‹ Marin, Paul. Histoire documentaire de l'affaire DreyfusChapitre 25 sur 78 · Drumont, le dernier prophète · texte numérisé non relu

Drumont, le dernier prophète

Il y a toujours eu des guerres depuis le commencement du monde; il est certain qu'il y en aura encore et il est probable qu'il y en aura bientôt, étant donné l'état de l'Europe et même de l'univers.

Quand la Trahison juive aura fait son œuvre, il se trouvera quelqu'un pour dire :

« Nous avions un homme qui était l'élève et le successeur désigné de Miribel et que tout le monde s'accordait à reconnaître pour un chef d'état-major de premier ordre. Les Juifs Font chassé. G'est la campagne entreprise avec l'or de l'Etranger qui a amené une effroyable désorganisation dans notre armée, qui n'était peut-être pas parfaite, mais qui nous faisait respecter de l'Europe. Goncluezl »

Alors on n'entendra plus les hou! hou! que poussent les bons socialistes de la Ghambre lorsqu'on se permet de demander pourquoi on tolère de la part de Zadoc- Kahn ce qui serait sévèrement réprimé chez l'archevêque de Paris.

On entendra le cri sinistre et rauque des'Journées de Septembre :

« A mort! à mort! »

A ce moment les Juifs me comprendront. Ils diront :

« Que ce Drumont était boni Quels sentiments humains l'animaient! Que son cœur était généreux! G'était le dernier prophète, le Nabi retardataire, le Nabi des

suprêmes conseils, que Jehovah, dans son inépuisable miséricorde, nous avait envoyé par un train supplémentaire, afin de nous avertir et de nous montrer l'abîme. » Au lieu de l'écouter, nous avons dépensé des centaines de mille francs pour le faire appeler Barbe à Poux dans des journaux que Ton jetait au ruisseau. Décidément, la parole de l'Ecriture est toujours vraie : <t Malbeur à toi, Jérusalem, qui, lorsque tu ne peux plus tuer tes Prophètes, les fais diffamer dans des canards orduriers dont les camelots eux-mêmes ne veulent plus. )»

Ce n'est pas moi, à cette heure suprême, que les Juifs maudiront : c'est Reinach.

Aujourd'hui Reinach triomphe : il dit, insolent et goguenard :

« On peut perquisitionner chez Guérin et chez Dubuc, chez André Buffet et chez Legoux, chez les patriciens et chez les plébéiens français, chez les voyageurs de commerce et chez les ouvriers. On ne perquisitionnera jamais chez moi. Je puis mettre sur mon hôtel de l'avenue Van-Dyck une enseigne avec ces mots : Ici on vend la Patrie. Ici on travaille pour V Allemagne, Jamais ni Blanc, ni Viguié n'oseront venir à mon domicile. »

Il changera de ton lorsqu'il entendra ses coreligionnaires avant d'être appelés pour l'exécution, lui crier : « Scélérat, c'est toi qui nous as embarqués dans cette sale histoire! Nous avions encore vingt ans devant nous pour ruiner la France en douceur, lorsque tuas eu l'idée de jeter à ce pays un défi qui a été relevé. Si tu n'avais pas été le dernier des imbéciles, tu aurais compris que les Français n'ont pas le cerveau fait comme nous. Ce sont de bonnes bêtes au fond, qui se laissent tondre sans protester et que nos escroqueries financières laissaient assez indifTérents. Ils ne se passionnent que pour l'idéaly et ils ne se sont décidés à nous tuer que parce que nous avions insulté le drapeau ! »

Audiences de la Cour de cassation des 9 et 10 mars 1899. — La requête d'Esterhazy contre le juge Bertulus, à fin de suspicion légitime, est rejetée. — Miracle de Cornélius. — Evocation du ministre de la guerre, Freycinet. — Il apparaît au clown et se jette à ses genoux, en posture de suppliante

Encore un chef-d'œuvre du prophète ! Cette fois, il est canonisé par les Juifs en de pompeuses litanies :

« Que Drumont est bon I

» Quels sentiments humains l'animent !

» Que son cœur est généreux !

» C'est le dernier prophète I

» C'est le Nabi retardataire !

» C'est le Nabi des suprêmes conseils! »

Fi! Adoré par les Juifs 1 Comment un catholique ose-t-il encore vénérer saint Drumont, et consacrer à sa barbe une châsse qui décore la Sainte-Chapelle? Les litanies des Juifs se déroulent quand même en versets prophétiques et le Juif se frappe la poitrine : « Au lieu d'écouter Drumont, nous avons dépensé des centaines de mille francs pour le faire appeler Barbe-

à-Poux dans des journaux que Ton jetait au ruisseau. »

Le prophète gâte la suavité de ces versets, quand il a plein la bouche « le bréneux Loubet. » Uhumble parasite de sa barbe n'a pas, lui, volé sa châsse à la Sainte- Chapelle ! Ah I il est le plus à plaindre de Texistence commune avec son amphitryon, le Nabi. C'est lui le martyr. On a beau être pou : on a son amourpropre. Etre traité en podex culit Est-ce une barbe, en effet, rhabitacle, souillé de la nauséeuse promiscuité, qu'impose au pou le goût singulier du prophète pour Tordure.

