Au lieu de le forcer à s'évader au moyeu d'une
échelle de corde
Noua n'inventons rien : voici le texte officiel de la communication faite, avant-hier, au conseil des ministres par le président du conseil, à propos de la tentative d'embauchage pratiquée par le grand-rabbin sur un de nos officiers dont il voulait faire un faux témoin:
« Le 17 janvier, le ministre des cultes a adressé au grand-rabbin des observations sur son manque de réserve dans cette circonstance. »
Ce reproche d'avoir « manqué de réserve » appliqué à un conspirateur qui enrôle ouvertement pour la cause de Tile du Diable des militaires. et des civils, est déjà suffisamment joyeux. La réponse de l'enrôleur n*est pas moins comique :
tt M. Zadoc-Kahn a fait connaître, par lettre du 18 janvier, qu'il s'inclinait respectueusement devant l'appréciation sévère^ que le ministre faisait d*une démarche absolument isolée. »
La bouffonnerie est complète. Ainsi, pour M. Dapuy et son collègue des cultes, attirer chez soi un officier, tenter de le faire entrer dans une combinaison ayant pour but d'innocenter un traître, c'est non pas un crime, non pas un délit, mais un simple manque de réserve. C'est quelque chose dans le genre du « comme d'abus, » dont le gouvernement use parfois envers les évoques qui, dans leurs mandements, l'ont par trop traîné dans la boue.
Ce « manque de réserve » constitue dans le langage juridique une dénomination tout à fait nouvelle. Quel malheur qu'elle n'ait pas été inventée du temps de Bazaine I Au lieu de le condamner à mort et de le forcer à s'évader au moyen d'une échelle de corde, le conseil
de guerre devant lequel il a comparu l'aurait sans doute frappé de cette peine, alors inconnue, que M. Dapuy a baptisée : « Le reproche d*avoir manqué de réserve. »
Dreyfus aussi en a manqué, lorsqu'il a livré nos plans de défense à TAUemagne. Et Picquart donc! En voilà un qui se montrait peu réservé dans la fabrication de ses ce petits bleus! »
Je ferai observer toutefois que MM. Déroulède et Marcel Habert ont pratiqué exactement Tembauchage, ni plus ni moins que M. Zadoc, avec cette différence qu'ils ont agi au grand jour et non souterrainement en tendant un piège au général Roget pour le convoquer à leur domicile sous un prétexte on ne peut plus fallacieux. ,
Or, ils sont tous les deux à la Conciergerie, et certains journaux affirment que Tintention du ministre de la justice est de les déférer à la Haute Cour.