‹ Marin, Paul. Histoire documentaire de l'affaire DreyfusChapitre 27 sur 78 · Freycinet à genoux, suppliant Rochefort · texte numérisé non relu

Freycinet à genoux, suppliant Rochefort

Je ne pus m'erapôcher de rire à la proposition de ce marché à terme, et je répondis simplement :

a Si je savais que Gonstans, qui nous a fait condamner, Boulanger et moi, à la déportation perpétuelle sur les dépositions de repris de justice qu'il est allé chercher à Mazas eût l'intention de me faire amnistier, je le traînerais dans une telle boue, que Tenvie de s'occuper de moi lui passerait bien vite. »

J'ajoutai :

«r D'ailleurs, Gonstans n'est que ministre de l'intérieur. C'est Freycinet qui est président du conseil, et lui seul aarait le droit de déposer ce projet d'amnistie. »

Cornélius Herz eut alors un sourire dédaigneux autant qu'énigmatique et rétorqua l'argument par ces mots :

« Freycinet! Ah l par exemple, s'il n'y a que lui pour vous inquiéter!..'. Tenez! il est trois heures de Taprèsmidi; si vous y consentez, je vais écrire immédiatement une dépêche pour l'inviter à prendre, ce soir môme, le train pour Londres, et demain il viendra en personne dans ce salon, se jeter à vos genoux, en vous suppliant d'accepter l'amnistie en question ».

Je n'accorde naturellement qu'une importance relative soit aux offres, soit aux menaces de cet associé du filou Jacques de Reinach. Il n'en est pas moins vrai que si j'avais acquiescé à l'envoi de la dépêche, il est très probable que j'aurais pu, en effet, assister au spectacle qu'il s'engageait à me donner. £h bien! il me parait impossible qu'un haut personnage sur lequel un bandit cosmopolite tenait de pareils propos soit maître de lui-

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même et puisse agir dans la plénitucle de sa liberté. Obligé d'obéir à Cornélius Herz, il Test évidemment aussi de se soumettre aux volontés de MM. Joseph Reinach et Clemenceau. Oser affirmer en pleine assemblée que l'espionnage est un mythe, quand Triponé et Tadjudant Châtelain ont été condamnés comme espions, quand il ne se passe presque pas de semaine où. les conseils de guerre allemands ne condament à buis-clos, afin de ne pas éventer leurs secrets militaires, des individus qu'ils accusent d'avoir reçu mission de les espionner, ce serait trop bête, pour être du Preycinet volontaire.

Et puisque Zola, dans ses brochures, soutient que les juges militaires ont condamné Dreyfus par ordre, nous n'hésiterons pas à déclarer que le ministre de la guerre a parlé par ordre.

Interpellation de Fabre sur l'embauchage d'officiers par les ligueurs de la Patrie française. — Séance du Sénat du 17 mars 189». — Rochefort requiert rincarcération de Zadoc- Kahn. — insigne miracle de saint Drnmont, prophète el confesseur de la foi. — Circoncision miraculeuse d'un million de gentils.

L'entrevue du clown avec Cornélius est plus amusante que celle du prophète. S'il faut en croire le clown — ô sainte naïveté ! — le clown y figure en posture séraphique : les litanies du Juif au Nabi des derniers temps ne sont elles-mêmes que de la Saint- Jean, au prix de l'adoration dont le clown y est l'objet. Frycînet aux pieds du clown, les genoux entre les dents, le supplie d'accepter l'amnistie. « Cornélius dixit ». L'historien se déride à cette pantalonnade : «0 temporal 0 mores ! »

Le 17 mars 1899, le sénateur Joseph Fabre interpelle le ministre de la guerre sur l'embauchage des officiers par la « Ligue de la Patrie française ».

1. Exorde de Fabre. — « Pourquoi le Ministre de la Guerre tolère-t-ilquedes officiers s*affilient à la Ligue de la Patrie française? — Le comité de cette ligue n'a pas brillé par la franchise.

]Jette ligue a deux assises: l'une militaire, l'autre sacerdo- >

Joseph Fabre. — Messieurs, j'avais originairement i poser une simple question au Gouvernement. J'appris par un membre de la droite que, si la question était tenue, il la transformerait en interpellation. Dans ces tions, j'ai cru devoir opérer moi-même cette transfortn, afin d'assurer à toutes les opinions la liberté de se lire. {Très bien I très bien !)

e saurait donc y avoir de méprise. Je ne viens pas oeuvre de parti. (^Mouvements divers à droite.)

en doute?

