‹ Mariée en blancChapitre 74 sur 142 · LE NEVEU DE BOUGUARES · texte numérisé non relu

LE NEVEU DE BOUGUARES

Avec cette promptitude de décision dont sa perverse intelligence était coutumière, le maître- chanteur avait résolu immédiatement ce qu'il allait faire.

Inspiré par la colère, par la rage, par l'irritante déception, il voulait employer ce qu'il appelait les grands moyens.

Il allait mettre au service de sa cupidité et de sa haine des armes nouvelles, terribles, épouvantables, dont il avait espéré ne pas devoir se servir.

Avant tout, il fallait que ce mariage, qui lui enlevait l'opulente forlune d'Azergues, ne se fît pas.

Pour l'empêcher, le misérable était disposé à ne reculer devant rien.

Rien ne serait assez odieux, assez lâche, assez infâme, assez épouvantable pour l'arrêter.

Yolant au secours de son amie, dont elle connaissait les malheurs et à

qui elle s'était toujours dévouée, M"= Mercier avait pu la sauver encore cette fois.

Berlin la défiait bien, maintenant, de la préserver de ce qu'il voulait faire.

C'est à elle qu'il allait s'adresser.

C'est elle qu'il allait faire agir.

Elle allait devenir, entre ses mains, l'instrument inévitable de ses nouvelles manœuvres.

Il la défiait bien de se récuser, dans le rôle qu'il allait l'obliger à tenir.

Pour sauver Jane du coup de foudre qui allait la frapper, c'est ellemême qui serait obligée de le lui porter.

Mais il fallait agir rapidement.

L'époque du mariage devait être très prochaine, désormais.

M. de Lizieux n'avait encore, à ce sujet, que des renseignements incertains, mais il ne lui serait pas difficile d'en obtenir de précis.

Le maître-chanteur savait d'abord que les publications avaient été faites, depuis le 14. février, à la mairie du VII' arrondissement.

Il savait que les bans avaient été publiés à l'église Sainte-Clotilde.

Le carême approchait.

L'Église n'autorise que très exceptionnellement, en se basant sur des raisons majeures, la célébration des mariages pendant la période quadragésimale.

C'était donc, selon toute probabilité, avant ce moment que l'union de Luce et du commandant de Salverne serait célébrée.

Or, douze jours séparaient seulement le Mercredi des Cendres de la fête qui venait d'avoir lieu à l'Iiùtel d'Azergues pour la signature du contrat.

Celait évidemment à l'un des joiu's de celle courte période que la cérémonie était fixée.

Voilà ce qu'il importait de connaître.

L'ancien maître de timonerie songeait à cela, en s'éloignant de la rue de (j rend le.

Il combinait aussi ce qu'il allait avoir à faire, car, pour cire sur de la réussite, celle fois, pour empêcher sûrement .\drien de Salverne d'épouser In lille de Jane, le misérable était fermement résolu à lucllre en œuvre tous les moyens que son infernale ingéniosité lui suggérait.

Kn oulrc de ce qu'il venait de résoudre, ep sus de celle manœuvre

MAUlÉt; t:>' BLANC

Laisse-moi te regarder!... tu es superbe! (P. 12.31.)

épouvantable à laquelle il comptait obliger M"= Mercier à s'employer, il voulait aussi se servir de Miette.

Il savait comment il agirait sur cette adorable jeune fille qui n'avait pas perdu une parcelle de l'amour immense qu'elle avait voué au jeune officier d'état-major.

Il la réservait pour la fin.

C'était elle qui frapperait le coup de grâce, si cela était nécessaire.

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