‹ Marin & [i.e. et] jésuiteChapitre 13 sur 42 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Inaction forcée et privation du saint sacrifice; neuvaine dite de la grâce et guérison. — Œuvres apostoliques : Petites-Sœurs des pauvres, asile Eugénie, Cercle catholique, prison de Pontaniou. — Fête nationale du 14 Juillet. — Maladie et mort du comte de Chamhord. — Pèlerinage à Lourdes. — Anniversaires de la mort de sa mère et de son père. — La croix des sept frères; discours et inscription. — La maison de la rue de Foy. — Déclin des forces physiques. — Grise subie par le Cercle catholique, efficace intervention du P. de Plas; il donne sa démission d'aumônier, en restant très attaché à l'œuvre.

C'est le vendredi, 15 décembre, que le P. de Plas reprit, rue de la Rampe, sa place dans la communauté dispersée, et recommença son Journal privé quela douleur ne lui avait pas permis de continuer depuis près d'une semaine. « Je voudrais, écrit-il^ laisserlibre cours à l'expression de ma joie et raconter tout ce que Dieu a fait pour moi ; je me contenterai de bénir le Seigneur et de le remercier de m'avoir rappelé près de nos. Pères : Quicl retribuam? Que Dieu me prenne la main gauche, s'il lui plaît, et me trouve heureux de pouvoir lui offrir encore la droite! 0 mon Dieu, que vos vues

deviennent les miennes, et que ma volonté soit toujours en conformité avec la vôtre ! «

La chute chez les Petites-Sœurs des pauvres avait occasionné à la main gauche un phlegmon, qui inspira quelque temps de sérieuses inquiétudes. On crut même un instant qu'une opération serait nécessaire, et le Père fut condamné par le médecin à un repos absolu ; mais il ne fut nullement troublé de cette triste perspective, qu'il envisageait plutôt avec une tranquillité d'àme parfaite, ce J'ai besoin de te dire, écrit-il à sa sœur Élisa, le 28 décembre, que je regarde l'inaction à laquelle il plait à Dieu de me réduire, comme un signalé bienfait dont je suis pénétré de reconnaissance. Je le bénis tout particulièrement de me donner cette paix promise par les Anges aux hommes de bonne volonté. Comme il est doux, comme il est bon de pouvoir se dire : Dieu est mon père, le meilleur des pères ; il sait ce qui me convient, et cela arrive dans le moment le plus opportun... J'étais heureux, très heureux de célébrer la messe chez les Petites-Sœurs des pauvres ; je suis très heureux d'être ici entouré de bons Pères, visité par d'excellents amis. «

Les sentiments de reconnaissance dont il se trouvait pénétré pour la bonté de Dieu, n'étaient point passagers, mais, sauf de courts intervalles, perpétuels et accompagnés d'une joie toute surnaturelle. « Benedica,m Dominvjn in orani tejiipore, lisons-nous dans le Journal privé à la date du 3 janvier 1883. Bénir Dieu de ce qu'il m'a fait la grâce d'accepter avec joie la petite épreuve qui me tient comme aux arrêts dans une chambre, et de goûter la vérité de cette parole de l'Imitation : Cellci continuata dulcessit. Quiconque m'aurait dit, il y a un mois, que je devrais garder la chambre plusieurs semaines, m'aurait fort déconcerté et peut-être découragé. Eh bien, non ! La pensée que

cette petite croix vient de Dieu me la fait accepter de très grand cœur, et, quoique mon infirmité soit peu de chose, comparée aux tribulations de l'Apôtre, je puis m'écrier avec lui que je surabonde de joie. »

Malgré les soins si dévoués de M. le docteur de Léséleuc, la guérison marchait lentement, trop lentement, selon le désir des parents et des amis du cher malade. Ceux qui avaient le bonheur de le visiter étaient charmés, édifiés de son inaltérable tranquillité d'esprit; lui-même essayait de calmer les inquiétudes des absents par quelques lignes si résignées, si affectueuses qu'ils en étaient ravis d'admiration. « Le médecin m'a vu ce matin, écrit-il à sa sœur le 11 janvier; il trouve que ça va mieux, et moi aussi. Le bon P. Recteur, qui assiste au pansement et me tient compagnie durant les repas, croit de son côté que le mieux s'accentue, mais lentement. Quand je réfléchis atout ce que le Seigneur a fait pour moi, je ne sais comment exprimer ma reconnaissance. Combien je te sais gré des marques incessantes d'affection que je reçois de Puycheni ! Les sœurs, les frères, les amis que Dieu nous donne ne sont-ils pas comme autant de canaux de cet Océan de bonté? Parmi les hommes qui ont fortune, santé, jeunesse, je ne pense pas qu'il y en ait beaucoup qui soient plus heureux que je ne le suis en ce moment. J'éprouve une douce consolation dans ces paroles de l'Imitation : « Mon fils, laissez-moi disposer de vous » selon ma volonté; je sais ce qui vous convient. » Oh! oui, le soin que vous prenez de moi, ô mon Dieu, est plus grand que tout ce que je pourrais faire moimême. Je dois donc estimer ce qui m'arrive comme bien préférable à ce que je pourrais désirer naturellement. ))

