‹ Mariée en blancChapitre 132 sur 142 · LA PISTE DE BEP.TIN · texte numérisé non relu

LA PISTE DE BEP.TIN

L'agent Loubet commençait à trouver sa l'action ua peu longue et passablement fastidieuse.

L'absence de résultai l'énervait

Son activité réclamait un emploi plus immédiat

Déjà deux ou trois fois, dans l'intervalle qui séparait le passage de deux trains, il avait profité du n'pit qui lui était fourni pour descendre à Bougival et pour jeter un coup d'œil sur la propriété de Palmyre.

Enfin, il se dit:

— Bertin doit avoir eu venl de ce qui se passe; il « senti qu'il était surveillé, il ne viendra pas ici.

Alors, le policier remonta jusqu'à Versailles, où il savait que se trouvaient Léon des Roselles et Mouredu en surveillance du côté de Luce et de José de Lizieux.

11 les trouva à la gare.

Léon s'était impatienté aussi en ne voyant ni Luce, ni son amant.

Il présenta à Loubet son dévoué quartier-maître elle mit au courant de ce qui se passait.

— Depuis que nous sommes ici, lui dit-il, personne n'a paru. José de Lizieux et sa maîtresse sont bien descendus à l'hôtel, mais ils l'ont quitté presque aussitôt après leur arrivée, laissant un jeune domestique nègre, qui répond à tout le monde qu'il ne sait pas quand son maître x'eviendra.

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Loubet comprit immédiatement que c'était une manœuvre et il pensa qu'elle avait été inspirée par Derlin.

11 le dit à Léon et à Mouredu qui partagèrent son opinion.

Alors ils se concertèrent tous les trois.

Ce fut Loubet qui décida ce que l'on devait faire, car Léon des Roselles avait une conliance absolue dans le flair dont il lui avait déjà donné tant de preuves.

— Bertin, dit le policier, nous a brûlé la politesse ; j'en suis aussi certain que si je l'avais vu filer. Le brigand s'est senti découvert et, prudent et habile comme je le connais, il s'est levé de devant. Il nous sera facile, du reste, d'en avoir bientôt la preuve.

Mais il y a peut-être un moyen d'être éclairé ; il y a quelqu'un qui, sous l'impression de la frayeur que je me charge de lui causer, sous l'influence d'une bonne intimidation, ne demeurera pas muet.

C'est de Paimyre Putot, la maîtresse de Bertin que je vous parle.

Si elle sait quelque chose, je garantis qu'elle le dira.

— Oui, vous avez absolument raison, répondit le père de Miette et de Magali. Bertin a des intérêts considérables à sauvegarder et, s'il a jugé prudent de déguerpir, il ne peut avoir tout abandonné.

Mouredu approuva aussi.

— Voui, voui, dil-il, Paimyre sait tout, et caj)on de bon sort, il faut qu'elle parle !

• — Cette femme, reprit Loubet, est certaine de ridculité de son amant; elle le connaît de longue date et elle sait, mieux que personne, qu'il a usurpé le nom sous lequel il est roniui aujourd'liui. — Par conséquent, elle est la seule personne à qui Bertin puisse se lier. C'est à elle qu'il doit avoir donné ses instructions avant de partir, ou, s'il n'en a pas eu le temps, à qui il les enverra.

— Eh bien ! dit Léon, allons la trouver.

— En tout état de cause, que Bertin soit parti ou qu'il soit seulenienl caché, c'est ce que nous avons de mieux à faire.

Léon des Uoselles allait proposer de retourner à la gare, dont on s'était écarté en causant, pour prendre le train, lorsque Mouredu s'écria:

— Té vé!... un collègue!... ce brave Chichois 1... Excusez un niomenl, mon couuuaudaut, que j'aille lui serrer la main... C'est un brave cocher de chez l'ami iJouguarès avec qui j'ai navigué ces jours-ci-

El courant vers son ami, Tislin cria de loin:

— lié!... Chiciiois, mon bon!

Le cocher de Bouguarès rentendil.

Il avait l'air d'assez mauvaise humeur et il « attrapait » sans

— Je suis agent de la sûreté, déc!ara-t-il carréûaeat aûa de produire uae impresaiou vigoureuse. (P. l&J"'.)

LIV. 201. — HECTOR DE MjMPiKRBUX, — HABIÉE EN BLAi>-C. — J. ROÏÏFF ET c'", ÉD. LIV. 201.

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façon deux clients , un monsieur et une dame, dont la générosité ne l'avait pas satisfait.

