CHAPITRE CLXI
DEVANT L HOTEL D AZERGUES
Le maître-chanteur ne se doutait pas de l'effet qu'avait produit sa lettre.
En écrivant à M"« Mercier, il avait eu soin, comme nous l'avons vu, de déguiser soigneusement son écriture.
Cette lettre était signée : « Georges de Lizieux >.
Il ne fallait pas que l'ancienne institutrice puisse y reconnaître l'écriture de M. de Ghabertin qu'elle avait peut-être connue.
L'habile gredin avait pris constamment les précautions les plus minutieuses pour que rien ne vienne jamais le trahir.
Il s'était arrangé, depuis qu'il avait pris le nom de M. de Lizieux pour ne jamais écrire une seule ligne.
C'est dans ce but que l'ancien policier avait fait l'acquisition d'une macbine à écrire.
Jamais un mot, à l'exception de sa signature, — illisible du reste, — n'avait été tracé par sa main.
Pour correspondre avec son entraîneur, comme avec toutes les per-
sonnes, peu nombreuses du reste, avec lesquelles il était en relations, il ne se servait que de la « Yost », dont les caractères typographiques ne le découvraient pas.
L'écriture de la lettre adressée à M"« Mercier, il en était certain, ne pouvait pas le trahir.
Bertin avait poussé plus loin encore les précautions.
Malgré les demandes réitérées de José, il n'avait jamais consenti à se faire photographier.
En sa qualité d'ancien policier, il savait que les photographies peuvent jouer un jour un rôle funeste à celui qu'elles représentent.
Il fallait parer à tous les événements possibles et même improbables.
Le misérable était donc parfaitement tranquille, sûr que personne ne pourrait jamais le retrouver sous la peau du personnage dont il s'était affublé.
Mais Berlin avait poussé plus loin encore la prévoyance et l'habileté.
Il s'était même appliqué à prévoir le cas où sa personnalité véritable viendrait, par une circonstance fatale et inattendue, à être découverte ou seulement soupçonnée.
11 était armé de toutes pièces pour confondre ceux qui pourraient douter de l'authenticité de son personnage.
Nous savons qu'il possédait un état civil parfaitement en règle, puisqu'il lui avait été facile, en prenant le nom de l'infortuné M. de Lizieux, de se procurer toutes les pièces qui le concernaient.
Les rares personnes qui l'avaient connu n'existaient plui ou seraient bien mal aisées à retrouver.
Carmen Pabla était morte.
Palmyre, au besoin, deviendrait sa sauvegarde.
Nos lecteurs se rappellent que c'est principalement cette considération qui avait décidé l'habile gredin à s'attacher cette femme.
Palmyre Putot avait figuré au procès de séparation oîi la preuve avait été faite, par ses lettres comme par ses déclarations, qu'elle était la maîtresse de M. de Lizieux.
Il était donc tout naturel qu'elle vécût aujourd'hui avec son amant.
Elle serait la première à alTirmer l'authenticité du personnage.
Qui pourrait contredire une pareille déclaration ?
11 y avait José aussi, qui serait, le cas échéant, un lémoin précieux.
José était persuadé que celui qui portait le nom de Georges de Lizieux était son père.
Les souvenirs de «ob enfance étaient bien effacés et il lui semblait,
MAUIÉE EN BLANC 1349
tant le machiavélique scélérat le lui avait habilement insinué, qu'il l'avait toujours connu.
Quel témoignage pourrait démentir celui de ce fils, attestant son père?
Mais ce n'était pas tout.
Est-ce que pour la loi Etienne Berlin, l'ancien maître de timonerie, n'était pas mort ?
Son acte de décès n'était-il pas inscrit sur les registres d'état civil de Cerbère ?
Sa mort n'avait-elle pas été constatée par les magistrats qui avaient fait l'enquête judiciaire au moment de la catastrophe du chemin de fer espagnol ?
Le maître-chanteur n'avait donc jamais cessé d'être absolument tranquille.
Il n'avait jamais éprouvé à cet endroit l'ombre d'une inquiétude.