D'après le bulletin de santé qu'il envoyait régulièrement à sa famille, chaque semaine, nous pouvons sui-

vre les progrès de la guérison qui se fit beaucoup plus lentement qu'on ne l'avait cru tout d'abord. Vers le milieu de janvier, on permit au malade de sortir, et sa première visite fut pour les Petites-Sœurs et leurs bons vieillards. « J'ai eu le plaisir, écrit-il le 19 janvier, d'aller cette après-midi à mon ancien asile où j'ai été reçu en ami par la Mère supérieure. Cette promenade, après plus d'un mois de chambre, hâtera ma guérison, mais je ne l'espère pas complète avant cinq semaines. » Les cinq semaines écoulées, le phlegmon n'avait pas encore disparu, et le P. de Plas continua de sortir le bras en écharpe. Il n'était d'ailleurs nullement attristé de voir cette situation se prolonger indéfiniment. « Grâce à Dieu, disait-il, ma vie est suffisamment occupée. Je tâche de meubler ma mémoire des passages de l'Écriture sainte les plus propres à faire du bien aux personnes avec lesquelles je suis en rapport. La main est en voie de guérison, mais rien ne laisse supposer à quelle époque je pourrai en avoir le plein usage. Je tâche de me conformer à la volonté de Dieu, attendant son jour sans me demander quand il viendra. »

La privation de célébrer le saint sacrifice était de toutes les souS"rances la plus douloureuse à son cœur affamé d'amour. Au commencement de février, le médecin lui laissa espérer qu'il pourrait dire la messe dans un mois, mais il avait le pressentiment qu'il devrait attendre plus longtemps. « Que faire? se demande-t-il. Faut-il m'en attrister? Mais il est dit : Servite Domino in lœtitia, non seulement dans la santé, mais encore dans la maladie. Pourquoi voudrais-je servir mon Maître autrement qu'il le désire? Ne me suffit-il pas, pour être content, de savoir que je suis dans le courant de sa volonté sainte! »

S'il était privé du bonheur de célébrer la messe, il se dédommageait en quelque sorte, en assistant avec dévo-

tion à toutes les messes qu'il pouvait entendre, au Refuge, à Saint-Louis et jusqu'à la chapelle du Cercle catholique. Cette consolation même allait lui être enlevée, car il fît, dans la rue d'Aiguillon, le 4 mars, une nouvelle chute qui l'obligea de garder complètement la chambre, ne pouvant se tenir debout sans l'aide du frère infirmier. N'attendant plus rien du côté des hommes, il se tourna du côté du ciel et commença, par déférence pour son supérieur, la neuvaine de la grâce, afin d'obtenir, par l'intercession de saint François- Xavier, sa prochaine guérison. Le 12 mars, fin de la neuvaine, il put reprendre la vie commune; mais le médecin désira que, par prudence, il attendit quatre jours encore avant de célébrer la messe.

« Bien cher frère et chères sœurs, écrit-il à Puycheni le 16 mars, réjouissez-vous avec m.oi; j'ai pu oS'rir le saint sacrifice, ce malin, à cinq heures et demie. J'avais entrepris une neuvaine à saint François-Xavier, et ma prière a été exaucée. J'ose donc espérer que je pourrai désormais continuer de dire la messe chaque jour. Aidez-moi à rendre grâce à Dieu et au grand apôtre des Indes.

» Je demeure convaincu que cette épreuve, qui a duré trois mois et demi, m'a été très avantageuse, et je répète avec le Roi-prophète : « Il est bon. Seigneur, » que vous m.'ayez humilié. » J'ai été tout l'hiver à charge aux autres, ne pouvant ni m'habiller, ni couper mon pain à table; cette vie sans activité n'est-elle pas très propre à nous pénétrer de sentiments d'humilité, et à nous convaincre que nous sommes des serviteurs inutiles?

» Mais, aujourd'hui, je suis surtout comme la femme de l'Évangile qui avait retrouvé la drachme perdue, et je sens le besoin de vous redire : Réjouissez-vous avec moi! »

La convalescence fut rapide, et dès le mois d'avril, le P. de Plas recommença, malgré ses forces diminuées, l'existence qu'il aimait. « Ses pas chancelants, raconte M. Nogues, le portaient d'église en église; il y priait sans cesse, entendant messe après messe. Souvent, au poids de l'âge s'ajoutait, pour courber davantage sa vénérable tête, le poids d'un irrésistible sommeil. On le voyait lutter pour continuer sa prière, et les gens légers souriaient, mais, endormi, son sommeil semblait prier encore, et on admirait ce saint vieillard qui ne cherchait jamais ni ses aises ni le repos. «

