‹ Mariée en blancChapitre 87 sur 142 · UN COMPATRIOTE DE BOUGUARES · texte numérisé non relu

UN COMPATRIOTE DE BOUGUARES

Pendant la soirée de la veille, Mouredu avait expliqué à Léon des Roselles ce qu'il comptait faire.

En causant tous les deux, en présence de M"= Mercier, en se rappelant tous ces faits déjà si éloignés, en comparant leurs observations et en discutant leurs déductions, ils étaient arrivés à ne plus avoir un doute.

Celui qui, sous le nom de M. de Chabertin, s'était ligué avec M"' de La Possonnière, était bien Etienne Berlin, l'ancien maître de timonerie de La Bérénice, dont Léon des Roselles s'était fait un implacable ennemi, lorsqu'il l'avait surpris en flagrant délit d'espionnage.

Mouredu avait eu une véritable inspiration.

Le dimanche matin, il était parti dans de vibrantes dispositions pour entreprendre la tâche qu'il venait de se créer.

Pour lui, il ne s'agissait pas seulement de sauver Jane, à qui il était aussi dévoué qu'à Léon des Roselles; il s'agissait encore de venger son commandant.

11 fallait découvrir le misérable, le démasquer et le livrer au châtiment qui l'attendait.

Tistin Mouredu n'avait fait aucun plan de campagne avant de partir.

Les circonslauccs sulliraient à l'inspirer.

11 savait seulement, il croyait du moins, — car maintenant il doutait de la parole de Beitin, — que l'ancien maitre de timonerie avait appartenu à la poli('(\

Il se rappelait qu'à la gare de Lyon, lorsqu'il le rencontra, Bertin lui avait dit qu'il était au Ministère de l'Intérieur.

Notre ami n'était pas assez ferré sur l'organisation administrative pour

savoir qu'il y avait, au Ministère de la place Bauveau, une police de Sûreté générale.

Pour lui, il n'y avait qu'une police : celle de la Préfecture, représentée par les gardiens de la paix en uniforme et par les agents de la Sûreté en bourgeois.

Aussi, il se renseigna tout d'abord, et, pour être certain de ne pas être induit en erreur, aussitôt arrivé à Paris, il s'adressa à un sergent de ville :

— Pardon, mon brave, lui dit-il; j'ai un de mes camarades de la marine, pourquoi tel que vous me voyez, je suis un ancien mathurin en retraite, et même quartier-maître gabier, mon bon... Mon camarade m'a dit qu'il était au Ministère de l'Intérieur, dans la police. Alors, si c'était un effet de votre bonté, j'ai pensé que vous pourriez me dire où il faut que je m'adresse.

L'allure de Mouredu et sa mise dénotant le marin, attestaient ses paroles.

Mais son pur accent méridional donnait à penser qu'il ne connaissait pas Paris.

Aussi le gardien de la paix, avant de répondre, lui dit en souriant :

— Vous n'êtes pas d'ici, hein?

— Pardi !... ça se voit, que?

— Ça s'entend.

— A l'assent?

— Oui.

— Que voulez-vous?... ça ne se perd pas plus, péchère! que le nom de ses père et mère.

— Je parie que vous n'êtes pas bien loin de la Cannebière.

— Té!... vous avez mis le nez dessus, mon bon.

— Pas possible!

— Eh voui, pardi!...

— Alors, vous ne connaissez pas Paris?

— Ah! pour ça, je peux dire que je le connais, car, vé, il y a assez longtemps que j'y navigue.

— Eh bien! alors, ça va aller tout seul, dit le gardien de la paix. Au Ministère de l'Intérieur, il y a la Sûreté générale.

— Bon.

— Ce n'est pas la police.

— Voui, je comprends.

— C'est là que votre camarade doit être.

— Eh bé! olorsse, je n'ai qu'à y aller, pas plusse, que, fit notre Méridional.

— Vous savez où c'est?

— Place Bauveau, que?

— Oui ; seulement, vous entrerez par la rue des Saussaies, qui est au coin de la place.

— Bon, je vois ça d'ici. — Merci, mon brave.

Au Ministère, Tistin fut facilement renseigné, bien que ce fiât dimanche et que les bureaux fussent fermés.

