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LIV. 144. — M.\R1ÉE E.N BLANC. LIV

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avait faits pour retenir son cheval, avaient irrité le fils de Carmen, et son visage s'était subitement empourpré.

Il pouvait paraître ridicule, dans cette attitude, car il sentait bien qu'il n'avait pas fait preuve d'une grande habileté, aux yeux d'un sportinan aussi accompli que le comte de Bellegarde et d'un cavalier aussi irréprochable que Raymond de Coursades.

L'orgueil blessé du jeune fat, par la maladresse qu'il avait commise, et surtout la présence du commandant de Salverne, qui se trouvait à côté de Luce, le mirent en fureur.

En outre, il avait entendu un éclat de rire que Luce n'avait pu retenir, en le voyant dans cette attitude grotesque.

Il regarda les cavaliers et il vit sur le visage de Raymond un sourire ironique.

Alors, hors de lui, il grommela avec colère : , — Vous n'y voyez donc pas?

En disant cela, il regardait Luce et Adrien qui se trouvaient un peu en avant du groupe des cavaliers, étant arrêtés pour le laisser passer.

Personne ne lui répondit.

Raymond de Coursades, seul, avait haussé dédaigneusement les épaules.

— Quand on a des millions qui vous aveuglent, reprit José en regardant Adrien d'une façon provocante, on ne voit plus devant soi.

Sans répondre, le jeune officier poussa aussitôt son cheval pour se rapprocher du phaéton et demander une explication à l'insolent.

Mais le drôle, que la fureur emballait, lança aussitôt un coup de fouet qui atteignit les naseaux du cheval d'Adrien, et il rendit la main à son trotteur qui s'éloigna rapidement.

CIIAPITUE CXLI

l' 01! TUA CE

Adrien dr Salveriic, Raymond do Coursades et le comte de Bellegarde s'élancèrent à la poursuite du phaéton qu'ils alteignirent à une petite dislance, grâce ;iu vigoureux galop de leurs chevaux.

Ils obligèrent José à arrêter son cheval, lui barrant la roule.

— Vous avez eu l'inliMilion de m'insuller, monsieur, cria le jeune commandant, vous m'en rendrez raison.

— Maladroit ! lil le comte de Rellegarde, ([ui n'avail pas entendu les

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paroles prononcées tantôt par l'amant de Pélago, vous ne savez pas seulement tenir votre cheval.

Luce et Adrien avaient seuls entendu ce que José de Lizieux avait dit.

— Je suis à vos ordres, répondit José d'un air impertinent, en regardant Adrien avec un air d'insolente provocation.

— C'est bien, monsieur de Lizieux, dit le commandant de Salvcrne. On le laissa s'éloigner.

Adrien s'était, en quelque sorte, transfiguré au cours de cette scène rapide.

Son visage, ordinairement si doux, d'un aspect presque tim.ide, venait de s'empreindre d'une mâle énergie qui en accusait merveilleusement la ijeauté.

L'officier plein de bravoure, le preux ayant au plus haut point le sentiment de l'honneur, venait d'apparaître et de se révéler subitement.

Luce, la première, s'en aperçut.

En son âme orgueilleuse avait éclaté tout d'abord la joie âpre, la sotte satisfaction d'amour-propre de voir une altercation, une querelle, un duel peut-cire, avoir lieu à cause d'elle.

Maintenant elle se sentait portée vers Adrien de Salverne, dont elle admirait la superbe expression, d'une passion plus grande encore que celle qu'elle avait conçue.

Elle était fière d'avoir su inspirer de l'amour à un homme comme lui.

Le jeune officier d'élat-major ne comprenait rien aux causes de celte ridicule provocation que venait de lui adresser cet homme qui, sans être un ami, était un ancien condisciple avec qui il s'était trouvé quelquefois en relation, qu'il avait eu l'occasion de rencontrer, et avec qui, malgré le peu d'estime qu'il lui accordait, il n'avait jamais eu le moindre dissentiment.

Il ignorait que José de Lizieux avait demandé la main de Luce d'Azergues.

Il croyait que l'inconvenante colère du jeune homme avait pour cause le vif mécontentement d'avoir fait preuve d'une si insigne maladresse aux yeux de personnes qui le connaissaient.

