‹ Mariée en blancChapitre 81 sur 142 · LIV. loi · texte numérisé non relu

LIV. loi

Mais elle sentait aussi qu'il lui était impossible de se soustraire.

— Suis-je indiscret? continua Léon, voyant qu'elle ne répondait pas. — En tout cas, vous excuserez cette indiscrétion sous laquelle il ne faut voir que l'affectueux intérêt que vous m'inspirez.

— Oh ! mon ami, répondit alors M"' Mercier en pressant la main de l'officier de marine, je ne pourrai jamais trouver rien d'indiscret de votre part, vous le savez...

— Alors... dites-moi... que se passe-t-il?... Vous souffrez, c'est certain!... Cette lettre... n'est-ce pas, c'est de Jane qu'il s'agit.

Alors, épuisée, incapable de lutter plus longtemps. M"' Mercier répondit :

— Oui!...

Sa voix brisée était faible comme un souffle.

— D'elle !

— Oui, c'est d'elle qu'il s'agit.

— Un malheur la menace?

— Un malheur terrible.

— Ah ! dites, je vous en conjure !... dites-moi tout ! supplia Léon des Roselles.

— Ilélas!...

— Parlez, je vous en prie !

— Oui... il le faut bien.

M"' Mercier se laissa tomber dans un fauteuil.

— Ah ! je vous le jure, dit-elle, j'aurais voulu pouvoir tout vous cacher, mon ami...

— Pourquoi ?

— l'arce que je sais d'avance ce que vous soulTrirez, vous qui l'aimez toujours.

— Mais je puis peut-être...

— Non, vous ne pouvez rien, interrompit M"° Mercier. La malheureuse Jane a été vouée, par son infernale tante, à une destinée épouvantable.

— L'infiime ! gronda Léon des Roselles au souvenir de M"'^ de La Possonnièrc.

— Ce que l'infortunée a souffert n'est rien à côté de ce qu'on lui prépare.

— Qui?... qui donc la menace?

— Vous allez le savoir puisqu'il faut que je vous dise toute la vérité maintenant.

— Oh ! oui, oui !... quelque douloureuse, quelque cruelle qu'elle soit, je vous en conjure !

— Il fniit d'abord, dit M"= Mercier en faisant sur elle-même un eiïort pour parler, que je vous apprenne certaines choses bien tristes, bien écœurantes que je vous avais cachées jusqu'ici.

— Parlez !... parlez !

— Lorsque vous êtes revenu en France, lorsque je vous ai appris ce qui s'était passé, ce qui avait été fait contre cette pauvre Jane et contre vous par M"= de La Possonnière et par ce Chabertin, son complice. Je vous ai dit que la malheureuse avait songé à se soustraire à ce mariage par la mort...

— Oui, je sais.

— Avant de demander à la mort un refuge contre l'union déloyale qu'on voulait la contraindre à couimetire, la malheureuse m'écrivit cette lettre que je reçus en même temps que la nouvelle de votre retour, et elle me priait de prendre vos lettres qu'elle avait conservées jusqu'au dernier instant comme un pieux souvenir de son amour, et de les détruire lorsqu'elle ne serait plus.

— Pauvre Jane !... fit Léon avec un accent de douleur indicible. — Chère martyre !

— Ces lettres, poursuivit l'institutrice, je ne les ai pas trouvées. Elles avaient disparu. On les avait volées dans le petit secrétaire de sa chambre où elle les enfermait.

— Qui les avait voIé«s?

— Qui?... Nous avons cru que c'était M"'' de La Possonnière qui, les ayant découvertes pendant que Jane était encore en syncope sous l'influence de ce commencement d'asphyxie, les avait enlevées et détruites pour qu'aucune preuve ne subsistât du passé qu'elle avait si cruellement voulu étouffer.

— Ce n'était donc pas elle qui les avait prises?... demanda Léon des Roselles.

— Non.

— Qui donc?

— Ces lettres avaient été volées par M. de Chabertin.

— Par ce misérable !

— Oui.

— Sur l'ordre de cette femme exécrable ?

— Non. — Chabertin agissait celte fois pour son compte, répondit l'amie de Jane.

— L'infâme !

— Il avait voulu posséder ces lettres dénonciatrices pour les revendre chèrement plus tard.

— Et il a osé...

— Oui.

Il a vu Jane ?

— Non, ce n'est pas à elle qu'il s'est adressé.

— A qui donc ?

— A un homme que je vais vous faire connaître.

— Cet homme...

— Ces lettres, interrompit vivement M"= Mercier, les voici. C'est moi qui les possède aujourd'hui.

— Vous !

L'amie de Jane montra le coffret.

Léon le reconnut.

— C'est hier soir seulement, continua M"' Mercier, au milieu de cetio fête où j'ai eu l'heureuse inspiration de me rendre, que j'ai pu les saisir et éviter ainsi un scandale et un malheur épouvantahles.

— Que se passait-il donc?

— Celui qui avait acheté ces lettres à Chaberlin avait voulu s'en servir pour contraindre la pauvre Jane à briser le projet de mariage de sa hlle, parce qu'il convoitait la main de M"'' d'Azergues pour son fils, et parce qu'on la lui avait refusée.

Hier, en pleine fête, au moment où l'on célébrait les fiançailles, ces lettres étaient envoyées au commandant de Salverne, et, placée par la Providence sur les pas du messager, j'ai aperçu ce coffret dans ses mains, je l'ai reconnu, j'ai compris ce qui se tramait et je m'en suis emparé.

— C'est Dieu qui vous avait envoyée !

— Oui, c'est Dieu, je le crois, qui voulait me permettre d'épargner à Jane, qui a assez souffert, n'est-ce pas? celte douleurnouvelle et celle honte.

Mais aujourd'hui, un malheur plus L^rand la menace... Le coup délourné va être suivi d'un choc terrible qui écrasera l'infortunée, qui la tuera, et je me demande depuis que je sais cela, depuis ce malin, comment Dieu, qui m'a déjà permis une fois de sauver ma pauvre Jane, pourra m'assister aujourd'hui !...

— Vous m'épouvantez !

— Ah ! mon ami, c'est épouvanlabic, en effet.

— Le nom de cet homme?

— C'est M. de Lizieux.

— M. de Lizieux !...

— Celui qui a acheté à M"'' de l/x Possonnière l'hôtel de la rue do CourcoUes.

— Celui dont le fils s'esl battu avec M. de Salverne !

— Oui, lui-même.

— Et celte lettre est de lui ?

— Tenez, lisez-la!... Ah! pauvre Jane!

Et M"= Mercier prit dans son sous-main où elle l'avait fait disparaître, la lettre de M. de Lizieux, et elle la remit à Léon des Roselles.

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