En ce moment, pas plus qu'à tout autre, il ne pouvait penser que des soupçons s'étaient élevés contre lui.
Nous dirons même, sans étonner ceux qui connaissent sa prodigieuse habileté, que s'il avait eu cette idée, il ne s'en serait aucunement ému, car il était prêt à répondre, avec preuves à l'appui, à ceux qui oseraient s'élever contre lui.
Berlin avait d'autres pensées.
Il était persuadé que sa lettre produirait un effet considérable.
Il était certain que l'écrasante révélation qu'elle avait apporté alarmerait sérieusement l'ancienne institutrice et il s'attendait à la voir manœuvrer rapidement pour essayer de préserver la duchesse d'Azergues du coup terrible qui la menaçait.
Ce qui lui prouvait qu'il ne s'était pas trompé en conjecturant ainsi, c'était cette démarche même que M"' Mercier avait immédiatement tenté de faire auprès de lui.
Aussitôt la lettre reçue, l'amie dévouée de Jane avait télégraphié.
Le jour même elle était accourue.
Qu'aîlait-elle faire maintenant ?
Voilà ce que se demandait Berlin, loin de penser à ce qui se passait à Cormeilles, loin de prévoir ce que l'on ourdissait contre lui.
Nous avons vu l'amant de Palmyre revenir à l'avenue de Clichy, sous le nom de M. Putot.
Il était arrive exactement le dimanche, par le train de midi quinze.
M«' Pulot était allée attendre son mari à la gare du boulevard de Strasbourg.
La concierge, qui avait lu le télégramme, avait préparé le déjeuner, pendant l'absence de sa locataire : un bon poulet saule aux champignons et une soie au gratin, car ces bons bourgeois cossus qu'étaient M. et M"' Putot aimaient à se soigner.
Le maitre-chanteur était donc revenu.
Pour tous il était bien un inspecteur d'assurances venant de faire une tournée.
On l'estimait et on le considérait dans la maison où, grâce aux commérages de la concierge il était déjà connu, et même très avantageusement.
Pour la sincériié de son rôle, pour l'exactitude fidèle de la vraisemblance, le faux inspecteur d'assurances devait rester chez lui le jour de son arrivée.
C'est ce qu'il fit.
11 avait à se reposer des fatigues de son voyage.
Berlin ne sortit donc pas le dimanche.
Mais le lundi, il devait, soi-disant, aller à sa cornpagnie d'assurances.
Il avait à rendre compte de sa tournée d'inspection et à faire ses rapports sur les sinistres qu'il avait vériliés
— Ah I je ne jouis guère de mon mari, allez, disait M"' Pulot à la concierge
— C'est vrai, il est toujours par voies et par chemins.
• — Toujours ; quand il n'est pas en voyage, il est en courses, et quand il est à la maison il écrit ses rapports.
Berlin avait voulu voir ce qui se passait à l'hôtel du duc d'Azergues.
M"' ^lercier dev.iit y ôtre allée.
Cette excellenic amie de la duchesse ne pouvait qu'être aiïolée en n'ayant pas trouvé M. de Lizieux qu'elle comptait implorer si éloquerament.
Elle aurait tenu à prévenir Jane.
C'est bien ce que voulait le misérable.
C'est bien dans cette intention qu'il avait écrit à l'ancienne institutrice.
Dès lors, il était impo.ssible que cette révélation foudroyante ne produisît pas un événement qui se manifesterait sûrement au dehors.
Bertin tenait à être là pour en juger.
Il voulait constater lui-même l'elTel de sa machination.
Nous savons qu'à proximité de l'hôtel du duc d'Azergues il y avait un
Celait ,1e commandant de Salverne. (P, 1327.
LIV. 166 — HECTOR DE MONTPERREUX. — MARIÉE EN BLAMC. J. RODFF ET C'=, ÉD. UV. 166.
étal iissement de marchand de vins où l'ancien policier s'était déjà installé quel'|uefois.
C'est là qu'il se rendit encore.
De ce poste, il pouvait voir tout ce qui se passerait au dehors de l'hôlel.
