UN RENSEIGNEMENT
Le matin, avec une lettre de Marseille à l'adresse de Norine, le facteur avait apporté à la villa de CormeilleslenHméro du Scandale du jour, envoyé à M""^ Mercier.
L'ancienne institutrice rompit la bande, croyant recevoir, comme il lui arrivait quelquefois, un de ces prospectus qu'envoient les grands magasins à toutes les personnes dont elles possèdent les adresses, et elle déplia l'ignoble gazette.
Le litre lui inspira une véritable horreur.
Mais en même temps, les traits au crayon rouge tracés par/Bertin attirèrent son attention.
Elle lut.
La malheureuse sentait, en poursuivant cette lecture, tout son sang se glacer dans ses veines.
Les initiales étaient transparentes pour elle.
Du premier coup, elle avait compris.
— Grand Dieu!... fit-elle. — Le misérable!... Mais Magali arrivait.
Devant la fille de Léon, il fallait dissimuler.
L'amie de Jane eut la force de se ressaisir et de surmonter son épouvante.
Mais elle avait pris sa résolution.
Elle venait de décider d'aller immédiatement voir l;i duchesse d'Azergucs.
Oui sait si le lùclie ne lui avait pas envoyé aussi un exemplaire de ce journal. «
Elle annonça son projet à Magali, en lui disant qu'elle pensait être de retour d'assez bonne heure.
Tout en s'iiaidllant. M"' Mercier se disait :
— Si M. Léon était là!
Puis elle ajouta :
— J'irai trouver Mourcdu... Il faut qu'il sache cela au plus tôt.
L'ancienne institutrice, avant de partir, demanda à Norine l'adresse exacte de Bouguarès.
L'omnibus du pays la mena à Herblay.
Arrivée à la gare Saint-Lazare, elle prit un fiacre pour se faire conduire rue de la Tombe-lssoire, et nous savons que n'ayant pas trouvé Tistin, M"' Mercier lui avait laissé un mot.
Sa voiture, qu'elle n'avait pas quittée, la transporta de là à la rue do Grenelle.
Tout était calme comme les autres jours.
Jane était souriante.
Elle ne pensait plus aux menaces passées.
Il était évident que rien n'avait été tenté contre elle.
Elle ne connaissait rien de toutes les infamies de son lâche ennemi.
L'hôtel tout entier était rempli du bruit de Luce que l'approche d:; son mariage électrisait.
Elle s'occupait de tout.
Elle voyait elle-même tous les fournisseurs qui venaient apporter leui:i commandes.
Elle allait, elle venait, elle s'agitait, criant après tout le monde lorsque quelque chose ne la satisfaisait pas, assommant au contraire les uns et les autres pour leur faire admirer ce qui lui plaisait.
Jane la regardait faire, heureuse d'oublier ainsi tout ce qu'elle avait souffert.
M"" Mercier ne pouvait s'empêcher de penser :
— Pauvre Jane! si elle savait la vi'rité!
Après le déjeuner, l'ancienne institutrice repartit et elle retourna chez Bouguarès.
Mouredu l'attendait.
— Faites comme chez vous, madame, dit complaisammont le loueur de voitures.
Et, pour les laisser causer à leur aise, il les laissa dans la pièce qui lui servait de bureau.
M"'' Mercier monti-a le journal à Tistin.
— Voici ce que j'ai reçu ce matin, lui dit-elle. — Tenez, lisez cette infamie!
Notre ami lut.
— Sacré bougre de brigand ! vociféra-t-il. Mais je n'arriverai pas à lui mettre le grappin dessus !
13G8 MAUIKE EN BLANC
— Le misérable est à Paris, dit l'amie de Jane, c'est siîr, car lui seul peut m'avoir envoyé cela.
— Eh ! voui, pardi, il y est, capon de bon sort ! jura Mouredu. Mais il se cache, le bandit!
— Vous êtes allé là-bas?
— Ah! j'ai fait encore bien d'autres choses depuis hier, répondit notre ami. J'ai passé toute la journée en faction dans le quartier et j'ai espinché sa porte. Il n'est venu personne.
J'ai envoyé un commissionnaire avec censément une lettre pour M. de Lizieiix, et la consigne de ne la remettre qu'en mains propres ou de se faire donner son adresse si on la connaissait. — Il est revenu bi'edouille.
Aujourd'hui, j'ai mis un homme de quart à ma place dans la rue de Courcelles, un cocher que l'ami Douguarès m'a prêté et qui surveille la place.
Enlin, ce malin, j'ai vulefds... ou soi-disant le fils de ce brigand-là!...
— Ce José de Lizieux?
— Voui, lui-môme, chez sa maîtresse, une cocotte, nommée Pélago, que justement mon ami Bouguarès connaît.
— 11 ne sait rien?
— Rien de rien!... Son « papa », comnc il dit, est parti en voyage samedi soir. ..
— Comment... samedi soir?
— Voui... samedi soir!
— Mais alors... la dépêche que je lui avais envoyée, il l'avait reçue...
— Té, c'est vrai!... fit Tistin. J'avais pas songé à ça!
— Il ne voulait pas me voir, c'est pour cela qu'il a simulé ce voyagcc.
— Pardi, ça saute aux yeux. C'est comme je vous ai dit : du moment que vous connaissez Chabertin, vous l'auriez reconnu dans ce prétendu de Lizieux, et le bougre est trop malin pour risquer ça. Dieu garde!
Tislin ajouta :
— Maintenant je suis sûr que ce brigand-là est à Paris et il va bien falloir que je le trouve.
— C'est lui (pii a l'ait l'aire cet arlicie infâme dans ce journal; par conséquent on doit le connaître.
— Ça, vé, c'est une idée ; je vais y aller voir à ce journal. Laissez-Icmoi !
Tislin demanda :
— Alors, mon commandant csl parti?
— Hier soir, répondit M"' Mercier. Il a eu des renseignements el il
MARIÉE EN ni.A.NC
Maintenant, dit notre ami, tu vas me mener au Petit Jom-rwl. (P. 1372.)
est parli pour Barcelone. — Il reviendra avec des preuves pour confondre ce misérable.
— Celle pauvre duchesse ne sait rien au nioinse? questionna encore Mouredu.
— Par bonheur!... non, elle ne sait rien. — Je suis allée chez elle ce malin.