— Tiens, Mouredu! fit-il en serrant la main à noire ami. Puis aussitôt:

— Tu comprends ça, ajouta-t-il en désignant ses clients, ces deux mufles-là que j'ai ballade de Paris ici et qui me donnent juste mon retour, sans pourboire!... Ils n'avaient qu'à prendre le chemin de fer ou le tramway, s'ils voulaient être transportés au rabais !... Regarde-moi ra : ça promène une femme et ça n'a pas vingt sous à donner au cocher!...

— Pas de chance, que, mon brave !

— Non, ce n'est pas déveine!... Mais je reconnaîtrai leur tabkau à ces pingres-là! qu'ils y reviennent ou que je les voie prendre le sapin d'un confrère ! . . .

Alors, ajouta Chichois sur un autre ton, que fais-tu par ici'/... tu te ballades?...

— Non, mon bon, je suis avec mon commandant, répondit le mari de Norine.

— Pour l'affaire en question?

— Pardi !... »

— Vous arrivez de Paris?

— Au contraire, nous allions partir pour Bougival.

— Bah!..i Eh bien! fais donc une chose, proposa Chichois, monte dans le berlingot avec ton commandant et l'autre monsieur, et je vous y conduis. Nous arriverons plus vite que le train.

— Té, c'est une idée!... Espère un peu.

Tistin transmit à Léon des Rosulles et à Loubel la proposition du cocher de Bouguarès qui fut acceptée d'autant plus volontiers que le premier train ne partait que dans une demi-heure.

Assurément, on y gagnerait du temps.

La distance de Versailles à Bougival n'est, du reste, pas considérable.

Chichois descendit de son siège pour venir, chapeau bas, à la rencontre de l'ancien officier de marine.

Léon le remercia du concours qu'il avait prêté précédemment à son ancien quartier-maître et l'on partit au trot allongé du cheval que Chichois conduisait avec plus de plaisir que pour ses clients de tout à l'heure.

On arriva à Bougival par le bord de la Seine que loiigo la grande route et l'on aperçut un rassemblement sur la berge.

Des hommes, des femmes et des enfants causaient, expliquant l'accident survenu quelques instants auparavant.

Ceux qui avaient été témoins du sauvetage de l'enfant si épouvantablement terminé par la mort de son courageux sauveteur, racontaient la scène aux autres et leur montraient la place où le petit était tombé à l'eau.

Plus loin, devant la boutique du pharmacien, "il y avait encore une foule assez nombreuse.

C'est là que le duc d'Azergues avait été transporté, car on avait voulu tenter tout ce qu'il était possible pour le rappeler à la vie.

Tous les efforts de deux médecins avaient été impuissants.

Au moment où la voiture passa, la porte de la pharmacie s'ouvrit et Léon des Roselles, qui regardait par la portière, aperçut le fisage livide de son ami.

Il le reconnut sans hésitation.

— Ciel!... s'écria-t-il, Claudius!... est-ce bien lui?...

Sans prendre la peine de faire arrêter la voiture, il ouvrit la portière et sauta sur la chaussée.

Il courut à la pharmacie.

Les gens qui obstruaient l'entrée s'écartèrent pour le laisser passer.

Léon des Roselles était devenu affreusement pâle.

Claudius d'Azergues avait été son meilleur ami, et le cœur droit de l'officier de iwarine n'avait perdu aucune parcelle de l'affection vouée dès l'enfance à celui qui, sans le savoir, lui avait pris celle qu'il adorait.

En ce moment, il n'éprouvait que la sincère douleur que lui causait cette mort imprévue.

A] entra dans la pharmacie.

— Mon Dieu! dit-il. Oui, c'est bien lui?... mon pauvre ami!... Et il serra pieusement la main déjà froide de Claudius.

Le maire, les docteurs, le pharmacien, toutes les personnes qui emplissaient la boutique l'avaient laissé faire respectueusement et le considéraient avec étonnement.

On ne connaissait pas celui qui avait payé de sa vie l'acte de courage et de dévouement qu'il avait accompli.

Ce fut le maire de Bougival qui questionna Léon des Roselles.

— Vous connaissez ce malheureux? demanda-l-il.

— Oui, monsieur, je le connais, répondit Léon, profondément ému. C'est mon meilleur ami... C'est M. le duc d'Azergues !...

— Le duc d'Azergues !...

— Je vous en prie... expliquez-moi ce qui s'est passé... qu'est-il arrivé?... 11 s'est noyé, je le comprends... Il s'est tué?...