Il n'y avait que les garçons de bureaux et quelques employés de service que le directeur convoquait à tour de rôle le dimanche, pour le cas où il y aurait quelque affaire urgente.

Quand le garçon de bureau auquel il s'adressa connut la nature du renseignement qu'il désirait, comme il ne connaissait pas le nom de Bertin, il le conduisit chez le directeur.

11 y a, à la Sûreté générale, des agents secrets qui ne sont connus que <!e ce haut fonctionnaire.

Ce Bertin pouvait être un de ceux-là.

— Bertin!... fit le directeur de la Sûreté générale.

— Etienne Bertin, dit Mouredu.

— Non, je n'ai pas ce nom-là... Cependant, il ne m'est pas inconnu.

— Il y a longtemps que je ne l'ai vu, mais je sais qu'eu 18G7, Bertin m'a dit qu'il élait dans l'administration.

— En 1867?

— Voui, monsieur le directeur.

— Attendez, je me souviens.

Le directeur de la Sûreté générale appuya sur le bouton d'une sonnette électrique.

Un garçon de bureau se présenta.

— Veuillez m'appelcr, demanda-l-il, M. Taillandier. Un moment après, le personnage se présenta.

Le direct&ur lui dit :

— Nftus avons bien eu, en 18C7 ou avant, si mes souvenirs sont exacts, un agent du nom d'I'^lienne Berlin?

— Berlin, lit l'employé en rénécliissant.

— Si nous l'avons eu, vous devez avoir un dossier.

— Il doit être ici.

11 y avait, dans le cabinet du directeur de la Sùrclc générale, une

vaste armoire aux portes pleines, divisée à l'intérieur en petits casiers désignés par des lettres, par des numéros ou par des étiquettes.

C'est vers ce meuble que M. Taillandier se dirigea.

Il l'ouvrit avec la clef que le directeur lui remit, et il commença aussitôt ses recherches.

Bientôt, il trouva.

— Berlin, fit-il, ayant pris un dossier au milieu d'autres nombreux; Etienne Berlin.

— Pardi ! c'est ça, s'écria Mouredu.

— Merci, dit le directeur en s'adressant à l'employé qui lui remit le dossier.

Celui-ci se retira aussitôt.

Tistin était heureux.

Il allait peut-êlre, pensait-il, découvrir ce que Berlin était devenu.

Mais le directeur de la Sûreté générale, avant de lui donner les renseignements qu'il désirait, voulut parcourir le dossier, afin de voir ce qu'il pourrait dire et ce qu'il devrait taire.

Il y eut un long moment de silence, pendant qu'il faisait ces recherches.

Mouredu suivait chacun de ses mouvements.

On n'entendait que le bruit des pages tournées.

L'examen étant achevé, le directeur demanda :

— Que désirez-vous savoir, au sujet de ce Berlin?

— Peu de chose, monsieur le directeur, répondit l'ami dévoué de Léon des Roselles; je voudrais savoir seulement où je pourrai le trouver, pas plusse !

Très accueillant, le haut fonctionnaire de la Sûreté générale n'avait pas encore demandé à notre ami comment il s'était adressé à lui.

Il recevait tout le monde.

Du reste, chaque fois qu'il s'agissait de quelqu'un du personnel, c'est à lui seul que l'on envoyait les visiteurs.

— Qui êles-vous? demanda-t-il.

— Moi!... Tistin Mouredu, répondit notre ami, quartier-maître gabier en retraite, et l'ami, voui, je puis le dire, l'ami du commandant des Roselles.

— Bien. Vous étiez l'ami de ce Berlin?

— L'ami!... ah! non, par exemple!... C'était un camarade, puisque nous avons navigué ensemble; mais un ami, jamais!

— Cependant, puisque vous demandez de ses nouvelles?

— Ah! vé, monsieur le directeur, ça, c'est une autre affaire. Berlin,

je vais vous dire, il faut absolument que je le retrouve... C'est pas pour moi, c'est pour mon commandant. C'est pour une chose très grave!... voui, très grave!

Et, comme le directeur de la Sûreté générale le regardait curieusement :

— Allez, monsieur le directeur, ajouta notre ami, vous pouvez avoir confiance en moi.