Le comte de Bellegarde et Régina, qui savaient le refus que José de Lizieux avait essuyé, comprenaient le dépit qu'il devait ressentir depuis qu'il avait appris que la main de Luce, qui lui avait été refusée, avait été accordée à un autre, à un de ses amis.

Ce dépit, pensaient-ils, s'était accru à la vue de Luce chevauchant à côté de son fiancé, et la maladresse du prétendant évincé devant celle dont il avait sollicité la main, sa position ridicule en présence du rival préféré l'avaient certainement exaspéré au poinl de lui faire perdre toute mesure.

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C'était l'explication la plus vraisemblable.

Celait la vérité, en somme.

Il n'y aurait eu, pour comprendre exactement ce qui s'était passé chez le llls de Carmen Pabla, qu'à ajouter à ces considérations la haine atroce qu'il avait vouée à Adrien de Salverne.

Chez ce jeune drôle, la provocation, l'outrage avaient été voulus, calculés.

Il avait été heureux de l'occasion qui se présentait, de laisser éclater la colère qu'il ressentait.

C'est avec joie qu'il avait manifesté la haine qui l'animait.

Peut être espérait-il, en rendant une rencontre nécessaire, ramener Luce à. lui, en lui faisant voir qu'il l'aimait toujours et que c'était pour elle qu'il se battait.

Peut-être comptait-il aussi sur sa force à l'épée pour tuer Adrien de Salverne et pour se débarrasser ainsi de celui qui l'avait supplanté auprès de la liancée qu'il avait convoitée, qu'il avait recherchée d'abord, à l'instigation de son père, à cause de sa dot superbe et de la fortune inuuen.^e dont elle serait l'héritière, mais qui lui avait inspiré ensuite la plus folle passion.

José était, en effet, assez habile en escrime.

Il avait fait des armes depuis longtemps et il étail un dus nii'illi'urs tilireurs de la salle qu'il fréquentait.

Nos amis causèrent longuement de ce qui venait de se passer.

Ils interprétèrent, comme nous venons de le dire, l'étrange et inqualifiable condiiile du jeune homme.

Adrien était d'un caJuiu admirable.

Après avoir assisté aux exercices des chevaux du comte de Iieliegarde, sur le chanq) d'entraînement de liagaleile, le jeune commandant, Uayniond de Coursades et Paul des Uoselles prirent congé de la comicsse, de son mari et de Luce d'Azergues.

Ils retournèrent ensemble en prenant le boulevard de .Madrid et l'avenue de JNenilly.

Ils causèrent de nouveau de ce qui venait de se passer au Dois ol Adrien dit à .ses amis :

— Je compte sur vous deux pour me servir de léiuoins dans celle affaire.

Les trois amis s'arrèlèrenl i'i réiablissemcnl ("lillel, à la poric Maillol, et s'entretinrent des conditions de la lenitiiilre.

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Paul des Roselles télégraphia à son oncle pour l'informer do l'impossibilité dans laquelle il se trouvait de se rendre à Cormeilles.

Adrien, Paul et Piaymond déjeunèrent ensemble au Cercle; puis, dans l'après-midi, à la première heure, le neveu de Léon des Roselles et le capitaine de Goursades, ayant changé de costumes, tous deux en redingotes, se rendirent à l'hôtel de la rue de Courcellcs.

La concierge de la maison de l'avenue de Clichy, qu'habitaient les prétendus M. et M"'' Pulot, s'était occupée de ces nouveaux locataires dont la générosité, autant que le manque d'habitude des mœurs parisiennes qu'elle leur croyail, lui paraissaient exploitables.

Elle avait vu M""= Davoul et elle lui avait demandé si ^1""= Yerneuil, qui ne travaillait pas en ce moment, ne consentirait pas à faire quelques travaux de couture pour cette dame du second nouvellement emménagée.

La mère d'Alice en parla à Miette qui accepta volontiers ce tiavail.

La concierge la présenta elle-même.

Elle fit son éloge le plus complet, car elle estimait particulièrement la jeune fille et elle savait qu'elle était fort capable.

