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LA RÉPONSE DU DUC D'AZERGUES

Le jeudi 31 décembre, le général d'Yrvoix dit à Adrien :

— Vous devriez m'accompagner cet après-midi chez la duchesse d'Azergues, mon cher capitaine. — C'est son jour de réception et je me suis proposé de lui faire ma visite. — Vous n'avez pas encore fait la vôtre, n'est-ce pas ?

— Non, mon général.

— Eh bien! nous irons ensemble ; voulez-vous ?

— Volontiers.

— Nous en profiterons pour souhaiter la bonne année à ces dames. En etfet, dans l'après-midi, le général et le jeune officier se rendirent

à la rue de Grenelle.

Luce était là.

Cette nouvelle entrevue raviva la passion que la jeune fille avait allumée dans l'esprit d'Adrien.

En outre, Jane et Régina prièrent le général d'Yrvoix et Adrien de Salverne de demeurer à dîner à l'hôtel, absolument en famille, n'ayant d'autre convive que Paul des Roselles.

Le général accepta pour lui et pour son jeune ami, et cette nouvelle soirée passée auprès de Luce fit oublier complètement à Adrien les résolutions qu'il avait prises quelques jours auparavant.

Lorsqu'il se retira, il était en proie à une exaltation absolue de son

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esprit, sons l'inHuence de ce trompeur mirage du cœur que, dans l'égarement de l'âme, on prend souvent pour de l'amour.

Le lendemain, Jane questionnait sa fille :

— Tu m'avais promis quelque chose, lui dit-elle avec tendresse, une confidence.

— Oui... j'y ai pensé...

— l-h bien?

Liice se taisait.

Mais la duchesse d'Azergues avait causé avec Claiidins qui avait bien compris ce qui se passait chez sa fille.

— Je parie de deviner quelle est celte confidence, dit Jane.

— Tu crois?

— J'en suis sûre.

— His alors ?

— N'est-ce pas de M. de Salverne qu'il s'agit? Lure av.iit toutes les habiletés.

Kllu rou-il rouime une vierge timide et elle cacha son visa,;e contre la poitrine de sa more.

— J'ai deviné ton secret, n'est-il pas vrai ? demanda Jane.

— Oui... répondit la jeune fille tout bas.

— Chère enfant ! fit la duchesse en embrassant tendrement sa fille. - Tu le savais ? fit Luce.

— 1,1 je n'éiais pas seule à le savoir...

— C'est vrai ?

— Ton père...

— Mon père !

— Ton (incle et ta tante... il faudrait que nous ne t'aimions pas pour ne pas ronipivmlre ce qui se passe en loi.

— Uli ! uicre... dit Luce avec une tendresse ingénue, je l'aime, si tu savais !...

Puis tout bas, à son oreille, enlaçant le cou de Jane de ses bras, elle demanda :

— 1^1 lui ?... crois-tu qu'il m'aime ?...

— Jr II' crois, ma chérie.

— Il m; l'a rien dit ?

— Non.

— Il ne ui'.iiuH! pas alors.

— l'oiiii|M(ii (lis-lu cela .'... M. do Salverne ni'n p.uu un peu ému auprès de toi, hier. ..

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— N'esL-ce pas ?... c'est vrai ?...

— Cui. — Le jour de Noël aussi, ton père avait remarqué...

— Quoi ?

— Ce que je te dis.

— Qu'a dit mon père, dis, mère ?

— ■ Ton père a M. de Salverne en grande estime. C'est un jeune liomme parfait à lous les points de vue...

— 1! a l'air si deux !...

— Oui.

— Si bon !...

— C'est vrai.

— S'il ne m'aimait pas !... oh ! mère, je t'assure que je serais bien malheureuse !

— il l'aime sans doute, ma chérie, dit Jane avec la plus exquise tendresse. — Il n'ose peul-êlre pas encore er. faire l'aveu... Mais cela viendra, j'en suis sûre.

— Tu le crois ?

— Oui. — Nous devons le voir à Nice ; le général d'Yrvoix l'a dit hier en dînant. Tu !'as entendu '?

— Oui, repondit Luce. Oh ! j'ai été bien contente quand le général a dit cela.

— M. d'Yrvoix est chartîé d'une inspection de la frontière des Alpos en vue de nouveaux ouvrages à établir, et il emmènera avec lui M. de Salverne et son neveu.

— H sera aux courses?

— ■ Tu n'en diras rien encore à mon père? demanda Luce.

— l'ourquoi ? fit Jane. Ton père le sait déjà, je te l'ai dit.

— Ça ne fait rien.

— C'est donc toi qui lui diras ce grand secret ?

— Plus lard.

— Quand M. de Salverne aura déjà demandé ta main? fit la duchesse en riant.

— Non,... avant.

M. de Lizieux n'avait pas lardé à recevoir une réponse de Zoé. Comme d'habilude, c'est David qui avait servi d'intermédiaire. Après avoir lu le billet du père de José, la feiiîme de chambre de Luce avait réiJO.".du :

— Dis à M. de Lizieux que je voudrais bien le voir ; j'ai beaucoup de choses à lui dire.

Et le jeune Abyssin, qui avait déjà fait la cour à Zoé, lui dit d'un air malicieux, en roulant ses gros yeux blancs :

— Quand ferons-nous un peu comme les patrons, hein ?

— Ah ! ce n'est pas l'envie qui me manque, répondit la fille. Je commence à m'ennuyer dans cette place. Ce n'est pas fait pour moi, ça.

— Tu devrais te présenter chez W' Pélago, la maîtresse de mon patron ; nous serions ensemble.

— J'en ai assez du service.

— Si tu as des rentes.

— On en trouve, bêta !

— C'est vrai.

— Qu'est-ce que tu gagnes, toi ? questionna Zoé.

— Quatre-vingts francs.

— Mais tu as des profits ?

— Bien sûr... avec M"' Pélago... et puis aux courses quand il y en a.

— Tu joues ?

— Parbleu !

— Tu connais donc les chevaux ?

— Je connais tous les jockeys.

— Alors tu n'as pas besoin d'être au service, si tu veux.

— Je le sais bien.

— Eh bien ! écoute, je ne resterai pas longtemps ici, et alors..

— Alors ?

— Nous verrons !

— Ah ! tu es gentille ! fit David en prenant Zoé par la taille.

— N'oublie pas ma commission. Il faut absolument que je voie ton patron.

Dès que M. de Lizieux connut la réponse de Zoé il lui lit dire de venir à la rue de Courcelles.

Alors il apprit ce qui passait.

Zoé n'avait enlendu parler de rien au sujet de José.

Sans doute le duc et la duchesse en avaient causé entre eux, mais elle n'avait rien pu savoir.

Ce que la femme de chambre de Luce savait, c'est que sa mailrussc était amoureuse d'un officier, de M. de Salverne.

Elle avait bien vu ce qui se passait, et elle avait compris.

A son avis, c'est lui qui épouserait M"' Luce.

— Pardon, répondit le sergent en faisant le salut militaire, je ne suis pas votre neven. (P. 1060.)

M. de Lizieux connaissait Adrien de Salverne.

Il savait que c'était un jeune homme absolument sans fortune.

Le dépit qu'il éprouva fut grand en apprenant cette nouvelle.

On préférerait un officier de fortune à son fils !

Mais il ne renonçait pas pour cela à ses projets.

11 n'y renonça même pas quand il reçut la réponse du duc d'Azergues

tIV. 133. — MARIÉE EN BLANC.

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