— J'ai confiance en vous, mon ami, dit le haut fonctionnaire; malheureusement, je ne pourrai vous dire ce qu'est devenu ce Bertin... que je vous félicite, en effet, de ne pas avoir pour ami.

— Il n'est plus du bord.

— Bertin a été révoqué au mois de mars 1867.

— Au mois de mars?

— Oui.

— Alorsse... Espérez un peu! fit Tistin en réfléchissant. Voui, c'est ou inois d'août que je suis venu à Paris, et il était déjà... comme vous dites ça?... révoqué?

— Il l'était. Il l'a été à la suite d'une affaire de Lizieux... que je ne puis pas vous expliquer.

— De Lizieux ! se dit Mouredu. Capon de bon sort, en voilà une coïncidence.

— Depuis ajouta le directeur, je ne sais pas ce qu'il est devenu. Voilà, je ne peux pas vous en dire plus long. Le commandant des Roselles peut s'adresser à la Préfecture de police, qui fera tout ce qu'elle pourra pour le renseigner.

— Je vous remercie, monsieur le directeur, dit Mouredu, comprenant que l'entretien était terminé.]

Et il se retira en saluant.

— Une affaire de Lizieux!... se disait l'ancien quartier- maître on descendant l'escalier; c'est drôle, tout de même!... Il y a du louche làdessous, vé!... Capon de bon sort, je donnerais bien quelque chose pour avoir le fin mot de celte histoire!

Tislin sortait du Ministère, au moment oii il achevait de se dire cela, lorsqu'il se trouva nez à nez avec son ami liouguarès.

— Capédious! s'écria le Narbonnais, ce brave Mouredu!...

— Vé, Bouguarès, mon bon!

Il se serrèrent vigoureusement la main.

— (Juc vicns-lu donc faire par ici? demanda le loueur de voitures.

— Je viens pour une aftaire, répondit notre ami. Je cherche un particulier qui a été employé à la Sûreté générale en 1867...

— Bigre, ce n'est pas hier!

— Qui a été révoqué, et je donnerais bien deux ans de ma vie pour le trouver.

— C'est donc sérieux?

— Tu peux le dire, té !

— Et toi, mon brave Bouguarès, qu'est-ce qui t'amène au Ministère?

— Mon cher, je viens voir un ami, un Narbonnais qui doit être d'une noce avec moi jeudi.

— Une noce !

— Le camarade de mon neveu Albert, le fourrier d'infanterie de marine, qui se marie. Albert est le premier témoin, et moi le second. Alors, dans une noce, plus on est de fous, plus on rit, pas vrai? et j'ai invité le pays qui est ici, parce que c'est un rigolo.

— C'est bien pensé.

— Tu n'es pas plus pressé que ça?... alors, tu vas m'attend re; je vais chercher le camarade et nous irons prendre un verre ensemble.

— Je t'attends.

Bouguarès ne fut pas long.

Il était prés de onze heures, et les employés convoqués pour le dimanche, ayant fini leur service, allaient partir.

L'ancien cocher revint bientôt avec un homme d'une cinquantaine d'années qui portait la livrée du Ministère.

Bouguarès lui présentait son ami, lorsque celui-ci dit à Mouredu :

— Ah! c'est vous qui êtes venu tout à l'heure voir M. le directeur.

— Voui, mon brave, c'est moi.

— J'étais dans l'antichambre avec le collègue qui vous a reçu. Eh bien! avez-vous réussi dans ce que vous demandiez?

— Té, voui, j'ai réussi, répondit Mouredu, mais pas aussi bien que j'aurais voulu. Je venais demander des nouvelles d'un collègue, un nommé Bertin, et le directeur m'en a bien donné; mais j'aurais voulu pouvoir un peu farfouiller dans le dossier, car je suis sûr, mon bon, qu'il devait y avoir des choses intéressantes, pechère!... quand ce serait qu'au sujet de l'affaire pour laquelle il a été révoqué.

— Berlin!... fit le vieux garçon de bureau. Qui a été révoqué?

— C'est ça même!... Vous le connaissez?

— Je l'ai connu, mais il y a longtemps de ça... Il n'y a pas loin de vingt ans.

— Voui... en 1867.

