‹ Mariée en blancChapitre 118 sur 142 · RETROUVEE · texte numérisé non relu

RETROUVEE

Revenons à M"' Mercier.

L'amie dévouée de Léon des Roselles était sûre de ne pas s'êlre trompée en reconnaissant la sœur de Magali.

Ce nom de Miellé (ju'elle avait entendu s'échapper des lèvres d'Adrien de Salverne l'avait éclaiiée.

La ressemblance frappante de Miette avec Magali avait confirmé à l'instant son idée.

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Cette jeune fille, c'était l'enfant perdue, si longtemps cherchée, si longtemps pleurée !

C'était Miette que l'on ne pouvait croire morte, malgré les renseignements recueillis à Montlhéry.

C'était elle, vivante, grande et belle comme sa sœur; comme elle, ayant avec Jane, leur mère, cette ressemblance frappante que la nuance de leurs prunelles empêchait seulement de reconnaître du premier coup.

Ces yeux, elle les avait bien vus et bien reconnus, l'amie dévouée de Léon et de Jane, la seconde mère des malheureuses jeunes filles. Elle avait été frappée, en la voyant, par ces yeux bleus qui faisaient avec ses cheveux noirs et avec son teint de brune un si troublant contraste.

Non, elle ne se trompait pas.

Son cœur seul aurait suffi pour lui dire que c'était bien celle que, comme M;igali, elle appelait sa fille.

M"= Mercier oubliait tout en cet instant, pour ne penser qu'à la fille de Léon et de Jane.

Elle ne songeait ni à Luce, l'indigne créature, ni au scandale épouvantable qui venait d'éclater.

Elle ne voyait que Miette.

La porte ouverte, l'ancienne institutrice alla droit à elle. Miette fut plus surprise de l'intervention de celte femme inconnue que de son arrivée.

— Miette'... s'écria M"= Mercier.

Elle prit la main de la jeune fille stupéfaite.

Elle l'attira à elle.

Elle semblait la placer sous sa protection.

— Ma chère enfant... laissez-moi vous questionner, dit-elle.

Miette, de plus en plus étonnée, demeurait sans voix, n'osant et ne sachant que dire.

M"' Mercier se tourna vers ceux qui étaient là.

— Restez, dit-elle à Paul des Floselles qui l'avait suivie. Le neveu de Léon avait compris ce qui se passait.

Il prit Adrien de Salverne par le poignet pour l'attirer près de Miette dont il ne pouvait détacher ses regards. Raymond de Goursades se relira.

11 tenait à assister le duc d'Azergues avec le comte de Bellegarde. Alors, M"= Mercier très émue dit à la jeune fille.

— Ma chère enfant, répondez à ma question, je vous en supplie !..; Vous vous appelez Miette ?

— Oui, madame, répondit timidement la lille de Léon et de Jane. Miette Verneuil.

— Miette Verneuil !... Verneuil, est-ce le nom de votre père?

— Non, madame... Je n'ai pas connu ma famille. Le nom que je porte est celui de l'homme charitable qui m'a recueillie, qui m'a élevée, qui m'a aimée...

— Vous souvenez-vous de votre enfance ?

— Je sais ce que l'on m'a dit, répondit Miette, mais mes souvenirs sont confus.

— Vous rappelez-vous avoir été à Montlhéry, toute jeune, jusqu'en 1870?... vous n'aviez que cinq ans à peine...

— Montlhéry!...

— Oui... vous y étiez, n'est-ce pas ?

— Vous savez?... vous me connaissez donc?... demanda la jeune fille dont l'émotion se mêlait à la surprise.

— Ah ! je ne me suis pas trompée ! Vous êtes celle que je cherche... que nous cherchons tous depuis tant d'années,..

Miette ne comprenait pas le .sens de ces paroles, ou plutôt, sous l'influence du mystère de sa naissance, elle croyait retrouver tout à coup sa mère en cette femme qui lui manifestait une telle bienveillance, dont la voix et les regards étaient empreints d'une telle affection.

Mais M"' .Mercier ne la laissa pas longtemps à son erreur, car elle continua, sans lui laisser le temps de questionner :

— Votre père existe, ma chère enfant !

— Mon père ! . . .

— Vous avez une famille... vous avez un père, vous avez une sœur... vous avez en moi une amie qui a remplacé autrefois votre mère et qui la remplacera encore!... .Miette!... ma chère enfant !...

Et l'excellente femme pressait la jeune fille contre son cœur avec une effusion attendrie et exaltée, l'embrassant avec la plus vive affection.

Adrien ne pouvait comprendre ce qui se passait.

Paul des Uoselles, qui l'avait mis au courant de ce qui concernait sa fiancée, lui dit tout bas :

— C'est la sœur de Magali ! ■*

Il semblait à ces deux amis qu'un lien se formait entre eux plus tendre que relui de l'amitié qui les avait unis jusque-là.