Personne ne pourrait le reconnaître sous la placide apparence qu'il avait prise en devenant M. Prosper Putot, ce bon bourgeois normand.
Le maître-chanteur était arrivé d'assez bonne heure à la rue de Grenelle.
Il s'était installé à la table la plus voisine de la devanture, en face du comptoir d'étain qui occupait l'un des côtés de la boutique.
Il avait pris un café et le buvait lentement, par toutes petites gorgées, afin de le faire durer.
Son attente n'avait pas été bien longue.
A neuf heures, il avait vu arriver M"« Mercier qui descendit d'un fiacre.
Elle paya le cocher qui repartit aussitôt.
Bertin triomphait.
Ses yeux eurent aussitôt des éclairs de joie.
Son plan, pensait-il, avait réussi.
M"= Mercier venait trouver son amie et la prévenir du malheur qui allait ibndre sur elle.
11 attendit.
Ses regards ne quittaient pas l'hôtel d'Azergues.
Qu'allait-il se passer ?
Alors, au bout de quelque temps, le misérable commença à perdre patience.
L'ancienne institutrice n'était pas ressortie.
Il n'avait plus vu personne en dehors des allées et venues des domestiques.
Bertin pensait que la station prolongée qu'il faisait dans cette boutique de marchand de vins pouvait éveiller la curiosité.
11 chercha à l'expliquer.
Déjà, depuis quelques instants, il s'était mis à donner quelques signes volontaires d'impatience, comme un homme qui commence à se lasser d'attendre.
11 consultait sa montre à tout moment, il écoutait si elle ne s'arrê-
tait pas, il comparait l'heure qu'elle indiquait à celle marquée par l'œil-debœuf de la boutique.
Enfin, profitant d'un moment où le marchand de vins était tourné vers lui :
— Je commence à croire, dit-il d'une voix bonhomme, qu'on me fait poser.
— Vous attendez quelqu'un ?
— Oui ; on m'a donné rendez-vous ici.
— Vous êtes sûr de ne pas vous tromper ?
— Oh ! non. Mon ami m'a montré votre boutique hier soir, en passant. Nous avons causé ensemble plus d'une demi-heure au coin de la rue en face.
— Il a peut-être oublié le rendez- vous.
— Ce serait trop fort.
— Ou il s'est trompé d'heure.
— Je ne crois pas qu'il soit venu avant moi.
• — Comment est ce monsieur? questionna là-dessus le marchand de vins.
— C'est un petit monsieur d'un certain âge, avec la barbe presque blanche.
— Non, je ne l'ai pas vu.
■ — Enfin, je vais l'attendre encore un peu en lisant mon journal.
— C'est ça.
■ — Donnez-moi un peu de cognac.
.Mais l'ancien maître de timonerie eut beau prolonger son attente, il ne vil rien.
Tout était calme.
L'amie de Jane n'avait pas reparu.
— Que se passe-t-il donc? se demandait le misérable. — Il fau'. que M"' Mercier n'ait rien dit encore.
Alors, dans quel but est-elle venue ?
Que fait-elle auprès de la duchesse d'Azergucs ?
C'est en vain que Dertin cherchait à comprendre ce qui se passait.
L'irritation de son esprit nuisait à sa clairvoyance h d)ituclle.
— On vous fait faire une vraie pose, lui dit le marchand de vins qui n'avait personm- à servir en ce moment.
— Oui, n'pondit l'amant de P.ilmyrc ; aussi je vais m'en aller. J'ai perdu liiuli' la matinée.
— Il est près de midi.
— Vous serez bien aimable, si le monsieur que je vous ai indiqué vient, de lui dire que je l'ai attendu très longtemps et que je reviendrai après mon déjeuner.
— Si je le vois, votre commission sera faite ; vous pouvez y compter.
— Je vous remercie d'avance.
Alors Berlin, ayant réglé sa dépense, salua et sortit lentement de la boutique.
Il se dirigea vers l'esplanade des Invalides.
En passant, il jeta un long regard sur l'hôtel d'Azergues.
Le mouvement et le court entretien qu'il venait d'avoir avec le marchand de vins avait ramené un peu de calme dans son esprit.