— Parfailemeni, je me le rappelle.

■ — Ah! tron de l'air! c'est une chance, ça! fit Mouredu en tapant sur l'épaule de l'employé du Ministère.

— Entrons là, dit Bouguarès.

On était arrivé, tout en causant, devant la boutique d'un marchand de vins de la rue des Saussaies.

Le Méridional et les deux Narbonnais y entrèrent.

Ils s'installèrent au fond de la boutique.

Lorsque l'on eut servi les divers apéritifs que chacun commanda, notre ami, impatient de savoir si le compatriote de Bouguarès ne pourrait pas le renseigner, l'interrogea avidement.

— Ah! vous avez connu Bertin?... Etienne Berlin, que?

— Il sortait de la marine, n'est-ce pas?

— Parfaitement. II était du même bord que moi, La Bérénice.

— Il n'a pas fait long feu chez nous, dit le garçon de bureau, s'il y est resté dix-huit mois, c'est tout. C'était un tripoteur et un fricoteur, et chez nous il ne faut pas de ça. Mais on a eu l'œil sur lui dès les premiers jours et, à la première affaire sérieuse on lui a réglé son compte.

Il travaillait pour lui, en dessous, pour se procurer de petits bénéfices. Je ne dis pas que ça ne se fait jamais, quoique ça ne devrait pas se faire; mais enfin il ne faut pas se faire pincer.

II y a bien eu d'autres choses que l'affaire pour laquelle il a été révoqué. Je le sais, moi; mais enfin l'administration n'y a rien vu et ça a passé.

Seulement, un beau jour, Bertin s'est fait pincer tout de même, et de la manière la plus bête. Ce n'est même pas par l'administration que son truc a été découvert; non, ça est venu sur une plainte de la ['rcfecture de Police.

Mouredu n'avait garde d'interrompre.

Ce qu'il entendait était éminemment intéressant pour lui,

— Oui, je peux bien vous raconter comment ça s'est passé, reprit l'ami de Bouguarès.

Il y avait eu un procès de séparation entre un nommé M. de Lizieux et sa femme. Bertin connaissait ces gens là, je ne sais pas comment, mais enfin il les connaissait. Il s'était occupé de cette affaire et je crois qu'il a donné un bon coup de main à M°" de Lizieux pour gagner le procès qu'elle fit à son mari. C'est lui, si je me souviens bien, qui la conseilla et qui fil saisir la co.-rscpcadar.ce que M. de I.i/.icux avait avec sa maîtresse, une

— Vons saTez bien ce que je veux dire : le jenne homme qui a une maîtresse rue Marbeuf.

nommée Palmyre, que j'ai bien connue aussi, car elle est devenue une des grandes cocottes de Paris.

Mais voilà que ce procès attira l'attention du Parquet sur cette M"' de Lizieux, qui était Espagnole. Elle s'appelait... attendez... un nom d'opéracomique... Carmen... oui, c'est ça : Carmen Pabla.

11 avait fait là un drôle de mariage, M. de Lizieux. Cette Espagnole

n'était qu'une aventurière qui avait fait la noce assez longtemps et qui avait trouvé un bon gogo pour se faire épouser.

Seulement, tout en faisant la noce, elle avait, paraît-il, été condamnée autrefois pour escroquerie, et naturellement elle avait été expulsée à la suite de sa condamnation.

Un substitut du Parquet reconnut son nom et il la fit rechercher pour la faire arrêter, car il ne s'agissait plus seulement d'expulsion pour elle, mais d'une nouvelle condamnation qui était inévitable pour rupture de ban, puisqu'elle était rentrée en France.

.Mais quand les agents de la Sûreté se présentèrent chez elle, ils firent buisson creux; l'Espagnole avait déguerpi dans la nuit, prévenue par Berlin qui avait eu vent de la chose.

Malheureusement pour lui, le pot aux roses fut découvert et le préfet de police adressa une plainte à notre directeur qui ne fit ni une ni deux et qui mit tout simplement Bertin à la porte.

C'était un gaillard habile que votre ami Bertin...

— Mon ami!... protesta de nouveau Mouredu avec vivacité, ah! Dieu garde!... Des amis comme ça, jamais de la vie!