Il avait aussi recommencé toutes ses œuvres extérieures, comme avant sa chute chez les Petites-Sœurs des pauvres. Il s'y livrait avec beaucoup d'ardeur, essayant de réparer par un zèle plus actif tout le temps passé dans un repos involontaire. « J'ai tout à lait repris mes fonctions au Cercle catholique des ouvriers, écrit-il le 1^'" mai ; mais on a nommé un prêtre du diocèse pour me remplacer chez les Petites-Sœurs. Le dimanche, après avoir donné la bénédiction du Très Saint-Sacrement au Cercle, j'ai la satisfaction de la recevoir à l'asile des vieillards; et je profite de celte petite visite pour aller causer avec eux dans leurs salles. » Un jour, la supérieure de la maison lui apprit qu'on venait de faire revivre un ordre du préfet maritime tombé en désuétude, lequel leur enlevait une grande partie de leurs ressources en denrées alimentaires. L'ancien aumônier des Petites-Sœurs se mit aussitôt en campagne pour empêcher l'application d'une mesure si désastreuse, mais il eut le regret de voir ses démarches n'obtenir aucun résultat. « J'ai confiance, cependant, disait-il à la supérieure inquiète de l'avenir, que Dieu y pourvoira en son temps. » Dieu y pourvut, en effet, et les boiis vieux n'eurent pas trop à souffrir de cette décision de l'administration.

Le P.dePlas eut aussi plusieurs fois l'occasion, nous le savons par son Journal, d'exercer le saint ministère à l'asile Eugénie et au dépôt de mendicité. Heureux de pouvoir porter partout quelques paroles de consolation, il parvint môme à pénétrer dans la prison m.aritime de Pontaniou, dépourvue d'aumônier, et où deux cents hommes se trouvaient privés de la messe, le dimanche, et de toute instruction religieuse. Grâce à l'obligeance du commissaire aux hôpitaux et prisons, il fut admis à visiter les détenus dans les salles et à leur parler dans la chapelle. L'œuvre difîicile d'abord, à cause du respect humain qui empêchait un grand nombre de prisonniers d'aborder le prêtre, s'était développée pou à peu et promettait une abondante moisson, lorsque surgirent tout à coup des obstacles qui réduisirent à néant les efforts persévérants de l'apôtre et la bonne volonté des prisonniers.

(( Mon Révérend Père, lui écrivit le commissaire aux hôpitaux et prisons, — en vous autorisant à visiter les détenus de la prison maritime, dans les salles et dans la chapelle, j'avais cédé au désir de m'associer au bien que vous faites en allant porter à ces malheureux les paroles de consolation dont ils sont privés, par suite de l'impossibilité d'affecter un aumônier à leur service. Mais déjà j'ai eu lieu de reconnaître que cette tolérance est de nature à me créer des eaibarras, et je me vois dans la nécessité de vous prier de limiter vos visites au parloir, ce qui nous rapprochera davantage des termes du règlement.

)) J'ai donné des ordres au surveillant principal, pour que dés votre arrivée on prévienne dans les salles, et qu'on vous amène successivement les hommes qui manifesteront le désir de s'entretenir avec vous. »

Dans un post-scriptum, le commissaire de marine demandait au P. de Plas de vouloir bien renvoyer,

comme devenue sans objet, la permission qui lui avait été délivrée par écrit. L'humble aumônier accepta, sans récrimination aucune, la décision de l'autorité, et se contenta de voir au parloir les détenus qui désiraient s'entretenir avec lui. Bientôt même il dut renoncer complètement à cette œuvre des prisons qui lui rappelait de lointains souvenirs : la mission des Pères Jésuites au bagne de Brest, lorsqu'il était aide de camp du ministre en 1848. « Cette après-midi, lisons-nous dans le Journal à la date du 26 février, j'ai été àPontaniou; mais à peine avais-je vu une dizaine de prisonniers, que le gardien chef est venu m'avertir qu'il y aurait désormais école à l'heure où j'avais l'habitude de venir. »

C'était un congé donné d'une manière peu polie par un subalterne, sans égard pour le respect qu'inspirait à tous l'ancien capitaine de vaisseau. Le P. de Plas ne fil aucune observation et parlit aussitôt, offrant à Dieu cette petite humiliation pour la conversion de ses chers prisonniers. De retour à la maison, il trouva une lettre du commissaire aux hôpitaux et prisons, adressée non plus au Révérend Père, comme la précédente, mais bien à Monsieur l'abbé de Plas.

« Monsieur,

<( Pour me conformer aux instructions qui m'ont été transmises de la part de M. le vice-amiral, commandant en chef, préfet maritime, j'ai l'honneur de vous faire connaître que M. l'abbé Rio, aumônier de la marine, vient d'être chargé du service religieux à la prison maritime, et que par suite ce service se trouve assuré d'une manière suffisante.