— Non. Tponsieur, rassurez-vous, répondit le maire, .M. le duc

il'Azergues ne s'est pas suicidé. Il est victime de son dévouement ; il est mort en sauvant un enfant qui se noyait!

L'un des docteurs expliqua les causes de la mort.

On raconta à Léon, ainsi qu'à Mouredu et à Loubet qui l'avaient rejoint, le drame épouvantable qui venait de se dérouler.

Puis, d'accord avec l'ami de Claudius, on prit les dispositions nécessaires.

Léon des Roselles indiqua ce qu'il y avait à faire.

Il fallait prévenir la duchesse d'Azergues et les parents de Claudius.

Il se chargeait de ce soin.

11 allait courir à Cormeilles d'où il ramènerait M"= Mercier qui se chargerait de cette pénible mission.

Mieux que tout autre, l'amie dévouée de Jane pouvait remplir cette tâche.

On le laissa faire.

Tandis que Mouredu demeurerait auprès du corps de Claudius d'Azergues, il reprit la voiture de Chichois qui partit à toute vitesse.

Loubet, estimant que les circonstances exigeaient d'agir rapidement, se ehargea de continuer seul ce qu'il voulait faire.

Il se rendit chez Palmyre.

La fille de la mère Putot était déjà très inquiète.

En la quittant, Bertin lui avait annoncé qu'il allait se rendre à Champlocé avec José ; mais elle avait reçu le matin la visite de Pélago qui était demeurée longtemps avec elle et qui lui avait appris le scandale qui avait empêché la célébration religieuse du mariage de Luce d'Azergues et du commandant de Salverne.

Elle s'étonnait donc que Bertin ne fût pas revenu depuis la veille et elle se sentait en proie à de sombres pressentiments dont elle ne pouvait cependant s'expliquer la nature.

La visite inattendue de cet homme qu'elle ne connaissait pas acheva de la troubler.

Loubet, qui s'en aperçut, sut en profiter habilement.

— Je suis agent de la sûreté, déclara-t-il carrément afin de produire une impression vigoureuse.

Palmyre se mit à trembler de tous ses membres. Loubet ajouta :

— Vous vous nommez Palmyre Putot... vous êtes la maîtresse d'un prétendu Georges de Lizieux qui est en réalité le nommé Etienne Bertin.

Devant une affirmation aussi catégorique, Palmyre sentit que toute clénégalion serait inulile.

Elle chercha seulement, plutôt instinctivement que par présence d'esprit, à mentir en ce qui la concernait, afin de tirer son épingle du jeu.

Elle simula un profond élonnenient.

— Vous vous trompez, dit-elle. Je ne sais pa& ce que vous voulez dire... Je connais M. de Lizieux... c'est vrai... Je ne le nie pas... mafs je ne comprends pas ce que vous médites?... Berlin!... Je ne connais pas ce nom...

Loubet sourit.

— Il est inutile de mentir, fit-il, vous étiez la maîtresse de Bertin avant qu'il eût usurpé le nom qu'il porte aujourd'hui.

— Vous vous trompez !

— Non. Vous avez été témoin dans le procès en séparation que M""' de Lizieux a intenté à son mari, et, si la prescription ne vous était pas acquise, vous auriez à rendre comple à la Justice de ce faux témoignage. •

Vous voyez bien que je sais tout, ajouta le policier qui vit Palmyre

baisser la tête*.

Puis il interrogea :

Où est Bertin ?

Et comme Palmyre épouvantée n'avait pas la force de répondre, il ajouta :

— Où se cache-t-il? vous devez le savoir.

— Non, monsieur... Je vous jure... Je ne sais rien... balbulia la fille de la mère Putot.

— Allons donc I... Berlin sait qu'il est démasqué; il se cache. Vous savez où il est.

— Je vous assure que je ne sais rien.

— Quand l'avez-vous vu ?

— Hier.

— Ici?

— Oui, monsieur.

— C'est ici que vous êtes \emi> (ou.- I>.s deux on quillant l'avenue de Clichy où vous vous éliez donnés sous le nom de M. et .M"" Pulol?

Palmyre, atterrée, compiil qu'elle ne pouvait plus nier. Loiihel la menaça pour essayer do la faire parler. Il la tourna cl il la relotirna de toutes les manières, et il comprit qu'elle ne savait rien.

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A ce moment, la d omeslique apporta un télégramme qu'on venait de lui remettre.

Palmyre le prit.

Mais avant qu'elle l'eut décaclieté, Loubet, qui n'avait attendu que le moment où la bonne se serait retirée, le saisit prestement, le lui enleva des mains et le lut.