— Je comprends, se dit-il tout à coup sans être exempt de colère. M"' Mercier n'a pas parlé !... Elle ne veut pas troubler la quiétude de son amie ; mais elle est venue s'installer auprès d'elle pour prévenir le danger.
Oui, elle est là pour la sauver!... Elle reste auprès d'elle, puisqu'elle a renvoyé son fiacre en arrivant. — Imbécile que je suis ; je n'avais pas pensé à cela.
L'institutrice a pu parer le premier coup que j'ai porté le jour du contrat, et elle espère pouvoir encore parer celui-ci.
Elle croit peut-être que mes menaces sont vaines, que je n'oserai pas faire ce que j'ai dit.
Le maître-chanteur irrité cherchait une solution à cette situation.
Il n'y avait qu'un moyen.
Aller lui-même trouver la duchesse d'Azergues et tout lui révéler.
Une lettre pourrait être interceptée.
C'était plus sûr ainsi.
Mais avant de se résoudre à cela, Bertin résolut d'attendre encore un peu.
Il voulait voir ce qui allait se passer.
Qui sait si M"° Mercier n'allait pas se décider à parler à son amie de la lettre ?
Elle avait peut-être hésité à le faire jusqu'ici. — Elle attendait le moment favorable.
Elle voulait profiter de l'absence du duc lorsqu'il sortirait.
Le maître-chanlcur se résolut à l'expectative.
11 surveillerait encore l'hôtel d'Azergues pendant l'après-midi avant d'agir.
Pour ne pas s'éloigner, il déjeuna dans le quartier, n'ayant qu'à traverser l'esplanade pour trouver un petit restaurant au coin de la rue Saint- Dominique.
Tout en mangeant, il voyait encore très bien les fenêtres de l'hôtel de Jane, à cause du biais, et, grâce à sa vue qui était excellente, il pouvait en surveiller les abords.
Cela lui permit de prolonger son repas.
Pendant ce temps rien ne se passa qui attira son attention.
Vers deux heures, Claudius sortit avec son beau-frère, le comte de Bellegarde.
Berlin les vit même passer assez près de lui, car leur coupé prit le milieu de l'esplanade pour descendre vers la Seine et tourner ensuite sur le quai d'Orsay.
Alors il quitta le restaurant.
Au lieu de retourner chez le marchand de vins, il se promena lentement devant l'hôtel des Invalides, en bon bourgeois oisif, examinant les vieilles pièces d'artillerie qui garnissent la terrasse, ayant l'air de s'intéresser aux allées et aux venues des invalides et des visiteurs, ainsi qu'au petit commerce des industriels de toute sorte qui installent leurs éventaires le long du fossé, de chaque côté de la grille.
Vers trois heures, un jeune homme se présenta à l'hôtel d'Azergucs, porteur d'une superbe corbeille dorée, garnie de tleurs blanches et d'un large nœud de ruban immaculé.
— L'envoi du fiancé de Luce, se dit-il.
M"' Mercier était toujours chez son amie, car Bertin était sûr qu'elle n'était pas ressortie.
— Elle attend sans doute le commandant de Salverne, pensa alors le misérable avec un certain dépit. Elle sait qu'il doit venir et, pour épargner la duchesse, c'est peut-être à lui qu'elle compte s'adresser.
Il conjectura sur celte hypothèse.
— Dans ce cas, ajouta-t-il, elle ne lui dira rien, elle ne lui révélera pas la vérité... Elle cherchera seulement à le mettre en garde contre une manœuvre dont elle dira qu'elle a eu vent et qu'elle attribuera avec vraisemblance à José... Son duel y prèle à merveille.
Berlin, on le voit, n'était pas dépourvu d'imagination.
Tout en cherchant à prévoir el à deviner ce qui allait se passer, il marchail Icnlemenl , se dirigeant inainlonant vers la rue de Grenelle,
paraissant s'intéresser à ce qui se passait autour de lui ; mais, en réalité, uniquement attentif à l'hôtel dans lequel se trouvaient Jane et son amie.