— Je veux dire votre camarade de la marine, rectifia le garçon de bureau.

— Vous ne savez pas de quel côté il a mis la barre en quittant le Ministère.

— Non. Je sais qu'il avait de l'argent, et même une somme assez rondelette, car celte M""^ de Lizieux était très riche et elle a dû payer ses services assez cher.

— Le fait est, dit Bouguarès, qu'elle lui devait une fière chandelle.

— Je crois, dit l'employé du Ministère, qu'il s'est mis à s'occuper d'affaires, de contentieux, quelque chose comme ça.

Mouredu était passablement intrigué par ce qu'on venait de lui apprendre.

Il sentait quelque chcse de louche dans ces coïncidences du rôle de Berlin dans l'affaire de Lizieux, en le sachant de nouveau uicié aujourd'hui, sous le nom de (Ihabcrtin, qu'il devait avoir pris après sa révocation, aux inlrigues de cet homme dont il avail pourtant desservi autrefois les intérêts.

Mais il était trop préoccupé et trop vivement poussé par le désir de s'enquérir davantage pour méditer longtemps en ce moment sur cet imbroglio mystérieux.

Il voulait profiter de l'excellente aubaine qui lui était offerte pour s'informer.

Aussi, ayant avalé quelques gorgées de son vermouth-guignolet, il demanda :

— Dites donc, vous qui êtes dans l'administration, comment que vous vous y prendriez pour trouver quelqu'un?

— C'est Bertin que vous recherchez, n'est-ce pas? demanda le Narbonnais.

— Vûui, c'est lui.

— C'est assez mal commode, car Paris est grand et il peut y avoir des difficultés créées par lui, s'il ne tient pas à ce qu'on le retrouve. Ainsi, par exemple, pour ne vous citer qu'un cas, il peut avoir changé de nom.

— Pour qu;mt à ça, repartit Mouredu, je suis paré à l'attaque, mon bon. Je sais le nom qu'il a pris; on l'appelle aujourd'hui M. de Chaberlin.

— Diantre! il s'est anobli!

— Il paraît.

— C'est toujours un renseignement. Maintenant il y a encore le visage qui, en près de vingt ans, peut bien changer. Mais cela ne serait pas une difficulté puisque vous connaissez le nom que porte votre homme aujourd'hui et qu'il vous importe avant tout de le découvrir. Vous saurez bien ensuite voir si c'est bien le Bertin que vous avez connu.

— Ah! pechère, voui, je m'en charge.

— C'est par ses relations que vous pourriez arriver à lui, si toutefois vous les connaissez.

— Non, je n'en connais pas.

— Vous pourriez peut-être trouver parmi les agents d'affaires quelqu'un qui ait été en rapport avec lui.

Eh! mais, tenez, fit aussitôt le Narbonnais en se reprenant vivement, il y a cette femme qui a été sa maîtresse, d'après ce que j'ai entendu dire.

— Quelle femme?

— Cette Palmyre.,. si toutefois elle est toujours à Paris.

— Palmyre!

— Oui, celle qui servit à établir les prétendues relations adultères de M. de Lizieux; car vous savez, lorsque Bertin a été révoqué, il y a eu une enquête, et l'on a très bien su ce qui s'était passé.

Palmyre était la maîtresse de Berlin, ou elle l'a été après l'affaire. Ils s'étaient entendus tous les trois, M""' de Lizieux, Bertin et cette fille, pour faire le procès et pour le gagner sûrement.

— Mais où la liouverï

— L'avocat qui a plaidé pour M. de Lizieux pourrait peut-être le savoir.

— Ça, c'est une idée, mon bon, dit Mouredu.

— Cherchez de ce côté, dit le compatriote de Bouguarès, car je crois que c'est le meilleur moyeu d'arriver à Berlin.

— Je vous remercie tout de même, que!

Quelques instants après, Tislin Mouredu se séparait de Bouguarès et du garçon de bureau.

Il se disposait à retourner à Cornieilles.

— C'est dimanche, se dit-il; les avocats ne sont pas à leurs cabinets, je perdrais mon temps.

Et puis j'ai besoin de causer de tout ça avec mon commandant qui sera plus habile que moi à relever le point au milieu de tout ce méli-mélo de mic-mac.

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