Le Provost de Launay. — Assurément personne.

Joseph Fabre. — Je m'inspire d'un sentiment bien ilevé. Faisant appel au républicanisme, au patriotisme Ministres qui sont sur ces bancs, et notamment à celui nistre de la Guerre, qui fut, pour la défense nationale, laborateur de notre grand Gambetta, je viens leur Bttre quelques observations qui n'ont en vue que l'inde Tarmée et du pays. {Très bienl très bienl) is connaissez tous la Ligue de la Patrie française, les lations qui firent son succès et les équivoques qui ont que la crise où elle se débat.

iens demander à M. le Président^ du Conseil, Ministre itérieur, et à M. le Ministre de la Guerre, pourquoi ils léré, l'un que cette ligue s'affiliât des officiers de notre I, et l'autre tjue des officiers s'affiliassent à cette ligue. me dira peut-être que cette ligue n'a pas un caractère [ue et qu'elle s'est toujours défendue de faire aucun yant ce caractère.

iment ? Elle n'a pas un caractère politique, cette ligue pris à sa charge les suspicions les plus graves contre 'action importante de la magistrature suprême et qui antée d'avoir assuré l'adoption d'une loi indéfendable plusieurs de ceux-là mêmes qui l'ont votée ont pu dire ne s'y étaient résignés que sous le coup .de la raison , (Mouvements divers.)

ux qui protestent, je pourrais rappeler une conversaiie j'ai eue, à ce sujet, avec le président de la Comn de la loi de dessaisissement, l'honorable M. Guérinnations sur plusieurs bancs.)

M. LE Président. — Les conversations particulières ne doiyent pas être invoquées à la tribune .

M. Joseph Fabre. — 11 s'agit de paroles qui n'étaient que la confirmation d'une interview qui a été publiée.

Je reviens à mon interpellation. Voici ce que disait le président de la ligue :

Le Gouvernement parlementaire est inerte et impuissant. Si la ligue n'était pas intervenue, la loi de dessaisissement n'eût pas été votée.

Et à M. Déroulède, ce même président disait : Je suis en communauté d'idées avec vous. Entre nous, il n'y a d'autre différence qu'une différence de tactique et de tempérament. Dans son discours-programme, le même président se livrait aux plus violentes attaques contre le Gouvernement parlementaire et ajoutait : Puisque nos représentants ne font pas nos affaires, c'est à nous de les faire.

Et on pourrait dire qu'elle n'est pas une association politique, cette ligue qui a demandé à nos officiers leur adhésion en leur envoyant précisément ce discours-programme dont je viens de parler!

C'est tellement vrai que, sentant la gravité de l'acte qu'on sollicitait de ces officiers, on avait le soin d'ajouter une note spéciale^ disant que, pour enlever aux adhésions venant de l'armée le caractère d'une manifestation politique, les noms des officiers adhérents ne seraient pas publiés.

C'était dire, en somme, vous manifesterez, mais sans paraître le faire. Ce ne sera une manifestation que pour nous, qui pourrons profiter de ce recensement du nombre d'officiers faisant cause commune avec nous. (Mouvements.) M. Destieux-Junca. — C'est la tactique des jésuites. (Bruits divers,)

M. Joseph Farre. — N'est-ce pas réellement faire appel à des adhésions politiques que de dire à des officiers : Nous serons heureux de trouver auprès de vous un encouragement et un appui pour notre grande œuvre de sauvegarde nationale?

Au surplus, on eut le soin de s'adresser tout d'abord aux généraux, estimant que l'adhésion de ceux qui sont placés au plus haut degré de l'échelle hiérarchique serait de nature à entraîner l'adhésion de leurs inférieurs.

C'est, en effet, ce qui s'est produit, et beaucoup d'officiers, pas autant qu'on l'aurait désiré au siège de la ligue, mais

plus que ne le demanderait le vrai patriotisme, envoyèrent leur adhésion sans se rendre compte de la portée de l'^acte qu'ils accomplissaient.

De quoi s'agissait-il? Quel était le mot d'ordre auquel obéissaient ces officiers ?

Le président de la ligue dit qu'on le donnerait à l^ceasion. « Nous formerons, dit-il, une armée n'obéissant qu'à un seul mot d'ordre. »

Ce mot d'ordre est probablement la sauvegarde nationale dont il est parlé dans la note spéciale adressée aux officiers.