— M"*^ Yerneuil, dit-elle, est dans une des premières maisons de coûtai e de Paris, rue du Quatre-Septembre, où l'on travaille pour tout ce qu'il y a de chic. En ce moment elle est dans la morte-saison et sa patronne la fait poser deux ou trois semaines, ce qui fait qu'elle veut bien se charger de ce que vous pouvez avoir à faire. Vous verrez comme elle travaille, madame Putot; une véritable petite fée, je peux bien le dire.

Berlin était absent en ce moment.

Il n'avait pas voulu assister à la présentation de la fille de Jane.

C'étaient affaires de femme, et ça ne le regardait aucunement.

En réalité, il se réservait d'agir lorsque le moment serait venu.

Il avait besoin d'étudier le caractère de la jeune fille, car il ne voulait rien faire à la légère, et cela lui serait facile en se trouvant là quelquefois quand elle viendrait dans son logement.

Il y avait déjà trois jours que Miette travaillait pour M""' Putot.

Elle venait deux ou trois l'ois par jour chez elle, pour s'entendre sur le travail, pour essayer, pour les renseignements dont elle avait besoin, car elle faisait son ouvrage dans son petit logement ou chez M""= Davoul à qui elle tenait ainsi compagnie.

HoO MARIÉE EN BLANC

L'ancien policier était là au moment de chaque visite de la jeune couturière. ,

Palmyre, sous des prétextes différents, entendue avec son amant, la retenait le plus possible, et tout en s'occupant avec elle de l'ouvrage, elle la questionnait, elle la faisait parler adroitement.

D'abord, elle l'avait interrogée sur la maison de couture dans laquelle Miette travaillait.

C'était une simple entrée en matière.

L'amie d'Alice subissait, en ce moment, le sort commun des ouvrières de la maison, dont la plupart, les moins anciennes, sont obligées de chômer pendant quelques semaines au moment de la morte-saison.

Miette ne travaillait dans cette maison que depuis la mort de l'abbé Verneuil; elle était donc une des plus nouvelles à l'atelier.

Puis, Palmyre l'interrogea sur sa famille, alin de se rendre compte de ce qu'elle savait.

La jeune fille ne savait d'elle que ce que l'abbé Verneuil lui avait appris : les circonstances dans lesquelles elle avait été recueillie par lui, après la mort tragique de ses parents nourriciers.

Elle croyait être orpheline, car jamais on n'avait pu avoir de nouvelles de la personne qui l'avait confiée aux jardiniers du château de Monllhéry, et qu'elle pensait être sa mère.

L'abbé Verneuil, raconta-t-elle, avait fait bien des recherches sans jamais arriver à connaître cette personne, dont d'ailleurs il ignorait le nom.

Le curé de Montlhéry ne savait même pas si les époux Loiseau l'avaient connu.

Dans ces conditions, les recherches n'avaient pu aboutir à aucun résultat.

lîertin était donc certain que la fille de Léon et de Jane n'avait aucun soupçon sur son origine.

Klle se croyait bien réellement la fille d'une femme que ses alVaircs tenaient presque conslammeut en voyage et qui devait être morte, peut-être à l'étranger, sans que la nouvelle de sa mort ait été donnée à ceux qui la connaissaient.

Il sérail facile au maîlre-clianleur, grAie aux preuves qu'il possédait, d'établir irréfutablement, le jour où cela serait nécessaire, que Miette était bien l'enfant de l'ancien officier de marine.

Il se féliiilail d'avoir si heurcu.senient retrouvé Miette, et il combinait déjà connnent il s'y prendrait pour ra|)p>'l(;r auprès d'elle le commandant de Salvernr-, lors(|u'il ajiprit le duel de .losi' et (r\(lrien.

.MARIÉE EN BLANC llôl

C'est par Miette elle-même qu'il eut connaissance de cette rencontre.

Le misérable se félicitait de son habileté que couronnait sans cesse un succès nouveau.

Voici, du reste, ce qui s'était passé.

Pierre Lion avait eu besoin d'aller au Ministère de la guerre pour faire les démarches en vue de son prochain rengagement dans le bataillon de chasseurs à pied caserne à Vincennes.

Il avait proposé à Alice et à Miette de les emmener avec lui.

Cela leur servirait de promenade par le beau temps un peu froid, mais sec, qu'il faisait et qui donne envie de marcher.