C'était une dépêche de Bertin.

11 disait :

Obligé partir. Prends dans tiroir de ma table procuration en blanc signée par moi, fais-la établir par notaire à ton nom, vends immeuble rue de Courcelles et chevaux de courses, réalise tout et attends nouvelles que t'enverrai.

Ne dis rien à José si tu le vois, ni à personne. — Dis que suis en voyage pour plusieurs mois.

Le télégramme était timbré du bureau de la gare d'Orléans.

Loubet le mit tout simplement dans sa poche.

Il avait ainsi la preuve que Palmyre ne savait rien.

Maintenant il s'agissait d'agir plus n-^pidement encore.

Le policier aurait bien voulu faire arrêter Palmyre dont la complicité était parfaitement établie ; mais cela lui aurait pris trop de temps, car il n'avait pas de mandat d'arrêt contre elle, et les autorités locales n'auraient pas agi sans pièces régulières.

Il essaya, au contraire, de la rassurer.

11 lui dit :

— Je veux bien croire que vous ignorez oîi Bertin se cache; mais si vous ne voulez pas être com|iromise avec lui, vous aurez à me prévenir dès que vous aurez de ses nouvelles.

Palmyre était en proie à une telle frayeur qu'elle promit tout ce que l'on voulait.

Loubet se retira.

I! courut à la pharmacie où il devait trouver Mouredu.

En ([uelques mots, il le mil au courant de ce qu'il venait de faire.

— Berlin, dit-il, a pris un train à la gare d'Orléans. Il est déjà loin, mais nous le rattraperons. Une dépêche arrivera avant lui. Je cours à Paris faire le nécessaire. Ce soir, je verrai M. des Roselles.

Le policier partit en courant.

En se rendant à la gare, car il voulait aller à Paris pour faire donner l'ordre d'arrêter Bertin, il conjectura sur la direction que l'amant de Palmyre pouvait avoir prise.

— Par la gare d'Orléans, se dit-il, Bertin peut se rendre à Bordeaux, à Cette ou à Saint-Nazaire ; c'est là que sont les têtes de ligne des paquebots... ou en Espagne s'il prend la voie de terre.

Et il conclut :

— Il n'y aura qu'à télégraphier à toutes les issues du réseau.

Loubet, aussitôt à Paris, prit un flacre à la gare Montparnasse et se fit conduire chez le chef de la Sûreté.

En quelques instants, il l'eut mis au courant de toute l'affaire et des télégrammes furent immédiatement lancés sur les divers points de la frontière pour transmettre le signalement de Bertin et donner l'ordre de l'arrêter.

Mais, hâtons-nous de le dire, sans surprendre nos lecteurs, l'agent dévoué à la cause de Léon des Roselles avait affaire à un gradin d'une habileté de première force.

Bertin, qui ne laissait rien au hasard, avait parfaitement prévu ce qui pouvait lui arriver.

Il avait eu le pressentiment, que si, par un hasard quelconque, on venait à apprendre qu'il était parti, il pourrait être devancé par une dépêche et arrêté à la gare frontière.

Ce cas prévu, il lui était facile d'y parer.

Il avait eu le temps, pendant le trajet, de combiner admirablement ce qu'il avait à faire pour dépister ceux qui le poursuivaient.

Le train qu'il avait pris se rendait directement à Toulouse.

Par prudence, il n'avait pris son ticket que pour celte destination.

A Toulouse, il prendrait la ligne de la Compagnie du Midi qui passe à Narbonne et Perpignan et il quitterait le train à l'avant-dernière station.

C'est à peine si, de ce point, quelqni^s kilomètres le sépareraient de la frontière espaj;no!u.

Il se munirait d'un guide et c'est en touriste qu'il passerait les Pyrénées.

En outre, par surcroit de précautions, Bertin, qui n'avait rien modifié à son personnage en parlant de Paris, se i)romellait de faire, aussitôt arrivé à Toulouse, tout ce qu'il faudrait pour qu'on ne puisse le reconnaître.

Il couperait ses clicveftx, il supprimerait son lorgnon, il adapterait i

Elle l'avait menée dans le cabinet de Claudius et elle lui avait montré le pli sinistre, (P. 1612.]

son visage une barbe noire qui en modifierait complètement l'expression et qui en cacherait les traits, el il se revêtirait d'un costume qu'il achèterait sur place.

Sous le nom espagnol dont il s'affublerait, protégé par ce déguisement, il était certain d'échapper à la police lancée à ses trousses par Léon des Roselles

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