— Je vous expliquerai tout, reprit M"' Mercier en s'adressant à la fille de Léon. Je vous conduirai auprès de votre père... Oh ! chère... chère enfant !...

— Mon ami !

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U à lui. (P. 1504.)

Pendant ce temps, d'autres événements que notre plume a peine à suivre avec une rapidité égale à celle avec laquelle ils se déroulent, se passaient dans la sacristie et dans l'église.

La plupart des parents et des amis qui étaient venus pour assister au mariage, avaient repris leurs voitures, sur le conseil de Raymond de Coursades et du général d'Yrvoix, et s'étaient rendus à l'hôtel d'Azergues oii la duchesse venait, disait-on, d'être ramenée.

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11 fallait éviter la propagation du scandale qui venait d'éclater.

Il fallait en atténuer autant que possible les conséquences.

Le général et son neveu s'étaient dévoués à cette lâche difficile, inspirés par l'amitié qui les unissaient à la famille d'Azergues.

Ils avaient cherché d'abord à éloigner tout le monde.

Edme de Bellegarde et Régina étaient auprès de Claudius et de Jane qu'ils assistaient dans la trop cruelle épreuve qui leur était infligée.

Tout le monde était à peu prés parti.

Il ne restait dans la sacristie que le marquis de Varades et M. de La Faloise, avec Raymond et son oncle, lorsque le commissaire de police du quartier se présenta.

Un agent était allé le prévenir pensant que son intervention était nécessaire.

Le commissaire avait déjà été mis au courant de ce qui venait de se passer.

Il s'était empressé d'accourir, connaissant la qualité des personnes en cause, et, aussitôt arrivé, ayant décliné son titre, il s'adressa au général d'Yrvoix, dont la brillante tenue l'avait attiré tout d'abord.

Mais le général et Raymond qui voulaient empèclicr tout retentissement d'être donné, prièrent le commissaire de police de les aider dans cette lâche au lieu de procéder et de verbaliser.

Le commissaire comprit et il voulut seconder les elïoits qui étaient déjà faits.

Il donna rapidement quelques ordres aux agents qui tirent évacuer en quelques instants les abords de l'église et les rues adjacentes, car les attroupements, en se perpétuant, auraient prolongé, grâce aux nouveaux curieux qui arrivaient sans cesse, l'émotion produite par ce scandale.

Puis, d'accord avec le général, il se chargea de veiller à ce qu'aucun renseignement ne soit donné à la presse.

Quant à la jeune fille, l'auteur du scandale, elle ne serait pas poursuivie, puisque les intéressés le demandaient.

Ainsi tout lut prompicmcnt calmé.

Lorsque les tentures, les plantes et les tapis (pie l'on était déjà en train de rentrer auraient disparu, il ne resterait rien pour rappeler ce doidoureux événement, et les personnes qui avaient été témoins du scanilale, ne [iouv;uil Ibrmer qu(! de vagues conjectui'cs sur-ce (pii s'était passé, ne larderaient pas à l'oublier.

Adrien de Salverne l't.ut douloureuseuionl pn'orcupi' par la situation (pii lui l'tait (aile.

Il était convaincu de la vérité de ce que Miette avait dit.

L'accusation portée contre Luce était fondée.

Son indignité pouvait être prouvée.

La passion que l'intriganle avait su faire nnilre dans l'esprit du brillant officier qu'elle avait convoité et que le malheureux avait prise pour de l'amour s'était subitement éteinte.

Un sentiment d'horreur pour la misérable l'avait aussitôt remplacée.

-Alais, marié devant la loi, Luce portait aujourd'hui légalement le nom de Salverne.

Ce mariage ne pouvait être rompu que par le divorce et Adrien, qui y avait déjà songé, s'épouvantait à la pensée de ce procès inévitable qui jetterait le duc et la duchesse d'Azergues dans la plus profonde désolation.

C'est à eux qu'il pensait par dessus tout.

Il ne pouvait envisager sans une douli ur profonde, sans une appréhension réelle le moment où il se trouverait en leur présence.

Il aurait voulu leur éviter celte conjoncluie.

Puis, il pensait aussi à Miette qui était là, qu'il aimait avec un redoublement d'ardeur et qui ne pouvait plus être à lui inainleiiaiit.

Il se reprochait son abandon.

Il souffrait cruellement.

Miette comprenait ce qui se passait en lui et elle aurait voulu pouvoir lui dire, pour le consoler, qu'elle n'avait jamais cessé de l'aimer et lui jurer que dans ce qu'elle venait de faire, elle avait été autant poussée par son indignation que par la douleur qu'elle avait éprouvée en voyant qu'il allait être victime de la criminelle clïronterie de cette horrible créature qui lui apporterait la honte au lieu du bonheur auquel elle s'était sacrifiée.

