‹ Mariée en blancChapitre 123 sur 142 · LIV · texte numérisé non relu

LIV

L'ûvénumenl ne serait pas connu.

La presse flemeurerait muette.

Le comte de Dellegarde et l'oncle de Raymond s'en étaient chargé.

Mais le duc d'Azergues avait prévu autre chose.

il avait songé à Adrien de Salverne pour qui il avait conçu depuis longtemps ime estime et une affection qui s'étaient développées puissamment depuis qu'il s'était habitué à le considérer comme son fils.

A ce sujet, il s'était même passé quelque chose de particulier dans l'esprit de Claudius.

Son rêve le plus cher aurait consisté à avoir un fils.

La réalisation de ce rêve, de cet ardent désir, aurait été pour son canir la joie la plus grande...

Ce bonheur ne lui avait pas été donné et le mari de Jane avait laissé assoupir ses aspirations paternelles, lorsque le projet de mariage d'Adrieu et de Luce était venu subitement les éveiller.

Il avait trouvé, dans le jeune et brillant officier d'clat-major dont il avait apprécié les grandes qualités, ce lils qu'il avait si ardcMiniint souhailé. ,

En lui, il le possédait tel qu'il l'aurait voulu.

Claudius avait accordé au fiancé de sa tille une affection au moins égale à celle qu'il éprouvait pour Luce.

Il s'élonnait même, lorsqu'il y songeait, des ardeurs de la tendresse que le jeune homme lui inspirait, car il convenait parfois qu'il l'aimait encore plus que sa fille.

Sans s'en rendre exactement compte, sans en approfondir les causes, le duc d'Azergues sentait en effet qu'il n'éprouvait pas pour Luce cet amour absolu que la paternité engendre, cet amour sans bornes ([ui va inslinctivcmiMit du procréateur au procréé.

Il allrii)uait cet élat, qui laissait un vide dans son cœur, aux défauts do Liicc, à son caractère entier, orgueilleux et absolu qui la rendait absolument désagréable.

Maintenant, les promesses de l'avenir étaient déçues; les ']o\f> eui revues, évanouies.

Luce avait tout di'lruil..

Claudius perdait ce fils que déjà il adorait.

Le malheuieux, en envisageant les consé(|nenci's de la taule de cette fille indij^ne, avait surtout songé à Adrien dont il allait être séparé à jamais.

Il le connaissait bien et il avait compris (pielle peine le jeune oUicier avait éprouvée à la |iinsée de celle séparation tpii devait être légalement

MAniEK EN BLANC i:i:;i

accomplie comme l'avait été l'union formée sous les auspices de la loi.

Mais lui, dans son âme droite, loyale et honnête, il avait déjà prévu et accepté la nécessité de ce qui devait arriver.

Adrien devait être rendu libre.

Il fallait que le divorce fût prononcé pour annuler définitivement ce mariage indigne de lui.

Le jeune officier aurait eu, Claudius le sentait bien, une douleur profonde à soulever cette question inévitable, car il ne rendait pas le duc et la duchesse responsables de la honte de celle qu'il avait épousée.

11 aurait hésité à agir, à la pensée de ce qu'ils allaient souffrir.

Il fallait cependant que le divorce fijt prononcé.

Il fallait qu'Adrien de Salverne enlevât son nom que portait désormais une épouse indigne de lui.

11 fallait qu'une action judiciaire eût lieu, qu'un procès fût engagé.

Alors le malheureux duc avait été épouvanté.

Malgré toutes les précautions qui seraient prises, en dépit des hautes inlluences que l'on mettrait en jeu pour que l'action fût conduite avec la plus grande discrétion, pour que l'aOaire n'eût aucun retentissement, le jugement qui serait prononcé devait avoir une publicité que la loi ellemême consacre.

C'est en audience publique qu'il devrait être lu.

Sinon la presse ordinaire, du moins les journaux spéciaux qui enregistrent les décisions de la Justice, en publieraient le texte.

Des insertions légales seraient faites.

Le divorce serait encore prononcé par l'officier municipal, dans la mairie, en séance publique, toutes portes ouvertes.

Cela était inévitable.

Et pourtant Claudius aurait donné tout au monde pour l'éviter.

Alors, le mari de Jane avait réfléchi.

11 avait cherché par quel moyen il pourrait épargner à son nom le retentissement de cette honte dont Luce l'avait couvert, tout en brisant les liens odieux qui enchaînaient Adrien de Salverne à cette créature indigne.

11 avait trouvé.

Son esprit, surexcité par la menaçante perspective qu'il avait entrevue, avait trouvé une solution.

C'est alors que Claudius venait de se décider à partir.

Il avait résolu de se mettre à la recherche de Luce.

