‹ Mariée en blancChapitre 68 sur 142 · APRÈS LE DUEL · texte numérisé non relu

APRÈS LE DUEL

Le duel d'Adrien de Salverne et de José de Lizieux n'avait guère été ébruité.

Les grands journaux n'en auraient même pas parlé par considération pour le jeune officier d'état-major et pour la famille d'Azergues ;\ laquelle on savait qu'il allait être prochainement allié, si le procès-verba! n'avait pas été publié par l'immonde feuille que rédigeait Fernand Lissac.

Ils u'aiipiircnl, toutefois, l'affaire i\ leurs lecteurs, que de la façon la plus discrcle, en quelques lignes strictement nécessaires pour ne pas paraître mal renseignés, en supprimant les noms des deux adversaires.

Dans l'entourage d'Adrien et du duc d'Azergues, les amis seuls connurent la nouvelle.

Personne, cependant, ne sut ce qui s'était réellement passé, car le jeune commandant avait demandé à ses amis le secret le plus absolu sur l'infâme ronduite de son adversaire.

Il ne voulait pas, par dignité, que l'on piit se douter qu'il avait croisé le fer avec un misérable de cette espèce, et il préféra lui faire grâce de l'opprobre qui lui était dii.

On avait attendu avec impatience des nouvelles du duel à l'hôtel de la rue de Grenelle, où se trouvaient réunis le général d'Yrvoix, le baron de Coursades et M. de la Faloise.

Luce n'avait pas été exempte d'inquiétudes, car elle se demandait si, au cours de l'affaire, José de Lizieux, n'écoutant que son ressentiment contre Adrien, ne prononcerait pas quelque parole imprudente.

Cette anxiété l'empêchait de jouir complètement de l'orgueilleuse satisfaction qu'elle ressentait en sachant que c'était à cause d'elle que deux hommes se battaient, deux hommes dont l'un avait été son amant et dont l'autre était son fiancé.

Mais lorsqu'Adrien de Salverne revint avec ses amis et le médecinmajor qui l'avait assisté, lorsqu'elle sut le résultat du duel, lorsqu'elle comprit que José n'avait pas parlé, elle se laissa aller tout entière au débordement de sa joie.

Elle était Hère alors de celui dont elle allait porter le nom et elle sentait grandir en elle^ jusqu'à l'exaltation, la passion qui l'animait déjtà pour le brillant officier.

Il lui semblait qu'elles s'adressaient aussi à elle, toutes les chaleureuses félicitations qu'Adrien de Salverne recevait de tous côtés.

Son orgueil la transfigurait superbement et mettait en elle de nouvelles forces pour aimer son fiancé.

Luce avait hâte maintenant que le mariage fut célébré, afin d'avoir Adrien tout à fait à elle.

La soirée de contrat était fixée au vendredi, et le mariage devait être célébré à la fin de la semaine suivante, car le carême approchait et l'église ne permet pas la célébration du mariage pendant tout le temps compris entre le mercredi des Cendres et le dimanche de Quasimodo.

Les publications étaient faites depuis le 14 février à la mairie du VII' arrondissement.

Les conditions du contrat avaient déjà été arrêtées entre le duc d'Azergues et Adrien, qui l'avait laissé libre de faire tout ce qu'il voudrait.

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pourvu que le régime dotal fut adopte et que son mariage ne servit pas à lui donner, personnellement, une partie de la fortune de sa fiancée.

Ciaudius avait tenu compte des honorables scrupules du jeune officier et lui-même s'en était remis complètement à son notaire, M'^ Savin.

On travaillait, depuis le retour de Nice, aux toilettes dont on disait déjà des merveilles.

Le costume blanc de la mariée serait, assurait-on, un pur chef-d'œuvre, d'une richesse inestimable et d'un goût merveilleux.

De toutes parts arrivaient les plus ridies cadeaux, qui devaient composer la corbeille de mariage.

Ciaudius avait envoyé son architecte à Champlocé, car Jane donnait à sa fille ce château qui était sa propriété particulière, et on l'aménageait somptueusement pour recevoir les nouveaux mariés, qui iraient y passer les premières semaines de leur union.

Le médecin qui avait été appelé auprès de José de Lizieux, lorsqu'il eût été ramené à l'hôtel de la rue de Courcclles, avait déclaré son état très satisfaisant.

La précaution prise par le médecin-major qui avait opéré le premier pansement, de se servir d'une sonde phéniquéc et d'assainir ainsi la plaie, empêcherait sans doute toute complication due à une inflammation trop considérable des tissus.

José était pourtant en proie à une fièvre qui augmentait à chaque instant.

Cet état pyrétiquo se maintiendrait fatalement ])endant quelques jours, de l'avis du docteur, mais il n'y avait absolument rien à craindre.

11 répondait de son blessé.

Cela tranquillisa .M. de Lizieux, qui prétendait avoir besoin de repartir immédiatement en voyage et qui avait d('jà adjoint au valet de chambre de José un garde-malade.

Le docteur viendrait deux fois par jour pour voir son client.