Mais la pauvre iille se sentait retenue par cet invincible sentiment féminin qui est le propre des âmes chastes et honnêtes, qui est un mélange de timidité et de pudeur.

Seule avec lui, emportée par cet amour immense qui l'emplissait tout entière et qui la dévorait, elle aurait peut-être osé, pressée et incitée par ses paroles, lui révéler l'état de son cœur.

Là, devant tous, elle craignait encore que l'on n'attribuât ce qu'elle avait fait à la jalousie et au dépit.

Elle se taisait et elle souffrait aussi.

C'était en elle un mélange de douleur et de joie, car la présence d'Adrien n'eflaçait pas l'impression causée par les paroles de M"= Mercier.

Miette était tendrement émue par la révélation inattendue qui venait de lui être faite.

r;oo MAniÉK en bi.anc

Elle avait relrouvé sa famille. •

Le myslère de sa naissance qu'elle n'avait jamais pu pénétrer, allait lui être révélé.

Elle allait savoir comment elle avait été séparée de ceux qui lui avaient donné le jour.

Elle allait voir ce père et cette sœur qu'elle ne connaissait pas encore.

M"' Mercier était aussi vivement impressionnée par les étranges circonstances en lesquelles elle retrouvait la fille de Léon des Roselles.

En lui parlant, en l'embrassant, elle ne pouvait s'empêcher de songer à cette mystérieuse fatalité qui avait fait rencontrer Miette, qui l'avait fait aimer précisément par celui qui devait ensuite, détourné d'elle, épouser l'indigne fille de Jane.

Elle pensait aussi à celte autre coïncidence bizarre qui avait voulu que celui que Miette aimait était précisément l'ami le plus intime de celui qui allait épouser Magali.

Elle était frappée par cette incroyable destinée qui lui avait permis de reconnaître et de retrouver Miette aussi près de celle qui était sa mère, au moment où allait se célébrer le mariage de Luce.

Mais, par dessus tout, l'amie dévouée de Jane et de Léon bénissait et remerciait Dieu qui avait permis de telles choses.

Elle se félicitait de pouvoir tlle-même rendre à Léon des Roselles la fille qu'il avait toujours picurée sans avoir jamais pu croire à sa mort.

M"'' Mercier ne pouvait, en ce moment, révéler à Miette tout ce qu'elle devait savoir.

Ce n'est que lorsqu'elle serait seule avec elle, lorsqu'elle l'emmènerait à Cormeilles pour attendre le retour de son père, qu'elle lui dirait la vérité tout entière, ou du moins ce qu'il lui était possible de lui apprendre puisque, comme Magali, elle ne devait pas connaître sa mère, dont le long martyre, hélas ! n'était pas terminé.

Elle allait reprendre ses questions et l'interroger ainsi qu'Adrien de Salvernf, lors(]ue Uégina accourut.

La comtesse de liellegardc ignorait ce qui venait de se passer.

Elle ne devait pas larder à l'apprendre.

Elle crut que les personnes présentes, Adrien, M"' Mercier, Paul des Roselles et le curé de Sainte-Clotilde avaient conlinué à interroger la jeune fille.

La sœur de Claudius était en proie à une vive émotion qui bouleversait son adorable visage.

Elle s'adressa à Miette.

MAKIÉE EN BLANC loOl

■ — Venez ! lui dit-elle.

Avant que la jeune fille ait pu répondre, M"= Mercier intervint.

— Que se passe-t-il?... questionna-t-elle saisie par un trouble dont elle ne pouvait se défendre. Où voulez-vous la mener?...

— Jane veut absolument la voir...

— Jane !

— Oui... Jane!... Oh ! ma chère demoiselle, il se passe, il se prépare des choses terribles !... J'ai peur de ce qui va arriver... Cette pauvre Jane semble devenir folle !...

— Mon Dieu !

— Venez !... Venez vite !... reprit Régina en s'adressant à Miette. Et elle ajouta :

— Ne craignez rien... on ne vous fera aucun mal... Tuis, à M"« Mercier :

— Quel épouvantable malheur ! fit la jeune comtesse. Pauvre Claudius !... Pauvre Jane !...

— Oui, pauvre Jane !... répéta M"' Mercier. Adrien demanda alors :

— La duchesse sait la vérité ?

— Elle sait tout... répondit Régina.

— Ciel!

— C'est horrible!... mais comment lui cacher la vérité?... C'était impossible... Elle cherchait sa fille...

Oh ! mon Dieu !... quelle affreuse chose !... misérable enfant qui nous a si indignement trompés !... quelle honte !... quelle douleur !...

Et vous, monsieur Adrien !... oh ! je préférerais que nous soyons tous morts !... oui, morts plutôt que de voir cela !...

Venez aussi, venez avec nous !...

J'ai ma voiture.

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