« L'amiral m'a chargé de vous remercier d'avoir bien voulu visiter les détenus, pour leur apporter les consolations de la religion lorsqu'elles leur faisaient dé-

faut; mais il estime que l'aumônier titulaire doit seul être chargé de ce soin, quand la situation le permet, ce qui est le cas maintenant, »

C'était l'époque oîi le gouvernement, cédant à la pression des radicaux, entrait dans la voie de la persécution ouverte contre le cléricalisme, l'ennemi de la République, comme l'avait déclaré le chef de l'opportunisme. Or, à cette République que l'on qualifiait d'Athénienne, il fallait des fêtes qui justifiassent son titre usurpé. En remontant aux origines de la Révolution, on ne trouva rien de mieux pour une fête nationale que le 14 juillet, célèbre par la prise de la Bastille et parle meurtre de deux loyaux serviteurs de la royauté : « Date honteuse, observait le P. de Plas, dont la République veut faire un jour de gloire pour le pays. »

A chaque anniversaire de cette fêle odieuse, qui ne rappelle que des idées de destruction et de carnage, le fils de l'ancien émigré ne cesse de flétrir les ignobles saturnales dont le bruit parvient jusqu'à ses oreilles, en même temps qu'il crie vers Dieu merci pour les égarements de la France malheureuse. « La nuit dernière, écrivait-il en 1882, le Saint-Sacrement a été exposé dans la chapelle, et les Petites-Sœurs et les vieillards ont passé de trois à quatre heures en prières. J'y ai passé à peu près le même temps, mais en deux fois, de neuf heures à onze heures du soir, et de trois et demie à cinq et demie du matin, sans en ressentir aucune fatigue. Il pleut à verse par moments et le vent souffle très fort. Cela calmera le délire des multitudes qui, sous l'influence des mauvais sentiments que leur inspirent les meneurs du jour, se réjouissent de tout ce qui attriste les hommes sincèrement religieux, et les gens de bien, amis de l'ordre. »

« On a fêté hier, écrit-il le 14 juillet 1883, par une

salve des bâtiments de la rade, et ce matin, à huit heures, par une nouvelle salve, cette date funèbre, la prise de la Bastille. Et nous sommes en pays chrétien, sur le sol qui a produit les croisés, dans la patrie des grands cœurs, des nobles caractères ! Soyons patients durant ces jours de honte, suscites par un gouvernement impie qui s'appelle République française; et attendons avec une ferme confiance l'effet de la prière des justes qui, grâce à Dieu, sont encore nombreux dans ce pays. Que Dieu nous donne un drapeau, un signe de ralliement, un chef hardi, marchant dans la voie droite, et le mal ne tardera pas à se dissiper ! «

Hélas! le chef légitime sur lequel le P. de Plas aimait à compter, disparaissait un mois plus tard de la scène du monde, emportant dans sa tombe les dernières espérances d'une restauration catholique. Par tradition de famille et par conviction personnelle, François de Plas, nous l'avons vu, était resté dans sa carrière, malgré les fluctuations de la politique et son respect pour le pouvoir de fait, toujours fidèle et dévoué à cette grande figure qui paraissait à ses yeux le seul représentant du principe monarchique et du droit national, comme elle était le type le plus achevé' du vrai patriotisme et de l'honneur chrétien. On ne sera donc pas étonné des sentiments exprimés par lui dans son Journal, lorsqu'il apprit la maladie, puis la mort du comte de Chambord.

« On dit ce matin, écrit-il le 3 juillet, qu'une dépêche télégraphique annonçait hier le décès du comte de Chambord. S'il est mort, comme on doit l'espérer, en bon chrétien, on peut l'estimer heureux de n'avoir jamais abandonné son droit, ni cherché à le faire prévaloir par des manœuvres indignes ou de lâches concessions. Il me semble que sa vie tout entière plaide éloquemment en faveur du principe dont il était le re ■

présentant. » La nouvelle de la mort avait été prématurée, mais des craintes sérieuses d'un dénouement prochain ne semblaient malheureusement que trop fondées. « En ce qui concerne les nouvelles de Frohsdorff, écrit-il à sa sœur le 6 juillet, je me dis que Dieu voit, que Dieu sait, que Dieu avisera. Le comte de Chambord a su honorer la cause dont il était le représentant; il ne s'est jamais souillé par des bassesses et a montré le plus noble caractère. Si cette maladie l'enlève, comme on s'y attend, elle lui épargnera bien des jours de trouble et des difficultés sans nombre, qui seront le partage inévitable de tout homme appelé à gouverner la France. »

On adressait partout au ciel de ferventes prières pour l'auguste malade que beaucoup s'étaient habitués à considérer comme le seul prince capable de sauver notre malheureuse patrie. A Brest, les légitimistes firent célébrer, dans l'église Saint-Louis, une neuvaine de messes pour obtenir la guérison de Henri V. Le P. de Pias y assista, sans le savoir, nous dit-il, mais priant en union avec les pieux fidèles qu'il avait vus rassemblés en grand nombre. « Il semble superflu d'observer ajoute-t-il, que je ne crois aucun homme nécessaire ; c'est une vérité dont tout chrétien éclairé doit être parfaitement convaincu. Mais quand un prince se présente, avec la droiture et la franchise qui caractérisent Henri V, en opposition avecle gouvernement impie et honteux de Jules Grèvy, Jules Ferry et consorts, n'estil pas naturel de demander au ciel qu'il le soutienne et lui donne l'honneur et la gloire de triompher de ces ennemis de la société, de ces traîtres à Dieu et à la patrie? »