Pélago avait connu, presque aussitôt, le résultat du duel de son amant.

Il avait été convenu, la veille, qu'on lui apporterait au plus tôt des nouvelles.

La maîtresse de José était à peu près sûre de ce qui arriverait.

Llle ne cachait pas son opinion et elle le disait encore à liertha, qui était liiez elle le dimanche matin, lorsqu'arrivèront Fernand Lissac et l'rosper du Piiy de Folligny.

— J'ai deviné, n'csl-ce pas? s'ccria-l-clle en souriant, José est blessé !

— Ilélas ! oui, répondit Lissac.

— J'en étais sûre.

— Sérieusement? demanda Bertha.

— Un assez joli coup d'épée à l'aisselle, répondit de Folligny.

— Oui, deux pouces de fer sous le bras, ajouta le journaliste.

— Une bonne leçon, qui apprendra à mon José k tenir sa langue, dit

Pélago.

— Tu ne demandes pas seulement de ses nouvelles; dit alors lierthn.

— Mais, ma chère, si les nouvelles étaient mauvaises, ces messieurs me l'auraient déjà dit.

— Certainement, dit Lissac.

— N'en doutez pas, fit de Folligny.

— Mais ce cher de Lizieux va aussi bien que possible.

— Nous venons de le transporter chez lui.

— Le docteur qui l'a panse sur le terrain a dit, sans hésiter, que ce ne serait rien.

— Et comment cela s'est-il passé? questionna la maîtresse de José.

— De Lizieux a été superbe, madame, affirma le Gascon.

— Étonnant!... très fort! dit de Folligny. Il tire à merveille!

— Peu s'en est fallu que le commandant

— Ah ! oui, M. de Salverne l'a échappé belle.

— M. de Salverne n'a rien eu? demanda Bertha.

— Rien du tout, madame, répondit de Folligny.

Les deux dignes amis de José de Lizieux gardèrent admirablement, comme on le voit, le secret juré sur la félonie de leur client.

Ils racontèrent les péripéties du combat à leur manière et, finalement, ils arrivèrent au but qu'ils s'étaient proposé et qui consistait à se faire inviter à dinor par la maîtresse de leur ami.

Berlin avait repris le déguisement sous lequel il s'était inslalli', avec Palmyre, dans la maison que Miette habitait, et il était revenu à l'avenue de Clichy.

Le misérable qui avait toujours eu une foi inébranlable en son étoile, avait encore confiance en l'avenir.

Il était sûr que Miette n'avait pas cessé d'aimer Adrien de Salverne et qu'elle s'était résignée à cet abandon, dont son cœur généreux ne l'avait jamais accusé.

Il l'avait vue dans le bois de Ville-d'Avray, sans qu'elle s'en doutât; il avait été témoin de son trouble, de son émotion, et il avait lu aisément en son cœur.

Miette serait pour lui un instrument merveilleux dont il saurait bientôt se servir.

C'est à peine si le maître-chanteur parla du duel à Palmyre; ce n'était pas maintenant ce qui le préoccupait, puisque le coup de traître sur lequel il avait compté, un moment, pour se débarrasser d'Adrien de Salverne n'avait pas réussi.

A vrai dire, l'amant de Palmyre n'avait eu qu'une confiance médiocre en José, car il connaissait sa hâblerie, sa suffisance et sa vantardise, et il savait bien que le fils de Carmen avait affaire à un adversaire aussi habile que redoutable.

Bertin était assez fort, assez maître de lui, pour faire immédiatement le sacrifice de ses espérances déçues, pour ne pas se laisser démonter par un échec, pour ne conserver aucun regret qui paralyserait son activité et son imagination, et pour se retourner immédiatement, sur un nouveau plan rapidement conçu, à la poursuite de son but.

Les déceptions, loin de l'abattre, l'acharnaient davantage, le stimulaient.

— Ah ! M. de Salverne s'en est tiré, dit-il sans aucun dépit, mais j'ai d'autres ressources contre lui.

Il songeait à Jane.

Palmyre ignorait le rôle que son amant avait joué dans l'existence de la malheureuse duchesse d'Azergues.

Elle ne savait pas que cet homme possédait le secret du passé de Jane de Champtocé.

Elle ne se doutait pas que la jeune fille, près de laquelle elle vivait en ce moment, était la fille de Jane et de Léon des Roselles, car Berlin ne mettait jamais personne dans ses confidences.

Elle-même, entre les mains de l'habile gredin, n'élait-elle pas un instrument sans s'en douter, elle qui avait cru le tenir, qui avait pensé s'imposer, et qui avait été prise ensuite par l'amoureuse passion que son amant avait su lui inspirer?

L'ancien maître de timonerie ne dit pas un mot du projet (|u'il avait déjà combiné depuis qu'il connaissait le résultat du duel, projet qui concernait la duchesse d'Azergues seule.

Envers elle, aujourd'hui, il était disposé à frapper un coup terrible, s'il le fallait.

Il parla seulement de Miette.

C'est d'elle qu'il se servirait.

