. .."Oh! vois-tu, Alice, c'est affreux!... c'est épouvantable, c'est ignoble de tromper ainsi un homme aussi bon, aussi confiant.
— Non, dit Alice, je ne puis pas te croire... ce serait, en effet, épouvantable !
— Réfléchis un peu, comme je l'ai fait depuis hier, riposta Miette, car, depuis que je l'ai vue, je ne puis ni'einpèrhcr d'y penser... Héfléchis, et tu verras qu'il est impossible que je me trompe... Je voulais douter, malgré ce que j'avais vu, malgré tout; mais non, le doute n'est pas possible.
Tiens, ce duel!... tu te rappelles bien, nous y sommes allé... nous avons \-u Adrien se battre avec ce M. de Lizieux.
— Oui... Eh bien?
— Comment n'y ai-je pas pensé, alors?... il aurait été encore temps. J'aurais pu prévenir Adrien et lui dire ce qu'était cette misérable à qui il voulait donner son nom.
— Ce duel...
— Cette insulte, cette altercation, ce n'était qu'un prétexte, je le sens bien aujourd'hui... La cause véritable, c'était cette fille que M. de Lizieux aimait sans doute, qui lui appartenait déjà et qu'il voyait un autre prêt à lui enlever.
— Grand Dieu ! c'est vrai !
— Je me rappelle bien cette haine que l'on voyait dans les regards de M. de Lizieux... Oh! comme il le détestait!... Il fallait que son amour fiit enjeu, pour qu'il eût une animosité pareille... S'il avait pu le tuer, je suis sûre qu'il l'aurait fait!
— C'est épouvantable !
— Tu vois bien que je ne me trompe pas!... Si tu avais été hier avec moi, lu l'aurais reconnue aussi sans aucune hésitation.
Et c'est celle-là qu'Adrien a épousé, le malheureux!... Il ne sait rien, il la croit honnête. On l'a indignement trompé... Aujourd'hui, elle est sa femme... Demain, le mariage sera béni en grande pompe...
Oh! écoute, AHce, c'est affreux, c'est horrible!... Je voudrais que l'église s'écroulât sur eux, sur tous, qu'elle les anéantît tous, pour le sauver, lui, de ce malheur épouvantable!... Mon pauvre Adrien!...
Miette pleurait, maintenant.
Elle sanglotait.
La douleur renouvelée avait été trop forte, pour qu'elle puisse la contenir plus longtemps.
Alice, vivement émue elle-même, s'efforçait de la consoler et de la calmer.
Elle lui disait que, puisque ce malheur était irréparable aujourd'hui, il fallait plaindre M. de Salverne, mais qu'il fallait cependant s'y résigner.
Elle cherchait à lui faire entrevoir quelque espoir pour l'avenir.
11 fallait oublier, maintenant.
— Non, c'est impossible, dit Miette. Laisse-moi faire ce que je veux.., ne cherche plus à m'en empêcher... Je sens bien que je ne pourrai jamais oublier ce malheur... Toute ma vie je penserai à lui, je le verrai avec cette
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indigne créature qui l'a trompé... Je souiïrirais trop!... ma vie serait un perpétuel martyre... Je ne pourrai plus travailler, maintenant.
Il vaut mieux, je te l'assure, que je quitte le monde, que je m'enferme dans un couvent, que je prie pour lui, que je ne le voie plus.
Les deux amies entendirent du bruit.
M™^ Bouguarès venait, avec M™' Davoul et 51-"= Grise), cherchant Alice et Miette.
La tille de Jane sécha aussitôt ses larmes; elle fit un etlbrt sur elle pour se remettre.
Alice l'imita, et elles se levèrent toutes deux pour venir à la rencontre des arrivantes.