Quelle ne fut pas la désolation de tous les vrais amis de la France et de l'Église, de ceux même qui ne comptaient pas parmi les partisans du comte de Cham-

bord, lorsque, grâce à la rapidité du télégraphe, retentit le même jour dans toute l'Europe cette douloureuse nouvelle : le Roi est mort ! Le Fils de saint Louis, à la veille de la fête du plus grand de ses ancêtres, était, nous l'espérons, monté au ciel. « On a appris hier, écrit le P. de Plas, le 25 août, la mort de Henri V, et j'ai célébré ce matin la messe pour le repos de son âme. Il n'a pas plu à Dieu d'imposer au comte de Cliambord la tâche difficile de gouverner la France. Y a-t-il dans cet événement un motif de voir l'avenir sous des couleurs plus sombres ? Je ne le crois pas. La France, comme tout chrétien, comme tout homme, peut dire en s 'adressant à Dieu : Non potest esse nisi bonum quidquid de me feceris. Redoublons de confiance et prions pour que les favoris d'une multitude aveuglée soient humiliés, pour que la lumière se fasse chez les hommes de bonne volonté. Il est impossible que ceux qui ont quelque droiture de jugement ne reconnaissent pas bientôt quel tort le pays se fait, en se livrant aux politiques de bas étage, qui mènent aujourd'hui les affaires de la France et la gouvernent si méchamment et si sottement. Je veux espérer contre toute espérance que Dieu daignera enfin nous donner un homme qui retrempera dans la foi une grande partie de la nation. » Le P. de Plas eut le regret de ne pas voir la réalisation de ses espérances ; espérons cependant comme lui, contre toute probabilité humaine, qu'elles ne seront pas trompées. Au mois de septembre, il eut la consolation de faire, en compagnie de sa sœur Élisa, un pèlerinage d'actions de grâces à Notre-Dame de Lourdes. « Eh bien, oui, lui avait écrit le R. P. Chambellan, alors Provincial, allez avec votre chère sœur remercier la Sainte Vierge, jamais vous ne la remercierez assez. Priez-la en même temps pour notre Compagnie bien-aimée,

afin qu'Elle daigne plus que jamais étendre sur nous sa maternelle protection. » Parti de Brest le 24, le P. de Plas put dire la messe le 26, à l'occasion de l'anniversaire de la mort de sa mère, dans la petite chapelle de Puycheni, devant une grande partie de la famille. A son retour de Lourdes, il put aussi offrir le saint sacrifice le 2 octobre, jour anniversaire de la mort de son père. « Après le déjeuner du matin, écritil dans son Journal, tous les convives se sont rendus à la chapelle où j'ai récité le De profundis pour nos chers défunts, eL le Magnificat pour remercier Dieu d'avoir permis cette réunion de sept frères septuagénaires (1), unis non seulement par le sang, mais par la conformité des sentiments religieux et politiques. » Deux ans plus tard, les sept frères et sœurs, dont les plus âgés étaient déjà octogénaires, se trouvaient de nouveau réunis, mais pour la dernière fois, dans ce monde. Il s'agissait de bénir une croix élevée à Puycheni, sur une éminence dominant tout le pays, en remplacement de celle qui avait été érigée en 1803, à la naissance de mademoiselle Élisa, l'aînée de la famille. Celle-ci avait eu l'idée de cette touchante cérémonie, destinée à rappeler les bénédictions du ciel sur le vieux manoir. Le P. de Plas, malgré la vive affection qu'il avait conservée pour tous les siens, n'osait accepter une invitation qu'il regardait comme éloignée de l'esprit de la Compagnie ; et volontiers il eût suivi les exemples de détachement donnés par saint Ignace et saint François-Xavier. « En ce qui touche la bénédiction de la croix de Puycheni, écrivitil à sa sœur, je ne saurais rien décider par moi-même ; mais je soumettrai en toute simplicité la proposition

(1) Sous l'expression de sept frères, le P. de Plas comprend ses quatre frères et ses deux sœurs.

au R. P. Provincial, bien préparé, autant qu'il dépendra de moi, à voir dans sa décision la volonté de Dieu. »

Le R. P. Chambellan, en autorisant le P. de Plas à remplir le petit ministère qui lui était demandé, ajouta un encouragement pour vaincre la répugnance du bon religieux. « Puisse votre parole, disait-il, iaire mieux connaître et mieux aimer le mystère de Jésus crucifié! « L'humble missionnaire partit donc, bénissant Dieu de cette circonstance providentielle qui, en le rapprochant de sa famille, lui permettait de manifester son vif désir d'exciter les âmes à la pratique de notre sainte religion. « Dieu soit loué! écrit-il à sa sœur au moment du départ. C'est pour lui témoigner ton amour que tu as voulu faire ériger et bénir une croix à Puycheni ; et, comme on ne fait rien pour un si grand Maître, sans en être généreusement récompensé, il permet une réunion de famille tout à fait inattendue, où dans une communauté de pensées et de sentiments, nous lui offrirons tout ce que peuvent donner des cœurs embrasés de reconnaissance et d'amour. »