Mais cette sauvegarde nationale, n'est-ce pas aussi le mot d'ordre des prétendants qui guettent à nos frontières? {Exclamations . )

N'était-ce pas aussi le mot d'ordre de M. Déroulède essayant de se transformer en un pseudo-Bonaparte? {Nouveaux bruits,)

11 paraît que M. Loubet n'était pas capable d'assurer cette sauvegarde nationale, car, dès qu'il fut question de lui pour la plus haute dignité de la République, la Ligue de la Patrie française s'éleva contre le choix fait par les républicains et accabla son nom d'outrages qui demeurent la honte de ceux qui les ont proférés. {Applaudissements à gauche. — Mouvements divers,)

Cette ligue, d'ailleurs, devait avoir deux assises : l'une sacerdotale {Hilarité), l'autre militaire.

M. DE Lamarzelle. — La ligue assise sur un sabre et sur un goupillon. Ce sont de dangereuses métaphores. {Rires )

2. — Secundo de Fabre — « 11 faut écarter de l'armée les causes de discorde et de discussion. La place du soldat n'est pas dans les réunions, ni dans les parlottes. — Attitudes successives du comité delà Patrie française. »

M. Joseph Fabre. — Aux prêtres, comme aux officiers, on assura le secret ; les adhésions ecclésiastiques ne devaient pas non plus être rendues publiques.

On rougissait en effet du rôle que l'on voulait faire joaer à des prêtres*

On comprenait que la grandeur même du devoir sacré dont ils se réclament, le caractère surhumain de la mission qu'ils disent avoir reçu de Dieu même leur imposait le devoir de demeurer en dehors de nos luttes politiques. (Mouvements.)

M. Le Provost de Launay. — Vous prêchez avec distinction. {Rires.)

M. Joseph Fabre. — Mon discours ne serait peut-être pas inutile à certains membres du clergé qui s'occupent trop de politique. [Très bienl très bieni)

Ils se font d'ailleurs plus de mal à eux-mêmes qu'il n'en font à la République.' (Très bienl très bienl)

M. Le Provost de LauxNay. — Vous oubliez de parler du grand rabbin.

M. Joseph Fabre. — Je condamne Tinter vention dont il a été parlé dans les journaux, si elle s'est produite; mais il y a QQe différence entre les rabbins et les pasteurs d'une part et les prêtres catholiques qui déclarent pouvoir faire descendre sur l'autel Dieu même et mettre en communication avec lui les âmes et les consciences humaines. {Bruit et protestations,) Je comprends pourtant la part faite aux prêtres dans les groupements de la Ligue de la Patrie française ; mais je n'admets pas la part faite aux officiers.

En effet, les prêtres votent et sont éligibles ; tandis que les ofBciers ne peuvent pas exercer le droit de vote tant qu'ils sont en activité de service.

Pour qu'il y ait dans l'armée la cohésion nécessaire, pour que les soldats et les officiers soient soudés les uns aux autres, il faut qu'il n'y ait aucune cause de discorde. Or, la désunion existera dès que la politique entrera dans l'armée et que^ par suite, les subordonnés pourront devenir les adversaires de leurs chefs. Que deviendra alors le respect nécessaire dont dépend la discipline ?

Gomment le comité de la Ligue de la Patrie française, dont un certain nombre de membres sont mes amis — il est vrai que ce sont surtout ceux qui l'ont quittée récemment (Rires)t — comment ce comité, dis-je, a-t-il pu admettre que des officiers adhèrent à. la ligue, tandis que d'autres à côté refusent d'y adhérer?

Est-ce qu'on voudrait faire deux armées : Tune citoyenne, l'autre prétorienne? 11 faut éviter cela.

Je comprends que de . nombreux officiers aient déclaré qu'ils ne voulaient pas entrer dans la Ligue de la Patrie française, en disant qu'ils appartiennent à la patrie ; l'armée est à la France, qui est la vraie ligue des patriotes ; c'est pour cela que les officiers ne doivent entrer dans aucune ligue. {Très bienl très bienl)

Il est conforme à l'esprit de nos lois que tous ceux qai participent à la défense nationale ne se mêlent pas des choses de la politique, et je demande à M. le Ministre de la Guerre pourquoi il n'a pas songé à rappeler ce principe aux généraux qui ont assisté aux réunions provoquées par quelque ligue que ce soit, ou aux réunions provoquées par un magistrat, tel que M. Quesnay de Beaurepaire, et où on a développé des thèses politiques.