11 saurait la trouver et l'atteindre.

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Il parviendrait bien à empêcher cette nouvelle proclamation de sa honte.

Cela, il l'avait -résolu avec cette énergie ferme et implacable qui était le fond de 'son caractère robustement trempé.

Rien ne lui coûterait pour obtenir ce résultat.

Il voulait que Luce elle-même lui évitât la publicité du scandale que sa conduite honteuse avait causé.

Le duc d'Azergues saurait l'y contraindre au besoin.

M"« Mercier n'avait pas voulu, en emmenant immédiatement à Cormeilles la fille de Léon des Roselles si providentiellement et si dramatiquement retrouvée, la séparer tout à coup de ceux qu'elle aimait, de ceux qui avaient pris soin d'elle, de ceux qui lui avaient constitué jusqu'ici une véritable famille.

Paul, au courant de la situation de Miette, grâce aux confidences qu'Adrien lui avait faites, avait pu dire à l'ancienne institutrice ce qu'il savait.

A son tour, M"^ Mercier avait interrogé la jeune fille.

En la faisant monter dans sa voiture, où le neveu de Léon avait pris place avec elles, elle lui dit :

— Conduisez-moi chez vou<, ma chère enfant. Je veux voir celte bonne M"' Davoul qui vous aime comme une mère, et votre amie Alice.

C'est avenue de Clichy, n'est-ce pas?

— Oui, madame, répondit Miette.

Paul donna l'adresse au cociier.

Alors, pendant le trajet, aidée par l'ami d'Adrien qui lui dit tout ce qu'il savait. Miette fit sincèrement et ingénument le récit de sa vie.

Elle dit, remontant aussi loin que ses souvenirs le lui permettaient, comment elle avait été élevée par l'ancien curé de Montlhéry qui avait formé lui-même son esprit, son intelligence et son cœur.

Elle raconta la douleur qu'elle avait éprouvée lorsque la mort l'avait séparée de ce saint prêtre, de cet homme de bien qu'elle aimait couimc un père véritable.

Elle parla de ce qu'elle avait fait ensuite, de maman Davoul el d'Alice, avec qui elle avait vécu, avec qui elle avait travaillé.

Elle dit simplement de quelle manière elle avait fait la rencontre d'Adrien de Salverne lorsqu'elle allait, le dimanche, prier sur la tombe do l'abbé Verneuil ; comment elle l'avait aimé, n'écoutant que les aspirations de son cœur, subissant la mystérieuse allraclion de son amour, sans son-

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ger, liélas ! aux conséquences douloureuses et aux cruelles déceptions qui l'altendaient.

M""^ Mercier était profondément émue en l'écoutant.

Elle déplorait la fatalité malheureuse qui n'avait pas permis que Miette fût retrouvée plus tôt, car elle aurait pu ainsi, elle qui était la fille de Léon des Roselles, épouser celui qu'elle aimait.

Chez M™' Davoul, ce fut une scène bien attendrissante.

L'émotion de l'excellente mère d'Alice fut à son comble quand elle apj)rit ce qui venait de se passer au mariage de Luce d'Azergues.

Elle connaissait bien le cœur de Miette et elle savait quel amour immense elle avait voué au commandant de Salverne.

Elle comprit ce qu'elle avait dû souffrir quand elle avait vu Adrien aussi cyniquement trompé par cette effrontée coquine.

Elle sentit et elle partagea l'indignation qui l'avait affolée avec une telle violence.

Mais l'excellenle femme se réjouit des conséquences de ce qui venait d'avoir lieu.

Elle était heureuse du bonheur de Miette qui avait si inopinément retrouvé ce père qui la pleurait depuis si longtemps.

Puis, quand on fut arrivé à Cormeilles, ce fut le renouvellement de ces scènes émouvantes.

Mouredu n'était pas là.

Nous ne tarderons pas à savoir comment le brave quartier-maître avait employé sa journée.

Mais Norine était à la villa avec Magali et Mariic.

Ce fut une joie générale.

Ce fut chez tous une indicible explosion de tendresse.

Magali ne pouvait croire à son bonheur.

Elle avait enlacé sa sœur dans ses bras et, sa tête contre la sienne, sa main dans sa main, elle l'embrassait avec amour.

Elles formaient toutes deux le tableau le plus gracieux.

Norine ne put s'empêcher de le dire, en ce moment où la conversation ne se composait que d'exclamations d'admiration et de joie.

Elle signala à M"' Mercier et à Paul, qui déjà l'avaient remarquée, la prodigieuse ressemblance que Miette et Magali avaient entre elles.

Pendant toute la journée, on ne put s'occuper d'autre chose.

Les événements qui venaient de s'accomplir furent l'unique objet de la conversation.

