Le Conseil des Dix, Bajazet et Charles VIIT
es le commandant d'Attel, après Le mercier-Picard, Félix Fdure, voilà Laurenceau qui meurt parce savait quelque chose que le Syndicat ne voulait je la France sache.
a annoncé que M. Feuilloley, révolté de voir que ivernement s'opposât à toute enquête et à toute iiite sur tous ces faits extraordinaires, allait imiter esnay de Beaurepaire et donner sa démission. Il qu'il n'en est rien. Tant pis pour M. Feuilloley I empoisonne, on étrangle, on supprime tous ceux
qui gênent, comme à Venise. Le hasard, cette fois encore, a été symbolique en arrangeant toat de façon qae la mémorable entrevue de Dupas et d'Arton ait lieu sur cette place Saint-Marc, qui vit se dérouler cette histoire de Venise pleine de secrets terribles, d'intrigues tragiques, de drames obscurs.
Dupas, je crois, s'est mis dans la pharmacie afin d'avoir toujours du contre-poison à sa portée. Quant à Àrtoii, il parait que le premier usage que Loubet ait fait de ses prérogatives régaliennes, a été de le condamner à mort.
Après une vie si effroyablement agitée, après quatre années de captivité, le bienfaiteur des parlementaires n'est plus qu*une ruine humaine ; on n'ose môme pas lui faire subir l'opération que son état rend indispensable. 11 est en proie à de perpétuelles hallucinations. 11 se revoit remuant l'or comme jadis et distribuant des chèques à ces députés qui ne le connaissent plus aujourd'hui et qui, dans son rêve doré, le reconnaissent et l'acclament.
Barthou, que je n'aurais Jamais cru capable de ce mouvement d'humanité, avait autorisé le transfert du pauvre diable à Thôpital Saint-Louis, où Artop pouvait voir ses filles^ qui ont montré un très touchant dévouement à ce père de famille qui avait complètement oublié^ aux heures du triomphe, qu'il fût père et qu'il eût une famille.
L'ordre vient d'être donné, paraît-il, de renvoyer ArtoQ à Melun, et je suis convaincu que le dialogue entre Duflos, le directeur des services pénitentiaires, et le directeur de la prison de Melun, a dû être court.
— Vous êtes intelligent, monsieur le directeur?
— Mes amis le disent.
— Alors, vous avez compris...
Il faut avoner, d'ailleurs, qu'il serait tout à fait malséant qu'un homme auquel le chef actuel de l'Etat a envoyé un ambassadeur pour négocier avec lui d'égal à égal, restât trop longtemps en prison.
D'an autre côté les 104, dont Loubet garde la liste
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avec le soin que Ton met à garder des lettres d'amour, n'admettraient pas qa'on rendit à la liberté an homme qui, incontestablement, manque d'enthousiasme pour leur vertu.
Je n'insiste pas... Vous êtes comme Duflos et le directeur de la prison de Melun, vous avez compris. Il ya des dilemmes qui ressemblent étrangement à des nœuds coulants.
Forain a eu raison de mettre sur le visage de la tueuse aux pieds de laquelle a roulé le cadavre de Félix Fanre le loup de velours du carnaval vénitien.
Ge qui se passe donne Tidée d'une pièce vénitienne qui, par suite de quelque saisie faite sur les bagages de la troupe par un hôtelier peu sympathique aux héros du Roman comique, serait jouée en habits bourgeois, avec des jaquettes et des vestons usés remplaçant les costumes de soie et d'or de jadis.
Encore une fois, on empoisonne et on tue comme au t^mps où l'on jetait au canal Orfano ceux dont on avait intérêt à se débarrasser ; seulement, celui qui exerce le pouvoir, et qui est parfois la première victime de ces opérations, porte le vulgaire tuyau de poôle au lieu da cornetto dogal.
La mort de Félix Faure est la mort d'un Doge supprimé par ce conseil des Dix qui, ainsi qu'en témoignent les délibérations retrouvées dans les archives vénitiennes et que M. de Maslatrie a publiées, votait, après une discussion contradictoire, approfondie et sérieuse, les fonds nécessaires pour faire empoisonner Bajazet, Charles VIII et les personnages importants qui pouvaient gêner la toute-puissante oligarchie des banquiers et des mar* chauds.
2. — La courtisane Rodolphe faisait construire les Pyramides.
Il ne peut exister de doute sur ce fait que Félix Faare ait été empoisonné. La famille n'a pas d'hésitation à ce sujet; elle pense seulement que Félix Faure a été empoi sonné à l'Elysée même. Il suivait, en efifet, un régime spécial ; on confectionnait des plats exprès pour lui et il
était facile à une main criminelle de mettre du poison dans ce qu'il absorbait sans que les autres convives fussent atteints — ce qui aurait évidemment attiré Tattention.
J'ai rencontré l'autre jour au Palais, où j'allais défendre mon bien que les Juifs veulent me voler, un avocat qui était pour Félix Faure un de ces amis de cœur qui n'ont rien de commun avec les amis politiques, un intime qui voyait le Président presque tous les jours.
Je ne l'ai pas interviewé cet avocat, je lui ai seulement exprimé, en passant, la part que je prenais à la douleur qu'avait dû lui causer la disparition subite d'un homme que je savais son ami personnel. Il m^a dit : « Il est évident pour nous que Félix Faure a été assassiné ».
Un fait, d'ailleurs, démontre le crime jusqu'à l'évidence. L'embaumement, nul ne l'ignore, conserve les corps presque indéfiniment. Les momies contemporaines de la V® dynastie, celles qui ont vu Sésostris etRamsès, nous apparaissent telles qu'elles étaient au temps où la courlisane Rodolphe faisait construire des Pyramides.
Le corps de Félix Faure, au contraire, embaumé le vendredi, exhalait dès le samedi une telle odeur de putréfaction que les soldats de service eux-mêmes étaient obligés de s'éloigner et qu'on dut procéder à la mise en bière dès le lendemain matin.
Devant cette rumeur qui est unanime, devant ces témoignages qui viennent de tous les côtés, devant les invraisemblances monstrueuses du récit de cette mort, invraisemblances que presque tous les journaux indépendants ont relevées, le président du conseil ne bouge pas, il n'a ouvert aucune enquête, il n'a même pas fait procéder à l'autopsie.
Ce qu'il y a de vraiment beau, c'est que ces choses peuvent s'accomplir à une époque de publicité absolue.
Nous sommes loin du Pont des Soupirs, la galerie couverte où les Vénitiens, pour avoir un frisson de terreur à mêler à leurs voluptés, venaient guetter la petite lumière qui, en allant et venant, laissait deviner ce qui
Litanies des Juifs en l'honneur de saint Drumont, prophète et martyr. — La barbe du prophète sera vénérée dans une châsse d'or, à l'instar des plus insignes reliques, en réparation des outrages dont elle est l'objet de la part des Juifs.
Le prophète peint la famille Félix Faure. Quelle famille! Elle est sûre que son chef est empoisonné • Elle n'en souffle mot au juge. Mais elle confie le secret au prophète par un « ami de cœur. »
U « ami de cœur » est un mythe prophétique, de la famille de la dame voilée : il fait chorus avec la courtisane Rodolphe et le conseil des Dix. Plus le prophète en dit de raides à son aristocratique et pieuse clientèle, plus celle-ci a la foi. Elle est fanatique du « Credo quia absurdum. » Sa foi soulève des montagnes. Ahl si Jaurès débitait pareilles calembredaines!
Le 9 mars, Drumont publie « Les Révélations d'Esterhazy » :