Les deux jeunes fdles l'attendraient quelques instants dans un café voisin où il les laisserait pendant sa visite au .Ministère, puis ils iraient voir le musée du Luxembourg qu'elles ne connaissaient ni l'une ni l'autre, comme la plupart des Parisiennes.

Ils partirent.

La distance de la place Clichy au boulevard Saint-Germain est assez bonne, mais c'était une véritable promenade.

Il ne fallut pas, du reste, plus de quarante minutes pour faire le trajet.

Eli traversant les Tuileries, Pierre Lion vit tout à coup un hussard en petite tenue qui, marchant dans le même sens, mais d'un pas plus accéléré, le dépassa et tourna la tète vers lui pour le saluer quand il fut arrivé à la même hauteur.

Le sous-officier rendit le salut au cavalier, tandis que celui-ci, subitement saisi, s'arrêta et, avec une surprise que dénotait son visage :

— • Ah! sapristi! s'écria-t-il, Lion... tu es bien Pierre Lion?... je ne me trompe pas.

— Renaud!... fit de son côté le fiancé d'Alice. Mon brave Renaud! Ils se serrèrent la main en parlant.

Ils s'étaient connus à Toulon à l'époque oîi Jean Renaud était l'ordonnance du commandant de place.

— Te voilà à Paris? lit le hussard.

— Mais oui, comme tu vois.

— En congé?

— Non, libéré.

— Bah! tu as fini de tirer tes cinq ans.

— Oui, mon vieux, et je vais rengager en changeant de corps, afin de rester par ici.

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— Ah! oui, une bonne idée.

— Je suis ici en famille.

— C'est vrai, tu es un Parigol, toi aussi.

— Voici ma cousine, qui sera bientôt ma femme, et une amie. Jean Renaud avait déjà salué les deux jeunes filles.

— Ah! bravo, fit-il, tandis qu'Alice rougissait légèrement; tu as bien raison, maintenant que l'on a fait un sort au.v sous-officiers qui rengagent.

Dans quelle arme vas-tu rengager? demanda encore le vieil hussard.

— A.UX vitriers, répondit Pierre Lion.

— A Paris?

— A Vincennes, c'est tout comme.

-— Tant mieux!... On se verra quelquefois comme ça.

— J'y compte bien et je t'aurais déjà poussé une visite si j'avais su que tu étais à Paris.

— Je suis parti de Toulon pendant que tu étais à Madagascar. Mon commandant a atteint la limite d'âge et a pris sa retraite; alors, je suis venu à Paris où se trouvait mon régiment et j'ai été pris comme ordonnance par un capitaine d'état-major, qui vient de passer commandant.

— Tu es aussi heureux qu'à Toulon?

— Ah ! je te crois. Je suis avec l'officier le meilleur garçon qui existe : M. de Salverne.

Miette, à ce nom, devint .subitement pâle. Ce fut un saisissement général.

— C'est- il vrai!... s'écria Pierre Lion.

— Tu le connais? demanda Jean Renaud qui ne se rendit pas compte de la nature de l'elTcl produit par le nom qu'il venait de prononcer.

— De nom seulement, répondit le .sous-officier. J'en ai entendu parler.

— Tiens, ajouta le hussard en montrant nn paquet long, enveloppé do serge verte, qu'il tenait à la main, voilà une paire d'épées que je viens d'aller chercher au Cercle des officiers et que je rapporte à mon commandant.

— Des épées !

— 11 se bat demain malin.

— Un duel...

— Avec un pékiii (pii l'a insulté ce malin, tandis qu'il se balladail au Dois à cheval.

Elle prit à part M'"" Putot et, en quelques mots, elle lui apprit la nouvelle. (P. 1156.)

Jean Renaud ne remarquait pas la lividité du visage de Miette qui semblait se décomposer à mesure qu'il parlait.

Il continua :

— Le pauvre pékin, je ne donnerais pas cher de sa peau. Mon commandant, sans avoir l'air d'y toucher, est une des premières lames de l'armée. Je l'ai vu, moi, dans les assauts, tu sais, et il connaît son affaire. Quand il aura le bonhomme au bout de son aiguille à tricoter, je n'aime-

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