L'arrêt de la Chambre criminelle
La cour se retire pour délibérer. Après quatre heures de délibération, elle rend un arrêt dont voici les passages essentiels :
Attendu pour le demandeur Picquart qu'une oraonnance du juge d'instruction Ta renvoyé devant une juridiction correctionnelle sous la prévention d'avoir communiqué à M^ Leblois, personne non qualifiée, les documents intéressant la sûreté extérieure de TEtat (dossier de haute trahison d'Esterhazy) ;
Attendu que le demandeur, d'autre part, a été renvoyé devant le deuxième conseil de guerre de la division militaire de Paris, en vertu d'un ordre d'informer du 24 novembre 1898, pour :
Avoir fabriqué ou fait fabriquer une lettre missive adressée aa commandant Es terhazy; pour avoi^r fait usage de ladite lettre ; pour avoir communiqué à une personne non qualifiée, M® Leblois, un dossier d'espionnage Boulot et un dossier relatif au service des pigeons voyageurs, le dossier de trahison Dreyfus, dossiers assimilés à des documents intéressant la défense du territoire et la sûreté de PEtat;
Attendu que pour demander attribution à une même juridiction des motifs susvisés, Picquart soutient qu'un lien de connexité existerait entre les faits qualifiés délits et qualifiés crimes ;
Attendu* qu'en fait, des documents de la procédure assignent comme but du crime de faux et usage de faux reprochés à Picquart l'intention de substituer une autre personne à Dreyfus et de faire proclamer son innocence ;
Attendu que la communication à Leblois se rattacherait au même ordre d'idées en raison des circonstances et des préoccupations de Picquart ;
Attendu, enfin, que la communication du dossier Ësterhazy est attribuée, par les documents de la procédure et par le réquisitoire définitif, à la volonté d'innocenter Dreyfus et de provoquer des poursuises contre Esterhazy ;
Qu'ainsi, d'après la prévention même, les faits seraient déterminés par la même cause et tendraient au même but;
Attendu que tous les faits sont connexes entre eux ; qu'il importe à la bonne administration de la justice qu'ils soient soumis à un même débat devant une même juridiction, pour être statué par un seul et même arrêt ;
Mais, attendu que, pour le dossier Boulot et pour le dossier des pigeons-voyageurs, il n'existe aucune connexité entre leur communication et les chefs ci-dessus, et que dés
lors il n'y a pas lieu d*en renvoyer Texamen devant la même juridiction ;
La cour déclare non connexes les dossiers dont il s'agit ; dit n'y avoir lieu de régler de juges à raison de ces faits, dont le conseil de guerre reste saisi ;
Déclare connexes les quatre autres chefs (de faux, usage de faux, etc.) et réglant de juges, sans s'arrêter à Tordre de mise en jugement, renvoie Picquart et Leblois avec les pièces de la procédure devant la chambre des mises enacca- ^f sation de la cour d'appel de Paris, aux termes des articles
226, 227 et suivants du code d'instruction criminelle ;
Dit qu'il sera procédé éventuellement sur le tout par un même arrêt et par la même cour d'assises ;
Dit que le présent arrêt sera notifié à M<» Leblois .
Le 6 mars Drumont publie « Le livre d'un ancien Procureur-général. » En voici le maître- verset :
Causez avec des avocats, même favorables à la cause de Dreyfus ; ils vous diront :
(( Cet arrêt sur le règlement de juges est absolameot inouï. Jamais on n'a vu une cour souveraine être assez lâche pour se décharger sur une chambre des mises en accusation d'une mesure qu^elle n'osait pas prendre elle-même parce qu'elle était antijuridique. » En contribuant à arracher contre tout droit Picquart à ses juges naturels, Âtthalin a prouvé, ce que tout le monde savait, qu'il n'était pas le dernier des coquins, puisqu'il y a Lœw, Bard et Manau, mais qu'il était du moins un des coquins les plus distingués de ce temps.
La « famille Félix Faure, » selon TApocalyse de Drumont. — L* « ami de cœur » du feu Président ouvre son cœur au prophète.
Le prophète excelle à mentir : mais il triomphe en faisant mentir les gens. Sa clientèle imbécile le croit, quand il fait parler des avocats « môme favorables à la cause de Dreyfus. » L'historien constate l'impudence du drôle qui, impuissant à injurier un magistrat intègre, place son ordure dans la bouche d'honnêtes gens. Pouah I Gela sent son prophète I C'est aussi fétide que l'odeur du « lieu secret hermétiquement clos. » Mais le bon Père Dulac en est réjoui I
Le 6 Mars, Rochefortpublie : « Plaintes d'Esterhazy. )>
Pourquoi les possesseurs du dossier Dreyfus sont-ils allés à la Libre*Parole et venus à V Intransigeant nous donner à entendre que la culpabilité du misérable ne faisait pas l'ombre d'un doute et que toutes les tentatives concertées en vue d'égarer l'opinion n'étaient que mensonges et machinations frauduleuses? Précisément parce que les preuves accumulées contre le condamné ne pouvaient être mises sous les yeux du public sans danger pour la défense nationale.
aisunjour chez moi tranquillement occupé à lire irnaux quand je reçus la visite de deux messieurs ne connaissais pas, dont l'un portait le nom d'un cité célèbre et dont l'autre boitait extrêmement s venaient me raconter qu'après trois années de ches ils avaient découvert que Dreyfus était înt et qu'aider à la réparation de cette erreur jue serait l'honneur de ma vie. Je leur fis comre que je ne coupais pas dans ce pont et ils me rent. Mais il me semble que depuis lors la situal'a pas changé, malgré les peines que se sont Bs les Trarieux, les Jaurès, les Sébastien Faure Waldeck-Rousseau, pour l'obscurcir à plaisir.
premier alinéa vise la démarche mémorable de n ; le second, la visite non moins intéressante rnard Lazare et du commandant Forzinetti. îlown se livre à des traits facétieux : il prend ssies pour des lanternes, ce qui lui sied à mer-
II applique « mensonges et machinations frauses » aux adversaires de PaufûnetdeBoisdeffre. ustement àPauffln, à Boisdeffre et au bon Père
que convient l'application.
^ mars, Drumont publie « Les Mémoires de Lo- . »