M. Destieux-Junga. — Vous devriez nommer ces généraux.

M. Joseph Fabre. — Je veux seulement provoquer l'affirmation de certains principes.

Ma conclusion, je le répète, est qu'il ne faut pas que les officiers se mêlent en aucune façon à la politique, et s'il s'y sont mêlés, le Ministre de la Guerre doit les rappeler à leur devoir.

Pour justifier les adhésions d'officiers, le comité de la Ligue de la Patrie française a dit : nous ne faisons pas de politique. Or, dès le lendemain, le masque tombait et on faisait entendre une opinion à l'adresse du Congrès.

Auparavant, on avait donné des ordres à M. le Ministre de l'Intérieur au sujet de la loi de dessaisissement, en disant : « La France veut cette loi, obéissez à cet ordre, et vous qui avez la Présidence du Conseil, vous aurez demain quelque chose de plus. »

Je sais bien, monsieur le Président du Conseil, que vous avez obéi avant tout au devoir.

M. DupuY, Président du Conseil, — Nous avons déposé le projet de loi trois semaines avant les événements auxquels vous faites allusion. {Mouvement.)

M. Le Provost de Launay. — Nous l'avions demandé un mois avant.

M. Joseph Fabre. — Ce que je rapporte s'est passé au moment où le Parlement n'était saisi que de la proposition de M. Bisseuil, et votre conscience, monsieur le Président du Conseil, s'est trouvée d'accord avec les exigences de la Ligue de la Patrie française. {Interruptions.)

Je ne comprends pas les interruptions. Je montre que cette ligue a fait de la politique. Ma démonstration est-elle concluante? Tout est là.

11 arrive en effet que, tandis que M. Lemaître s'écriait d'un ton hautain : « Nous ne voulons pas de M. Loubet ! » le Congrès choisit précisément M. Loubet.

Alors des bandes parcourent les rues, protestant et vociférant, ce qui inspire au même M. Lemaître cette réflexion consolante :

\ «J'entends sous les fenêtres du journal un grand tumulte, ifidigné et généreux, qui me rend quelque courage. »

Le tumulte, vous le savez, c'était la sarabande des manifestants antisémites et royalistes à 2 francs par tête. (Vives interruptions à droite.)

M. Le Provost de Launay. — Les vôtres coûtent plus cherl

M. Maxime Lecomte. —C'est sans doute qu'ils valent davantage. (Rires.)

Voix à droite. — Parlez-nous du syndicat. (Bruit.)

M. Joseph Fabre, se tournant vers la droite. — Je ne comprends pas qu'on jette dans ce débat des accusations de vénalité...

M. de Lamarzelle. — Mais c'est vous qui les jetez !

M.Joseph Fabre. — ... au moment même où le Gouvernement vient de faire justice d'un racontar ridicule sur « l'argent de l'étranger. » (Vive approbation à gauche.)

M. Le Provost de Launay. — Pourquoi avez-vous commencé ?

3. — Tertio de Fabre. — « Accolade de Coppée à Déroulède. Déroulède et ses alliés. •

M. Joseph Fabre. — En tout cas, je pense qu'on ne vise aucun de ceux qui sont ici.

Je continue. Vous vous rappelez ce qui s'est passé ensuite M. Coppée se rend le soir dans un lieu public... (Hilarité ) et [là, rencontrant M. Déroulède, il s'écrie : ■

î « La Ligue des Patriotes est Tavant-garde. La Ligue de la [Patrie française est la réserve. Dans la crise que bous tra- ^Tersons, j'ai cru nécessaire qu'un capitaine delà réserve vînt f Se montrer aux avant-postes. »

Sur ce, il étreint fraternellement M. Déroulède, scellant publiquement avec lui le pacte des deux ligues.

A dater de ce jour, les événements se précipitent.

Des placards s'étalent sur les murs de Paris. On y voit figurer côte à côte les portraits de MM. Coppée, Déroulède Lemaître et Drumont. '

Touchante alliance 1

Et ces placards font appel à des manifestations iniuneuses contre l'élu du Congrès.

310 LiyRE TROISIÈME

Voilà Tœuvre de la ligue l Qui oserait dire après cela qu*elle est demeurée étrangère à la politique? {Très bien ! très bienl)

Elle j est si peu restée étrangère, elle a si ou?ertemenj manqué à son programme, qu'aussitôt après ces incidents, une foule de ses membres démissionnent. C'étaient de braves gens, des gens sincères, qu'avaient séduits les idées de concorde, d'apaisement, d'union patriotique, dont les fondateurs de la ligue s'étaient parés à leurs débuts.

