‹ Mariée en blancChapitre 65 sur 142 · LIV. 147. — M.SRIÉE E.N BL.^^•C. LIV · texte numérisé non relu

LIV. 147. — M.SRIÉE E.N BL.^^•C. LIV

Il s'écoutait et se regardait dans les hautes glaces du salon pour s'admirer.

Puis, comme tantôt, le bravache se mit à arpenter fiévreusement les salons et les corridors, faisant sonner ses talons, sifflant des airs, et s'arrètant de temps en temps pour chercher des coups appris dans les salies d'armes.

Tout à coup, Ludovic se présenta:

— Monsieur votre père, lui dit-il.

— Mon père ?

— Monsieur vient de revenir.

M. de Lizieux était là, en effet.

— Eh bien! dit-il, j'ai bien fait d'arriver. Je maudissais l'oubli qui m'obligeait à interrompre mon voyage et à revenir; mais, après ce que je viens d'apprendre, je m'en félicite. — Comment, tu te bats?

— Oui, père ; avec M. de Salverne.

— Ah ! — Et la cause de ce duel?... Son mariage sans doute, n'est-ce pas ?

— Non, répondit José, une querelle.

Il raconta ce qui s'était passé le matin au Bois de Boulogne. Puis il dit les noms de ses témoins, ceux des témoins de son adversaire et ajouta :

— Lissac et de Folligny sont en ce moment chez le capitaine de Coursades, et je les attends pour connaître les conditions de la rencontre.

— Tu vas me faire retarder mon voyage, dit M. de Lizieux, car je ne veux pas repartir avant que cette affaire soit terminée.

— Comment, tu as peur pour moi?

— Non... quoique on ne sait pas «e qui peut arriver... Enfin je "tiens à être là.

— Tu es bien bon.

— Ce sera sans doute un duel à l'cpée.

— Peu m'importe, j'acccple toules les conditions qu'il pl;ma à M. de Salverne de m'imposer.

— Oui, mais en sa qualité d'oMicicr, il ciioisira l'épée.

— Va pour l'épée !

M. de Lizieux avait réfléchi avec son babilupllo promplilndi^ d'esprit.

(^e duel était peut-être un moyen de se débarras.SLM- dWdricMi de Salverne et de faire rompre son projet de mariage avec Lure d'.Vzorgues.

Il faudrail, s'était-il dil, ijuc J(is(' lil Uiiil CLMiu'il ponrraitpour le luer, ou tout au moins pour le iiicsscr grièvcniiiil.

Une blessure suflirait pour mctire le jeune ofliciei- dans iiiie silualion

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d'infériorité qui aurait certainement son importance aux yeux d'une jeune fille aussi orgueilleuse que Luce.

Elle ne consentirait certainement plus à épouser un homme qui n'aurait pas le prestige de la victoire ; qui, appartenant cà la carrière des armes, reviendrait d'un duel blessé par un simple civil.

Ce n'était pas pour sa fortune pas plus que par amour que l'orgueilleuse héritière d'Azergues avait voulu épouser M. de Salverne ; l'habile gredin la connaissait assez bien pour comprendre qu'une coquette et une intrigante comme elle était incapable d'aimer sincèrement.

Luce avait été uniquement grisée par le prestige du nom, par le brillant avenir que de tous côtés on s'accordait à prédire au fils du colonel de Salverne.

Elle n'avait vu en lui que l'uniforme, que le panache, que les étoiles de général qu'il verrait un jour poser sur sa manche et auxquelles il arriverait bien plus sûrement lorsqu'il serait devenu le gendre du duc d'Azergues.

Elle avait voulu être madame la Générale.

Aussi, l'infâme avait résolu de se servir de ce duel pour renverser l'obstacle qui venait de se lever devant ses odieuses convoitises

Il connaissait aussi les armes.

Il avait été, dans le temps, lorsqu'il était sous-officier des équipages de la flotte, un assez bon tireur.

Mais plus tard, lorsqu'il vint à Paris, lorsqu'il appartint à la Sûreté générale, Berlin avait connu plusieurs de ces bretteurs, de ces spadassins de profession, qui professent étrangement l'art de l'escrime, qui enseignent des coups, — hors des règles loyales, mais qu'importe, — avec lesquels on tue sûrement son adversaire.

