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CHAPITRE CXCIV

A LA GRENOUILLERE

La nouvelle de la mort dramatique de Claudius produisit sur M"' Mercier le même effet que sur Léon des Roselles.

Comme lui, elle ne songea qu'au malheur affreux et à la douleur qui allait accabler Jane.

Paul, qui était venu passer la journée auprès de sa fiancée, lut aussi profondément affecté par cette catastrophe, car il avait pour le duc d'Azergues, qui était à la fois son parrain et son tuteur, une affection absolument filiale.

11 vûulul aller lui-même à Bougival pour rendre les derniers devoirs à celui qui lui avait tenu lieu de père, pour faire les formalités nécessaires et pour ramener sa dépouille mortelle à Paris, si telle était l'intention de la duchesse, du comte de Dellegarde et de Régina.

M"" Mercier comprit aussi la mission qui lui incombait.

C'est elle qui devait aller auprès de Jane et se faire la messagère de la douloureuse nouvelle, comme la consolatrice nialernelle du premier choc de sa douleur.

Elle partit immédiatement, tandis que Léon des Roselles et son neveu, ayant repris la voiture du cocher de Bouguarés, revenaient rapidement à Bougival.

Suivons l'amie de Jane d'abord.

Lorsque M"' Mercier se trouva dans le train, seule, encore sous le coup de la stupeur qui l'avait fi'appée en apprenant cette calaslrophe aussi terrible qu'imprévue, elle sentit, à mesure qu'elle approchait, une pénible apprélien.-ion s'empar(;r d'elle.

Jane, dont le cœur honnête ajjparlenait depuis si longtemps à celui qu'elle avait aimé le premier, n'aurait jamais pu avoir pour aucun aulre le même amour, cet amour immense, unique, emplissant l'être loul entier et survivant à l'existence, l'amour (jue la maternité consacre indissdlublenient à jamais.

Mais elle avait pour Claudius une affeclion profonde, loyale, robuste, basée sur l'estime qu'elle avait coikjuc, suscitée par la tendresse qu'il lui avait prodiguée.

La nouvelle de la mort de son mari serait pour la malheureuse un

coup bien douloureux el M"= Mercier redoulait maintenanl l'accomplissement de la mission dont elle s'élait chargée.

Elle se demandait sur quoi elle baserait les consolations que son cœur devrait prodiguer à Jane.

Puis, elle envisageait la mort de Clnudius d'Azergues et elle en recherchait les conséquences immédiates.

Cette mort n'était-elle pas, en somme, l'œuvre de la main invisible de la Providence qui, pour ceux qui croient comme l'amie de Jane, veille sur nous avec une sollicitude constante et éclairée?

En mourant, le duc d'Azergues n'échappait-il pas à cette honte et à l'éclaboussement djj déshonneur causés par Luce, qui étaient pour lui pires que la mort?

N'élait-il pas affranchi de la douleur de voir sa fille sur la route de l'ignominie où sa nature vicieuse allait la faire avancer à grands pas?

iS'élait-il pas soustrait, par le fait, à un malheur qui aurait été encore plus épouvantable, lui qui avait pris la résolution terrible de faire justice"?

Quelle était son intention ?

Qu'enlendait-il par là, lui qui avait dit qu'il ne pourrait vivre avec cette honte ?

N'avait-il pas résolu de tuer Luce, pour empêcher le scandale qu'elle perpétuerait avec elle?

Oui, M"'' Mercier le sentait comme tous l'avaient compris: Claudius aurait tué l'indigne créature !

Pour échapper à la Justice, il se serait sans doute donné la mort ensuite.

N'élait-il pas préférable, puisque le malheureux s'était condamné, qu'il eût trouvé cette mort glorieuse qui l'avait frappé lorsqu'il sauvait la vie à un enfant?

C'est dans ces pensées que l'ancienne institutrice puiserait les éléments de consolations qu'elle voulait prodiguer à Jane, comme elle trouverait dans son cœur assez de tendresse et sur ses lèvres assez de baisers pour apaiser l'exaspération de sa douleur.

Jane était dans une inquiétude affreuse.

Depuis le départ de son mari, elle ne pouvait s'empêcher de redouter pour lui un malheur épouvantable, car elle avait lu la terrible résolution qui assombrissait son front et allumait ses regards.

Elle avait compris ce que Claudius voulait faire et elle tremblait pour lui.

Puis, dans la journée, lorsqu'elle était venue dans le cabinet de tra-

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vail du duc d'Azergues, comme elle le faisait chaque jour quand il était là, elle avait soulevé le sous-main qui était au milieu de sa table pour chercher la lettre qu'il avait reçue, cette lettre qu'il lui avait cachée, et une large enveloppe avait frappé ses yeux.

De la main de Claudius, ces quatre mots étaient écrits, en gros caractères dont l'encre était encore récente :

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