LE JOURNAL
Berlin voulut, avant toute chose, être fixé sur ce que faisait Léon des Roselles.
Il voulait savoir où le trouver, lorsqu'il aurait besoin de le frapper, et, dès le lendemain, il se rendit à la rue Vaneau.
La maison était fermée.
Le concierge, à qui il s'adressa, lui apprit que, depuis près d'un an, M. des Roselles n'habitait plus Paris et qu'il s'était installé dans une propriété qu'il avait achetée à Cormeilles-en-Parisis.
Il en donna l'adresse exacte au visiteur, qui prétendait avoir besoin de lui écrire.
Alors, muni de ce renseignement, l'ancien maître de timonerie se rendit à Cormeilles.
11 trouva aisément la coquette villa qu'habitait l'officier de marine, et sa surprise fut grande quand il y vit Tistin Mouredu, M"= Mercier et Magali.
Il avait assez de perspicacité pour comprendre ce qui s'était passé, et il savait maintenant ce qu'il voulait.
Alors d'autres projets, des projets affreux, roulèrent dans l'esprit du misérable, tandis qu'il revenait à Paris en songeant à ce qu'il avait à faire.
11 les caressait avec une joie barbare, et un rictus diabolique animait son visage.
Est-ce que José ne lui avait pas dit l'influence que la beauté de Miette avait produite sur lui?
Est-ce que l'ignoble fils de Carmen n'avait pas eu la pensée de séduire la jeune ouvrière, qu'il avait vue un jour à la rue Marbeuf, chez sa maîtresse?
Pourquoi s'opposerait-il à cela, maintenant qu'il savait qu'elle était la fiUe de Léon des Pioselles?
Ne serait-ce pas une vengeance terrible que de rendre à celui qu'il haïssait si fortement la fille qu'il croyait avoir perdue, souillée, déshonorée, flétrie à jamais ?
Ne serait-ce pas le coup le plus douloureux qui puisse être porté au cœur de ce père?
11 pourrait faire mieux encore.
Il ne lui suffisait pas que José séduisît cette jeune fille, — ce qui, pensait-il, ne serait pas impossible, puisqu'elle avait déjà aimé le c;ipitaine de Salverne; — José, après lui avoir ouvert la voie du vice, l'abandonnerait à sa honte et à son déshonneur.
Alors, elle tomberait fatalement où roulent toutes les malheureuses qu'une première faute a entraînées.
De gré ou de force, elle n'échapperait pas à l'inexorable fatalité
Elle deviendrait, comme des milliers d'autres, la proie de ce monslro que l'on appelle la prostitution.
C'est une lillc perdue qu'il rendrait alors à son père.
Quelle vengeance complète!
Et Jane!...
Ne se vengerait-il pas en même temps de ses dédains? Car il n'avait pas oublie la passion qui avait été autrefois a Humée en ses veines.
Le monstre rêvait à ces choses horribles.
Il cherchait par quels moyens il pourrait concilier celle abominable vengeance avec le projet qu'il avait formé d'empêcher le mariage d'Adrien de Salverne cl de Luce, pour attirer à José, c'est-à-dire à lui-même, l'iinmcnse fortune du duc d'Azergues cl du comte de Bollogarde.
Pour agir cnicacrmeiil, il iiiipdrlail, avant tout, de savoir exactement
— Tiens, lis ce comuienceu-eni de romuii, iiu dit Alice. [V. 112S.)
UV. 141. UECTOR DE MOKIfiamEUX. — Jl.\niiili E.N BL.V.NC. — J. R0U1''F lil C", liu.