‹ Marin, Paul. Histoire documentaire de l'affaire DreyfusChapitre 24 sur 78 · L'esprit romanesque des vieilles Anglaises · texte numérisé non relu

L'esprit romanesque des vieilles Anglaises

Les histoires de fausses barbes ou de lunettes bleues ont été vraisemblablement ajoutées au récit par Timagination féconde d'Esterhazy pour plaire à Tesprit romanesque des vieilles Anglaises qui lisent encore Walter Scott. Il y a, néanmoins, un fait indiscutable dans cette narration incohérente : la protection effective et agissante accordée par TEtat-Major à celui que les Juifs poursuivaient d'une haine implacable.

Les moyens employés furent-ils toujours très adroits ? Il est permis d'en douter.

D'abord, ainsi qu'il est dit dans l'Evangile, « les enfants des ténèbres sont toujours plus habiles que les enfants de la lumière. » Il est incontestable, en outre, que les Aryens, qui commencent à peine à se réveiller et à se reprendre, ne sont pas encore parvenus à ce

degré de dextérité qui a permis aux Juifs arrivés en haillons en France de devenir les maîtres chez nous et de dépouiller jusqu'à Tos les Français trop naïfs qui avaient donné à ces parasites malfaisants une trop naïve hospitalité.

La situation, d'ailleurs, n'était pas commode. Le Syndicat de trahison avait à la fois à sa disposition les millions de la Juiverie et les millions de Tétranger. Grâce aux ressources dont il était armé, il avait pu faire des achats considérables dans le personnel gouvernemental, le Sénat, la magistrature. Il avait soudoyé des bandes, organisé des conférences, fondé d'innombrables journaux qu'il envoyait gratis dans toute la France.

Nos pauvres oftîciers n'avaient rien de tout cela, et, dans les conditions déplorable où ils étaient placés, ils ont fait une admirable défense. Il est vrai qu'ils étaient soutenus par tous ceux qui, dans ce pays, ont conservé un cœur français et qui avaient compris de suite que la campagne Dreyfus était payée par l'Allemagne pour déshonorer Tarmée.

Il est toujours facile de dire aux gens : <y Vous n'êtes pas aussi malins que les Juifs. »

Rendez-nous tout ce que les Juifs nous ont volé et, maintenant que nous voyons clair, nous serons aussi malins qu'eux.

Il faudrait être juste cependant. Ce n'est pas avec sa solde qu'un général peut acheter des conseillers à la Chambre criminelle, qui maintenant sont hors de prix.

Une des fortes bâilleuses de fonds du Syndicat est, paraît-il, la baronne Hirsch. L'héritage de Hirsch a été évalué officiellement à 800 millions : en réalité, il est d'un milliard.

La vieille baronne est à moitié morte et Ton a déjà annoncé sa mort à plusieurs reprises.

Elle sait bien qu'elle n'emportera pas ce milliard dans la tombe ; elle s'en sert dans Tintérèt de sa race. A son point de vue elle a raison, mais il est clair qu'avec tant

d'argent on peut acheter tonte une Chambre et que nous n'en pourrions pas faire autant.

3 — Je n'ai jamais vu de ma vie le général de BoisdefiFre.

Voilà ce qu'aurait dû considérer Esterhazy avant de dénoncer, assez vilainement, ceux qui, dans la mesure, de leurs forces, ont essayé de le défendre. C'est là une action passablement malpropre, et si jamais il revient en France, le commandant pourra supposer qu'en son absence tout le monde a pris l'habitude de garder ses mains dans les poches.

Pour être complètement équitable, il faudrait, malgré tout, tenir compte de l'état d'âme de cet homme, accablé d'outrages, traqué comme une bète fauve par la meute aboyante du Syndicat, qui lançait le cousin Christian contre lui; arrêté au mépris de toute justice par ce gredin de Bertulus, qui était le plat valet des Jaifs ; mis en réforme malgré des promesses formelles, réduit à fuir à l'étranger, privé de toutes ressources.

Entre Picquart et Esterhazy, personne ne songerait à établir de parallèle. Picquart, qui avait une certaine fortune et auquel un bel avenir militaire était promis, a conclu de sang-froid un marché infâme. 11 a livré au Syndicat les secrets dont il n'avait eu connaissance qu'à l'occasion (}e ses fonctions, les documents confidentiels qui étaient confiés à son honneur. C'est un misérable.

Esterhazy a mérité d'être aujourd'hui l'objet du mépris public pour avoir si mal récompensé les camarades qui avaient poussé l'esprit de corps jusqu'à l'imprudence et qui, dans des conditions difficiles, avaient fait tout ce qu'ils pouvaient pour lui. La misère n'en est pas moins une circonstance atténuante en sa faveur, et c'est surtout un malheureux.

Quelles seront les conséquences de la débauche de littérature plus ou moins romanesque à laquelle s'est abandonné Esterhazy? Au fond la chose nous est bien indifférente à nous autres antisémites. Qu'est-ce que vous voulez que nous y fassions et qu'est-ce que vous voulez que cela nous fasse?

Je n*ai jamais vu de ma vie ni le général de Boisdeffre, ni le général Gonse, ni le colonel Henry, ni le colonel du Paty de Glam, dont la famille habite en face de chez moi. J*estime qae Ton a déjà assez d'embêtements avec les gens que Ton connaît, sans qu'il soit nécessaire de chercher à faire de nouvelles connaissances.

Si le colonel du Paty de Glam dit la vérité , il dira qu'il n'a agi que par ordre de Boisdeffre, ce qui est manifeste pour tout homme intelligent. On expulsera Boisdeffre de Tarmée. Encore une fois, qu'est-ce que vous voulez que nous y fassions?

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