Le 9 mars, a lieu, à la Chambre criminelle de la Cour de cassation, le débat sur la requête d'Esterhazy, afin de suspicion légitime contre le juge d'instruction Bertulus. En voici le compte-rendu, d'après le Matin :

La Chambre criminelle de Ja Cour de cassation a examiné hier la requête en suspicion légitime pour cause d'inimitié capitale déposée par le commandant Esterhazy contre M. Bertulus, juge d'instruction. Le conseiller Accarias avait été nommé rapporteur. L'avocat général MérilloD occupait le siège du ministère public; Me Sauvel s'est présenté pour le commandant Esterhazy. Voici, en partie, les conclusions de M^ Sauvel :

Plaise à la cour. Attendu que du procès-verbal de la déposition de M. Bertulus devant la chambre criminelle de la cour de cassation, procès-verbal qui a été communiqué au conseil soussigné, il résfulte que M. Bertulus, juge d'instruction au tribunal de 1»® instance de la Seine, a, au cours de l'instruction de l'affaire Dreyfus, comparu comme témoin le 6 et le iO décembre 1898;

Attendu que, au cours de ces deux comparutions, il a dirigé contre le requérant des imputations extrêmement graves tant k Toccasion de Tinstruction relative aux lettre et dépêche Blanche et Speranza, qu'à l'occasion de l'affaire Dreyfus, imputations sur lesquelles il n'est pas opportun de s'arrêter aujourd'hui.

LIYRB TBOISIÈIIE

le, de plus, et c'est ce qu'il convient de retenir ici, il , dans sa déposition du 10 décembre 1898, longuement lu sur la plainte formée par Christian Esterhazy contre mde Walsin-Esterhazj.

i'il j a raconté ainsi les faits : Christian Esteriiazy, la pression de Walsin-Esterhazy, avait obtenu de sa î un avancement d'hoirie de 33.000 francs; cette somme .vait versée à son oncle à deux reprises, persuadé que )ncle, par ses relations avec les de Rothschild, lui ferait orter de gros intérêts... »

tendu que dans une déposition faite comme témoin dela justice par M. Bertulus, sur le différend existant entre {tian Esterhazy et son oncle, différend dont il était saisi [ne juge d'instruction. M. Bertulus adopte en son entier le ime de Christian Esterhazy, sans dire un seul mot desextions que Walsin-Esterhazy a fournies devant lui. 'en procédant ainsi, il prend manifestement parti poar lignant contre l'inculpé :

l'au cours de cette déposition, ]\f. Bertulus a affirmé à reprises sa pleine confiance en Christian . . . tendu que, de tout ce qui précède, il résulte dès à pré-

Que M. Bertulus a, comme témoin, c2^posé devant la ibre criminelle, sur le différend existant entre Christian rhazy et le requérant; |

Que, au cours de cette déposition, il a de façon fore manifesté son opinion, en affirmant à trois reprises. | )nfiance en Christian Estherhazy; que, ce faisant, et si- Lt sa déposition, il a donné conseil ou écrit sur le même | rend ;

Qu'enfin, il y a eu de sa part, envers le requérant, m- | verbale ou par écrit, puisque, dans la même déposition, lertulus a imputé audit requérant d'avoir commis, à | ird de Christian Esterhazy, une véritable escroquerie ; j ii'à ce triple point de vue, l'article 378, paragraphe 8 do ) de procédure civile, est incontestablement applicable : le, dans ces circonstances, il y a lieu, par application de îcle 545 du Code d'instruction criminelle, sans qu'il y ait in d'arrêt de soit communiqué, de prononcer qu'il ya icion légitime contre M Bertulus, en la cause actuellet pendante entre Christian Esterhazy et le requérant ; ir ces motifs. Renvoyer la connaissance de la plainte

en escroquerie formée par Christian Esterhazj contre Walsin- Esterhazy devant un juge d'instruction autre que M. Bertulus.

Le conseiller Accarias, daps son rapport, a concin, après examen des griefs, an i^jet de la requête, en fai« sant observer qu'en matière de suspicion légitime la cour juge comme un jury, sans être limitée par le texte même de la loi. Après plaidoirie de M* Sauvel et réquisitoire de Tavocat général M. Mérillon concluant aussi au rejet pur et simple, la Cour s'est retirée pour délibérer.

Le 10 mars, la Chambre criminelle rend son arrêt :

La Cour, vidant son délibéré ;

Vu la requête en renvoi pour suspicion légitime formée par Walsin-Ësterbazy, au cours de l'instruction ouverte contre lai par M. le juge d'instruction Bertulus.

Vu les conclusions tant principales que subsidiaires de M« Sauvel >

Vu les articles 542 et suivants du Code d'instruction criminelle;

Sur la demande de communication. Attendu quMI n'y a lieu de s'arrêter aux conclusions subsidiaires tendant k une communication de pièces autre que celles qui déjà ont été mises à la disposition du demandeur et d'introduire dans le débat des documents qui y ont été, jusqu'à présent étrangers ; que la Cour est sdffisamment éclairée ;

Au fond : Attendu qu'il n'existe pas dans la cause de motifs suffisants de renvoi pour suspicion légitime ;

Rejette la requête de Walsin-Ësterhary, le condamne aux dépens.

Le 15 mars 1899, Rochefort publie « La Question de l'Espionnage » :

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