LIV. 122. — llABIliE EN DLANC
uv. 122.
— Et ce serait à cause de moi qu'il aurait fait ce sacrifice, qu'il aurait brisé sa carrière!
— Il a peut-être un autre motif.
— Non, je le comprends aujourd'hui, répondit Miette, c'est le seul motif de cette démission qu'il veut donner... et j'ai bien vu combien cette résolution l'affligeait, car depuis quelque temps il n'est plus le même... vous l'avez vu commeMiioi... Il est sombre, il est triste... On sent qu'il y a quelque chose qui lui pèse et qu'il ne veut pas avouer... N'est-ce pas, maman Davoul?
— Oui, c'est vrai, répondit l'excellente femme; je ne peux pas dire le contraire.
— C'est peut-être pour cela qu'il ne vient plus comme autrefois, ajouta Miette dans un déchirant sanglot.
— Pourquoi? demanda Alice.
— Parce qu'il n'ose pas me dire la vérité... parce qu'il ne peut se décider à donner sa démission et qu'il lui en coûte de reprendre sa parole...
— Oh ! Miette, tu n'y penses pas, dit la fiancée de Pierre Lion; c'est mal ce que lu dis là. 11 faudrait que M. Adrien ne t'aimât plus...
— Qui sait ?
— Tu ne le penses pas!
— On ne songe pas à tout, surtout quand on ne sait pas les choses, poursuivit Miette. Mais je comprends maintenant le sens de la lettre qu'il m'a écrite avant-hier. Il a du travail, dit-il, qui le tient loin de moi... c'est parce qu'il n'ose pas venir...
— Non, non, tu lo trompes.
— Il disait qu'il donnerait sa démission tout de suite, et maintenant il parle de ce travail qu'il fait au Ministère de la guerre et qui le tiendra longtemps... Il ne veut pas abandonner la tâche qu'il a acceptée des chefs qui ont eu confiance en lui... et aussitôt après il démissionnera... lu vois bien qu'il cherchée reculer!...
— Non, non, je t'assure, dit Alice, ce n'est pas ça.
— Va, ce n'est pas moi qui lui rappellerai sa promesse, ce n'est pas moi qui le pousserai ;\ quitter l'armée... maintenant surtout que je sais la vérité. J'ai trop bien compris la douleur que celle i)erspeclive lui causait... Je l'aime trop pour accepter ce sacrifice... que voulez-vous, je u'i'tais pas
née pour ("'tre heureuse!...
. — Allons, voyons, nia iielile Miette, dit M™' Ftavoul. ne vous Ioim-mcnlez pas ainsi!... ne dites pas ces ciioses-là !... qui sait si tout ne s'arrangera pas?
MAKIÉE EN BLANC 971
— C'est impossible!
— On ne sait pas, mademoiselle Miette, dit Pierre Lion, j'ai vu plus épatant que ça. . . J'ai vu mon cominandanl qui élait dans le même cas que votre amoureux: sa fiancée n'avait pas un radis. Eh bien I un beau jour elle a fait un héritage d'un parent qu'elle ne connaissait même pas. Allez^ ça n'a pas traîné. Quinze jours après on taisait la noce!
— Mais moi, répondit Miette, je n'ai aucune famille, aucun parent...
— Ça ne fait rien!... on hérite tout de même des fbis.
— Et puis, ajouta-t-elle avec une indicible amertume, M. deSiilverne en aimera une autre...
— Vous n'y pensez pas, Miette, dit M""" Davoul.
— Tu es folle, dit à son tour Alice. Ce garçon qui t'adore, qui ne voit que toi.
— Mais il appartient à un monde où les jeunes filles riches et jolies sont nombreuses...
Oh! laissez-moi! Non, je ne serai jamais heureuse!... Jamais!... jamais!...
Pauvre enfant ! pensa M""' Davoul.
Et tous, par les plus tendres exhortations, par les plus douces paroles, s'efforcèrent de la consoler.
Miette ne les entendait même pas.
Absorbée par sa douleur, elle ne cessait de dire :
— Non, ce n'était pas lait pour moi!... Celait trop beau!... Mon Dieu, pourquoi me l'aire tant souffrir?