Le P. de Plas s'arrêta quelques instants à Nantes, où il revit avec plaisir son ami du Couëdic, devenu fervent chrétien après avoir été brillant officier de marine ; puis à Angoulôme, où Mgr Sébaux lui accorda gracieusement l'autorisation d'exercer le saint ministère dans le diocèse. Il arriva le 7 juillet au milieu d'une nombreuse assemblée de frères, neveux et petits neveux, qui rappelait par l'union de tous ses membres les familles patriarcales de l'ancien temps.

Le lendemain, après la messe célébrée dans la chapelle du vieux manoir, eut lieu la bénédiction de plusieurs croix, de celle de Puycheni, en particulier, devant une nombreuse assistance de prêtres et de

fidèles accourus de tout le voisinage pour témoigner rà la famille de Plas par leur présence, leurs sentiments de respectueuse sympathie et d'affectueuse reconnaissance. « C'est un des souvenirs les plus chauds de ma vie, nous écrit un des témoins de cette belle et touchante cérémonie, que cette fête champêtre et religieuse. Je n'oublierai jamais cette grande figure énergique de prêtre vénérable debout sur les marches de la croix, montrant aux siens le chemin du ciel, et donnant cette dernière bénédiction à sa famille agenouillée. » Avant la bénédiction de la croix qu'on appella la croix des sept frères, le P. de Plas, très ému, avait adressé à l'assistance un court discours qui impressionna vivement tous les auditeurs. Comme on lui demandait plus tard de vouloir bien recueillir les paroles qu'il avait prononcées, il répondit : « Impossible de me rappeler ce que j'ai dit au pied de la croix de Puycheni. .Jamais je ne réussis à répéter ce que j'ai écrit; et quand j'ai parlé, je ne me rappelle que confusèmentla manièredont j'ai formulé ma pensée. » Dans la même lettre, il indique en quelques mots le sujet son discours. « Ce matin, mes Frères, je me » disais après la sainte messe : que rendrai-je au Sei- » gneur pour tous les biens qu'il m 'a faits? Ces paroles, M me semble-t-il, peuvent se redire au pied de cette « croix qui rallie toute la famille, et rappellera aux géw nérations futures que, grâce à la foi, les frères et » sœurs assemblés ici ont traversé la vie dans une » parfaite union. C'est une grande joie, c'est un vrai )) bonheur pour moi d'avoir été appelé à faire cette » bénédiction, etc., etc. » Du reste, continue-il, je ne me rappelle pas ce que j'ai pu ajouter à ces paroles. » La croix des sept frères devait être, en effet, un témoignage de leur reconnaissance envers Dieu, qui ^ les avait gardés tous jusqu'à un âge si avancé, dignes

les uns des autres, dans une union si rare aujourd'hui. « Pour l'inscription de la croix, nous écrit un des neveux du P. de Plas, on avait fait appel à mou humble latinité, comme plus fraîche que celle de la génération précédente. Voulez-vous me permettre de vous la donner ?

Hoc salutis nostrx signum,

Communis ficlei et fraierni amoris monumentum,

Elisa, annis 82,

Emmanuel , annis 81 ,

Ludovicus, annis 19,

Augusta, annis 18,

Adalbertus, annis 11,

Franciscus, sacerdos S.J., annis 75,

Augustinus-Ludovicus, annis 11,

Liberi seplem Francisci Robinet de Plas et Aurorse de

Castelnau de Laloubière, hodie prœsentes et Deo gr alias

agentes, benedicente Francisco, sacerdote Soc. J. uno ex

fratribus, die octavo Julii 1885,

Erexerunt {{).

(1) Ce signe de notre salut,

Monument d'une foi commune et d'un fraternel amour,

Fut érigé par

Élisa, âgée de 82, ans,

Emmanuel, âgé de 8t ans,

Louis, âgé de 79 ans,

Augusta, âgée de 78 ans,

Adalbert, âgé de 77 ans,

François, prêtre S. J., âgé de 75 ans,

Augustin-Ludovic, âgé de 71 ans,

Et béni par

François, l'un des frères, prêtre de la Compagnie de Jésus,

En présence des sept enfants de François Robinet de Plas et d'Aurore

de Castelnau de Laloubière, rendant grâces à Dieu,

Le S juillet 1885.

«Si dans deux cents ans, ajoute M.A.dePlas,quelque révolution n'a pas mis par terre cette croix, nos arrièrepetits-enfants se diront que dans ce temps-là leurs ancêtres avaient l'âme bien chevillée. » En ce moment (1890), le plus jeune des six frères et sœurs survivants a soixante-seize ans, et l'aînée quatre-vingt-sept.