Ils formaient, si je puis dire, la partie décorative de l'association. Ils lai attiraient la confiance et le respect du public non averti.

Désabusés, ils se retirèrent. En écbange, la ligue fît de nouvelles acquisitions : l'abbé Garnier, entre autres, avec un grand nombre d'adbérents de son Union nationale; recrues précieuses dont l'accession soulignait le caractère politique que la ligue avait définitivement pris.

D'autres collègues de MM. Lemaître et Goppée leur restèrent fidèles et le proclamèrent. Ce fut d'abord cet académicien qui qualifiait un jour le "È Décembre de « simple opération de police », comme s'il en appelait de ses vœux le recommencement. (Applaudissements à gauche,)

C'était ensuite M. Maurice Barrés, ancien boulangiste, néoboulangiste, césarien déterminé, devenu, au dire de M. Lemaitre, le saint Paul de l'Eglise nouvelle. (Sourires.)

C'était encore un quaterne de ducs, et puis notre coUèg M. Rambaud... (Sourires.)

M. Le Provost de Launay. — Mais Jeanne d'Arc en serai si elle vivait! (Hilarité.)

M. Joseph Fabre. — Bref, malgré les démissions publiqu et les départs discrets, la ligue continue & vivre, à agir. Elil accentue même son attitude.

Cependant que font les antisémites ?

Ils vont devant la statue de Strasbourg : ils prennent l'ei gagement de mettre l'épée au clair pour la guerre civile.

M. Déroulède, lui, va profaner la plus sainte image c patriotisme, il va devant la statue de Jeanne d'Arc {Exci\ mations. — Bruit prolongé.) et s'adressant à ses ligueurs, prl nonce ces mots: « Jeanne d'Arc a été la vraie femme France, moi je serai le vrai bomme », et il donne rende vous à ses auditeurs pour un attentat contre la Gonstitutio et contre la Loi.

RÈGLEMENT DB JUGES DE PICQUART Èîi

Les royalistes se mettent aussi en moavemeat ; ils en- Yoient la Gazette de France à tous les membres de la- Patrie française, ce qui indique la confiance qu'ils ont en leur républicanisme, ils provoquent des manifestations, aidés en cela par les antisémites.

L'bomme qui, quelques jours auparavant, avait dit: «L'hypoibèse de Tindiscipline des généraux est un crime >, est allé provoquer un général à Tindiscipline, lui infligeant ainsi la plus cruelle injure.

M. AuDRBN DE Kerdrel. — Nous ne sommes pas la Haute- Cour ici.

M. Le Provost de Launay* — Comment pouvea-vous ainsi charger un homme qui est en prison ?

M. Maxime Legomte. — Eh bien! et Picquartl

M. Joseph Fârre. — On dit que je charge un homme qui est en prison.

Je répondrai que cet homme n'a d'autre souci que de se charger lui-même, et fait tous ses efforts pour rendre son action non plus ridicule, mais odieuse.

Il s* est trouvé un homme cher s^u chef de la Patrie française, qui a osé adresser à un général la pire injure en le supposant capable d'allumer peut-être la guerre civile.

Et j'admire ce général français qui, dans une lettre rendue publique, alors qu'ils s'agit d'un homme qui a lancé les pires injures contre le Chef d'État, qui a essayé, lorsque le Chef de l'Etat rentrait à Paris, de convertir sa rentrée en conduite de Grenoble, qui a osé dire à ce général: Je vous crois capable, vous défenseur de l'ordre, d'entraîner vos hommes contre la Constitution; j'admire, dis-je, ce général qui, poussé sans doute par la charité chrétienne, a été jusqu'à écrire: « M Déroulède est un caractère généreux et chevaleresque . »

M. de Lamarzelle. — C'est l'opinion de la France entière. [Vives protestations nu centre et à gauche.)

M. Maxime Legomte. — De votre France !

M. Lourties. — De la France réactionnaire ! (Bruit prolongé,)

4. — Quarto de Fabre. — « Opiaionde Cassagnac sur l'équipée deReuiliy. » — Suspension de la séance. — Remise de la suite de rinterpellation au mardi suivant.