Un rapide mouvement d'un invalide qui venait à la rencontre de Berlin attira son attention.
L'ancien soldat s'était arrêté subitement et avait porté la main à sa casquette, dans l'altitude du salut militaire.
Le maître-chanteur se retourna pour voir quel était l'officier que cet invalide saluait.
C'était le commandant de Salverne.
Il était en grande tenue, à cheval, suivi par son cavalier d'ordonnance.
Adrien allait faire à sa fiancée sa visite quotidienne.
Alors, l'amant de Palmyre revint chez le marchand de vins de la rue de Grenelle.
Il voulait être plus près, afin d'observer, afin de ne rien laisser échapper.
Le marchand de vins le reconnut.
— Je n'ai vu personne, lui dit-il.
— Ce monsieur n'est pas venu !... fit le bonhomme d'un air désappointé.
— Non.
— Alors j'ai bien fait de lui envoyer une carte télégramme pour lui dire qu'il m'avait fait poser toute la matinée et de ne pas manquer de venir cet après-midi.
Je pense qu'il sera exact cette fois, dit Berlin en s'asseyant à la place qu'il avait déjà occupée.
— Que faut-il vous servir? demanda le marchand de vins en essuyant la table.
— Eh bien !... donnez-moi encore un café, puisque je viens de déjeuner.
Malgré la longue attente à laquelle l'amant de Palmyre se résigna, il ne se passa rien de saillant.
— Rien, toujours rien ! se disait-il avec dépit. L'institutrice veille sur son amie, voilà tout. C'est ma première idée qui est la bonne.
Elle ne pourra pas cependant rester éternellement là-dedans ! ajouta-t-il.
Juste à ce moment , la porte de l'hôtel s'ouvrit et M"= Mercier sortit.
Aussitôt Berlin prit une résolution.
— .l'ai affaire ailleurs, dit-il au marchand de vins en sortant une pièce pour payer sa consommation. Cet animal-là me ferait perdre toute ma journée.
— C'est bien ennuyeux pour vous.
— Il n'est peut-être pas chez lui et il n'a pas reçu mon télégramme ; sans ça il serait venu.
— Si je vois ce monsieur, faut-il lui dire quelque chose ? proposa le marchand de vins.
— Oh I... Eh bien, oui, dites-lui que je l'ai attendu, répondit l'ancien policier.
11 salua et sortit.
Il avait vu la direction que M"= Mercier avait prise et il la suivit.
Elle était déjà au coin de la rue de Bourgogne dans laquelle il la vit s'engager.
Berlin marchait à distance, réglant son pas sur le sien.
Arrivée place du Palais-Bourbon, où il y a une station de voilures, l'amie de Jane prit un fiacre.
— Elle retourne là-bas, pensa le maître-chanteur. A son tour il prit une voilure et dit au cocher :
— Gare Saint-Lazare.
Les deux fiacres suivirent le même itinéraire et arrivèrent presque ensemble à destination.
Le faux M. Putot gravit en même temps que M"« Mercier l'escalier de la cour du Havre et il la suivit dans la salle des Pas-Perdus.
L'ancienne institutrice avait sans doute un billet de retour, car elle se dirigeait droit vers la salle d'attente, lorsque tout à coup elle s'arrêta.
Au guichet de distribution des billets, près duquel elle passa, elle venait de voir Léon des Roselles.
— Vous !...
— Nous ne serions pas plus exacts si nous nous étions donné rendezvous, répondit l'officier de marine en lui serrant la main.
— C'est vrai .
— Vous avez vu Jane ?
— J'en viens.
— Il n'y a rien?
— Non, rien.
Il appela le premier crieur qui passa à sa portée. (P. 133b.)
Aussitôt Bertin prit une résolution.
— Je vais savoir ce qui se passe, se dit-il. Je vais connaître ce qu'ils veulent faire!... Ah! mon ancien commandant est au courant alors !... tant mieux !...
El il prit un billet de première classe, aller et retour, pour Pierrelaye, la station qui vient immédiatement après Herblay.
— Sous ce costume, pensa-t-il, je les défie bien de me reconnaître.