De retour à Brest le 18 juillet, le P. de Fias, le cœur plein de reconnaissance, bénissait Dieu de son heureux voyage. « C'est une vraie satisfaction, disait-il, de se retrouver dans sa famille religieuse, même quand la famille du sang nous est très chère. Je vais reprendre mes habitudes, et le bonheur de vivre en communauté remplacera la joie que j'ai goûtée au milieu de mes frères et sœurs, j)

Quelques semaines avant le voyage que nous venons de raconter, le P. de Fias avait quitté la rue de la Rampe, où il habitait depuis son départ des. Petites- Sœurs, pour occuper un autre appartement dans la rue Foy. « Je viens de visiter, écrit-il le 18 avril 1885, la petite chambre qui m'est destinée. Elle n'offrira pas les agréments de l'ancienne ; mais nous ne devons jamais oublier que nous avons fait vœu de pauvreté et d'obéissance. Il est bon, comme le dit notre règle, de sentir, au moins par moments, les effets du dénuement dans l'habillement, la nourriture ou l'habitation : In omnibus gratias agere. » Le 1" mai, il était installé dans la nouvelle maison, où la délicatesse des supérieurs avait réservé au bon vieillard une grande chambre, non loin de la chapelle domestique. « Ce n'est pas une cellule, s'écrie-t-il avec reconnaissance, mais une belle salle avec deux fenêtres sur la rue ; et Notre-Seigneur tout près de moi ! Vraiment il n'est pas pénible de faire vœu de pauvreté, quand on a des Pères qui pourvoient si largement à nous donner mieux que le nécessaire. »

Quand arriva l'époque du Status, au mois de septembre, le P. de Plas s'attendait à ne pas rester à Brest, où par sentiment d'humilité, il ne se croyait plus bon à rien. « J'en ai prévenu le R. P. Provincial : assueta vilescunt, ou comme disait une dame carliste à Angoulême : Sa non estamos de modo, nous ne sommes pas de mode ici. Je n'ai plus ce prestige, cette influence que produit parfois la nouveauté; et puis on rabâche, à l'âge avancé où je me trouve, et on risque d'ennuyer tout le monde de ses redites. Quoi qu'il en soit, je veux être disposé d'esprit et de cœur à aller où mes supérieurs m'enverront, ou à rester ici avec le désir de m'y montrer bon religieux. » Le R. P. Provincial n'avait nullement songé à priver la communauté de Brest de l'édification de ce saint vieillard, dont les exemples de vertu, répandus comme un parfum dans toute la ville, devaient en quelque sorte l'embaumer de la bonne odeur de Jésus-Christ. « Le status, écrit-il, m'assigne le même poste que l'an dernier. Je veux l'accepter comme une fonction nouvelle, et apporter tout le zèle possible à ce qu'on demande de moi. »

Parmi les titres que le status lui avait conservés, se trouvait celui d'aumônier du Cercle catholique. Dieu continua de bénir son ministère, surtout auprès des ouvriers, et il put écrire à sa sœur, le 2 décembre : «Les bonnes œuvres prospèrent à Brest, et celle des ouvriers, après un temps d'arrêt, s'est augmentée de seize membres. »

Toutefois, le P. de Plas, alors dans sa soixante-dixseptiéme année, ne se sentait plus capable de remplir cette lourde charge. Les forces physiques ne répon- ' daient pas à l'énergie de la volonté. « Ce soir, écrit-il le 8 mars 1886, il me faudrait assister à la réunion générale mensuelle des sociétaires du Cercle catholique ;

mais il m'est impossible de m'y rendre. Dans cette plus ou moins grande dégradation du corps, il est bon de faire acte de conformité à la volonté de Dieu, et de le bénir de ce qu'il nous laisse, plutôt que de gémir de ce qui s'affaiblit en nous. » Le P. de Plas éprouvait en ce moment une grande faiblesse dans les jambes et de légers étourdissemenls dans la tête, et il en avertit simplement le supérieur, qui l'invita à ne pas jeûner pendant le carême. « Je dois m'efforcer, écrivit-il dans son Journal, de faire, en vue de l'obéissance, cette mortification de ne pas me mortifier. » Ayant recouvré un peu de force au commencement d'avril, il obtint l'autorisation de reprendre le jeûne, disant que sa santé ne pouvait être meilleure et qu'il était inutile de lutter contre la vieillesse.

Cependant, à mesure que l'âge augmentait, les forces diminuaient. Si les facultés de l'âme gardaient toute leur activité, les membres du corps refusaient souvent leur service. Il se sentait, disait-il, a les jambes de coton, » et tombait fréquemment; ce qui l'exposa maintes et maintes fois à de graves accidents. Il se promenait un jour, avec un autre Père de la résidence, dans les environs du port de commerce. Ils marchaient côte à côte sur une voie de chemin de fer qui n'est garantie par aucune barrière. Absorbés par le sujet de la conversation, ils n'entendirent pas le coup de sifflet qu'un vent violent emportait d'un autre côté. Tout à coup le bruit du train leur fait tourner la tète et la machine se précipite pour les écraser. Brusquement averti, le P. de Plas trébuche et tombe entre les rails ; son compagnon n'eut que le temps de le retirer vivement, en le traînant par terre. « Dites encore, se contenta d'observer, en se relevant, l'aimable vieillard, qu'il n'y a pas une Providence! » Et il continua tranquillement sa promenade, en racontant quelques-uns

de ces traits de Providence, pour lesquels il ne cessait de remercier Dieu.