Que de choses à se dire !

Kl.n MAaiKE EN BLANC

Ne f;illait-il pas apprendre à Miette ne que sa sœur savait au sujet de sa naissance?

Ne fallait-il pas lui parier de son père à qui l'on allait envoyer une dépêche pour lui annoncer l'heureuse nouvelle?

Miette goûtait alors un bonheur qu'elle n'aurait jamais cru possible.

Elle pleurait de joie et c'est en vain qu'elle cherchait à maîtriser son ('motion.

Elle sentait autour d'elle tous les cœurs battre à l'unisson du sien et toutes les tendresses venir à elle.

Elle pensait aussi à Adrien et une voix secrète lui disait d'espérer. ,

L'avenir lui apparaissait plein de promesses et plein de bonheur.

Comme Magali, comme sa sœur, elle pourrait, maintenant que sa naissance le lui permettait, épouser celui que son cœur avait choisi, celui dont son âme n'avait jamais pu se détacher.

Avec une tendresse maternelle, M"'= Mercier, qui lisait en sa pensée, lui promit la réalisation de cet amour.

Elle lui fit entrevoir l'avenir prochain dans lequel Adrien de Salverne allait être délié du lien qu'il avait lormé et serait libie do l'aimer sans réserve.

Elle lui promit ce bonheur qu'elle entrevoyait au nom de son père qui approuverait le choix qu'elle avait fait.

Cependant, malgré cet ineffable contentement dont l'âme de Miellé étail pleine, un vide douloureux subsistait.

Miette sentait qu'il manquait quelque chose à son bonheur.

Elle avait retrouvé son père et sa sœur.

Elle étail au milieu de ceux qui l'aimaient depuis sa naissance.

Personne ne lui parlait de sa mère.

On lui avait dit, comme à Magali, que sa mère n'était plus; et cependant on ne lui avait pas affirmé qu'elle fût morte.

(Juel mystère cruel jtesait donc encore sur son cœiu'?

F'ourquoi ne connaissait-elle pas sa mère?

l'ourquoi ne la rcirouvail-elle pas aussi?

CIIAPITIIE CLXXXYI

LA COI.KJiK HK P K I, A f. 0

l'almyrc, qui counaissail les proji'ls de son amant, avait ii'solii de iiirtirc à profil le temps que son absence allait lui laisser libre.

MARIEE EN BLANC lo35

Berlin, — ou plutôt M. de Lizieux avait appris à sa maîtresse ce qu'il comptait faire et il lui avait annoncé qu'il irait à Champtocé avec Josr pour y précéder de quelques heures l'arrivée du commandant de Salverne et de Luce.

La fille de la mère Putot avait calculé que son amant serait absent au moins jusqu'au lendemain mardi à midi.

Pendant ce temps, elle pourrait donc donner rendez-vous à l'envoyé de Rodolphe qui la conduirait auprès de son ancien amant ou qui le lui amènerait.

Le matin, quand Palmyre sortit pour aller faire ses provisions, elle passa à la poste de Bougival, et elle écrivit à l'adresse convenue : Poste restante, au bureau de la rue d'Amsterdam, sous les initiales R. C.

Elle dit :

« Je serai libre jusqu'à demain matin.

« Dites à Rodolpho que je suis impatiente de le revoir et qu'il peut venir me trouver en toute sécurité.

« Je l'attendrai toute la soirée à Boui;ival, dans l'ile, jusqu'à la fermeture du Café des Canotiers, et s'il ne peut venir aujourd'hui, je serai demain matin de bonne heure au même rendez-vous.

Palmyre ne signa ce billet que de son initiale.

Mouredu, aussitôt arrivé à la gare Saint-Lazare, passa au bureau de poste de la rue d'Amsterdam.

Dès qu'il eût lu :

— Ah! trou de l'air, s'écria-t-il, cette fois je crois que l'on peut se préparer à la riianœuvre d'abordage. Palmyre est à Bougival ; Bertin y sera demain matin, puisqu'elle compte être libre jusque-là.

C'est demain matin qu'il va falloir s'embosser dans les parages de mon darnaguas et ouvrir les sabords pour le voir pointer à l'horizon. Espère, mon bon, on y sera!

Puis, il ajouta :

— Ah! si mon commandant pouvait être de retour!

Afin de ne pas laisser poser inutilement Palmyre au rendez-vous qu'il avait donné, Tistin lui envoya une dépêche.

Les télégrammes ont un grand avantage pour ceux qui ne veulent pas faire connaître leur écriture, puisque leur correspondance est reproduite avec la typographie des appareils Hugues ou autres.

Notre ami télégraphia donc à l'ancienne maîtresse du bandit italien ces simples mots :

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