CII.VPITRE CXCII
UiN SAUVETAGE
Pélago avait causé une profonde surprise à Palmyre en arrivant à la villa de Bougival.
La maîtresse de José expliqua immédiatement sa visite.
Avec une colère bien jouée, elle se plaignit amèrement de l'abandon de José.
Elle récrimina vivement contre M. de Lizieux qui l'avait poussé à devenir l'amant de Luce d'Azergues el qui était cause de ce qui venait. d'arriver.
Palmyre dit tout ce qu'elle put pour apaiser la maîtresse de José et' pour excuser son amant.
Elle feignit de partager l'indignation de Pélago lorsqu'elle apprit que José était parti avec Luce.
Enfin, en causant, les heures s'écoulèrent et comme, vers deux heures, M. de Lizieux n'était pas revenu, Pélago se relira en annonçant qu'elle reviendrait le soir même.
La maîtresse de José, qui avait grand souci de ses intérêts, venait d'avoir une inspiration, pendant qu'elle causait avec Palmyre.
José lui avait remis le chèque en blanc signé par son prétendu père dont il avait vanté la générosité, et il lui avait dit qu'elle pourrait y inscrire la somme qu'elle voulait.
Pélago venait de penser à ce chèque et, pour se venger, elle avait résolu de s'en servir.
Elle inscrivit aux places réservées le chilïre de cinq cent mille francs et elle se rendit chez les ban(}uiers de .M. de Lizieux.
lo92 MAlUr.E EN r.LA.XC
Son clièque vérifié fut inscrit et on l'avisa que, vu l'importance de la somme, elle ne pourrait passer à la caisse que dans trois jours.
Lorsque M. de Lizieux arriva, une demi-heure à peine après elle, chez ses banquiers, il fut reçu par le fondé de pouvoirs de la maison qui suppléait ses patrons absents.
11 fit établir immédialement son compte et se fit délivrer une lettre de crédit sur la banque de Buénos-Ayres.
Le chèque présenté par Pélago fut déduit du lolal de son avoir.
L'hahile gredin ne protesta pas.
Il avait autre chose à faire que de revendiquer cette somme quelque importante qu'elle fût.
Il préférait en faire le sacrifice et fuir au plus tôt.
C'était bien assez de ne pouvoir vendre et réaliser le prix de som hôtel de la rue de Courcclles.
Sans revenir chez lui, — car il redoutait ce qu'en termes de police, qu'il connaissait bien, on appelle une « souricière », — il se rendit à la gare d'Orléans et il prit le train rapide à destination de Cadix.
En suivant Bertin, dont les agissements présentaient pour nos lecteurs un intérêt immédiat, nous avons laissé passer la station de Viroflay sans voir ce qu'avaient fait Lucc et José de Lizieux que nous avons vu se disposer à passer la nuit dans une méchante petite auberge.
Se sentant en sûreté, l'indigne fille de Jane n'avait pas tardé à se rassurer.
En même temps, ses dispositions étaient redevenues pareilles à tantôt.
Elle ne pouvait plus souffrir la présence de José.
Elle arrivait à le délester.
L'image d'.Vdrien se présentait sans cesse à elle et l'obsédait.
Son exaltation de névrosée était telle qu'elle aurait donné sa vie pour être à lui, ne serait-ce qu'un instant.
Luce avait lepoussé José.
Elle l'avait contraint ù prendre une chambre séparée de la sienne.
Elle voulait étie seule.
José lut obligé de subir sa volonté.
Il se résigna à son sort, jiensaiil qnr la iii;ui\aiM' humeur de sa maîtresse finirait bien par s'ajiaisrr.
Il attendit avee paliemc.
On se précipita à son secours. (P. 1599.)
Luce se demandait de nouveau ce qu'elle allait devenir.
Elle aurait accepté tout plutôt que de demeurer avec cet homme qui l'écœurait.
Elle l'accusait d'être la cause de tout ce qui était arrivé.
Elle n'osait cependant le quitter, car elle avait peur d'être seule, car elle redoutait surtout d'être retrouvée par son père dont elle pressentait la terrible colère.