LIV. 129. — M.\R1ÉE EN BLANC. LIV
1026 MAHIÉE E.N BLANC
— Et maintenant, ajouta Raymond, il est sauvé. M"' d'Azergues a opéré cette guérison.
— Mes enfants, je prévois un mariage.
— C'est mon avis aussi, dit Paul des Roselles. La valse était finie.
Adrien venait de reconduire Luce à sa place, au milieu d'un groupe de jeunes filles qui occupait un côté du salon.
La fille de Jane le regardait s'éloigner avec une préoccupation visible.
Évidemment elle l'aimait.
L'orgueil avait fait pénétrer l'amour en son cœur. • Elle aurait voulu que le jeune officier demeurât sans cesse auprès d'elle.
Ses amies l'interrogèrent.
— Oui, je l'aime! avoua -t-elle sans détours, avec une visible satisfaction, fière d'avoir fait la conquête du plus brillant des jeunes gens qui assistaient à cette fête.
— Et lui?... que vous a-t-il dit? demanda Madeleine de Varades.
— Rien.
— On voit pourtant qu'il t'aime, dit Julia de Sorgues, la nièce de M"" de la Faloise.
Luce ne répondit pas.
Ses regards ne quittaient pas Adrien qui était venu se joindre au groupe formé par le général d'Yrvoix, Raymond de Coursades et Paul des Roselles.
Tandis que ces demoiselles continuaient à causer, le général, avec sa rondeur babitucUc, avait entrepris Adrien de Salverne, au grand amusement de Paul et de Raymond.
— Je ne vous ai jamais vu autant d'entrain, mon clier capitaini\ lui dit-il. Est-ce dû à la joie de voire nomination ou à un autre molli que nous avons peut-être deviné?
— Oui, je suis beureux, mon général, je ne le cache pas, répondit Adrien, bien heureux et je vous dois mon bonheur, car j'ai deviné que c'est vous qui m'avez proposé au iniiiislrc
— Non, mon ami, vous vous lrom|)ez. C'est le général gouverneur qui vous a porté au tableau de nominations du jour de l'an.
— Je suis très reconnaissant au général gouverneur d'avoir pensé ù moi, mais vous ne nierez pas que vous avez fait aussi quelque chose?
— J'ai tout simplement demandé au ministre l'autcrisation de vous donner dès ce soir cette bonne nouvelle.
— Et en même temps vous avez fait signer ma nomination? ■ — Bon, bon, fit M. d'Yrvoix; il ne s'agit pas de cela.
— Oui, dit Raymond, ne te dérobes pas, mon cher. Mon oncle te parle de l'impression qu'a produite sur toi M"' d'Azergues, et c'est à cette impression que nous avons attribué cet entrain dont nous sommes heureux de te féliciter.
Adrien avait rougi.
— Avouez, coupable, ajouta le général.
— Quoi?... mon général.
— Eh ! parbleu, que vous aimez M"« Luce. Le jeune officier hésitait.
Les mots ne venaient pas à ses lèvres pour exprimer ce qu'il ressentait.
Il demeurait interdit parce que, à la demande dt l'aveu de son amour, il venait d'entrevoir subitement, pour la première fois, l'obstacle qui se dressait devant lui.
Adrien ne s'était pas encore rendu compte de l'état de son cœur.
Il s'était senti attiré, séduit, grisé par la grâce juvénile de Luce; il s'était laissé prendre à ses habiles provocations et il éprouvait un bonheur qu'il n'avait même pas essayé de définir.
En ce moment, à la question qui lui était posée, la révélation de son amour venait de se faire à son esprit.
En même temps, il constatait l'abîme créé par la fortune qui le séparait de la riche héritière du duc d'Azergues.
Avouer qu'il l'aimait lui apparaissait comme une injustifiable présomption.
11 n'osa pas.
— M"' Luce est charmante, répondit-il, et je me félicite d'avoir été son cavalier et son voisin de table... Mais l'aimer!... Mon général, vous n'y songez pas...
— Tiens, pourquoi donc?
Adrien éluda la réponse qui venait à ses lèvres.
— J'ai pour elle, dit-il, une grande amitié, une amitié qui date sans doute de loin, car j'ai eu plusieurs fois l'honneur, dans le temps, d'aller à Azergues avec mon ami des Roselles... et c'est ainsi...
Le général d'Yrvoix souriait en voyant l'embarras du jeune homme. Il ne le laissa pas poursuivre et il acheva à sa place :
— Et c'est ainsi qu'en retrouvant aujourd'hui, substituée à la fillette
d'anlaii, une grande et belle jeune fille que vous avez su charmer, celte amitié s'est développée et qu'elle est devenue un sentiment beaucoup plus tendre; n'est-ce pas, monsieur des Roselles?
— C'est ce que j'ai pensé aussi, répondit Paul.
— Eh bien ! puisque tu n'avoues pas, dit Raymond de Coursades en entendant l'orchestre qui préludait à une mazurka, je vais prendre ta place auprès de M"= Luce.
— Et moi, général, dit Paul des Roselles, je vais inviter voire lille.
— Ne dansez-vous pas aussi, capitaine? demanda M. d'Yrvoix au moment oîi Paul et Raymond s'éloignaient.
— Non, répondit Adrien, tout à l'heure.
— Eh bien! accompagnez-moi au fumoir, voulez-vous?
— Volontiers, mon général.