M. Joseph Fabre. — Je n'ai pas à féliciter ce général d'avoir eu le bon sens et la conscience de ne pas répondre aux sollicitations dont il était l'objet.

voici ce que pensait un des vôtres, messieurs de la droite, ujet de cette tentative :

Jamais je n'accepterai l'embauchage de l'armée .-rarmée demeurer en dehors de la lulte des partis; elle doitplaau-dessus des discordes civiles; l'appeler à y prendre est un crime ; l'armée n'en a pas le droit, autrement [ue soldat serait libre d'envisager ce qu'il jugerait être le de la patrie. » (Très bien ! très bien! au centre et à gnu-

. Destieux-Junca. — Barbés et Blanqui n'allaient pas

cher l'armée pour faire la révolution.

. Joseph Fapre. — Je m'étonne que vous, messieurs

ateur désigne la droite de l'Assemblée), vous n'applau-

lez pas ces parole^, vous qui soutenez ceux qui prétendent

amais se réclamer du sabre, mais seulement du droit.

LE COMTE DE Blois. — Nous u'avous pas changé. . Joseph Fabre. — Je suis resté l'adversaire irréconcie de rhomme qui a écrit ces lignes, M. Cavaignac ardon, jeveux dire M. de Gassagnac. (Exclamations i' nté.)

mon grand regret, je ne puis dire que c'est M. Cavaic qui a écrit ces lignes {Bruit.)

. de Gassagnac, à la mort de la République, préfère le t de la France, et il comprend que la France serait perle jour où s'ouvrirait l'ère des pronunciamentos, . de Lamarzelle. — Alors: vive Gassagnac I . Joseph Fabre. — Pour le coup, il a bien fallu reconnailorsque ces événements se sont passés, quel était le tort les lignes faisaient au pays. Le Gouvernement s'est alor> dé à agir. Il s'est livré à une véritable débauche de [uisitions. Mais ces perquisitions avaient le tort de st luire trop tard. Le Gouvernement arrivait un peu me le carabinier d'une certaine opérette. . le Ministre me permettra de regretter que cesperquisis n'aient pas été efifecluées dès le jour où il fut question embauchages qui avaient été pratiqués. C'est alors qu'ii lit fallu aller au siège social de la ligue, et on aurait pu isîr les listes portant les noms des officiers embauchés, enant trop tard, au contraire, on n'a plus trouvé d'audocuments que ceux que les intéresés eux-mêmes ce aient aucun intérêt à dissimuler, e Gouvernement a ordonné des poursuites par la veie

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judiciaire. Il eût été préférable de dissoudre sur-le-champ les ligues par mesure administrative.

M. LE Président. — L'orateur se sent fatigaé. Il serait reconnaissant au Sénat de lui accorder quelques minutes de repos.

La séance est suspendue à quatre heures moins le quart.

La séance est reprise à quatre heures trente minutes. *

M. le Président. — Messieurs, notre collège M. Joseph Fabre ne se trouve pas en état de remonter à la tribune. [Mouvement.)

Il s'adresse k la bonté du Sénat et lui demande de vouloir bien renvoyer la suite de la discussion à demain. (Assentiment.)

Voix diverses : A lundi I à mardi!

M. Charles Dupuy, Président du Conseil, Ministre de l'Intérieur. — Tout en regrettant qu'une interpellation de cette nature ne puisse pas se terminer le jour même où elle se produit, le Gouvernement est aux ordres du Sénat.

Voix nombreuses: A lundi! à mardi!

M. Le Provost de Launay. — Au début de son discours, l'honorable M. Joseph Fabre nous a dit que son intention première avait été de ne poser au Gouvernement qu'une simple question, mais qu'il s'était déterminé à déposer une demande d'interpellation en apprenant que des membres de la droite avaient le désir de prendre part au débat.

J'ai prévenu notre honorable collègue que j'avais renoncé, pour ma part, à intervenir, et je crois pouvoir donner au Sénat Tassur^nce qu'aucun de nos amis n'interviendra. [Adhésion à droite.)

Dans ces conditions, il me semble que nous pouvons considérer que M. Fabre a développé la question qu'il se proposait de formuler. Dès lors ladiscussionpourrait, jecrois, être reprise et se clore aujourd'hui même. (Mouvements divers.)

M. LE Président. — M. Fabre ne pouvant s'expliquer sur la motion de M. Le Provost de Launaj, je dois m'en tenir à ce que j'ai eu l'honneur de dire tout à l'heure à l'Assemblée; à savoir que notre honorable collègue est contraint par son état de santé à solliciter une remise.

Je vais donc consulter le Sénat sur la date de la discussion.

Voix à droite: A un mois.

Le renvoi à ud mois n'est pas adopté. Le Sénat décide que la discussion sera reprise mardi.

Le 18 mars 1899, Rochefort publie : « Doux reproches. ))

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