Lui-même il enseignerait à José une de ces bottes secrètes, et ainsi il rendrait impossible le mariage de Luce avec Adrien de Salverne.

En attendant, M. de Lizieux était satisfait des causes de cette affaire.

Il avait craint un moment que José n'eut commis quelque imprudence de langage.

Il avait redouté qu'avec sa vantardise méridionale, il n'eut révélé maladroitement les relations qu'il avait eues avec Luce d'Azergues.

Heureusement, il n'en était rien.

Le duel était causé par une altercation, par une querelle, par une affaire qu'expliquait suffisamment un mouvement de colère.

Hien n'était compromis.

Les témoins de Josô revinrenl.

Le jeune homme les présenia à son père, et tout aussitôt, après les salutations nécessaires, Fernand Lissac lutà haute voix le procès-verbal dont il avait un exemplaire.

ft Le samedi 20 février 4886, au Bois de Boulogne, une altercation s'est élevée entre M. Adrien de Salverne, commandant du génie, chevalier de la Légion d'honneur, officier d'étal-major du Ministre de la guerre, et M. José de Lizieux ; M. de Salverne s'étant trouvé offensé a jugé une réparation nécessaire.

« M. de Salverne a confié le soin de le représentera ses amis, MM. le capitaine Raymond de Coursades et Paul des Rouelles, qui se sont immédiatement réunis à M.M. Fernand Lissac et Prosper Du Puy de Folligny, lé moins désignés par M. de Lizieux.

« La qualité d'offensé ayant été reconnue à M. le commandant de Salverne et le choix des armes lui appartenant, il a été décidé que le duel aurait lieu h l'épée.

« Les conditions de la rencontre, arrêtées d'un commun accord entre les témoins soussignés, sont :

« 1« Epées de combat ; chacun des adversaires devra fournir les siennes et le sort décidera desquelles on devra se servir;

« 2° L'usage du gant de ville est autorisé; les corps à corps sont interdits;

« 3" Le duel aura lieu demain dimanche, 21 février 1880, dans le bois de Ville-d'.Vvray, et le rendez-vous est fixé à sept heures, devant l'ancienne propriété de Balzac, sur le chemin de la Cùte-d'Argenl;

« -4" Les places seront tirées au sort ;

« 5" Le combat continuera jusqu'à ce que l'un des deux adversaires soit mis dans un étal d'infériorité reconnue;

« G" La direction du combat est dévolue à .M. le capitaine de Coursades ;

ft 7" Les deux adversaires pourront se faire assiste: d'un médecin à leur choix.

(' Fait et arrêté à Paris, ce 20 février 18815.

rouR M. DE Lizieux: rouii .M. de Salveune:

Feiinand Lissac, jmblicislc. H. de Couhsahes.

P. DU Puy de Folligny. P. des Roselles.

— Très bien, pensa M. de Lizieux, je doute que M. de Salverne sorte indemne de celte rencontre.

Et toul haul :

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— Messieurs, dit-il, voulez-vous faire à mon lils et à moi rumilie de dîner iei ?

— J'en ai déjà prié mes amis, fit José.

— Très bien.

— Et ce soir, ajoula Lissac, nous l'accompagnerons à la salle d'armes pour prendre un bonne leçon do terrain.

— Fort bien pensé, répondit l'amant de Palmyre, c'est toujours utile. Il se disait :

— Ma leçon lui suffira.

— Permetlez-moi seulement, clier monsieur, dit le rédacteur du Scandale du Jour, d'envoyer un « petit bleu » à mon journal qui attend sous presse pour faire son tirage.

M. de Lizieux fronça les sourcils.

— Ah !... fit'il, n'en dites pas trop long; il est inutile d'entrer dans des détails, n'est ce pas ?

— La simple insertion du procès-verbal : « On nous communique le

procès-verbal suivant » — en supprimant, bien entendu, le lieu de la

rencontre, pour ne pas mettre les brigades à nos Housses.

— Ce sera parfail, approuva José.

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