Cependant, malgré le zèle du P. de Plas et de ses collaborateurs au Cercle catholique, cette œuvre subissait une crise bien sensible au cœur de l'aumônier. Au lieu d'augmenter, le nombre des ouvriers diminuait chaque jour. « 11 passe sur nous, écrit-il le 20 juillet, comme un vent de tristesse, et, par moments, comme des bancs de brume. La désertion des ouvriers me peine et je crains de n'avoir pas assez fait ■pour les attacher à l'œuvre. « Ce n'était pas sa faute, mais celle des circonstances : les bons, hélas ! n'ont pas toujours la force de réagir contre l'intimidation de la part des méchants. Il ne négligeait rien pour retenir les ouvriers fidèles. « A la vue de notre petit nombre, raconte un des membres du Cercle catholique, souvent il nous disait : « Ayez confiance et persévérez. Le bon Dieu ne regarde pas au nombre pour accomplir ses desseins. Sans doute nous voudrions voir plus d'hommes comprendre le bonheur qu'on éprouve dans l'accomplissement des devoirs du chrétien ; pour vous, du moins, que Dieu a choisis parmi tant d'autres, persévérez dans la bonne voie. Qui sait ce qu'il vous réserve ? N'est-ce pas avec douze hommes simples et inconnus qu'il a fondé son Église? »

A la fin du mois de juillet, le nombre des ouvriers, membres de l'oeuvre, se trouvait réduit au chifire de vingt-huit personnes, et les dépenses surpassaient beaucoup les ressources. D'après une proposition du président, les dames patronnesses décidèrent d'abandonner, comme trop cher, le local où l'on était établi depuis douze années. « J'aurais voulu, écrit l'humble aumônier, accepter cette décision avec résignation ; mais je crains d'avoir paru trop contrarié. » Bientôt on parla de changements dans les règlements. « 11 est

question, ajoule-t-il, de modifier tellement le Cercle catholique des ouvriers qu'il n'y aura plus de place pour l'aumônier. » Les membres fondateurs furent même convoqués pour examiner si on ne devait pas supprimer les réunions. La discussion paraissait laisser peu d'espoir à ceux qui auraient voulu tenter un dernier effort, et on allait passer au vote sous cette fâcheuse impression, quand le P. de Plas demanda la parole. Il plaida avec tant de chaleur et d'émotion qu'un revirement s'opéra dans les esprits : le Cercle catholique était sauvé! «J'ai plaidé la cause du Cercle, se contente-t-il d'écrire dans son Jou?'naZ, me bornant à demander qu'il vive encore un an pour attendre des circonstances plus favorables. Un de ces messieurs ayant offert cinq cents francs, et plusieurs autres des sommes moins considérables, on a pu constater que les dépenses seraient suffisamment couvertes, et la vie de l'œuvre assurée, au moins pour l'année prochaine. ■»

Un m.oment, au mois d'août, le P. de Plas, de plus en plus accablé par l'âge, crut qu'il serait relevé de ses fonctions d'aumônier. M. l'abbé Ollivier, protecteur des œuvres du diocèse, lui avait promis un remplaçant pour le service religieux du Cercle. Mais ce ne fut qu'au mois de décembre qu'il put annoncer à la réunion des dames patronnesses la nomination de M. TaLbé K***, vicaire de Saint-Louis. 11 entrait alors dans sa soixante-dix-huitième année. « Le sentiment de mon insuffisance, disait-il, et la pensée qu'un jeune prêtre réussirait mieux que moi, m'ont amené à provoquer ce changement. » Le l^"" janvier 1887, l'ancien aumônier présenta lui-môme son remplaçant aux ouvriers, et, le dimanche suivant, il leur dit la messe pour la dernière fois. S'il faut en croire M. Peuer, un de ses amis, le P. de Plas était dans une grande erreur en cessant ses fonctions d'aumônier. « Sa mo-

destie, dit-il, l'empochait seule de voir qu'il était le principal soutien du Cercle ; mais l'état de santé du vénérable vieillard força le comité à accepter sa démission. ))

Le P. de Plas resta très attaché à l'œuvre ; il était assidu aux séances du comité, dont il continua de faire partie jusqu'à sa mort. « Ceux qui l'ont vu aux réunions, observe M. Nogues, s'expliqueront facilement la grande influence du Révérend Père. 11 avait fait abnégation complète de sa personnalité, aimait à se ranger à l'opinion des autres, et renonçai ta la sienne avec une facilité, une bonne grâce qui causaient quelque confusion à ceux dont l'avis prévalait. »

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