‹ Mariée en blancChapitre 64 sur 142 · PROSPER DU PUY DE FOLLIGNY · texte numérisé non relu

PROSPER DU PUY DE FOLLIGNY

Enfin, un jour, il décora l'angle de ses cartes d'un casque de chevalier.

On n'avait sans doute pas pris garde à ces modifications successives, car le personnage avait une notoriété bien minime, et lui-même ne cherchait pas à se créer de nombreuses relations avant d'être arrivé au point qu'il avait rêvé.

Comment vécut Prosper Dupuis pendant les premières années de son séjour à Paris : nul ne put jamais expliquer ce mystère.

11 prétendait avoir dissipé un patrimoine considérable avec des maîtresses.

Les amis d'un Cercle tel que celui qu'il fréquentait ne s'inquiètent guère de vérifier ces choses-là.

De Folligny était beau joueur, et on avait pour lui cette estime particulière à ce monde.

Celui que Fernand Lissac avait proposé à José de Lizieux comme second témoin était au Café de la Paix, ainsi qu'il l'avait annoncé.

— Ce cher de Folligny, fit le rédacteur du Scandale du Jour à très haut voix, en serrant la main de son ami, comme s'il tenait à se montrer fier des relations qu'il avait.

— Tiens, Lissac !... Et vous aussi, de Lizieux!... Qu'êtes-vous donc donc devenu tout ce temps-ci ?

— Très occupé, très cher, répondit l'amant de Pélago, des soirées de tous les côtés...

On s'assit et de Folligny vida aussitôt son verre afin de prendre une nouvelle absinthe.

Lissac le mit au courant du service qu'on venait lui demander et il accepta avec empressement.

Les duels sont ordinairement d'excellentes occasions de déjeuners fins,

et c'est par des coups de foiirchelle que se terminent presque toujours les coups d'épée.

— Ah ! vous êtes gentil, de Lizieux, d'avoir pensé à moi, dit de FoUigny, de vous être souvenu que vous aviez un ami sur qui vous pouviez compter ; c'est très bien.

On causa quelques instants des circonstances qui avaient amené le duel et des conditions que José acceptait à l'avance, quelles qu'elles soient.

— Eh bien ! dit Lissac, nous allons nous rendre chez le capitaine de Coursades, puisque c'est là qu'est le rendez-vous, et nous viendrons aussitôt vous informer de ce qui se sera passé et vous montrer le procès-verbal que nous aurons rédigé.

— Vous allez prendre ma voiture, dit le fils de Carmen, et après m'avoir laissé à ma porte, vous la garderez pour vous rendre chez les. lémoins de mon adversaire.

— Très volontiers, dit de Folligny.

— Je vous attendrai chez moi.

— Si vous le voulez bien, reprit Lissac, j'irai aussitôt après à mon journal pour donner quelques lignes sur cette affaire.

— Parfait, mon bon.

— A^ous allez faire des armes ce soir, n'est-ce pas? demanda de Folligny.

— A quoi bon? J'en fais tous le.^ jours, répondit le bravache ; ce n'est pas pour moi assurément que j'ai quelque crainte : je suis de première force.

— C'est égal, ne serait-ce que pour vous fiiire la main...

— Oui, je ne dis pas... Je prendrai peut-être une leçon de terrain, voilà !

— C'est ce que je voulais dire.

— Eh bien ! allons, dit Fernand Lissac

— Allons, répéta José.

— El l'on partit.

En arrivant à la rue de Courcelles, José dr Lizieux descendit de son coupé et dit hii-nièmc à son cocher:

— Vous allez conduire ces messieurs chez le capitaine de Coursades el vous les ramènerez chez moi.

Puis, serrant la main à ses témoins :

— Je vous gardciai à dîner, leiu- dit-il. Il rentra chez lui.

Le lils de Carmen était mainlcnanl nerveux, agité.

Il mit son valet de chambre au courant de ce qui se passait, car il le-

Il s'écoutait et se regardait daas les hautes glaces du salon pour s'admirer. (P. 1170.)

nait à avoir un confident el à faire preuve, ne serait-ce que devant un domestique, de cette bravoure dont il :-e croyait doué.

— J'ai dit à mes témoins d'accepter toutes les conditions de M. le commandant de Salverne, lui dit-il ; oui, toutes, au pistolet à dix pas, au sabre, à l'épée, et même au fleuret démoucheté, s'il veut.

Il se cambrait en parlant.

Page 1