Il ne précisait pas encore ce qu'il ferait. Il prétendait qu'il avait besoin de rénéch'r, de calculer, mais il s,'iv;iil qu'il réussirait sûrement.

— Je le sens, disait-il avec une confiance qui, pour un observateur plus expérimenté que Palmyre, aurait décelé certainement un plan mystérieusement arrêté déjà. Je le sens, et je ne sais pourtant pas de quelle manière je m'y prendrai. Les circonstances m'inspireront. Ce qui est certain c'est qu'elle adore M. de Salverne, n'est-ce pas?

— Oh! oui, répondit Palmyre, car si tu en avais douté auparavant, tu aurais pu en acquérir la certitude rien qu'en la voyant et en l'entendant lorsqu'elle est revenue ici après le duel.

El Palmyre raconta ce qui s'était passé.

Sous le prétexte de l'intérêt qu'elle portait à Miette, elle était montée la voir, chez M"^ Davoul, dès qu'elle revint de Ville-d'Avray avec les deux sous-officiers.

Elle fut témoin de l'émotion de la jeune fille et elle comprit quel immense amour elle avait encore pour celui à qui elle avait donné son âme sans esprit de retour.

Elle avait compris ce que Miette souffrait de l'éloignement d'Adrien de Salverne.

C'est ce que Bertin avait constaté lui-même.

11 avait écouté le récit fait par Palmyre et ce qu'elle disait l'avait confirmé davantage dans son opinion et dans la résolution secrète qu'il avait prise.

Tandis qu'elle parlait, il mûrissait son plan, il le façonnait, il le perfectionnait en artiste qui a souci du succès de son œuvre, en stratégiste qui compte sur une victoire certaine, qui ne laisse aucune prise au hasard et qui prend les dispositions les plus minutieuses pour s'assurer le triomphe.

Alors, après un court silence occupe par ses méditations, Bertin dit :

— Maintenant, écoute-moi bien; le succès dépendra certainement autant de toi que de moi.

— Tu sais que tu peux compter sur moi, répondit Palmyre; ta fortune est la mienne.

— Nous allons avoir à nous diviser la besogne, car je ne puis être, à la fois, ici et là-bas.

— Là-bas?... auprès de José?

— Sans doute. Seul, j'ai peur aujourd'hui que, poussé par le dépit, par la haine qu'il a vouée au commandant de Salverne, il ne commette quelque irréparable bêtise.

— Tu as raison, approuva Palmyre.

— La haine et surtout l'orgueil froissé, chez un sot et un fat de son espèce, sont de mauvais conseillers. Je crains qu'il ne se livre à quelque

acte irréfléchi, qu'il ne parle de ce qui s'est passé entre M"= d'Azergues et lui... ne serait-ce que par vantardise.

— Oli ! il en est bien capable !

— Et c'est ce qu'il faut que j'empêche à tout prix, aussi bien dans son intérêt que dans le nôtre.

— Alors, tu vas retourner auprès de lui ?

— Oui, répondit l'ancien policier; il faut que je sois là, pour le tenir, pour le conseiller, pour le diriger, pour lui faire faire ce que je veux en vue du plan que j'ai combiné.

— Et moi, dit Palmyre, je resterai ici afin d'être auprès de M"« Yerneuil?

— C'est cela, tu m'as très bien compris. Selon les circonstances, je te dirai ce qu'il faudra faire. Nous aurons nos rendez-vous au parc Monceau, c'est-à-dire tout près d'ici, car je ne pourrai pas venir toutes les fois que cela sera nécessaire.

— Tu n'auras qu'à me prévenir, répondit la fille de la mère Putot, je viendrai où tu me diras.

— N'importe quel signe que tu remarqueras, dit Bertin, sera un appel; sois attentive à tout.

— Bien, et l'endroit?

— Près des ruines du petit lac, dans le parc Monceau.

— C'est entendu.

— Ici, entreliens soigneusement M"' Miette dans les meilleures dispositions à ton égard. Montre-lui le plus grand intérêt, la plus sincère compassion... Parle-lui souvent, mais discrètement et habilement, par exemple, de M. de Saherne.

— Sois tranquille, dit Palmyre avec un sourire, une femme est forte en ces choses-là.

— Il tant ([u'clle ne s'en détache pas et qu'elle soit prête à faire ce que je voudrai lorsque le jour sera venu.

— Bien, j'ai compris.

— Tu expliqueras que je voyage assez souvent pour mes assurances, pour des sinistres à régler, pour des expertises à faire...

— Ne t'inquiète de rien, ton absence paraîtra naturelle, et ton retour égalemcnl.

Berlin pari il.

Il revint à l'hôii 1 de l.i vw de Courcellos, où il avait eu soin do laisser présager son prochain niour.

Le trouble de Jane était immense. (P. liOO.)

11 était inquiet, disait-il, sur la santé de son tils, et il avait abrégé son

vovage.

En effet, le pseudo M. de Lizieux eut de longs entretiens avec le doc leur qui soignait le blessé.

Il jouait à merveille son rôle de père et il tenait à être li.\é sur la guérison de José.

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